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Compte-rendu de la réunion de saison en lutte du 22 mars 2004 : « Intermittents/permanents, qu’avons-nous à faire ensemble ? »

Publié, le jeudi 15 avril 2004 | Imprimer Imprimer |
Dernière modification : vendredi 16 avril 2004


- Jean-Christophe Marti, qui préside la réunion rappelle en préambule ce qu’est Saison en Lutte. Il propose ensuite de voir aborder les points suivants au cours de la soirée :

1 - Quelle trajectoire personnelle vous a amené à votre poste actuel qu’il soit intermittent ou permanent ? (études, diplômes. Qu’avez-vous choisi, comment avez-vous été choisi ?)

2 - Quelle est la nature de votre contrat de travail actuel (durée, mission, subordination, rémunération ?)

3 - Intermittents, permanents, où et quand nous rencontrons-nous concrètement ?

4 - Fin de contrat : quel avenir envisagez-vous (craintes, désirs, utopies ?)
`

5 - à la suite de cette discussion, quelle action proposez-vous concrètement pour obtenir l’abrogation du protocole du 26 juin avant l’ouverture de la prochaine saison ?

Un premier tour de table permet à chacun de se présenter :

Stéphane Olry : directeur artistique de La Revue Eclair, auteur, metteur en scène, comédien (intermittent)
Jean Boillot : metteur en scène, (employé à mi-temps par l’Éducation Nationale, en passe d’avoir un second temps partiel permanent pour sa compagnie)
Corine Miret : danseuse, comédienne, dirige la Revue Eclair (intermittente)
Jean-Christophe Marti : compositeur (intermittent)
Sabine Macher : danseuse interprète, monte aussi ses propres spectacles mais n’a pas de compagnie (intermittente)
Delphine Bradier : chargée des relations avec le public à la Ferme du Buisson (permanente)
Aurélie Sellier : chargée des relations avec le public à la Ferme du Buisson (permanente)
Guillaume Blaise : musicien (intermittent)
Daniel Lévy : éclairagiste (intermittent)
Arnaud Didierlaurent : administrateur -(permanent en voie de redevenir intermittent)
Jeff : responsable d’animation
Catherine Vinadier : comédienne (intermittente)
Sophie Lecarpentier : metteur en scène, directrice de compagnie (intermittente)
Jérome : comédien (intermittent)
Franck Chevalet : comédien (intermittent)
Juliette Wagmann : comédienne, assistante (intermittente)

- On fait état des recherches lexicographiques concernant les mots « permanent » et « intermittent » .

Stéphane Olry :
" Ces deux mots inspirent peu Diderot et d’Alembert : « Permanent : qui demeure constamment dans le même état, qui n’est sujet à aucune vicissitude. Il n’y a rien de permanent dans le monde. » et : « Intermittente : fièvre : voyez le mot fièvre » « Intermittent : Pouls -Voyez pouls » Ici la permanence est liée à un attribut divin, et l’intermittence à un état relevant de la maladie.

Émile Littré reprend cette même dichotomie en citant un ecclésiastique, Fénelon, (évêque de Cambrai) concernant la permanence : « Le temps est la négation d’une chose très réelle et souverainement positive qui est la permanence de l’être »
Une autre citation, de Malherbe celle-ci, amène la métaphore de l’écoulement de l’eau :
" Vois-tu passant couler cette onde,
Et s’écouler incontinent ?
Ainsi fait la gloire du monde
Et rien que Dieu n’est permanent "

Littré donne cette définition lapidaire du mot intermittent : « Qui discontinue et reprend par intervalle ». Cet apôtre du « labeur qui ne s’interrompt jamais » donne une unique citation extraite du Jocelyn de Lamartine, reprenant cette même métaphore liquide :
" La cascade n’a qu’une plainte intermittente et douce,
Selon qu’elle rencontre ou la pierre ou la mousse "

Malheur, bonheur, bonnes et les mauvaises heures de notre vie : Littré cite enfin un de ces auteurs favoris, Pougens : « Le bonheur est permanent, le plaisir est passager ».
La seconde acception du mot « permanent » donnée par Littré nous permettra de rentrer plus directement dans le sujet de ce soir.
Permanent : « Qui est à demeure. Fortification permamente, assemblée permanente, armée permanente ».
On parle donc là bien de bâtiment, de lieu de décision, et de moyens de mise en œuvre d’une politique.

