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Soyons politiques ! Texte lu en ouverture du festival de Clermont le 30 janvier 2004 (et photos)

Publié, le dimanche 8 février 2004 | Imprimer Imprimer |
Dernière modification : lundi 9 mars 2009


Bonsoir, nous avons dix minutes pour vous parler de pas mal de choses. De sept mois de lutte pour l’abrogation de la réforme du régime d’indemnisation chômage des intermittents du spectacle en application depuis le 31 décembre 2003. On avait pensé à un petit sketch, du genre informer en amusant, mobiliser en rigolant, un sesame street pour les grands : « mais non, Gribouille, je t’avais demandé un protocole pour sauver le régime, pas une tronçonneuse avec un psycho-maniac au bout ! » Il y avait le suicide en direct... y’avait pas mal de possibilités. Bon par quoi commencer ? Là derrière, sur l’écran, vous voyez un excellent résumé de ce contre quoi on se heurte depuis sept mois en tant que coordination et plus en tant que personne. Là, c’est un mercredi à l’assemblée nationale, questions au gvrt, du public dans les balcons, les ministres dans l’hémicycle. Au moment où un député socialiste s’adresse à Aillagon, des camarades commencent du haut des balcons à interpeller la marionnette. Immédiatement ceinturés par la sécurité locale ; emballé, c’est pesé. Quelques instants plus tard, Aillagon (gon-gon) déplore ces méthodes anti-démocratique. Il rappelle la honteuse invasion du plateau du JT de fr2 deux jours auparavant, encore une atteinte à la liberté d’expression. Voilà ! après plusieurs mois de contestations éclairées, au cours desquels, après lecture et analyse, la perversité et l’inefficacité d’une réforme ont été démontrés, au cours desquels de véritables contre-propositions constructives ont été élaborées, mais au cours desquels les seuls réponses des signataires et du gouvernement furent le mépris, l’arrogance et la police ; bref après qu’une population lambda dont l’accès au temps non assujetti à l’emploi est facilité par un régime d’indemnisation des périodes chômées ait montré sa puissance de réflexion, d’organisation, de responsabilité, de maîtrise, la réponse qu’elle reçoit quand elle tente de forcer un accès à la parole qu’on lui refuse, c’est : « vous êtes anti-démocratique. » La démocratie comme chasse gardée.

La vérité c’est que l’on est pas du tout anti-démocratique. La vérité c’est qu’on est chiants, sûrs de nous, insolents, intelligents, ensemble et démocratique. La vérité c’est que, dès le début de ce mouvement, nous avons refusé le ghetto corporatiste qu’on nous assignait. Nous avons compris que ce qui était fait à notre régime, l’attaque que nous subissions sous prétexte de privilège, de déficit, d’abus, n’était qu’une étape de la refondation sociale, ce vaste travail de sape des droits sociaux et collectifs pour qui la solidarité et les protections sociales sont des freins à la liberté d’entreprendre. Nous avons compris que la logique n’était pas le sauvetage mais la mise aux normes de rentabilité, de concurrence, d’efficacité, de contrôle des entreprises culturelles. Au même titre que l’éducation, la santé, la recherche et tout ce qui constitue notre bien commun. Et nous avons imaginé que nous pouvions nous opposer à cette logique, que nous pouvions dire : « je veux penser et je veux participer à l’élaboration de mon cadre de vie ». Et nous l’avons fait. Et nous ne sommes pas résignés.

Il y a de quoi s’interroger sur le pourquoi de cette réforme. Pourquoi intervient- elle en même temps que le recalcul à la baisse des indemnités pour 850 000 chômeurs du régime général dont 130 000 seront éjectés vers le rmi d’ici la fin de l’année. Pourquoi intervient-elle en même temps qu’une réforme régressive de ce rmi et l’instauration du rma ? rma, ça veut dire revenu minimun d’activité. C’est une sorte de travail forcé ( après un an de rmi) où l’allocataire voit son allocation versée par l’état directement à l’employeur qui complète de deux euros par heure pour faire un demi smic. L’employeur ne paye des charges sociales que sur la part qu’il verse et peut licencier quand bon lui semble. Il ne restera plus au Rmaste que l’ASS (allocation spécifique de solidarité) dont les conditions d’accès ont été durcies début janvier. S’il tient bon, il lui faudra cotiser 160 ans pour avoir droit à une retraite à taux plein.

