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« Nous ne payerons pas votre crise ! », l’Italie montre le chemin.

Publié, le mercredi 29 octobre 2008 | Imprimer Imprimer |
Dernière modification : vendredi 27 février 2009


En Italie aussi, nous avons affaire í un gouvernement « révolutionnaire » (qualificatif dont l’UMP gratifie sa politique) et í cette manií¨re toute spécieuse de relire la liberté.

En France, la séculaire tension vers l’abolition du salariat et le dévellopement de la libre activité se voit traduite en un approfondissement de la politique de précarisation/contrí´le : la destruction du RMI et l’instauration du RSA, pour ne citer qu’un exemple des plus significatif ; en Italie, le mot de passe émancipé, l’école est finie !, est retourné en une politique budgétaire qui attaque les scolarisés, les chercheurs, les profs et les parents.

Une importante mobilisation contre la restriction des budgets publics alloués aux besoins sociaux se développe actuellement lí -bas. Outre des manifestations et des grí¨ves, vingt facs sont occupées/bloquées, et ce mouvement d’occupation contre une réforme qui touche tous les niveaux de l’éducation, de l’école primaire (un prof lí oí¹ il y en avait trois ; retour de l’uniforme) í l’université, oí¹ les coupes dans les postes et budgets de la recherche sont í l’origine d’une forte mobilisation des étudiants et chercheurs précaires, tend í s’étendre, de Milan í Naples, des universités aux écoles.

Nous ne payerons pas votre crise ! est le slogan de ralliement d’un mouvement dont les pratiques de lutte s’inspirent de celles du mouvement anti-CPE : occupations, manifs sauvages. A Rome, d’oí¹ provient l’appel qui suit, cela se double d’une défense territoriale de l’université face í la montée en force d’une extríªme droite militante qui cherche í en prendre le contrí´le.


Aux facultés en lutte, aux étudiantes et aux étudiants, aux doctorants, aux précaires de la recherche.

« Nous ne payerons pas votre crise ! », tel est le slogan au son duquel la mobilisation a commencé í l’université « La Sapienza » í Rome. Un slogan simple, direct : la crise économique globale, c’est la crise de la spéculation financií¨re et immobilií¨re, d’un systí¨me sans rí¨gles ni droits, c’est la crise des managers et des sociétés sans scrupules, c’est en fait la crise du capitalisme en tant que tel ; cette crise ne peut retomber sur les contribuables sans distinction, ni sur les épaules de la formation - de l’école primaire jusqu’í l’université- ou de la santé.

Ce slogan est devenu fameux. Il court désormais de bouche en bouche et de ville en ville. Des étudiants aux précaires, du « monde du travail » í celui de la recherche, personne ne veut payer, personne n’accepte de socialiser les pertes, et ce d’autant moins que la richesse a été durant des années distribuée í des couches toujours plus minces de la population.

La contagion sans précédent survenue ces dernií¨res semaines, la multiplication des mobilisations dans les écoles, les universités, les villes, a suscité la peur. Chacun le sait, un chien effrayé mord. La réaction du premier ministre Berlusconi ne s’est pas faite attendre : « Nous emploierons la police contre les universités et les écoles occupées » , « Nous allons arríªter la violence dans le pays » .

Berlusconi veut augmenter l’assistance économique aux banques, faire de l’í‰tat et de la dépense publique les garants ultimes des príªts aux entreprises : bref, on doit couper les dépenses dévolues í la formation, baisser les ressources concédées aux étudiants, restreindre les moyens attribués í la santé pendant que l’on offre l’argent au privé, aux entreprises, aux banques. Nous nous demandons alors oí¹ se trouve la violence ? Dans une occupation collective, revendicative, ou plutí´t chez un gouvernement qui impose la loi 133 et le décret Gelmini, sans míªme un débat parlementaire ? Est-ce le désaccord qui est violent ou bien celui qui veut l’étouffer par la police ? Ceux qui se mobilisent en défense de l’université et de l’école publique sont-ils violents ou bien la violence est-elle du coté de qui veut les vendre pour favoriser les intéríªts économiques d’une infime minorité ? La violence est celle du gouvernement Berlusconi ; de notre coté, dans les facultés et dans les écoles occupées, il y a la joie et l’indignation de ceux qui luttent pour leur futur et pour le futur de tous, de ceux qui n’acceptent pas d’íªtre cantonnés í la survie et forcés au silence, de ceux qui veulent íªtre libre.

Il nous a été dit que nous saurions seulement dire « non », que nous n’avons rien í proposer. Rien de plus faux : les occupations et les assemblées sont en train de construire une nouvelle université, une université faite de connaissance, mais aussi de mise en commun, de savoir, d’information et de conscience. í‰tudier est pour nous fondamental. Voilí pourquoi nous tenons pour indispensable de nous mobiliser. Pour faire vivre l’université publique : l’occuper ! pratiquer ce dissensus qui permet précisément de continuer í étudier et í (re)chercher. í€ l’université et dans les écoles, beaucoup de choses doivent changer. Mais ce changement ne passera pas par des restrictions financií¨res. Changer l’université signifie au contraire augmenter les ressources, soutenir la recherche, veiller í la qualité du procí¨s de formation, garantir la mobilité (de l’étude í la recherche, de la recherche í l’enseignement). í€ l’inverse, restreindre le financement n’a qu’un but : transformer les universités en fondations privées, détruire l’université publique.

Le dessein est clair, ainsi que les moyens : la loi 133 a été approuvée en aoí »t et, face au désaccord de dizaines de milliers d’étudiants, on menace de faire intervenir la police. Ce gouvernement veut détruire la démocratie, par la peur, la terreur. Nous, depuis l’université « La Sapienza » en mobilisation et les facultés occupées, nous disons aujourd’hui que nous n’avons pas peur. Nous ne reviendrons pas sur nos pas. Notre objectif est de faire reculer le gouvernement, d’obtenir par la lutte l’abrogation de la loi 133 et du décret Gelmini ! Nous irons jusqu’au bout, nous ne voulons pas perdre. Nous ne voulons pas baisser la tíªte face í tant d’arrogance. Voilí pourquoi nous invitons toutes les facultés mobilisées du pays í emboí®ter le pas, í prendre part au mouvement : puisqu’ils veulent frapper les occupations, eh bien que mille autres écoles et facultés soient occupées !

Aprí¨s la grí¨ve et les manifestations du 17 octobre í l’appel des syndicats de base, nous savons que l’heure de descendre dans les rues de nos villes pour donner une réponse unitaire et coordonnée est arrivée. Nous proposons donc deux journées de mobilisation nationales : vendredi 7 novembre, avec des manifestations locales dans toutes les villes, puis, vendredi 14 novembre, í Rome, en ce jour que les syndicats confédéraux ont décrété journée des universités en grí¨ve, pour une grande manifestation du monde de la formation, de l’université et de l’école. Cette journée est í construire dí¨s maintenant ; les protagonistes essentiels doivent en íªtre les étudiants, les chercheurs et les professeurs mobilisés. Nous participerons, avec nos formes et nos contenus, í la grí¨ve générale de l’école du jeudi 30 octobre.

Ce qui arrive aujourd’hui, c’est une mobilisation extraordinaire, puissante, riche. Une nouvelle vague, une vague anomale qui n’entend pas s’arríªter et au contraire veut vaincre. Faisons croí®tre cette vague, luttons et développons le désir de lutter ! On nous veut idiots, résignés, nous sommes intelligents et en mouvement et notre vague ira loin !

Des facultés occupées de « La sapienza » de Rome, par l’université en mobilisation.





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