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19.07.03

La danse dans l’intermittence des conflits


Le Monde

Publié, le vendredi 25 juillet 2003 | Imprimer Imprimer |
Dernière modification : mardi 22 juillet 2003

analyse L’été 2003 incarne déjà un rite d’initiation pour toute une génération


Après l’annulation de Danse à Aix se pose la question de savoir quel rôle tiennent danseurs et chorégraphes en ce moment même dans le conflit des intermittents. Il ne s’agit pas ici de séparer une discipline des autres. On a bien compris qu’elles étaient solidaires.

Il n’y a pourtant pas de hasard :

la première annulation est venue de Montpellier-Danse, où Jean-Paul Montanari, directeur de la manifestation, et Georges Frêche, maire de la ville, n’ont rien pu faire devant la tactique de la grève reconductible chaque jour, mise au point dans l’urgence de se faire entendre.

C’est à Montpellier-Danse, où elles étaient programmées, que Mathilde Monnier et Régine Chopinot n’ont pas hésité à entraîner dans leur sillage, et sur leur nom, d’autres artistes afin que les techniciens intermittents, à l’origine du mouvement, ne soient pas montrés du doigt, isolés.

C’est Régine Chopinot, en revanche, qui a été pointée par les adversaires de la grève, « les solidaires en paroles et non en actes », comme elle le dit. On a tout entendu, notamment qu’elle était une « nantie », qu’elle était la « protégée » de Jean-Pierre Raffarin dans son fief de Poitou-Charentes.

Un bouc émissaire est enfin trouvé, qui cristallise d’autant mieux l’amertume que le bouc est belle, blonde et grande gueule. Qu’elle porte la lutte à Avignon en même temps qu’à La Rochelle, ville où elle vit et travaille avec son Ballet Atlantique.

NOUVEAUX MILITANTS

A Avignon, on la retrouve entourée de François Verret et de Maguy Marin, deux artistes mobilisés depuis des années sur des positions radicales de création et de luttes (Bosnie, quartiers défavorisés, précarité), mais aussi d’Héla Fattoumi, de Sylvain Prunenec, de Farid Berki qui, à l’instar de Chopinot, se découvrent eux-mêmes dans cette bagarre, apprennent à se situer et à se faire confiance, quitte à dire des « conneries », comme le reconnaît Farid Berki, chorégraphe issu du hip-hop et des cités du nord de la France, incroyablement vif à tout saisir. De la création. De la politique.

L’été 2003 incarne déjà un rite d’initiation pour toute une génération, presque deux. Une épreuve individuelle et collective, constituante. Car s’ils se sont sacrifiés en ne jouant pas ­ et pas « tiré une balle dans le pied », comme l’a dit Patrice Chéreau (quel danseur accepterait de s’automutiler, même métaphoriquement ?), encore moins « suicidés »­, ils savent ce qu’ils perdent aujourd’hui, et l’acceptent, parce qu’ils veulent « non plus des aménagements ni des amendements, mais un renouveau complet. Parce que c’est le moment ou jamais après vingt-deux ans de silence ».

François Verret, évoquant aussi cette loi passée le 3 juillet, dans l’indifférence générale, « qui aggrave le »délit" de ceux qui aident des sans-papiers« , revendique »d’être du côté de l’humain, du vivant« . »Annuler, ce n’est ni une mise au tombeau ni un deuil, dit Héla Fattoumi, mais une ouverture qui contient en elle-même ses promesses.

Déjà nous avons des contacts avec des directeurs de théâtre pour remobiliser en septembre afin que cet élan constructif de prise de conscience ne soit pas, à son tour, annulé à la rentrée."

Par leur refus d’accepter une sorte de marché qui aurait consisté à jouer, au prétexte que les festivals étaient leurs meilleures plates-formes, les intermittents, techniciens et artistes confondus, expriment leur méfiance d’une parole qui étoufferait, avec l’été, leur volonté de changer en profondeur la réalité. On n’est plus du tout en 1968, quand la parole était reine.

Face à « une stratégie sournoise qui met en place un système où l’argent, qui va encore à »la culture« , parvient entre les mains de »non-artistes", passés maîtres dans la pratique du pouvoir culturel", comme l’expose non sans douleur Karine Saporta, face à ce vide vertigineux, provoqué par les annulations des festivals de l’été, il y a matière à développement durable.

Chorégraphes et danseurs ont été les premiers à se mobiliser

Dominique Frétard


L’annulation de Danse à Aix

Le 18 juillet, le conseil d’administration de Danse à Aix, festival dirigé par Patrice Poyet, a pris la décision d’annuler la manifestation. Le 15 juillet, dans un communiqué de presse, Patrice Poyet se montrait pourtant encore optimiste :

"Dans ce scénario tracé à l’avance, je dis oui. Oui, le festival peut avoir lieu. Il a une infime chance d’être l’une des seules plates-formes de l’été et, plutôt que d’en avoir honte, chacun doit s’en emparer."

Malgré les négociations, les techniciens ont décidé de faire grève toute la durée du festival.

L’annulation devenait inéluctable.

"Depuis trois semaines que nous sommes spectateurs de ce qui se passe, nous étions sur le gril, explique Patrice Poyet, mais à la fois nous ne voulions pas baisser les bras. Je vois combien les intermittents sont désespérés, car tous travaillent depuis de longues années pour Danse à Aix. Afin que ce mouvement ne soit pas qu’une flambée d’été, il faut que, dès la rentrée, les théâtres, les structures subventionnées prennent conscience du problème des intermittents et agissent."

ARTICLE PARU DANS L’EDITION DU 20.07.03





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