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Introduction au colloque par Marie Blandin, Verts

Publié, le lundi 6 juin 2005 | Imprimer Imprimer |
Dernière modification : lundi 6 juin 2005


COLLOQUE DU 23 MAI 2005

« Quels nouveaux droits sociaux face à la précarité de l’emploi ? »

INTRODUCTION PAR MARIE BLANDIN, VERTS

Ancrer dans une histoire locale

Les habitants de ma Région le Nord-Pas-de-Calais savent ce que veut dire la discontinuité de l’emploi, et même, quand partent sans laisser d’adresse mais en laissant la pollution, les employeurs, certains voient venir la précarité, les droits qui s’étiolent. Les artistes de ma région savent ce qu’est l’angoisse des 507 heures, quand les collectivités, pourtant plus dignes qu’ailleurs en matière de culture, commencent à compter leurs sous, parce que pour les unes la décentralisation mal compensée, pour les autres Lille 2004 ou Le Louvre à Lens font planer la révision des priorités. Notre histoire est tumultueuse : nous sommes à la fois terre de syndicalisme et d’innovations sociales ; nos luttes sont celles de la construction de droits et de l’élaboration de solutions à partir de l’intelligence des habitants : paritarisme pour le logement social, réseau d’associations de chômeurs, première banque solidaire vont de pair avec les luttes syndicales et la défense des droits au travail, comme après le travail : je pense aux victimes de l’amiante.

Depuis des lustres, écriture et mise en scène accompagnent ces déchirures sociales : Hier « Germinal » de Zola ou « Quand les sirènes se taisent » de M.Van der Mersch. Il y a 15 ans une pièce de S.Verrue à Fourmies, rapportait le combat précurseur de 1891 « 8h de travail, 8h de sommeil, 8h pour soi » et la fusillade qui s’en suivit. Hier le spectacle « Les mains bleues » sur les filles de Levi’s - que vous entendrez dans ce colloque - et déjà 5 films donnant à voir Métaleurop, tout comme Dominique Cabrera avec son film « Pas de culture sans droits sociaux » ou Luc Leclerc du Sablon et Claire Simon avec « Est-ce qu’on a gagné, ou est-ce qu’on a perdu ? » donnent à comprendre ce qui se passe autour de protocole.

Donner sens à une approche de la précarité

Comme partout en France, on entre plus tard en activité, on ne garde pas le même métier, et on connaît de plus en plus de licenciés. Mais paradoxalement, plus les chômeurs sont nombreux, plus ils sont isolés ; plus le chômage se diffuse, plus il fait peur. Plus les frontières entre chômage et emploi se brouillent, plus les barrières mentales s’élèvent.
Depuis toujours, nous accordons au travail, notamment salarié, une valeur essentielle, quasi sacrée. Hors de la fiche de paie, hors de la durée hebdomadaire de travail- en un mot, hors du « boulot », point de salut. La raréfaction des emplois construits sur ce modèle, susceptibles d’occuper une vie entière, est donc difficile à supporter. Et ceux dont le parcours repose sur des sorties répétées de l’emploi sont encore sous le regard inquisiteur : est-ce que par hasard ils n’en profiteraient pas ?
Au-delà du poids d’une culture de l’insertion et de l’estime construites sur un salariat durable, au-delà du regard des autres, largement conditionné par ceux-là même qui mettent le travail en miette avant de le délocaliser ou de l’exploiter au point de le réduire à sa portion congrue, il y a de plus en plus l’angoisse concrète de la spirale du rejet : les droits réduits, puis refusés, les factures impayées, l’huissier, le compteur coupé...et en plus une absence d’utilité sociale reconnue qui prive de moyens de pressions : il est triste, mais remarquable que le cas de ceux qui concourent aux spectacles est devenu plus audible quand les commerçants des villes des festivals annulés ont crié leur manque à gagner !
J’ajouterai dans la galère, l’incroyable écheveau administratif que chacun doit dénouer pour connaître et faire valoir ses droits, comme si l’ambiance étant à faire disparaître les citoyens en quête de simple justice, d’aucun s’ingéniait à rendre toujours plus tortueux le parcours.

La particularité des métiers du spectacle

J’en reviens aux métiers du spectacle.