Enfin, je propose personnellement une dernière acception de ce mot que je n’ai trouvé dans aucun dictionnaire avec : « assurer la permanence », comme par exemple, dans cette maison où les réunions du CAP (Conséquence de l’Application du Protocole) apportent la preuve que même chez les intermittents, il y a de la permanence. "



- Jean-Christophe Marti propose de citer les chiffres qu’il a trouvé concernant le nombre d’employés permanents travaillant dans le domaine du spectacle.
Dans l’ouvrage intitulé : « Chiffres-clefs de la culture 2002/2003 » publié par le Département recherche et prospective du ministère de la Culture, ce chiffre est absent. En appelant le service publiant ces données, on apprend qu’il n’y a pas eu d’études exhaustives menées à ce propos. Le ministère de la Culture, du propre aveu du fonctionnaire qui a supervisé la publication de cette étude dispose de sources trop éparses à cet égard.
Pour donner cependant une idée, on peut rappeler ques les Opéra de Paris (Bastille + Garnier) emploient plus de 5000 permanents. On arrive au même nombre de 5000 permanents en additionnant les employés permanents des cinq théâtres nationaux.
En prenant l’exemple de la Ferme du Buisson, on compte : 45 permanents en comptant l’ensemble des services des 3 pôles de la Ferme du Buisson (Centre d’Art contemporain, cinéma, scène nationale). Soit :
6 permanents techniques
3 projectionnistes
37 administratifs (dont gardiennage et entretien)

Jean-Christophe Marti fait remarquer que le terme de permanent recouvre beaucoup de statuts différents : on trouve plusieurs types de contrats (fonction publique, emploi-jeunes, CDI etc... selon les employeurs ou les tutelles (municipalité, théâtre, établissement public, etc...) A la Ferme du buisson, Delphine Bradier et Aurélie Sellier (présentes à la réunion) sont en emploi-jeune. Leur contrat est un CDI mais il est soumis à une condition résolutoire : la suspension ou la suppression des aides de l’Etat.



- On passe au premier point de l’ordre du jour. On propose un tour de table où chacun sera invité à répondre à ces questions :
1 - Quelle trajectoire personnelle vous a amené à votre poste actuel qu’il soit intermittent ou permanent ? (études, diplômes. Qu’avez-vous choisi, comment avez-vous été choisi ?)

Sabine Macher :
" Je suis danseuse contemporaine. Je n’ai aucun diplôme dans mon métier. J’ai été choisie par amitié.
J’ai toujours travaillé avec des gens que je connaissais plus ou moins, inscrits dans un circuit relationnel. Toujours en temps qu’intermittente.
Pour les projets que je mets en œuvre moi-même, je me fais « héberger par une association » "

Delphine Bradier :
« Après cinq ans d’études, j’ai obtenu un DESS de consultant culturel. J’ai posé des candidatures auprès d’organismes culturels. J’ai obtenu mon premier emploi à la Ferme du Buisson au service des Relations avec les publics. »

Aurélie Sellier :
« J’ai un DEA d’histoire de l’art. Je voulais travailler avec les publics. J’ai été engagée à la Ferme du buisson. Pour ce type d’emploi, en première embauche, il n’y a quasiment que des contrats emploi-jeune. Ce ne sont que des contrats permanents. Pour ce type d’emploi dans les structures culturelles comme les scènes nationales, les postes sont permanents. »

Arnaud Didierlaurent :
« Les lieux n’ont pas les moyens de vous salarier si vous n’êtes pas emploi-jeune. »

Jean Boillot :
« Cet alinéa évoqué plus haut liant votre contrat au renouvellement d’une subvention me semble illégal »

Arnaud Didierlaurent :
« C’est une sorte de parade de la part des employeurs pour créer de nouveaux postes qu’ils rendront pérennes ensuite. »

Jean Boillot :
« Évidemment, cela permet de créer des postes qui n’existaient pas avant. 80% du SMIC est pris en charge par l’état. Les syndicats se sont inquiétés d’une mise en concurrence avec des gens qui ne peuvent plus prétendre à un emploi-jeune »

Jeff :
« J’avais un contrat emploi-jeune à la Cathode à Bobigny que j’ai quitté. Ils faisaient tourner des gens sur un même poste, en cassant le contrat avec une personne pour mettre ensuite une autre personne sur ce même contrat . »

Stéphane Olry :
« Les coopératives de diffusion vidéo fonctionnement beaucoup grâce aux emploi-jeune. Une réunion a eu lieu à cette égard en décembre dernier rassemblant des diffuseurs vidéos inquiet de voir supprimer les contrats-emploi-jeune qui leur permettent tous de faire tourner la structure. »

Jean-Christophe Marti :
" une étude est en cours sur l’impact des emploi-jeune, créés par Lionel Jospin. Cette disposition a été très critiquée à l’origine, car on l’accusait d’inciter à la création artificielle d’emplois. Je constate que la mort de ce dispositif correspond à la fin des annexes 8 et 10 et je suis surpris que nul n’ait associé ces deux réformes dans nos débats : il me semble que les deux crises peuvent se correspondre.
Des personnes surqualifiées ont accédé à ces premiers emplois : que va-t-il se passer pour les gens qui arrivent juste après eux ? Nous ne nous sommes pas assez posé ces questions. "

