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Compte-rendu de la réunion de synthèse des lundis de saison en Lutte, le 3 mai 2004

Publié, le dimanche 16 mai 2004 | Imprimer Imprimer |
Dernière modification : dimanche 16 mai 2004


Compte-rendu de la réunion de synthèse des lundis de Saison en Lutte lundi 3 mai 2004

Stéphane Olry préside la réunion. Il en rappelle le thème : « Quelle stratégie de lutte et de résistance ? ».
Il précise ensuite l’ordre du jour

- 1 : d’abord présenter des synthèses des réunions précédentes

- 2 : ensuite poser la question de comment inventer les propositions d’une réforme du système de production et de diffusion des spectacles en France.

- 3 : enfin examiner comment agir au sein des Festivals l’été prochain afin que ceux-ci se transforment en lieux de lutte, de réflexions et de propositions.

Il rappelle que cette réunion clôt un cycle de six lundis au cours desquels nous avons tenté de poser des questions conflictuelles partageant nos professions.

- « Annexes 8 et 10 ou annexe unique. Artistes et techniciens, que partageons-nous, qu’est-ce qui nous sépare ? »

- « Après le 1° janvier 2004, quelles conséquences, quelles »adaptations nécessaires« pour les compagnies ? »

- « Permanents et intermittents qu’avons-nous à faire ensemble ? »

- « Évaluation, expertise : par qui et comment voulons-nous être jugés ? »

- « Spectateurs, public, audience : pour qui jouons-nous ? »

Sont présents à la réunion :
Jean-Christophe Marti, compositeur
Raphaële Trugnan
Guillaume Rannou, comédien
Jérôme Tisserand, comédien
Malika Kadri, comédienne
Sarah Chaumette
Jeff Lagoutte, animateur
Valérie Blanchon, comédienne
Bruno
Magali Montoya, comédienne
Nathalie Nambot, comédienne
Catherine Bot, monteuse
Guy Nicolas, comédien
Jean Boillot, comédien, metteur en scène
Stéphane Olry, auteur, comédien, metteur en scène
Juliette Rudent Gili, comédienne
Corine Miret, comédienne, danseuse


- Stéphane Olry présente ainsi qu’il en est d’usage un point lexicographique sur le mot « Synthèse » autour duquel sera centré la réunion.

Stéphane Olry :
« La synthèse : est » une opération qui procède du simple au composé, de l’élément au tout « . une citation de Claude Bernard nous entraîne directement dans le champ des sciences expérimentales »Il est admis en général que la synthèse reconstitue donc ce que l’analyse avait séparé, et qu’à ce titre la synthèse vérifie l’analyse. "
Une seconde acception est plus philosophique : " La synthèse réalise l’accord de la thèse et de l’antithèse en les faisant passer à un niveau supérieur ; réalité nouvelle qui embrasse la thèse et l’antithèse en un tout. « L’acception renvoie à la dialectique. Une dernière citation de Jean-Paul Sartre : » Il y a toujours plus dans la synthèse que dans la thèse et dans l’antithèse réunies « justifie toute assemblée démocratique. La décision démocratique prise après débat public est plus riche du débat qui l’a précédé que l’addition des idées de la majorité et de l’opposition. »


- Ce point lexicographique achevé, Stéphane Olry propose de passer au premier point de l’ordre du jour. Il invite chacun à présenter sa propre synthèse des précédentes réunions : c’est-à-dire
soit en indiquent les points marquants ou récurrents apparus dans les réunions précédentes,
soit les questions qui demeurent ouvertes ou à préciser.

