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La CFDT en question


Par Etienne Adam, Claude Debons et Claire Villiers

Publié, le lundi 17 mai 2004 | Imprimer Imprimer |
Dernière modification : lundi 7 mars 2016


La CFDT va fêter ses 40 ans cette année. Nous ne serons pas des cérémonies officielles. Nous l’avons quitté après trois décennies d’engagement en son sein.

Pourtant la crise ouverte que connaît aujourd’hui cette organisation intéresse l’ensemble du mouvement syndical.

Après l’hémorragie des adhérents et surtout des militants créée par l’acceptation d’une réforme des retraites qui instaure la baisse des pensions comme moyen principal d’équilibre financier du système, le jugement du tribunal de Marseille - rétablissant leur allocation à 35 chômeurs qui en avaient été privés par le dernier accord UNEDIC- sonne comme une nouvelle condamnation de la stratégie confédérale.

Cette crise réactive un débat sur la CFDT et le syndicalisme. Dans ces colonnes, Pierre, Jeannette, François, Bruno et les autres ont posés des « questions à la CFDT » ; Ces « anciens responsables connus pour se situer dans la majorité de la confédération » dressent- tardivement - un constat sévère sur la CFDT : « agence sociale, syndicat officiel, en retrait de la plupart des mouvements sociaux, approche gestionnaire, logique comptable ou financière, stigmatisation des populations, approche technocratique surdéterminée par la lecture économique dominante », voilà des termes forts que nous n’avions même pas utilisés, même si nous les partageons pour l’essentiel- quand nous animions l’opposition interne.

Il est révélateur que cette contribution ne soit signée que par des « anciens » et qu’aucun responsable en exercice ne se soit exprimé. Depuis 15 ans, toute expression critique conduit à l’excommunication, ne laissant le choix dans les sphères dirigeantes qu’entre deux attitudes : la critique silencieuse inaudible ou la contestation publique pour se faire entendre de l’extérieur. Les premiers « majoritaires critiques » et les seconds « opposition de gauche » n’ont convergé qu’à une seule occasion, lors du congrès de Montpellier qui avait mis en minorité de Nicole Notat. Ni les uns, ni les autres n’ont réussi à peser : l’accompagnement « social » du recentrage confédéral n’a pas arrêté la marche au social libéralisme. L’opposition ouverte de Tous Ensemble n’a pas créé une alternative. La direction confédérale a gagné sur la division de ceux qui à partir de valeurs communes et de démarches différentes n’ont pas construit une synthèse majoritaire. Les premiers se sont ralliés ou sont partis sur la pointe de pieds, les seconds ont claqué la porte. Ce n’est pas de ceux qui restent que viendra le « mouvement pour se porter à la hauteur des questions qui se posent à la CFDT et à l’ensemble du mouvement syndical ».

Il a fallu de nombreuses années pour le libéral-syndicalisme confédéral se substitue complètement à la culture historique de la CFDT. François Chérèque est l’héritier d’un système et d’une idéologie patiemment construits sous l’égide d’Edmond Maire puis de Nicole Notat. L’acte officiel de naissance, le recentrage de 1978, ne fut pas, reconnaissons le, perçu par tous. Les jalons suivants ont été nombreux et de plus en plus éclairants. Le changement de cap confédéral sur la précarité dès 1981, l’appel à la rigueur lancé par Edmond Maire depuis le perron de l’Elysée en 1983, l’abandon du socialisme autogestionnaire et la grève déclarée « archaïque » du milieu des années 80. En 1986 la manifestation après la mort de Malek Oussekine fut déclarée « sans objet ». La confédération intervenait publiquement dans le dos de ses fédérations pour appeler à la reprise lors des grèves des cheminots (1986) puis des finances (1989) et excluait les régions CFDT Santé et PTT d’Ile de France, coupables de grèves intempestives. Les années 90 verront un discours d’adhésion à la mondialisation libérale et l’approfondissement de la coupure avec tous les mouvements sociaux ( chômeurs, sans logis, sans papiers, féminisme ?) Les luttes sociales sont de plus en plus dénigrées avec un sommet en novembre décembre 1995 présenté ensuite par Nicole Notat comme le passage à l’acte d’une stratégie syndicale réfléchie de longue date » Anticipant la réforme de 2003, la CFDT signe en 2001 un accord sur les complémentaires dont le préambule appelle à une réforme du régime des retraites.