Corine Miret :
« Nous avons rencontré Danièle Bré qui dirige le théâtre Antoine Vitez qui est inclus dans la faculté d’Aix en Provence. Elle nous racontait que si les étudiants dans les années 70-80 se dirigeaient vers les filières scientifiques, aujourd’hui ils s’orientent de préférence vers le secteur culturel et la psycho. »

Jean-Christophe Marti :
« Que va-t-il se passer à la fin des emploi-jeune dans les théâtres ? »

Delphine Bradier :
« Nous ne savons pas ce qui va se passer, ni pour nous (en fonction de la surqualification aussi), ni dans les théâtres, en général. »
(On reprend le tour de table en réponse à la question 1)

Guillaume Blaise :
« Je suis percussionniste. J’ai fait mes études au conservatoire de Versailles où j’ai obtenu un prix d’honneur de percussion en 1983. Çela fait 18 ans que je suis intermittent indemnisé. J’ai raté trois concours que j’ai présentés pour postuler à un emploi permanent dans un orchestre. Les seuls postes permanents sont dans les grands orchestres. Dans mon orchestre principal actuel, la moitié d’entre nous sont aussi professeurs. »

Sophie Lecarpentier :
« L’intermittence n’est donc pas un choix idéologique pour toi ? »

Guillaume Blaise :
« En fait, à mes débuts je ne me suis pas posé la question, puisque le fait de passer d’un employeur à un autre et d’un projet artistique à un autre, est l’essence même de ce que l’on appelle actuellement l’intermittence ; aujourd’hui, j’avoue être las des tracasseries de l’assedic , des revenus irréguliers et des problèmes très terre à terre que ce mode de vie implique. Je reviens maintenant à ta question que je trouve assez curieuse car dans nos métiers, on a forcément un mode de vie et de réflexion artistique intermittents, même quand on a un poste permanent et je ne voie pas bien ce que l’idéologie vient faire là. Par contre, je pense que le fait d’être indemnisé par nos annexes de façon régulière et pendant plusieurs années de suite m’a un peu » endormi « et que j’aurais sûrement pris plus de risques et d’initiatives personnelles si j’avais du me contenter de mes seuls cachets. »

Daniel Lévy :
" J’ai une formation d’électricien BEP/ CAP. J’ai travaillé pendant un an dans une compagnie de danse. Et ensuite de manière intermittente pour plusieurs compagnies. Ça me convient. Je refuserais d’être permanent.
J’aime changer, j’aime bouger. Je peux me donner la liberté de recommencer ailleurs "

Sabine Macher :
« Donc tu as autant de travail que tu veux ? »

Daniel Lévy :
« J’ai une offre d’emploi assez élevée, ce qui me permet de choisir. »

Magali : « Je suis actrice. J’ai l’impression de n’avoir pas eu le choix entre permanence et intermittence. J’aurais pourtant aimé faire cette expérience de la permanence. Un comédien permanent connaît l’intermittence dans le fait de passer d’un spectacle à l’autre. »

Xavier Marchand :
« J’ai eu dès le début la chance de faire partie d’une troupe permanente que j’ai quitté sans même savoir qu’existait un statut d’intermittent. J’ai fondé ma compagnie il y a maintenant 10 ans comme metteur-en-scène. La compagnie s’est installé à Marseille où le Conseil Général offrait de quoi engager un poste administratif permanent. Moi, je suis toujours salarié intermittent de la compagnie. Je viens de proposer à la personne qui a ce poste permanent administratif de voir son emploi modulé selon le travail qu’il y a à faire. C’est un accord moral entre nous. Mais je constate que si moi, qui suis intermittent, je n’insuffle pas de façon permanente de l’activité rien ne se passe dans la compagnie : c’est un paradoxe. »

