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Texte lu en ouverture du spectacle de cloture du festival in Avignon 2004

Publié, le mercredi 28 juillet 2004 | Imprimer Imprimer |
Dernière modification : lundi 17 avril 2006


Les annexes VIII et X n’existent plus.

Nous, intermittents et précaires, coordonnés, voulons d’abord adresser cet appel aux exclus du régime d’assurance chômage qui n’ont plus le temps, ni la force de continuer à travailler à des choses d’importance ou de lutter.

21 700 exclus d’ici la fin 2004.
21 700 personnes, qui, silencieusement, iront s’inscrire au repêchage ou au RMI.
Ce ne sont que les chiffres officiels.

Nous réfutons les préjugés qui conduisent à penser qu’il y aurait les seigneurs intermittents et les gueux précaires qui s’agitent dans la cour pour parler de droits sociaux collectifs et d’abrogation.
Nous voulons sortir de ces impasses.
Nous voulons sortir de ces mensonges.
Nous sommes ici aujourd’hui pour vous rappeler les faits et ouvrir avec vous, avec vous tous, de nouveaux champs d’action et de pensée.

Nous sommes en lutte depuis un an.
Nous nous battons depuis un an pour faire entendre nos voix.
Nous avons usé de tous les moyens : grèves, interruptions d’émissions, tracts, manifestations, expertise, création d’un comité de suivi à l’Assemblée nationale, conférences de presse, occupations de lieux symboliques comme la Villa Medici à Rome, le journal de France2, le cinéma Star à Cannes ou plus récemment le toit du Medef.

Nous avons pris des coups et des revers.
Nous avons reçu l’approbation la plus forte dans les moments difficiles. Nous avons su maintenir une tension permanente entre l’action et l’élaboration précise de propositions. Nous avons élaboré un nouveau modèle d’indemnisation des salariés intermittents.

Nous voulons partager ce travail afin de créer des pôles de résistance commune.

Les effets de l’accord du 26 juin 2003, sont dévastateurs.
Nous les subissons d’ores et déjà de plein fouet.
Les quelques concessions obtenues du ministre de la Culture n’entament en rien ce protocole.

Au contraire, sa mise en application au premier janvier confirme sa logique implacable de destruction de la protection sociale.
Cette logique est inacceptable.
Elle nous concerne tous.
Elle est à l’œuvre partout.
Nous la récusons ici comme ailleurs.

Nous déplorons depuis un an l’absence d’actes significatifs de nombreux directeurs de structures et de festivals.
Paroles de solidarité et débats ne suffisent pas.
Il devient difficile de continuer à travailler dans cette opacité et cette hypocrisie.
Nous déplorons aussi le manque de courage politique d’une génération qui en 68 bousculait un monde endormi et voulait mettre l’imagination au pouvoir. Reste le pouvoir.

L’industrie culturelle prospère et rapporte de l’argent, elle ne va pas disparaître.

Ce régime d’allocation-chômage nous laissait espace et temps.
Nous fécondions l’industrie culturelle dans ces temps.

Nous avons fabriqué avec peu.
Nous avons travaillé avec constance.
Nous avons dit des textes d’auteurs vivants dont personne ne voulait.
Ceux-ci font aujourd’hui la une des festivals. Et morts depuis.

Si les énoncés de théâtre ne traversent pas nos vies, si parler sur scène ne transforme pas le monde ; si des récits de chômeurs ne nous émeuvent qu’étalés sur les plateaux, dans le noir des salles, c’est que quelque chose ne va pas.

C’est de cela aussi qu’il nous faut parler. C’est à partir de là que nous pourrons nous penser autrement tandis qu’un grand nombre d’entre nous est en passe d’être éliminé du jeu.

Qui a dit que les plus précaires étaient les moins exigeants ?

Nous ne voulons ni carte professionnelle, ni caisse complémentaire. Ni mourir de faim pour créer mieux ; nous ne sommes pas romantiques.
Pas toujours.

Les coordinations sont des territoires où s’inventent formes de vie et politique.

Où nos actes tentent de s’accorder à nos paroles.
Or nous avons tenu parole ; nous sommes toujours là.
Nous ne nous sommes trompés ni de cibles, ni d’objectifs.

Prenons le temps.

Nous savons que quelque chose ne va pas.
Nous voulons savoir comment.
Comment s’opère le contrôle des vies.
Pour cela nous lançons une expertise collective, indépendante et contradictoire, des données chiffrées de l’Unédic, ainsi que des pratiques d’emploi discontinu. Cette expertise est un objet de lutte. Elle n’a de sens que si elle est exercée par et pour le plus grand nombre.

Avignon a à nouveau montré que rien ne peut s’organiser, se transmettre, s’inventer si nous ne nous réunissons pas.
C’est le sens des coordinations. Ce sont des lieux d’échange, de coopération, de décison commune, des lieux d’agencement de savoirs hétérogènes, des lieux d’expertise.
Lire le protocole, c’est déjà faire une expertise. C’est ce qui constitue notre force, c’est ce qui nous a permis de mener à bien le travail déja accompli, ce qui nous permettra de mener à bien l’expertise et d’avoir notre place lors des négociations.
C’est ainsi que l’on pourra construire le rapport de force qui nous permettra d’obtenir ce que nous exigeons.

Ce que nous construisons, nous le construisons pour tous.





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