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Ensemble faisons face aux contrôles

A Annecy des intermittentes en garde à vue
Ensemble faisons face aux contrôles

Publié, le dimanche 28 mai 2006 | Imprimer Imprimer |
Dernière modification : dimanche 28 mai 2006


Depuis plusieurs mois, la Coordination des Intermittents et Précaires Ile de France reçoit des témoignages, informe, alerte, débrouille des dossiers, aide des intermittents à retrouver leurs droits à l’allocation chômage qu’ils avaient perdu suite à des contrôles.

La peur, la honte, l’intériorisation de la culpabilité empêchent que les informations circulent.

Le travail non payé est notre lot quotidien, comment pourrait on faire autrement quand l’économie du secteur ne permet pas de répercuter le coût réel du travail nécessaire à créer, concevoir, produire et diffuser un spectacle ?

La solution serait de faire payer aux organisateurs ce fameux coût réel et donc de l’inclure dans le prix de vente des spectacles qui serait alors multiplié par 3, 4 ou 10 !

Fausse solution car ces mêmes organisateurs nous demandent de baisser nos prix ,

Toute politique de contrôle demeurera inepte tant qu’un accord sur l’emploi intermittent négocié avec tous les concernés ne sera pas trouvé. Et que la catégorie employeur/employé ne sera pas organisée. Cet accord devra être basé sur un calcul d’une indemnité journalière équitable, et susceptible d’inciter à la déclaration la plus juste possible des jours travaillés.

En l’absence d’un tel accord toutes les déclarations sur la moralisation nécessaire de nos professions demeureront ce qu’elles sont : des rodomontades destinées à masquer une impuissance politique face à des partenaires sociaux irresponsables. Ne restons pas seuls face aux contrôles.

MARDI 30 MAI à 9 heures une intermittente du spectacle est convoquée au commissariat d’ANNECY les MARQUISATS

C’est la quatrième personne ainsi convoquée pour le même motif « escroquerie aux assédics ».

Soyons nombreux à ce rendez-vous .

Contact : cap cip-idf.org Nous transmettrons.


Voici le témoignage d’une intermittente convoquée par le commissariat d’Annecy et mise en garde à vue.

Suite à une convocation sur mon portable au commissariat d’Annecy, et sans aucune explication concernant le motif de cette convocation, je me rends à 9h le matin au commissariat d’Annecy. Je n’avais pas la moindre idée de ce qui m’attendait : Là, on me dit que je suis en garde à vue jusqu’au soir, si tout va bien, que j’ai le droit de voir un avocat, et de prévenir une personne de mon choix. Je sens s’écrouler un cube de verre imaginaire tout autour de moi et dans ce fracas de verre brisé tous mes sens en éveil, je commence à me sentir coupable, mais de quoi ?!
On me demande de retirer mes lacets, et tout le cinéma (essayez donc d’aller aux toilettes avec le flic qui garde la porte ouverte), photos face profil avec l’ardoise noire, empreintes digitales, pas le droit de passer un coup de fil par toi même ni de répondre à un appel, etc.) On m’assène le coup sous les termes suivant : « escroquerie aux Assedic » On me récite mes droits, je saisis l’occasion de l’avocat commis d’office pour avoir une heure de répit et avoir en face de moi quelqu’un qui n’est pas un ennemi, c’est une petite pause salutaire. Mais le pauvre n’est au courant de rien, n’a pas accès au dossier et ne peut que me réciter des banalités ; ça fait tout de même du bien de parler à un être humain.
On commence par me nier le droit de me prétendre artiste, on me parle d’émissions de télé, un autre flic arrive et décrit en rigolant la dernière émission de la nouvelle star, « eux ont du talent ces petits jeunes ».
Ma substance vitale est en train de me quitter. Et peu à peu j’apprends que les Assedic ont déposé une plainte contre l’association A. avec qui j’ai travaillé pendant trois ou quatre années comme relais pour mes heures, cachets et interventions artistiques.
On me demande de signer une autorisation de perquisition alors que mon domicile en Haute Savoie est celui de mon compagnon et que le mien est dans les Alpes de Haute Provence, et sur mon refus, on me menace de prolonger la garde à vue, de me mettre « en bas » comme ils disent, avec coups de poings sur la table, haussement de ton, et pressions psychologiques. Je finis par signer pour avoir la paix, puis je demande à me rétracter et là : re-menaces et haussement de ton. « Si vous collaborez on en tiendra compte etc. »
Je finis par accepter la perquisition chez B. alors que mon adresse officielle est à Reillanne (Alpes de Haute Provence) On me questionne sur des faits remontant à 5 ans en arrière, qu’avez-vous fait en 2001, 2002 ?
Je m’embrouille dans les dates, je n’aime pas le passé, je suis toujours tournée vers l’avenir et je n’ai pas la mémoire des dates. « Nous aussi on a des problèmes de mémoire, on en a tous » me dit le collègue du flic. On m’annonce qu’on a les moyens de me faire avouer et que l’on verra tout à l’heure... je me sens prise dans un piège... j’ai l’impression que je ne vais pas survivre à cela, ma tête me fait mal, j’ai l’estomac qui fait n’importe quoi. Je vois mes parents mourir de chagrin, ma maison saisie, mon couple démoli etc, etc.
Arrive l’heure de midi, on m’apporte le « plat Sarkozy », qui me donne envie de gerber, l’odeur est à l’image du reste. La femme flic a peur que je fasse un malaise et me force à manger... j’avale trois petits pois... j’ai envie de vomir (fini les bons vieux sandwich de Maigret).