Donc, apparemment, on fait un blot, on réduit les coûts, on rationalise la vie des pauvres et des précaires. Il paraît que le social coûte trop cher et que cela empêche les entrepreneurs d’entreprendre. Nous pensons que de l’argent il y en a, mais que cela fait chier les patrons que leurs employés puissent avoir du temps pour réfléchir à leur vie, l’organiser autrement qu’autour du travail. Ce que veulent les entrepreneurs de France et d’ailleurs, c’est que nous soyons flexibles et mobiles, que nos vies sentent bon la « France remise au travail » et surtout, que la solidarité sociale passe par les minima sociaux payés par l’impôt plutôt que par l’assurance chômage financée par les cotisations sociales. Et nous ce que nous voulons, c’est avoir du temps et qu’on arrête de nous culpabiliser : je m’appelle frédéric danos, j’ai 45 ans, je suis peintre faux-bois pour le cinéma et je ne suis pour rien dans le naufrage de l’ericka, dans les licenciements chez moulinex, alsthom, daewoo ou Oberthur, je ne suis pour rien dans les bombardements sur Bagdad, les 15 000 morts de la cniculeje ne suis pour rien dans le déficit de l’Unedic...

Grâce à des droits collectifs qui nous assurent une continuité de revenu dans une discontinuité d’emploi, nous avons lu, compris, et contré cette putain de réforme. Ensuite, nous avons réfléchi à une contre-proposition et nous l’avons élaborée. Et nous avons dit : « hé ! on peut aussi élargir ce régime à tous les travailleurs à l’emploi discontinu, au lieu de les abrutir avec la fatalité de la mondialisation ! » Mais ça, vous n’avez pas le droit de la dire à la télé, pas du tout le droit. À croire que vous n’avez pas le droit de dire « nous ».

Et pour cause : cette puissance du nous, faites de beaucoup de je, sans chef ni hiérarchie, a développé et promu des principes mutualistes, a mis en lumière les retombées économiques collatérales des entreprises de la culture et du spectacle, a déstabilisé le gouvernement. Elle a obligé les partenaires signataires à des manœuvres douteuses pour faire passer en force leur réforme dont l’application révèle des conséquences discriminatoires et sexistes, et des incompétences crasses en matière de gestion des inconvénients dus à la discontinuité de l’emploi.

Bon, je ne sais pas à combien de temps on en est... mais je n’ai pas fini... Ce qui nous arrive à nous les intermittents n’est pas isolé. Au cours de l’année qui vient, la convention de l’assurance chômage Unedic (le régime général) doit être renégociée pour être applicable au 1er janvier 2005. On doit tout craindre de cette renégociation, à commencer par une réduction à peau de chagrin du régime d’assurance chômage, un genre de « le minimum pour ne pas crever ». Comme si le chômage était encore un accident, ne représentait pas des pans entiers d’une carrière ? Alors qu’est-ce qu’on fait ? Quand VGE inscrit la concurrence dans le premier article de la constitution européenne, comment chacun de nous va s’arranger au jour le jour avec le chacun-pour-sa-gueule ? Un chien, un fusil, une police d’assurance ?

Beaucoup de questions se posent. Que va devenir le court-métrage, le théâtre de création, la musique expérimentale, l’accès à la culture, si la logique est la concurrence ? Si au même titre qu’un film de Maurice Pialat, n’importe quel Popstar est labellisé œuvre de création audiovisuelle et accède aux subventions du CNC ?

Doit-on résister ? Qu’est-ce que résister ? Comment résister ? Que pensez-vous d’une réforme qui précarise les femmes enceintes ? Ne peut-on pas dire que c’est une mauvaise réforme ? Que pensez-vous d’une réforme qui rémunère les plus riches et élimine les plus pauvres ? Que pensez-vous d’un gouvernement qui agrée une réforme tout en reconnaissant qu’elle ne correspond à aucun des critères demandés ? que doit-on comprendre de ses buts ?