Jean-Christophe Marti :
" La première chose qui me frappe est la forme de ces réunions. J’ai trouvé précieux de pouvoir se retrouver pour parler sans que soit établi de barrières à priori de métiers, ou de formes artistiques. C’est important et touchant. Mon envie est que ça perdure. La question que je me pose aujourd’hui est comment continuer ? Je constate un désir des institutions de se saisir des questions dont nous débattons. Mais il nous faut conserver la parole. Il faut continuer à revendiquer ce travail démocratique de base par rapport aux institutions. Cette agora est donc primordiale.
La seconde chose qui ma frappé au cours de ces réunions tourne autour des notion d’œuvre et de savoir-faire.
Cette réflexion commune m’a permis de clarifier l’idée que je pressentais que tous les artistes font une œuvre. Il me paraît primordial de défendre aujourd’hui l’idée que tous ceux qui participent à un spectacle font une œuvre. Pour moi un comédien, un clarinettiste écrit soir après soir une œuvre dont rien ne demeure, mais qui est une œuvre. C’est donc promouvoir des parcours artistiques et non pas des spectacles qui me paraît aujourd’hui essentiel. L’intermittence permettait cette continuité de l’œuvre par rapport à soi-même, aux institutions.
En ce qui concerne le savoir-faire, il faut à mon sens remettre en cause cette séparation entre ceux qui font œuvre et les autres. Un spectacle est en même temps une œuvre individuelle et commune. Le savoir-faire n’a rien à voir avec l’excellence, elle s’y oppose même. L’œuvre peut se passer de savoir-faire, elle invente son savoir-faire (comme dans les cas de Cage ou de Malevitch). Découpler l’œuvre et le savoir-faire c’est la modernité.
Cependant, le savoir-faire des techniciens est indispensable à l’œuvre, il participe d’une œuvre commune. Le problème du droit d’auteur m’apparaît donc aujourd’hui comme un problème majeur. Le droit d’auteur est soit trop étendu, soit trop restrictif. "

Jeff :
« l’idée qui me semble essentielle est celle d’une rencontre entre les corps de métiers. Pour moi c’est la récurrence entre les réunions. Je constate au reste que cette rencontre ne se fait pas sur les lieux de diffusion, les lieux de travail, les théâtres comme c’était l’idée au départ. Il n’y a pas de lieu qui existe formellement pour ça. Saison en Lutte le fait et c’est très bien. »

Jérôme :
" Je suis frappé à quel point les thèmes discutés dans la commission des chercheurs (excellence, validation, recherche fondamentale etc...) se retrouvent dans Saison en Lutte. L’idéologie de formation de pôles d’excellence comme celle des besoins de rentabilité se retrouve partout.
Il serait souhaitable donc de se retrouver avec ces commissions. Je suggère en conséquence d’organiser des rencontres sur la question de l’excellence, de la validation et de l’expertise avec les chercheurs.
Une autre chose qui m’a frappé, est la dichotomie entre les permanents et les intermittents, et quelle perception nous avons les uns des autres. Cette dichotomie nous emmenait sur un drôle de débat : il y aurait presque deux pays, deux espèces biologiques (intermittents et permanents),incapables de communiquer, alors que pour moi ces deux réalités sont plus poreuses. "

Catherine Bot :
" Je ne travaille plus dans le spectacle vivant mais plutôt du côté de l’audiovisuel dur (télévision), et parfois autour de spectacle vivant.
Il y a eu beaucoup de débats avec des gens de l’audiovisuel depuis l’été dernier. D’autres groupes de travail (dans le milieu du documentaire par exemple) se sont posés la question de la production et de la diffusion de la culture.
Je constate une difficulté à ouvrir les débats en dehors de leurs métiers dans ces groupes. J’y observe des réactions très corporatistes. Par exemple, j’ai participé à un groupe de réflexion sur le montage. Les points de vue y étaient abordés de façon cloisonnée entre professionnels de la même profession. On avait d’ailleurs abordé la question du droit d’auteur à cette époque.
Il y a aussi eu une tentative de débat avec les distributeurs dans le monde du documentaire, qui a été très violente. Les producteurs se réunissent entre eux et refusent le dialogue avec nous. La profession souffre de cette absence de dialogue.
La solution que je vois est de discuter ensemble des problématiques communes entre le spectacle vivant et l’audiovisuel, notamment au niveau du droit d’auteur et du public. Je trouverai précieux de faire venir des gens qui ne sont pas complètement verrouillés dans les circuits commerciaux et inventent d’autres modes de diffusion. "