On perquisitionne au domicile de mon compagnon (50km). De retour au commissariat, après avoir saisi tous mes feuillets et mes documents professionnels, ainsi que ceux concernant ma compagnie artistique, on m’interroge pendant encore 6 heures non-stop sur ces documents, comment se passe l’enregistrement d’un disque, qu’est-ce qu’un concert, un spectacle, pourquoi telle facture ou telle pièce ? Des noms, qui est ce musicien, vous avez répété combien de temps, -« ah, 12 heures de travail, vous vous foutez de nous » etc.
On remonte depuis 2001, je ne me souviens de rien, je suis trop émue pour pouvoir me défendre ou me justifier. Je m’embrouille encore plus dans les dates. J’ai monté cette association loi 1901 pour pouvoir fonctionner sur des projets artistiques tels que comédies musicales, concerts, disques en souscription, etc. Je n’ai pas d’argent, jamais reçu aucune aide ni aucune subvention de personne, je bosse des heures et des jours et des nuits comme tout le monde pour mener à bien tout ça comme un grand nombre d’artistes dans mon cas, je n’arrive pas à mettre 3000 euros de côté pour changer ma voiture qui a 20 ans (brave vieille Nevada !), bref, la galère, mais le bonheur d’avoir choisi sa vie et de pouvoir construire des projets artistiques. Om m’explique que je vais devoir rembourser 47 000 euros (j’ignore d’où sort cette somme, car cela voudrait dire que j’aurais touché plus de 900 euros par mois des Assedic pendant 4 ans, ce qui est loin d’être le cas).
Vers 9h du soir (12 heures plus tard de destruction systématique), je signe la déposition qui fait six pages, je n’arrive pas à relire, j’aurais signé n’importe quoi pour qu’on me laisse partir. Je sens le sol se dérober sous mes pieds, mon avenir s’écrouler, j’ai envie de me foutre en l’air, je me sens humiliée et brisée. Finalement, après un interrogatoire éprouvant de 12 heures, on me laisse partir avec la tête en feu, une nausée violente et pas du tout littéraire. Non sans m’avoir demandé de faire la preuve de toute mon activité artistique depuis 2001 - « sans quoi je considérerais qu’il y a eu tricherie » !
Je suis restée sans voix pendant deux jours, pour une chanteuse c’est amusant et j’ai souhaité de tout mon coeur trouver un boulot au supermarché du coin, et ne plus entendre une seule note de musique de ma vie.
Deux jours après, je me relève et je me dis qu’il ne faut pas baisser les bras, ne pas leur donner raison, alors je repars sur le sentier de la guerre, sur ma clé de sol avec ma boule dans la gorge mais aussi l’envie de me battre et de ne pas en rester là.
Il y a beaucoup d’autres petits soldats de l’intermittence qui vont passer comme moi sur le grill et j’aimerais bien qu’ils se manifestent, pour que nous soyons plus forts ensemble pour nous défendre et garder la tête haute.
Voilà comment, ne parvenant pas à faire disparaître le statut des intermittents par les voies de la négociation, on tente de le faire par d’autres moyens.





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