CIP-IdF/Commune Libre d'Aligre : 3 rue d'Aligre-75012-Paris / Tél: 0140345974 Contact Plan


Suivez la CIP

             

Abonnement liste infos

Abonnement liste de discussions et débats

L'essentiel

 

recherche :

Accueil  >  Actions !  >  Archives  >  Cannes 2004  >  Une journée avec les intermittents

Une journée avec les intermittents

Publié, le dimanche 16 mai 2004 | Imprimer Imprimer |
Dernière modification : dimanche 16 mai 2004


Non, nous ne sommes pas intermittents du spectacle. Mais nous avons décidé de partir avec eux de Paris, vendredi soir 14 mai, 22 heures, pour Cannes. Pendant une journée, nous avons combattu, í leurs cí´tés, le protocole qu’ils dénoncent depuis plusieurs mois. Nous ne sommes pas intermittents - et nous n’étions pas seuls-, il faut que í§a se sache. Nous sommes tous venus par l’appel lancé par les intermittents. Pourquoi ? Non parce que nous sommes nous-míªmes intermittents mais parce que nous faisons tous partie de la míªme communauté politique. Il en va de notre volonté de mener les affaires qui nous concernent, celles de l’espace politique, auquel nous appartenons chacun.

La cause des intermittents du spectacle et précaires est juste. Les Franí§ais doivent le savoir et ne peuvent se détourner de l’intéríªt immédiat de ces gens-lí , évidemment lié í notre intéríªt í tous.

Evidemment, avant de partir, nous en étions déjí conscients : les stratégies du pouvoir sont en marche, qui nous font nous détourner le regard des revendications des intermittents ou bien les détester avec le plus grand mépris. La division d’abord, et les medias ne sont pas exempts de reproches : que signifient par exemple des reportages sur les manifestations de petits commerí§ants cannois « en proie » í l’action brutale des intermittents ? Que cherche-t-on í faire sinon í monter les unes contre les autres des personnes qui ont des intéríªts on ne peut plus proches ? Il est trop surprenant de voir un tel affrontement pour qu’il soit spontané. Pourtant, le résultat est probant : certains commerí§ants étaient effectivement trí¨s remontés voire haineux, arguant avec fierté la valeur travail, comme on brandit un drapeau du Front national un 1er mai rue de Rivoli. La diversion, ensuite : l’action des intermittents est sans cesse montrée sous son aspect le plus nuisible, aux finances, í l’ordre public, au déroulement normal de la journée de chacun. Certes, avouons-le, nous préférons des informations légí¨res sur les manifestations qu’essayer de comprendre au fond les problí¨mes posés. Mais combien de fois a-t-il été expliqué aux Franí§ais ce dont il s’agit dans le cas des intermittents ? Et puis vient la troisií¨me stratégie, celle par laquelle le pouvoir politique est porté í faire comprendre que le problí¨me des intermittents est trop complexe pour íªtre accessible í des non-spécialistes. Erreur ! C’est oublier que ce sont ces míªmes spécialistes qui complexifient les choses par leur manque de courage et sí »rement pour les rendre encore plus inaccessibles au commun des mortels.

On ne peut, nous citoyens, fermer les yeux sur la cause des intermittents sous l’action de division et de diversion du pouvoir.

Venons-en í cette journée qui nous a révélé de faí§on encore plus frappante l’adversité í laquelle, depuis longtemps, font face ces engagés.