Jean Boillot :
" Je n’ai pas été à toutes les réunions. J’ai été assez absent à la rentrée, lorsque s’est constitué Saison en Lutte.
Je reviens maintenant après un break.
J’ai eu personnellement une pratique très corporatiste en tentant au début de l’année de réunir quelques metteurs en scène. Cette initiative est morte d’elle-même, ce qui est significatif du mal qui nous ronge.
Ce qui m’a frappé dans les réunions de Saison en Lutte est la richesse, voire la profusion des points de vue sur les questions abordées. Cette profusion pouvait parfois se retourner contre elle-même et vider le débat de sa substance. J’ai parfois ressenti des sentiments de frustration de ne pas aller au bout des questions. Je ressens aujourd’hui la nécessité de préciser de plus en plus les thèmes de réflexion pour les réunions futures.
Par ailleurs ces réunions m’ont servi à préciser mes points de vue. Avoir eu des points de vue divergents est très important. Je préconiserai que nous essayions de mettre en place des groupes de travail plus pointus.
À mon sens, par exemple le sujet du doit d’auteur doit être un sujet de travail à temps plein pour un groupe ad-hoc.
Il nous faut parvenir à faire alterner le temps de la rencontre et le temps de la concrétisation. Il nous faut nous donner des objectifs concrets de réalisation, comme la charte par exemple. Enfin, les questions déjà ébauchées auraient intérêt à être prolongées.
J’ai observé aussi au cours des réunions préparatoires la difficulté de monter les ordres du jours des réunions. Mais aujourd’hui je vois une cohérence de ces six réunions. "

Jeff :
" J’ai aussi une critique : j’ai l’impression qu’on ne peut qu’ébaucher les problématiques à chaque réunion, et qu’on redémarre à chaque fois sur de nouveaux questionnements.
Pour la suite il nous faudrait arriver à sérier les problèmes pour avancer à chaque réunion. "

Stéphane Olry fait remarquer que cette question sera l’objet du second point de l’ordre du jour.

Magali :
" J’observe pour ma part que si les questions ne sont pas revenues à l’identique au cours des réunions, les mêmes réponses sont revenues de manière récurrentes.
Nous avons besoin de durée pour exercer nos métiers. Cette question du temps, de la durée, de la permanence, de la pérennité est un énorme nœud pour les comédiens, pour les metteurs en scène, pour les directeurs de compagnies. "

Jérôme :
" Je pense que poser les questions telles qu’elles sont posées par ce travail est une forme de lutte. Nous obtenons ainsi une sorte d’expertise qui sort des formes traditionnelles. C’est la base d’une lutte possible, cette sorte d’auto-organisation à travers des personnalités variées.
Nous en sommes au même endroit pour la commission école. "

Nathalie Nambot :
" La question de la temporalité est intéressante. On l’a déjà questionné pour l’élaboration du nouveau modèle.
On retrouve cette temporalité dans la lutte : nous avons connu les 4 saisons, et nous en sommes à présent au début du printemps. Le temps de l’hiver a été un temps de réflexion. Il faut revenir aujourd’hui sur les questions et ramener ces questionnements, ces réflexions là où nous travaillons.
Il faut que nous arrivions ensemble à nous poser ces questions au sein des équipes où nous travaillons : où, avec quel argent, pour qui travaillons-nous ?
Il faut semer ces germes actifs-là sur les lieux de travail. Personnellement, c’est là où je me sens la plus active. De toute façon, on est bien obligés de se reposer ces questions en permanence à chaque nouveau projet. "

Malika : " C’est une chance et un luxe qu’on s’offre de pouvoir réfléchir sur qu’est-ce que c’est la culture, ou sur ce qu’est être un spectateur.
Nous sommes obligés de déballer nos idées un peu n’importe comment et c’est normal. C’est long, mais si on est trop pressés, on va faire les mêmes erreurs que ceux que nous combattons.
Peut-être voulons-nous trop nous approprier les choses. Mais, c’est vrai nous sommes tous auteurs du spectacle. Chacun donne ce qu’il a à donner. "

Valérie Blanchon :
" J’ai du mal à synthétiser.
Dans les endroits où je travaille, la lutte est oubliée à l’heure actuelle. Les réunions peuvent servir à élaborer des propositions concrètes.
La temporalité me semble aussi très importante. Comme la question de l’excellence. La réunion sur intermittence et permanence était un peu frustrante sur le coup mais à posteriori je me rends compte que je ne savais pas ce que c’est que la permanence. J’aimerais bien continuer à définir ça, parce que ça permettrai de définir l’intermittence, et pourquoi je dis que je ne voudrai pas travailler comme comédienne permanente dans une troupe. J’ai trouvé aussi très pertinent de se demander quel spectateur on est car en effet, cela définit notre pratique artistique. "

Jean Boillot :
« J’ai trouvé très utile d’avoir des chiffres. Quand il n’y en avait pas ça manquait. Par exemple, je voudrai décidément savoir si le public diminue, augmente ou stagne de manière générale en France »