Arnaud Didierlaurent :
« J’ai redémarré à zéro après des études scientifiques. J’ai cumulé plusieurs petits boulots dans le domaine culturel. Au départ, je trouvais que l’intermittence était épanouissante, mais assez vite ça m’a déstabilisé, car je me demandais ce qu’était mon métier. J’ai donc fait une formation d’administrateur de 6 mois au GRETA. J’ai eu ensuite plein de statuts différents, comme par exemple salarié permanent dans une boîte qui faisait de la prestation de service pour des compagnies. Je me suis à nouveau posé beaucoup de questions. J’ai voulu me mettre à mon compte comme administrateur. J’avais le statut de travailleur indépendant. Au bout d’un an j’ai voulu embaucher quelqu’un, ça a assez mal marché. J’ai retraversé une période de chômage au régime général. J’ai ensuite monté ma propre SARL, d’administration. Je pouvais ainsi travailler pour plusieurs compagnies et aménager mon temps de travail selon les rythmes de chacun. Je travaillais comme permanent dans ma SARL. Cela me paraissait être de l’abus d’être intermittent. Cette SARL était un compromis entre être permanent et la liberté de pouvoir travailler pour qui je veux car j’ai mon propre outil de travail. Aujourd’hui, je constate que les compagnies pour lesquelles je travaille n’ont pas les moyens de me salarier de façon permanente. Depuis janvier je refais donc mes heures pour redevenir intermittent. Je suis donc obligé de lâcher ce principe d’être permanent. J’ai effectivement coûté plus cher aux compagnies quand j’étais permanent. Mais il faut me semble-t-il défendre ces coûts du travail, pour les techniciens comme pour les administratifs. Je revendique le travail administratif que je dois effectuer pour les compagnies auprès des théâtres. Pour des postes comme le mien, j’aurais tendance à militer pour la permanence. Ce n’est pas le cas pour les artistes. »

Valérie Blanchon : « Depuis dix ans, j’ai toujours été comédienne et intermittente. Comme je travaillais beaucoup, je prenais ça comme un luxe au début, je n’y pensais pas trop. Maintenant j’y tiens beaucoup, car j’essaie de continuer à me balader dans des endroits plutôt institutionnels qui défendent maintenant des troupes permanentes, ce qui ne me tente pas. Je ne pourrais pas si on me le proposait : pour moi c’est vital de choisir, de me balader. Quand je vois les exemples de théâtres permanents, ça ne me donne pas envie. »

Jeff :
" J’ai une formation professionnelle polyvalente, mais je fais toujours des stages dans l’animation socio-culturelle. Actuellement, je prépare un DEFA (diplôme d’état aux fonctions d’animations). Suivant l’angle selon lequel on veut travailler, ces outils s’adaptent très bien. Je suis un animateur socio-culturel qui travaille sur le domaine culturel, je me trouve donc dans des antagonismes culturel/Socio-culturel qui se renvoient les uns aux autres. Il y a beaucoup de points communs et des choses à faire ensemble. J’ai un travail intermittent mais je suis au régime général.
Dans la fonction publique, il y a une filière animation, j’ai la possibilité de passer des concours. Le choix de l’activité permanente ou intermittente se pose donc. C’est un choix personnel. "

Catherine Vinadier :
« Après des études de comédienne au conservatoire de Paris, j’ai été JTN(jeune théâtre national), puis j’ai travaillé régulièrement jusqu’à maintenant en tant qu’intermittente ; J’ai eu récemment plus ou moins une proposition pour une troupe permanente, et je commence à me poser la question. Si le projet artistique me plaît, je suis prête à travailler à plus long terme. »

Sophie Lecarpentier :
" Je suis un peu dans le cas de Xavier. J’ai une compagnie où le seul poste permanent est celui de l’administrateur. Je me pose des questions sur la permanence : je la souhaite souvent, puis je m’aperçois que je suis incapable de l’assumer. je veux par exemple travailler à mes propres horaires.
Est-ce logique que les seuls frais fixes de la compagnie soient des frais administratifs ? la SARL qui gère ma compagnie ainsi que six compagnies est très fragile, je ne peux plus payer ses services si je n’ai pas d’aide au fonctionnement.
Si on me proposait un poste de permanent ou une résidence dans un théâtre en tant que metteur en scène, je pense que j’accepterais. "

Jérôme :
" J’ai fait plein de métiers différents. Je viens du théâtre du mouvement, du théâtre gestuel. J’ai fait les formations Grotowski. J’ai tout de suite travaillé dans une troupe permanente qui se maintenait car chacun trouvait des revenus extérieurs. Puis dans des compagnies où la structure ou le lieu était plus important que le projet artistique lui-même. La question de permanence ou d’intermittence ne se posait pas vraiment. J’ai travaillé à l’étranger, dans des pays (notamment en Amérique du Sud) où la vrai question était l’autonomie et le choix de vie. Les comédiens cultivaient leurs tomates pour vivre. Quand je suis revenu en France, avoir le régime d’intermittence m’était nécessaire pour alterner des projets institutionnels et d’autres choses qui me plaisaient plus.
Aujourd’hui, nous sommes dans une économie de projets. Permanence/intermittence ne veut pas dire grand chose dans ce cadre-là : le problème est comment vivre dans cette société où des équipes s’agrègent autour de projets éphémères. Ce qui est central, c’est la question du choix. Comment réunir les conditions pour pouvoir avoir le droit de choisir les projets dans lesquels nous voulons nous inscrire. "