L’engagement extérieur est mou. 13H : pique-nique sur la plage í l’invitation de réalisateurs. Oí¹ étaient-ils ? Du sable, des caméras, des corps nus de touristes mais les réalisateurs oí¹ étaient-ils ? Et pourtant, ils soutiennent ouvertement les intermittents. 15H : manifestation. Michael Moore est venu, José Bové aussi, c’est sympathique. Ce fut l’histoire de 10 minutes pour le premier (dont 7 í se frayer un chemin, 1 í parler et 2 consacrées í la traduction). Quand on connaí®t la pugnacité d’un Michael Moore, on ne peut qu’íªtre déí§u par une sortie aussi fugitive du Carlton, lieu qui contraste évidemment avec le dénuement matériel de ses films. Le monde du spectacle soutient massivement les intermittents ; les parlementaires aussi se sont prononcés pour l’abrogation du protocole. D’abord, l’information n’est pas passée dans les médias -curieux ?- et puis combien se sont déplacés pour manifester ? On l’a compris. Les artistes sont engagés mais de loin, í§a pourrait faire des tí¢ches ; tí¢che, les politiques le font désespérément. N’empíªche la concentration médiatique est í son summum devant ces gens qui n’ont rien í dire ou tellement peu de choses. Réveillez-vous !

Le mouvement est pacifique. Le mot d’ordre est catégorique et unanime : pas de violence, pas de brutalité. Il n’y en a pas eu. Et pourtant, le résultat, aprí¨s coup est le míªme, le soir, devant le petit écran : altercations, bagarre avec les forces de l’ordre. Malheureusement les médias n’ont souhaité retenir que cela ; on aurait aimé qu’ils parlent de tous ces gens raisonnables, engagés mais aussi au désespoir que l’on a rencontrés. C’était sans compter sur la stratégie honteuse des forces de police : comme í l’habitude, des policiers en civils ont frappé, insulté des intermittents pour engager des échauffourées. Qui voit cela ? Personne. Lorsqu’il s’est agi de défendre les six camarades arríªtés abusivement par la police, c’est í un mouvement pacifique que la police a répondu par la violence et a par la míªme occasion blessé un journaliste de France 3.

15 mai, 22 heures. Nous quittons Cannes pour Paris. Nous avons compris que nous avions affaire í une cause juste, encore plus lorsqu’elle est associée í celle des précaires en général, défendue par des gens raisonnables et honníªtes. Parfois poussés í la maladresse, envers leurs concitoyens, par révolte ou provocation politique ou policií¨re.

Nous, citoyens, devons défendre le régime spécifique des intermittents du spectacle. Il est gage de diversité culturelle et d’innovation. Nous avons trop déconsidéré leur appel jusqu’í présent. Aucun appel n’a mérité autant de désinvolture de notre part. Seulement, les intermittents sont peu nombreux et anonymes, peu savent ce que font exactement ces gens. Pourtant, leurs rares actions, par leurs conséquences, nous offrent í voir la centralité de leur rí´le dans la société. Le combat des intermittents et précaires est aussi symbolique. Symbolique d’une action politique gouvernementale qui se résume í la réduction, la suppression et la contrition, le tout sans conviction. Enfin, l’appel des intermittents est grave. C’est toute la sphí¨re du spectacle, dans sa diversité, qui est en jeu. C’est donc de l’intéríªt général dont il est question. Pas de l’intéríªt d’une catégorie en soi. Il est curieux quand míªme, qu’il y ait tant de monde í critiquer le corporatisme des intermittents et presque personne pour faire porter la critique corporatiste sur le MEDEF - partie prenante aux négociations -, haut lieu de défense des intéríªts particuliers, des intéríªts de quelques uns.

Citoyens, le monde politique va mal. Aujourd’hui, les intermittents en font les frais. Défendons-les ! Au nom de notre intéríªt í tous. Au nom de l’intéríªt général.

Franí§ois Morin
Diplí´mé d’HEC

Edouard Bougueret
Interne en médecine





Retour en haut de page

 

Retour en haut de page

Commissions | Compte-rendus | Communiqués | Actions ! | Photos, sons, vidéos
Textes officiels | Nouveau modèle | Coordination nationale | Liens | Archives
Accueil | Plan du site | Contact
- - - - - - - - - - - - - - - - - - - -
SPIP | squelette | | Suivre la vie du site RSS 2.0