Nathalie Nambot :
« Chaque directeur de salle doit très bien savoir où il en est de son public. Ce n’est peut-être pas toujours posé et analysé mais dans chaque théâtre, ils savent où ils en sont. »

On évoque alors la difficulté de la collecte des données chiffrées avant chaque réunion. Le département « Recherche et prospective » du ministère de la culture auquel nous nous sommes régulièrement adressé ne dispose de son propre aveu de véritables données d’ensemble fiables. L’impression générale retirée de ces recherches de chiffres est que le ministère se base d’une part sur des indices précis (taux de fréquentation, de remplissage de chaque CDN) mais qui demeurent épars, et d’autre part sur des réunions de salons. La conclusion qui revient régulièrement dans ces dernières instances, comme à la mission Latarjet est que le gonflement incontrôlé du nombre d’intermittents, de compagnies, voire de théâtre doit être régulé."

Stéphane Olry : « À mon sens cette question du chiffre est très révélatrice. Par exemple, je vous rappelle qu’avant le 26 juin, l’Unedic prétendait ne pas savoir combien de chômeurs étaient indemnisés au titre des annexes 8 et 10. Le précédent ministre de la culture a donné son assentiment à l’agrément de l’accord du 26 juin parce qu’il pensait qu’il y avait trop d’artistes et de techniciens, et que le gonflement de ces effectifs était condamné par l’ensemble de la profession. C’est du moins ce que lui ont toujours renvoyé à mon avis tous les acteurs de la techno-structure culturelle. Cependant, le ministère ne semble pas avoir de chiffrage réel de cette croissance. Donc, dans une certaine mesure, le Roi est nu, et face à la crise actuelle, nul ne dispose de données très fiables. Il nous faut donc revendiquer sans complexe notre position d’experts, experts de nos vies, de nos pratiques, de notre temps, face à nos interlocuteurs. »

Catherine Bot :
" Il faut surtout savoir pourquoi nous voulons tel ou tel chiffre : On ne produit pas innocemment des chiffres. On pose des questions parce qu’on attend telle ou telle réponse. Pour nous la perspective est à renverser du côté de ceux qui font. "

Malika :
" Si c’est par rapport à la quantité, on ne va pas pouvoir se défendre. On dira toujours que nous sommes trop nombreux par rapport à la demande. On utilise la même logique pour fermer les classes en milieu rural : on compte les élèves, et en dessous d’un certain nombre, on ferme la classe.
Si on rentre dans cette logique il faut que nous parlions nous un autre langage. "

Jean Boillot :
« L’idée serait-elle de mettre en place nos propres outils d’évaluation ? »

Catherine Bot :
« Il faut bien se dire que les expertises faites par les structures officielles ne seront qu’économiques, jamais qualitatives. Il faut donc se placer sur un autre rapport, se défendre sur un autre terrain. »

Guillaume :
« Il faire très attention aux chiffrages, qui sont de plus en plus utilisés, pour faire dire tout et n’importe quoi aux chiffres. Ne renonçons pas à cet outil mais ça ne peut être la base de quoi que ce soit : en effet quoi qu’on estime, c’est deux ans plus tard qu’on en retire des résultats chiffrables. »