Juliette Wagmann :
" Je suis comédienne, j’ai fait des études, j’ai fini dans le bureau technique d’un lieu. Quand on m’a proposé un poste, j’ai choisi d’être au plateau. Je suis intermittente mais je travaille majoritairement pour la même compagnie depuis 4 ans. Ça me permet des choix en terme de temps, ça me donne l’illusion de pouvoir dire je m’en vais. Voilà la question que je me pose : dans les structures, quel lien s’établit entre les permanents (administratifs ou techniques) et les intermittents ?
Ça me pose question que les administratifs se sentent plus vers la permanence, les artistes plus vers l’intermittence. Je suis permanente de fait, parce que je travaille essentiellement pour une compagnie mais je ne sais pas si je veux quitter le statut de l’intermittence.

« Stéphane Olry :
 » Je n’ai jamais suivi d’école de théâtre. À 18 ans, j’ai monté ma compagnie en tant que metteur en scène. Ensuite, je suis monté sur scène, mais ma formation, je l’ai faite sur le tas, au dépend des metteurs en scène qui m’ont dirigé. L’unique autre expérience professionnelle que j’ai expérimenté est d’avoir été pigiste aux pages culture du journal Le Monde. J’étais très jeune, et parfois, je pense que c’était un autre monde que le monde d’aujourd’hui. Le travail commençait à 6 heure du matin. On voyait les dépêches arriver par télex, les journalistes taper leur papier ou le dicter par téléphone aux dactylo. Les feuillets descendaient des étages, passaient aux secrétariat de rédaction, puis par les mains des correcteurs, des typographes. Le journal était imprimé dans les sous-sol du bâtiment. À dix heures du matin, les rotatives se mettaient en marche, à midi, on pouvait saisir le journal dont l’encre séchait juste. Dans le métro, l’après-midi, je voyais les voyageurs lire le journal. Donc, je voyais le travail s’accomplir, et c’était très satisfaisant. J’avais beaucoup de mal en revanche à supporter les horaires, la subordination encore que mes supérieurs étaient des gens très respectables. Je ne suis donc pas resté.
Depuis lors, j’ai toujours été intermittent en montant mes propres spectacle, et très rarement en jouant dans les spectacles des autres. Mais j’avoue avoir un problème récurrent de conscience par rapport à mon emploi du temps. Est-ce que je travaille assez au regard par exemple des subsides que je touche de la collectivité ? Comme je travaille un peu tout le temps, j’ai du mal à savoir quand et où finit mon travail. Je me suis fait longtemps violence pour m’imposer de travailler à des heures précises. J’ai longtemps senti que mon activité était en dichotomie avec le rythme général de la société. Aujourd’hui cette arythmie a tendance à s’atténuer, puisque de plus en plus de gens travaillent sur des rythmes irréguliers. Cette évolution générale ne me satisfait pas non plus vraiment.
Je n’assume enfin pas très bien de travailler uniquement pour la Revue Éclair et de ne pas être permanent. Je remarque que moins on joue, plus ça coûte cher, en frais de fonctionnement car la Revue Éclair tourne à vide, ne produisant que du papier. En ce sens, je constate avec Jérôme que nous sommes vraiment passés dans une économie de projet."

Jean Boillot :
" Ces témoignages sont très intéressants mais recoupent des réalités très disparates. Je voudrais faire remarquer que les permanences artistiques, techniques et administratives sont très différentes.
Chacun des types de permanence mériterait une série de rencontres particulières...
Je suis metteur en scène, directeur de compagnie. Je suis actuellement employé à mi-temps par l’Éducation Nationale , dans un cadre d’enseignement universitaire. J’ai un CDD de 3 ans (intéressant pour le domaine culturel à mon sens) de professeur associé à temps partiel : j’enseigne donc dans mon domaine.
Puisque la permanence est une réalité pour moi : j’essaie de trouver des solutions pour créer des mi-temps au sein de ma compagnie. J’essaye d’inventer de nouvelles manières de travailler qui se mettent en place comme créer de la permanence à temps partiel.
Il est vrai que j’ai la chance d’être conventionné.
J’envisage aussi de travailler sur plusieurs régions. La permanence permet de s’inscrire sur un territoire. L’idée de permanence me permet de me reposer la question du territoire et du rapport au spectateur. "

Valérie Blanchon :
« Pour moi être liée à un territoire n’implique pas la permanence. Par exemple l’implantation de Frédéric Fisbach au studio-théâtre de Vitry n’a pas créé de poste permanent. Personnellement, je travaille deux mois par an salariée là-bas. »
Le premier tour de table ayant pris plus de temps que prévu, on propose de passer directement au point 3 : « Intermittents, permanents, où et quand nous rencontrons-nous concrètement ? »