On connaît la suite au printemps dernier avec le ralliement de Chérèque à la réforme Fillon.

Réforme des retraites et indemnisation du chômage illustrent avec une particulière acuité ce ralliement à la vision libérale au détriment des intérêts des salariés et des chômeurs. Dès 1992, la CFDT signait un accord instaurant la dégressivité des allocations chômage et inaugurait sa cogestion de l’UNEDIC avec le patronat. Les arguments utilisés à l’époque par Notat fleurent bon le discours patronal/libéral sur les chômeurs soupçonnés de ne pas vraiment rechercher un emploi et qu’une sévère réduction de leurs moyens d’existence allait inciter à plus d’efforts ! Avec la pénurie d’emplois, la précarité, ce furent la montée de l’exclusion mais aussi des travailleurs pauvres, obligés d’accepter n’importe quel emploi. Cette même logique de culpabilisation/répression des chômeurs traverse les accords suivants - le PARE présenté comme une aide est surtout un contrôle accru- jusqu’à aujourd’hui le « recalcul » des indemnités et la responsabilité des chômeurs qui vont valoir leurs droits dans la « faillite » de l’UNEDIC. Les chômeurs et leurs préoccupations sont devenus étrangers à la CFDT : le cri du c¦ur de Francois Chérèque « je suis content pour les chômeurs ?mais c’est une catastrophe pour l’Unedic » révèle cette rupture ; la CFDT étant co-gestionnaire de toutes les régressions des droits des chômeurs depuis dix ans.

Pour les retraites les mesures pour les plus faibles (smicards, carrières longues) sont financées par la baisse sévères des pensions du plus grand nombre. La direction de la CFDT considère que l’on ne peut pas modifier sensiblement la répartition des revenus, qu’il n’y plus de marges pour faire progresser des droits sociaux pour tous. Les seules possibilités se résument désormais à redistribuer entre salariés, entre actifs et retraités et non plus entre revenus du capital et revenus du travail. Les droits sociaux se voient ainsi remplacés par des mesures d’inspiration caritatives pour les plus défavorisés.

Le réformisme CFDT d’aujourd’hui n’est pas celui de la réforme au sens historique du mouvement ouvrier , cherchant à faire contrepoids au patronat et à améliorer progressivement la situation des salariés qu’il représentait. C’est la réforme au sens libéral de « Vive la crise » qui depuis le milieu des années 80 a mis en cause les droits des salariés comme « rigidités » principalement sociales, empêchant la « modernité ». Elle se mêle à un retour à l’alliance capital- travail de la CFTC, prétendant gérer le social par les corporatismes émancipés de la tutelle de l’Etat. Considérer comme intangible, dans le cadre du capitalisme globalisé l’actuel partage des riche ses, c’est se condamner à accepter les reculs sociaux que ­selon le patronat et les idéologues libéraux- les salariés doivent consentir pour permettre une insertion compétitive de l’économie française dans la mondialisation libérale.

Au bout de ce processus, la culture héritée de « Reconstruction » de Mai 68 et des années 70 a été détruite, remplacée par un prêt à penser à la mode idéologique dominante. Un appareil centralisé s’est construit, de plus en plus insensible aux secousses extérieures, et verrouillant l’organisation. L’élaboration collective a cédé la place à la bonne parole tombant d’un bureau politique vers des syndicats réduits à la mise en oeuvre. L’ouverture à la réalité vivante des dynamiques sociales s’est muée en un splendide isolement dans des certitudes idéologiques. Les luttes sociales ne sont plus le moteur de la transformation sociale, mais l’empêcheur de réformer en paix.

La CFDT que nous avons construit et aimé, n’existe plus. On peut regretter les occasions manquées mais il ne sert à rien d’entretenir les illusions. Pour nous l’avenir est ailleurs.


Etienne ADAM est ancien secrétaire général de l’Union Régionale Interprofessionnelle CFDT de Basse Normandie.

Claude DEBONS est ancien secrétaire général de la Fédération Générale des Transports et de l’Equipement FGTE CFDT.

Claire VILLIERS est ancienne secrétaire nationale de la CFDT ANPE





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