Stéphane :
« Pour faire à mon tour la synthèse de ma réflexion à la suite des réunions de Saison en Lutte, je commencerai par une citation de Jean Cocteau : » Qu’est-ce que la France, je vous le demande ? Un coq sur un tas de fumier. Ôtez le fumier, le coq meurt. C’est ce qui arrive lorsqu’on pousse la sottise jusqu’à confondre tas de fumier et tas d’ordures ". Pourquoi nous battons-nous ? Nous nous battons pour que des gens qui font un travail artistique que nous trouvons nul puissent continuer à le faire. Nous refusons ce tri absurde et aléatoire que veut opérer le protocole du 26 juin parmi nous. Nous pensons que la postérité ne retiendra peut-être qu’un (et nul ne peut dire aujourd’hui lequel) parmi des milliers d’entre nous, mais il est indispensable d’avoir aujourd’hui cette profusion pour avoir cette richesse demain.
Après ce préambule, voici les points sensibles que j’ai retenus des réunions précédentes :
Certes nous sommes tous majoritairement partisans de l’annexe unique. Il existe cependant à mon sens un vrai débat, et un conflit latent entre artistes et techniciens qui est resté occulté durant la réunion que nous avons organisé à ce sujet. Je constate tous les jours au travail que nous n’avons pas les mêmes temporalités, que nous ne revendiquons pas forcément la même reconnaissance, et que nous ne partageons pas tout à fait la précarité sur le même mode. Il faut reposer à cet endroit la question du droit d’auteur. Il importe que nous nous posions ces questions qui fâchent avant que ça ne devienne un instrument de division du mouvement, c’est à dire avant les festivals, où sera reposée la question de la grève.
La réunion sur les conséquences de l’application du protocole m’a fait me poser la question de la caducité de la notion de compagnie : est-ce encore une structure juridique qui a un sens ? Les compagnies, (à Paris en tout cas), ne sont implantées nulle part, ne recouvrent aucune réalité de travail de groupe, et ne sont que des coquilles juridiques servant à recevoir des subventions. J’ai le sentiment que notre rapport au public se meure de cette artificialité. Car aujourd’hui, diriger une compagnie, n’est-ce pas finalement sous-traiter pour les théâtres les problèmes qu’ils ne veulent pas prendre en charge directement ? Et parmi ces embarras de gestion, le premier est celui de l’emploi des intermittents, bref de la variable humaine, et du coût du travail.
Je constate dans les théâtres un vrai manque de dialogue entre les bureaux et le plateau : l’artiste ou le spectacle n’est plus parfois qu’un accident dans le théâtre. Il nous faut à tout prix, réussir à rétablir le dialogue entre les employés administratifs et les artistes et techniciens. Nous partageons le même lieu, le théâtre, il faut que nous y travaillions réellement ensemble.
À propos de la réunion sur l’expertise, la sélection, je pointerai une inquiétante dilution de la responsabilité artistique, qui est au reste à mon sens le pendant d’une crise générale de la notion d’autorité. Dernièrement, un programmateur m’expliquait que son travail était terrible parce qu’il n’aimait pas choisir, car quand on choisit, on élimine. Or, il y avait 20 ans, si il programmait tout ce qui lui plaisait, cela lui faisait sa saison. Aujourd’hui, les compagnies se sont multipliées, et il lui faut choisir parmi ceux qu’il aime. Ça le désole. Mais c’est son métier de faire des choix ! Autre exemple : aux débuts de ma compagnie, nous nous amusions à accrocher à un mur les lettres de refus des théâtres. Aujourd’hui ce ne serait plus possible, puisque plus aucun théâtre ne prend plus le risque d’écrire le moindre courrier. Ni de refus, ni d’intérêt. On négocie par téléphone, et rien d’écrit ne nous parvient presque plus jusqu’au jour de la signature du contrat, qui est souvent le jour même du spectacle. Il y a une peur patente de l’engagement : or, nous ne vivons que par les choix artistiques que nous faisons. Ce sont ces choix critiques qui font du parcours de chacun l’œuvre évoqué par Jean-Christophe au début de la réunion.
Il faut donc à mon avis réfléchir au moyen de rétablir la part critique (au sens large) dans le travail artistique. Il faut réhabiliter dans les faits, et pas dans les mots, le regard critique, l’engagement, la signature d’une décision.
Enfin, je rassemblerai les questions soulevées par les réunions de Saison en Lutte par une question programmatique : comment faire revenir les artistes dans les théâtres ?
Encore une fois, je parle là de présence physique, réelle, quotidienne. Les théâtres ne doivent pas être que des machines à produire des budgets, des revues programmes, des plannings d’occupation du plateau, des taux de remplissage, des revues de presse et des bilans comptables.
Je pose donc la question crûment : faut-il exiger des quotas de jours de présence des artistes dans les théâtres ?
Le but de cette présence, n’est pas d’obtenir des salaires permanents, mais une vrai proximité des artistes et du public.
Tout le monde, se plaint de ce que la « marge artistique » des théâtres diminue. Ne doit-on pas en conséquence réclamer une inversion de ce mouvement, et que soit imposé dans les cahiers des charges des scènes nationales par exemple que la part administrative (le moyen) ne doit en aucune manière excéder la part artistique (qui est le but du théâtre). Au reste, cette même répartition devrait pouvoir être exigée des compagnies conventionnées.
Je souhaite voir réhabiliter la noblesse du mot production (étymologiquement : montrer pour la première fois devant une assemblée ). Il est souhaitable que les théâtres se réinvestissent réellement dans la production et cessent de déléguer le risque financier aux compagnies. C’est dans ce risque partagé, dans ces choix opérés en commun que nous pouvons retrouver une réelle communauté d’intérêt, donc de travail.
Je pense que ce que nous partageons aujourd’hui avec les directeurs de théâtres, c’est la peur. Il faut libérer la parole entre nous, car : « Etre démocrate, c’est être délivré de la peur  » (Itsvan Bibo) .