Sabine Macher :
" Dans la compagnie dans laquelle je travaille (la Liseuse, dirigée par Georges Appaix), le chorégraphe, l’administratrice et un emploi-jeune sont permanents. Les 3 emplois permanents coûtent aussi chers que les intermittents qui y travaillent. Je travaille dans cette compagnie depuis 18 ans dans une continuité artistique, et la compagnie a aussi bâti son identité avec mes apports, mais je n’ai aucune maîtrise dans la poursuite de ce travail, et je dois toujours attendre qu’on m’invite à danser. Mon seul pouvoir est de pouvoir dire non à un projet.
Il y a une chose dont je voudrais parler mais qui n’a rien à voir avec l’ordre du jour.
Nous avons joué il y a un mois (le 25 février) au théâtre de Cavaillon. (Il y a un an nous avions fait grève à Evry le 25 février). Il devait y avoir une intervention du comité du 25 février d’Avignon. Nous étions dans les coulisses, juste avant de jouer et j’entend le directeur du théâtre qui invite tout le public à rejoindre le comité pour crier une fois par semaine à Avignon. Une voix a demandé : pourquoi on le fait pas maintenant ? et ça s’est fait : toute la salle s’est mise à crier pendant une minute. Ça m’a étonné, que ce soit le directeur du théâtre qui ait pris cette initiative car c’est rare. "

Jeff :
« Mon parti-pris est d’être pour l’intermittence. Je trouve qu’on fait du bien meilleur travail quand on tourne sur plusieurs structures. On peut s’engager sur le long terme (3, 4, 5 ans), puis laisser sa place au bout d’un moment, faire un passage de relais. »

Jérôme :
« Je trouve dramatique qu’on en arrive au choc de l’intermittence et de la permanence. J’ai déjà raconté qu’à la coordination nationale, un jour deux jeunes filles ont levé le doigt, en disant » On peut dire un truc ? On est permanentes dans un théâtre ". Elles n’osaient pas parler à la coordination parce qu’elles étaient permanentes. On confond permanence de l’emploi (contrat) et permanence artistique. Il faut poser la question du lieu : par exemple aux Laboratoires d’Aubervilliers, on a besoin d’intermittents dans la permanence. Dans des grosses structures surtout en province, il y a des gens qui ne travaillent pas là parce que le projet artistique leur plait mais parce qu’ils habitent là, tout simplement. Il y a aussi des projets qui ont besoin de lieux pour exister à long terme. Et il y a enfin des projets qui se définissent sans attache à un lieu.
Il faut rappeler que l’intermittence n’est pas un métier mais un rapport à l’emploi.
Au reste, c’est bien que certains administratifs puissent être mobiles aussi. "

Arnaud Didierlaurent :
« Je suis bien d’accord. Il ne faut pas mélanger l’intermittence comme pratique et l’intermittence comme rapport à l’emploi. »

Sophie Lecarpentier :
« Il faut regarder comment on travaille ensemble. Comment on se présente quand on est accueilli dans un théâtre par exemple auprès des permanents. La charte de Saison en Lutte m’a fait découvrir les équipes permanentes des théâtres dans lesquels j’avais l’habitude de jouer et que je n’aurais jamais vues si cela n’avait pas été stipulé dans la charte. Il faut enfin parler du problème des 35 heures dans nos rapports avec les permanents. »

Jean-Christophe Marti :
« Un jour, j’ai demandé aux équipes administratives de Bobigny d’assister à une répétition d’un spectacle dont je faisais la musique. C’était un peu » rencontre du 3è type " . Il y a une sorte d’interdit à montrer un travail en cours à une équipe qui va devoir le défendre. Il y a une gêne dans la relation entre intermittents et permanents : au bout d’un moment, on m’a fait comprendre que je distrayais les équipes du théâtre en allant dans les bureaux.

Aurélie Sellier :
« Nous en tant que chargées des relations publique, nous avons des contacts assez irréguliers avec les artistes. On a des contacts avec ceux qui montent des projets sur le territoire (action artistique) mais c’est tout. On est peu au courant de ce qui se passe sur le plateau. Ça nous manque, on le demande, on ne l’obtient pas. Les artistes sont en contact avec la technique, avec les directeurs et le service communicationmais c’est tout. »

Daniel Lévy :
« Effectivement, comme éclairagiste je ne rencontre jamais les gens qui travaillent dans les bureaux. »

Valérie Blanchon :
« Où se situe le blocage ? »

Aurélie Sellier :
« La direction fait souvent blocage. »

Jean Boillot :
« Mais par exemple, quand vous allez voir un spectacle, est-ce pris en compte sur votre temps de travail ? »

Aurélie Sellier :
« Non. »

Jean Boillot :
« Même s’il est présenté à la Ferme du Buisson ? »