Quand, au plus fort de la crise, juste avant l’été noir des festivals, des intermittents vinrent sur scène s’exprimer à Lille, lors des assises du développement durable, ils fustigèrent l’attitude du MEDEF qui, dénonçaient-ils, « précipitaient à la rue des milliers d’artistes ». Des auditeurs comprirent qu’un vaste plan de licenciement du patronat - un de plus- allait débaucher des salariés du spectacle, dont ils ignoraient le mode de rémunération et de déroulement de l’activité...

Dans cette méconnaissance, largement répandue en 2003, c’est vous dire avec quelle facilité et quelle impunité un Ministre pouvait se laisser aller aux paroles blessantes et perfides : « n’oubliez pas que les temps de repos des artistes, ce sont les autres salariés qui les paient par leur cotisations »...
Mais nous n’en sommes plus là, les explications ont fait leur chemin salutaire, chacun a compris qu’il n’était pas imaginable que les métiers du spectacle se déroulent sans discontinuité, et combien ces temps hors scène, ceux que Jack RALITE appelle le travail invisible- sont ceux de la liberté du créateur, et donc de la création.
Ce sont aussi ceux de l’élaboration d’autres tâches, celles de la formation, celle que l’on dispense, comme celle dont on se nourrit, non pas sur le mode académique du précepteur, mais sur le mode de l’échange.
Dès lors la couverture sociale du temps du travail non rémunéré par une embauche, un contrat, ou une subvention, devient non seulement condition de vie digne pour celui qui en reçoit indemnité, mais aussi condition de vie culturelle pour une société, et, par la diversité de films, de musiques, de danses, de pièces de théâtre qui s’ébauchent, condition d’épanouissement et d’émancipation pour chacun d’entre nous.

Après plusieurs mois de travail du COMITE DE SUIVI DU PROTOCOLE DE 2003, installé par NOEL MAMERE, animé par ETIENNE PINTE, ce sont aussi ces arguments là qui ont fait mouche et obligé le Ministre à ne plus promouvoir une caisse séparée après avoir cédé sur les injustices les plus flagrantes. Ce sont ces arguments là qui doivent amener les négociateurs sociaux à un règlement global, qui aligne par le haut la solidarité, sans tenter d’opposer les ayant droit les uns aux autres.
Ce comité n’a pour but que de dégager des diagnostics communs, et des revendications partagées. Malgré sa composition originale : parlementaires des deux chambres, de tous les partis PC PS VERTS UDF UMP, syndicalistes CGT, membres de la coordination des intermittents et précaires, employeurs, professionnels (que ceux que j’oublie m’excusent), ou plutôt grâce à sa composition originale, il dure et ne lâchera pas : tous ses membres travaillent à une solution, et nous sommes résolus à l’outil législatif.

Le déroulement du colloque

Ce colloque est d’initiative parlementaire. Cette journée se déroulera donc avec des acteurs indispensables pour travailler ensemble au respect des droits sociaux de chacun dans un monde en pleine mutation : Sur la forme, vous n’y retrouverez pas les traditionnelles figures du premier débat entre professionnels, du second entre employeurs et syndicalistes , du troisième entre experts,et le dernier avec un représentant de chaque parti politique...
Et pourtant les paroles se croiseront dans leur diversité de vécu, de savoir, ou de luttes : avocats du droit du travail, économistes, sociologues, licenciés, chômeurs, syndicalistes, fédération et confédération, élus régionaux, parlementaires, associations, coordination, commissions du parti vert, expert ayant rendu un rapport sur le protocole élaboré et géré par l’UNEDIC, et bien sûr des journalistes, que je remercie : ils seront de précieux accoucheurs, et d’indispensables modérateurs. Chacun sera d’ailleurs son propre modérateur, respectueux de ses interlocuteurs ; ici on débat, on ne s’affronte pas !
Ce matin, en deux tables rondes, nous partirons de la couverture sociale des artistes, techniciens et réalisateurs, pour étendre la réflexion à la discontinuité de l’emploi ; et cet après-midi, nous aborderons la question du financement de la protection sociale, pour mettre en perspective nos destins liés, quelle que soit la forme, et l’horizon chaque jour plus proche de la renégociation de la convention UNEDIC.
Dans vos dossiers se trouve le programme détaillé actualisé.



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Intro par Marie Blandin, Verts

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Mise en ligne le : 6 juin 2005



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