Catherine Bot :
« Pour répondre au directeur de théâtre que tu cites qui n’aime pas faire des choix on pourrait dire que si il leur faut plus d’argent pour programmer tous les gens qui les intéressent, pourquoi pas ? certainement, il n’y pas aujourd’hui les financements à la hauteur de la profusion et de la qualité de la production. C’est toute une chaîne qu’il faut transformer. »


- On propose alors de passer au deuxième point de l’ordre du jour : Comment inventer les propositions d’une réforme du système de production et de diffusion des spectacles en France. La question pragmatique que nous nous posons, et déjà évoquée plus haut, est : comment à la fois avoir une parole plurielle (qui s’incarne cependant dans un lieu de référence qui est le théâtre), et que cette parole acquière la précision nécessaire ? Comment dépasser l’étape du constat partagé, et entrer dans le temps des propositions ? Il y a fort à parier que toute proposition précise génèrera du débat. Comment inventer les propositions, quel cadre se donner pour ce faire ?

Sarah :
« Pour répondre à l’histoire du cadre, je me demande si il faut continuer dans la régularité ? On est peut-être aujourd’hui dans un autre temps que le temps régulier de la réunion. Il faut circonscrire des questions. Ne serait-il pas souhaitable de constituer des commissions distinctes par question soulevée ? »

Jérôme :
" Il serait intéressant d’articuler ce débat avec des lieux d’actions, sur les festivals par exemple.
J’ai l’impression qu’il y a eu un temps pour les groupes de travail séparés. Pour la richesse de l’échange il faudrait à présent : soit définir un temps partagé avec différentes commissions sur des thèmes convergents (droits d’auteurs, propriété intellectuelle etc...),
soit faire une journée pour établir un certain nombre de thèmes avec ces commissions et de là passer à des groupes de réalisation très concrets. Si on ne fait pas ce travail-là de convergence et de synthèse entre les commissions de la Cip on risque de se dissoudre l’été prochain. "

Jean Christophe Marti :
" Nous sommes aujourd’hui à moment intellectuel et à moment stratégique.
Comment Saison en lutte peut définir des propositions à défendre ? Il faut produire de nouveaux outils de communication de notre expertise et les traduire en terme de stratégie. J’ai peur du morcellement : il faut arriver à synthétiser les choses à l’heure actuelle. "

Stéphane Olry :
« J’ai l’impression qu’il faudrait rédiger une sorte de synthèse des cinq réunions. »

Jean-Christophe Marti :
" Est-ce qu’on rédige alors une lettre ouverte ? Un appel à refonder une communauté de lutte ? "

Jean Boillot :
" Ne doit-on pas cibler encore plus ?
Nous avons deux objectifs avec deux temps différents : l’abrogation qui doit être ce sur quoi on communique d’une part, les outils sur les lieux de travail et les réflexions à plus long terme d’autre part. "

Stéphane Olry :
" Ne peut-on faire les deux en même temps : Faire que les festivals de cet été soient des lieux de lutte, de présence sur place, mais aussi de dialogue et de réflexion. "

Jérôme :
" À Avignon, il y aura un lieu important dans le festival pour la coordination nationale, avec de la logistique et une subvention du Conseil Général.
À chaque discussion avec le festival, nous arrivons en proposant un contenu : c’est nous qui décidons.
Concernant les débats organisés par le festival ou d’autres, deux options se présentent :
Si il y a une situation de déblocage, on frappera à la porte pour rentrer.
Autrement, quoi qu’il en soit on y va, et on prend l’espace. Il faut cependant faire attention : il y a une crainte réelle des institutions vis à vis de la coordination. On l’a constaté mercredi dernier lors de la réunion à la Bastille. Les directeurs de théâtre se sont rencontrés dans l’après-midi (Martinet, Latarjet, Fall, Goudal, Hordé, le TQI), ils ont discuté entre eux. Mais ensuite, ils n’ont pas voulu participer à nos débats. Ils nous consultent mais ne veulent pas discuter publiquement.
Le Syndeac propose aussi ce genre de rencontre, notamment à Avignon. "