Aurélie Sellier :
« Si tu fais l’accueil, ce n’est pas compté comme temps de travail. Parfois, on peut être missionné pour aller voir un spectacle qu’on va accueillir. Là, c’est un temps compté comme temps de travail. »

Stéphane Olry :
« J’ai remarqué que plus la maison est grosse, plus les relations sont difficiles avec les personnels permanents. A l’Odéon, quand tu viens jouer, tu embêtes tout un petit monde qui vivrait très bien en autarcie. Il y a aussi, et on le dit moins, souvent un » esprit maison « qu’on heurte avec nos propositions artistiques dès qu’elles sortent de ce que les permanents ont l’habitude de faire. Quand ça se passe mal, le directeur écarte les bras et nous dit : » notre équipe n’a pas su s’emparer de votre travail, ça ne correspond pas à l’esprit de la maison ".
C’est une vrai difficulté de trouver la bonne manière de travailler ensemble, car nous ne sommes pas sur les mêmes urgences. "

Sophie Lecarpentier :
« C’est lié aux horaires. Les intermittents ont pour caractéristique de ne pas avoir d’horaires. On ne fait aussi pas l’effort en tant qu’intermittent d’aller dans les bureaux. Il faut le faire plus. »

Daniel Lévy :
« Mais le plateau devrait être le centre, le lieu où on se rencontre, non ? »

Stéphane Olry :
« Pas uniquement. Par exemple, nous sommes restés un mois au théâtre Garonne pour donner un stage et des spectacles de lecture. Comme il y avait d’autres équipes artistiques, le directeur avait installé une cantine dans le hall du théâtre où nous nous retrouvions. Un matin, l’équipe du théâtre s’est rassemblée autour d’une grande table pour faire un mailing. Nous n’avions rien à faire, alors nous leur avons donné un coup de main, et quand les stagiaires sont venus nous demander des conseils pour la lecture du soir, nous leur avons proposé de lire leurs textes (Céline, Borchert, Sun Tzu) aux équipes du théâtre pendant qu’ils faisaient le mailing. »v

Jérome :
« C’est comme la lecture dans les usines de cigares à Cuba. »

Stéphane Olry :
" Bon, ça c’est fait comme ça. Mais, chaque fois que nous rencontrons des gens du Théâtre Garonne, ils nous rappellent cette matinée. J’ai l’impression qu’elle les a presque plus marqué que le spectacle. Ça prouve à quel point cette rencontre est rare. J’ai l’impression que dans une scène nationale, il y a plus de jours où il n’y a pas d’artistes dans la maison que de jours où il y en a. On est tout le temps de passage, tout nous pousse à être de passage de moins en moins longtemps. Quand on passe dans des théâtres, on est des météores.

« Valérie Blanchon :
 » Cette anecdote raconte aussi tout d’un coup le partage d’un objet de travail. "

Juliette Wagmann :
« À l’inverse, dire : on est là, venez voir ce qu’on fait dans les bureaux, ce n’est pas évident. C’est aussi dur quand on est dans les bureaux d’aller voir les artistes qu’on ne connaît pas. »

Jeff :
« Je suis stupéfait d’entendre ce que vous dîtes sur comment ça se passe dans les théâtres quand vous y jouez. »

Jean-Christophe Marti :
" Cette rencontre est parfois ritualisée dans les pots d’accueil.
Cette division de fait nous renvoie à une division symbolique entre l’artistique et le reste. Le directeur a un jugement sur le travail artistique, donc il a une parole à partager avec les artistes. On remarque au reste que généralement, il retarde au maximum le moment de cette parole (le soir de la générale souvent) de crainte de la dévaluer. La politique « d’excellence culturelle » du ministère de la Culture essaie d’accentuer ces divisions entre les artistes et les autres. "

Sabine Macher :
« Moi, quand je prépare un spectacle, j’ai surtout envie d’être seule et que le théâtre soit vide et que personne ne vienne me voir dans le théâtre. Cela dit, il y a d’autres lieux que le plateau et les bureaux : les jardins, le bar... »

Magali :
" Là, j’ai l’impression qu’on noircit le tableau. J’ai eu dernièrement l’expérience d’un accueil à l’occasion d’un spectacle qui jouait un seul soir à Chelles assez exceptionnelle. Mais, c’est vrai que si je viens pour une journée dans un théâtre en tant que comédienne, d’ordinaire je ne vais pas dans les bureaux.
Autre contre-exemple : Au théâtre de la Bastille, au bout de quinze jours, l’équipe du théâtre est venue voir les répétitions. "

Stéphane Olry :
« J’aimerais reposer la question de l’utopie. Comment aimerions-nous travailler ensemble entre intermittents et permanents ? Je ne pense pour moi qu’un tel partage n’est possible à mettre en œuvre que sur du long terme. »