Nous sommes au festival du court-métrage de Clermont-Ferrand et en droit de nous demander : qu’est-ce qu’il va se passer ? Le financement du court en France, c’est beaucoup les Assédic. Des subventions et les Assédic. Qui, ici, dans cette salle, a été payé pour travailler sur un court ? Qui ici, dans cette salle, a travaillé sur un court-métrage en étant indemnisé par les Assedic ? Qui ici, refuse de voir un court-métrage fabriqué dans ces conditions ? Qui ici, dans cette salle, a payé ceux qu’il a fait travaillé sur un court ? Comment les producteurs font-ils maintenant produire des courts-métrages ? Faut pas rêver, si nous ne faisons pas tomber cette réforme du régime d’indemnisation des intermittents, c’est le régime lui-même qui va disparaître. Et toc ! une manne en moins. Et si les productions comptent sur une augmentation des subventions... Doigt dans l’œil ! Toutes sont en baisse (sinon les exonérations de charges sociales qui vident encore plus les caisses de solidarité, certainement pour réduire le déficit de l’Unedic ). Les salles de spectacles revoient leurs programmations, leurs actions externes à la baisse. Certaines mettent la clé sous la porte. Les institutions culturelles revoient leurs politiques à la baisse. Alors, le court-métrage avec son petit chiffre d’affaires et son image de laboratoire de recherche et d’espace de liberté, il est bon pour se reconvertir dans l’institutionnel ou la pub. Qu’allez-vous faire ? Y a-t-il, dans cette salle, des producteurs, des réalisateurs de courts-métrages ? Qu’allez-vous faire ? Qui a financé la nouvelle vague ? Qui finance la télé de bouygues ? Ce n’est pas une caricature : bientôt, l’animation culturelle pour vos enfants dans les écoles s’appellera star-ac/fleury-michon ou macdo/carrefour. La qualité sera discrétionnaire et dépendra des accointances des élus locaux.
Ce qui se profile c’est la culture aux riches et la télé aux pauvres. Et le tout bien formaté, bien occupé soit à payer les traites, soit à trouver à bouffer pour le lendemain. Ca sonne un peu apocalyptique, hein ?

Les 3, 4 et 5 février, les intermittents se réuniront en coordination nationale, ici à Clermont, à l’Opéra, place de Jaude, pour continuer leur lutte pour l’abrogation de la réforme des annexes 8 et 10, l’établissement de nouveaux droits collectifs, et une bonne dose de “ensemble”. Nous vous appelons tous, professionnels et usagers du court-métrage, de la manifestation culturelle, clermontois et festivaliers de passage, imposables, non imposables, chômeurs, précaires, à venir discuter les 3 et 4 au soir de tout ça, d’autre chose, de nos expériences à chacun dans ce que raffarin-mauvais-à-tout appelle la France d’en bas.

En face du Palais des Congrès, la coordination d’Auvergne a installé un chapiteau où se tiendront pendant ces 8 jours, des forums, des conférences, des projections de films de lutte. Un lieu de rencontre et d’accueil. Nous y vous invitons. Bien sûr, il y a les projections du festival, mais le moment est particulier. Si la culture, c’est l’échange, le partage, le sensible, l’ingérable des émotions, la question au monde, l’infini diversité des choses, opposons tout cela à l’uniformité et l’ennui du marché, de la valeur et du profit ? J’aime travailler, j’aime m’acheter des chaussures, je n’aime pas penser que ce sont les seules alternatives que l’avenir me réserve.

J’ai trouvé ça avant de venir :

Une lutte devient politique lorsque des individus et des groupes ne revendiquent plus leur place et leur identité. Lorsqu’ils assument de devenir indiscernables, et par là même, tendanciellement ingérables, là où le pouvoir se caractérise toujours plus par un souci de gestion, de faire de toute activité, invention ou forme de vie un objet de gestion. Dans la lutte des intermittents, quelques personnes ont commencé à dire : « il ne s’agit pas des intermittents comme profession, il ne s’agit pas des privilèges dus à l’artiste, qui n’est pas le seul à avoir besoin de temps pour penser et inventer ; il s’agit de ce qu’il y a de commun au-delà des métiers et des places ; il s’agit de la situation commune qui nous est faite, et qui détermine l’existence d’une communauté de fait ».

Alors : Soyons politiques !



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Hollywood-Ferrand1

Taille : 65 ko
Mise en ligne le : 8 février 2004

Hollywood-Ferrand2

Taille : 72.2 ko
Mise en ligne le : 9 février 2004



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