Stéphane Olry :
" Il ne faut pas se résoudre à cette séparation. Il faut refuser d’en rester aux dialogues particuliers.
Il faut aller au delà de ce qui s’est passé mercredi à la Bastille,etlancer le débat publiquement. Il faut nous placer dans une attitude de dialogue combatif, être présents dans les débats, et surtout participer aux énoncés des débats :les questions doivent être posées dans nos termes à nous.
Nous disposons paradoxalement avec la crise actuelle d’une fenêtre de tir où nous pouvons agir sur les structures où nous travaillons, car nous sommes dans un moment de réflexion collective. Il faut profiter de cette occasion. "

Jean Christophe Marti :
« On a besoin d’être armés de notre expertise et de propositions pour partir en lutte. »

Valérie Blanchon :
« Je travaille dans une compagnie programmée dans le Festival d’Avignon In cet été. J’ai demandé au metteur en scène s’il avait pris contact avec les autres compagnies programmées. Il m’a dit qu’il n’a pas le temps. Ça ne serait donc pas mal si la coordination rencontre les compagnies invitées au in avant le festival pour que nous voyions ce que nous faisons ensemble. » "

Stéphane Olry :
« Tu as raison, c’est toujours beaucoup plus facile d’agir quand on est pas à l’intérieur des équipes. Nous l’avons constaté bien des fois. »

Jérôme :
" Il faut que d’ici une semaine on appelle le Syndeac, ainsi que Avignon Public Off qui sont en train d’organiser tout un programme de forums pour leur demander ce qu’ils mettent en place ?
Nous avons aussi l’idée de prendre la Chartreuse comme base arrière.
À propos de la grève, je rappelle la décision de la coordination nationale d’occupation tournante, chaque soir d’un lieu différent. C’est le sens (entre autres) du mot d’ordre « vous allez regretter la grève »
Quoi qu’il en soit, c’est à nous d’imposer le calendrier des rencontres et des débats. "

Jean Boillot :
« Ne vaudrait-il pas mieux au contraire faire des commandos pour intervenir dans les débats et les laisser s’occuper de toute l’organisation, en somme faire les coucous ? »

Stéphane Olry :
" Il y a un double travail à mettre en place :
D’abord de préparation de nos propositions, et de préparation des thématiques que nous voulons voir aborder : donc, définir cinq, six thèmes de débats qu’on veut absolument poser et s’y présenter avec des biscuits.
Il faut par ailleurs prendre les contacts avec les compagnies, pour être prêts à aider ceux qui voudront se mettre en grève, ou faire des prises de paroles avec des textes, des argumentaires, des idées d’interventions."

Jeff :
"Je crois indispensable à présent un travail de synthèse et de regroupement des travaux des commissions qui ont été effectués depuis le 26 juin.
Qu’est-ce qu’on défend maintenant ?
Se redéfinir un champ d’action et de réflexion personnellement, par exemple, moi, je n’ai plus envie des débats où le public participe.
Nous avons des constats et une expertise, il faut chercher aujourd’hui un lieu où on puisse communiquer cette synthèse. Un des enjeux logistique des festivals sera de parvenir à réunir cette synthèse suffisamment à l’avance.
Il faut sortir des éternels débats, et avancer sur des propositions. ".

Malika :
« C’est par le débat qu’on va contre la peur. »

Stéphane Olry :
" Il nous faut imaginer en amont des texte brefs ou des actions très courtes à mettre en place face à des spectateurs en colère.
Il nous faut reprendre le débat avec la techno-structure culturelle : mais si on arrive en commandos dans les débats, ils auront encore plus peur de nous que maintenant."

Jérôme :
" Nous devons être dans des modes d’actions additifs si nous voulons sortir à la fin du mois de juillet avec quelque chose. Estime-t-on qu’on peut faire émerger quelque chose d’intéressant dans un mode classique de participation aux débats ? Le In organise par exemple des « grands débats » avec des « grands intellectuels ». Doit-on s’y rendre ou non ? Et si nous sommes invités, faut-il imposer une modification des programmes des débats, et sinon on ne fait rien ? "

Stéphane Olry :
« Je le répète, il faut poser les débats sur des questions qui nous intéressent nous, en tant qu’acteurs de la création artistique. Dans nos termes à nous. »