Arnaud Didierlaurent :
« Je remarque que souvent la scission est déjà faite avant d’arriver dans le théâtre. par exemple quand on nous demande en toute urgence six mois avant la création d’un spectacle d’envoyer un » visuel « , alors que l’artiste ne sait absolument pas à quoi le spectacle va ressembler. Les compagnies envoient alors bouler les gens des théâtres qui essaient de s’intéresser en amont au projet. »

Sophie Lecarpentier :
« C’est décidément une question de temporalité. »

Arnaud Didierlaurent :
« Les chargés des relations publiques dans les théâtres connaissent bien leur spectateurs, c’est concret et les compagnies ça les ennuie de s’y intéresser quand on leur demande un visuel ou un texte, car cela est très abstrait pour eux tant qu’ils ne sont pas sur place. »

Juliette Wagmann :
« Les intérêts ne sont pas situés aux mêmes endroits. Il n’y a pas d’intérêts communs réellement définis. »

Guillaume Blaise :
« J’ai un autre témoignage contradictoire. Dernièrement, nous devions rester deux mois dans un théâtre. C’etait une grosse production : l’Opéra de Quat-sous. Le directeur a fait un pot le premier jour de l’arrivée de l’équipe avec toute l’équipe du théâtre. Le projet commun était clairement identifié. C’était le spectacle. Tout dépend comment la direction présente les choses. »

Jean Boillot :
« Tout ça se situe vraiment uniquement là ? Moi, je crois que c’est bien de passer de l’autre côté de la barrière. En tant que directeur d’un festival je suis obligé de voir les choses des deux côtés. C’est la quadrature du cercle, car les équipes permanentes ne peuvent parfois pas suivre les rythmes de programmation. Les équipes sont dans des systèmes de productivité où ils se font eux-mêmes piéger et n’en sont pas contents. Ils deviennent par conséquence très revendicatifs sur les 35 heures. »

Valérie Blanchon :
" Bon, quand on est en création pendant deux mois dans un théâtre, et qu’on ne voit pas les personnels de l’équipe du théâtre, que faire ? Est-ce possible que ce temps de rencontre soit pris sur leur temps de travail ? Ont-ils réellement ce temps ?
Au théâtre de la Colline, par exemple les Relations Publiques ont fait un boulot formidable sur Tchékhov. Leur dossier contenait des textes que nous ignorions, c’était un vrai travail de fond. Et ce dossier a été distribué aux profs, aux relais, mais aucun de nous qui bossions sur le spectacle n’en avions eu connaissance. "

Jean Boillot :
« Prendre ce temps de rencontre avec les compagnies, signifie réduire l’activité administrative du théâtre. Ou alors cela signifie augmenter les équipes si ce temps est pris sur le temps de travail. »

Jérôme :
« Ça vaudrait le coup de faire une enquête sur cette question de la gestion du temps de travail dans les théâtres. »

Aurélie Sellier :
« Nous par exemple, nous sommes aux 35 heures, on peut faire jusqu’à 48 heures quand c’est nécessaire. On récupère les heures ensuite. La technique a des dérogations ponctuelles pour travailler jusqu’à 60 heures par semaine. »

Stéphane Olry :
« Comme l’a fait remarquer Jean Boillot, si nous demandons que les permanents travaillent plus en collaboration avec les artistes, cela aura un coût. Et si les budgets n’augmentent pas, on augmentera encore les charges administratives aux dépends de ce qu’on appelle » la marge artistique « . »

Juliette Wagmann :
« On a le droit de dire qu’il y a des chose avec lesquelles ont est d’accord ou pas. »

Catherine Vinadier :
" Qu’est-ce qui empêche un metteur en scène de proposer aux techniciens du théâtre de venir voir le spectacle plutôt que de travailler sur autre chose ? On peut imaginer un service technique uniquement pour montrer le travail, non ?
Par ailleurs, que les gens des bureaux ne viennent pas voir les répétitions ça ne me gêne pas. Le travail de répétition est spécial et fragile. "

On annonce que la coordination doit fermer ses portes. La réunion s’achève sans qu’aient été abordés les points 4 et 5 de l’ordre du jour.
La prochaine réunion aura lieu le lundi 5 avril 2004.
Le thème sera : « Évaluation, expertise : par qui et comment voulons-nous être jugés ? »
Jean-Christophe Marti, Corine Miret et Stéphane Olry en préparerons l’ordre du jour, en s’astreignant à ce qu’il soit moins copieux et plus précis que celui de ce jour.

Jérôme annonce que la revue « Multitudes » va publier un numéro sur l’intermittence et cherche des contributions (bouclage mi-avril)





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