Jérôme :
" Nous voulons établir des liens avec les allemands qui vont venir en nombre dans le off. On ne peut pas se contenter de ne parler que des scènes nationales françaises.
À propos d’élargissement de notre propos, je vous rappelle que les collectifs en région sont plus sur l’interpro. "

Nathalie Nambot :
" C’est quand même important de partir de nos métiers. Il faut être pertinents sur des endroits précis sur ces questions-là face à ceux qui débattront.
Il est important de rédiger une synthèse des réunions de Saison en lutte.
Les questions que nous avons abordées se retrouvent chez les directeurs de théâtre, mais quelles réponses apportent-ils ? C’est important d’avoir une pertinence pour les moucher, pour les devancer , je les entends parler à la radio sur le bouquin de Michel De Castillo et ils sont en train de se donner une légitimité avec ça. D’après cet auteur, il n’y a plus de politique culturelle comme depuis 60 ans, il faut réformer la politique culturelle : c’est à la fois un discours de nostalgie d’un temps perdu, mais sans propositions concrètes par rapport à aujourd’hui. Il exprime une sympathie avec le mouvement des intermittents, mais sans aller plus loin. Les metteurs en scène se payent de mots avec ça. "

Stéphane :
« Il faut nous entraîner au débat pour ne pas se faire payer de mots. Par exemple, le mot » résidence « est complètement galvaudé. Tout le monde parle de résidence mais aux Subsistances à Lyon, les résidences qu’ils offrent aux compagnies ne sont pas accompagnées de défraiements, et ils facturent un prix symbolique mais réel de deux euros la nuit. C’est donc aux compagnies, ou aux artistes de payer défraiement et nuitée. D’ailleurs, si on offre des » résidences « aux artistes dans les théâtres, cela signifie bien qu’on ne considère plus que les théâtres soient leur lieu naturel de résidence. »

Corine Miret :
« Je signale à cet égard une table ronde organisée par le Théâtre des Quartiers d’Ivry le 17 mai prochain : » La création théâtrale et les publics "
Ça serait bien que quelqu’un de Saison en lutte y soit pour écouter ce qui se dit. Je vous invite à lire les questions posées pour le débat : elles peuvent nous servir de base pour réfléchir à la façon dont nous voulons proposer ou imposer nos points de vue. Voilà par exemple les thèmes de leurs débats pour la première matinée. :

«  » la création théâtrale et les publics " Entre sacralisation et créativité généralisée ? entre pratique élitaire et préoccupation sociale ? 1ère table ronde de 1Oh à 13h : la création théâtrale Comment se définit ou peut-on définir un artiste ? par son imaginaire ? par sa démarche de recherche et de réalisation ? par son exigence ? par son expérience ? par son œuvre ?
(...)
Y a-t-il une formation possible de l’artiste ? qu’y a-t-il à transmettre au théâtre ? l’artiste est-il toujours au départ un amateur ? peut-on imaginer une carte professionnelle des artistes ?
Quelle place et quel rôle pour la création artistique dans la « cité » ? quel contrat avec les collectivités ? quel contrat avec le (les) publics, avec les populations ?
"
Franchement, je crois qu’il nous faut intervenir en amont si nous ne voulons pas nous laisser entraîner dans des débats posés dans des termes que nous récusons.
Je laisse le prospectus à la logistique. Nous ferons apparaître sur le site de saison en lutte le programme complet de ces rencontres. "

L’heure tourne. On propose avant de clore le débat, de faire un point sur le rendez-vous pris avec Bernard Lartajet pour le lendemain. Plusieurs déclarent leur opposition de principe à cette rencontre. D’autres avancent l’idée que la situation a changé, que le rencontrer sera sans conséquence stratégique, et qu’il est toujours intéressant de savoir ce que contiendra son rapport. Quoi qu’il en soit, un compte-rendu de cette rencontre sera établi.


- En conclusion du débat de synthèse  : 1 : Stéphane Olry aidé de Corine Miret et de Jean-Christophe Marti rédigera un texte de synthèse des six réunions. Ce texte sera présenté à une AG.
2 : Saison en lutte s’attachera dans les semaines à venir à redéfinir des thèmes de débats
3 : Seront organisées des réunions visant à déboucher sur des propositions.
4 : Les moyens seront mis en œuvre pour faire des festivals des lieux de débats démocratique et publiques.

La réunion se clôt à 23h05





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