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Autoréduction au Monoprix le 31 décembre : Nous ne paierons pas.

Publié, le mercredi 31 décembre 2008 | Imprimer Imprimer |
Dernière modification : lundi 30 juillet 2012


Une cinquantaine de précaires, chí´meurs, intermittents de l’emploi, du spectacle, étudiants... ont bloqué cet aprí¨s-midi les caisses du Monoprix de la rue du faubourg Saint Antoine. 13 chariots pleins sont sortis du magasin aprí¨s des négociations avec une direction qui a logiquement choisi de ne pas prolonger le blocage des caisses (perte de chiffre d’affaire) ou de prendre le risque d’une intervention policií¨re dans les rayons.

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Caddies pleins, mots, pour tous

Une partie des produits ainsi distraits au commerce a été fournie aux sans-papiers de la Bourse du travail de Paris occupée, aux mal logés en lutte du gymnase Saint Merry et í des maisons occupées. Un réveillon des luttes a également eu lieu í la coordination des intermittents et précaires.

Voici le tract diffusé lors de cette action ; on pourra lire plus bas un article du Journal du dimanche, un récit de l’action publié sur internet, et d’autres infos.


Nous ne paierons pas

C’est la crise. Médias et professionnels de l’économie ne cessent de nous répéter qu’elle va s’amplifier [1]. Et nous devrions la subir chacun de notre cí´té, regarder silencieusement les loyers et le prix de la bouffe continuer d’augmenter.

Pourtant, en cette période de Noí« l et de passage í un nouvel an, la richesse matérielle de l’Occident s’expose partout face í la misí¨re du monde ; elle déborde dans les rues í cí´té des sans-logis, elle scintille dans les publicités pour nous enjoindre í consommer. S’auréolant d’un espoir de croissance et de regain du CAC 40, elle se veut promesse d’avenir radieux par ces temps frigorifiés par l’individualisation et la concurrence [2].

Et cette richesse est bien gardée, vigilée, il faut íªtre respectable pour y accéder, travailler plus pour gagner plus ou moins, íªtre raisonnable et accepter n’importe quel emploi gracieusement offert, se mobiliser pour un quart de SMIC ou pour un RMI mini mini sous contrí´le condamné í devenir RSA LE FERA PAS.

Vive la crise

Cette crise montre (si c’était encore nécessaire) la débilité d’un systí¨me oí¹ certains misent la vie des autres au casino. Et quand ils perdent c’est encore í nous de renflouer leurs bourses. D’assister les entreprises[[Voir, par exemple : EMT, EMPTR, AFPR, etc., travail gratuit, travail forcé, appel í témoignages.

Pour fíªter le nouvel an, nous serions censés dépenser des miettes de salaires ou une maigre prime de Noí« l dans les supermarchés. Qu’est ce qu’ils croient ? Ce soir nous ne jouerons pas cette fable. Nous ne paierons pas.

Pour la premií¨re fois depuis longtemps, cette crise rend palpable que le capitalisme comme période de l’histoire humaine peut arriver í sa fin.

Ici et maintenant, dans ce supermarché, nous arríªtons le flux de marchandises un temps, afin que nous soient concédées les victuailles nécessaires pour fíªter cette bonne nouvelle.

D’autres ont d’ailleurs eu la míªme idée et se sont organisés pour se réapproprier des richesses, í Rennes la semaine dernií¨re, í Grenoble il y a quatre jours, ou encore presque chaque jour en Grí¨ce, oí¹ des assemblées en révolte organisent des autoréductions dans les supermarchés pour nourrir le mouvement.

L’autoréduction est une tradition de lutte des mouvements de chí´meurs et de précaires que nous appelons í développer maintenant, en cette année qui s’annonce riche en révoltes joyeuses.

í‰tendons ces pratiques, organisons nous !

í€ plus.

Soldes de 100%
avant fermeture définitive du capitalisme

Les empíªcheurs d’encaisser en rond - collectif í€ bientí´t

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lecture du tract sur les caisses, avec les sourires

Dimanche 4 Janvier 2009

Partis sans payer ! par Garance LE CAISNE, pour Le Journal du Dimanche

Une nouvelle forme d’action est née en ces temps de crise. Des groupes se rendent dans les supermarchés, remplissent leurs chariots et essaient de partir sans payer pour redistribuer le butin aux sans papiers et autres personnes précaires. Ces « empíªcheurs d’encaisser en rond » parlent d’« autoréduction ». Monoprix a riposté en portant plainte pour vol avec violence et insultes.

Le nom de leur collectif peut príªter í sourire : « Les empíªcheurs d’encaisser en rond - A bientí´t. » Mercredi dernier, ces « empíªcheurs » ont bloqué les caisses du Monoprix du 11e arrondissement de Paris. Une cinquantaine de personnes, précaires, chí´meurs, intermittents du spectacle poussant treize chariots remplis de nourriture. Des pí¢tes, de l’huile, du lait. Mais aussi du foie gras et du saumon. C’est la Saint-Sylvestre, non ? Sauf que devant les caisses, ces hommes et femmes refusent de payer. Certains distribuent un tract : « En cette période de Noí« l et de nouvel an, la richesse matérielle... déborde dans les rues í cí´té des sans-logis. Elle est bien gardée... Il faut íªtre respectable pour y accéder... accepter n’importe quel emploi gracieusement offert, se mobiliser pour un quart de smic... »

« Il y a eu un peu d’énervement, notamment avec les vigiles, raconte David, membre de la Coordination des intermittents et précaires d’Ile-de-France qui a participé í l’opération. Tout le monde a fini par se calmer et le responsable du magasin nous a laissé partir sans payer. » Montant du butin de ces Robins des bois des temps modernes : 5.000 euros environ, selon le groupe Monoprix. Robins des bois&nvsp; ? Les denrées ont été redistribuées aux dizaines de sans-papiers qui occupent la Bourse du travail et í la centaine de mal-logés qui campent dans un gymnase municipal parisien.

Mais pour le groupe Monoprix, il s’agit plutí´t de vol. La direction a décidé de porter « plainte contre X pour vol avec violence et insultes ». Pour les « Empíªcheurs d’encaisser en rond », c’est de « l’autoréduction », une pratique de mouvements de chí´meurs et de précaires qui consiste í imposer, par la force, une baisse du prix d’un produit ou d’un service. Dans les années 1970, í Rome et í Milan, des milliers d’Italiens recalculaient leurs factures d’électricité ou de gaz en s’appliquant le tarif réservé aux grosses entreprises. A la míªme époque, en France, des membres de la gauche prolétarienne dévalisaient l’épicerie Fauchon pour redistribuer les produits aux travailleurs immigrés.

Comment voulez-vous vivre avec 400 ou 500 euros par mois ?

L’opération au Monoprix de Paris est la sixií¨me de ce genre en décembre. Le 20, une trentaine de militants du Mouvement des chí´meurs et précaire en lutte ont réquisitionné de la nourriture aux Galeries Lafayette de Rennes (Ille-et-Vilaine). Le 27, c’était le Monoprix de Grenoble (Isí¨re) qui était visé. Et le 30 décembre, une action a échoué dans un Champion de Lille (Nord). Serge Havet, de AC ! - Agir ensemble contre le chí´mage, y était : « La situation était tendue mais nous ne sommes pas violents. Nous avons abandonné. » A Paris, deux boutiques d’alimentation biologique ont aussi été visées. Aucun responsable de magasin n’a souhaité répondre í nos questions. « Cela ne peut plus durer comme í§a, ajoute le militant lillois. A toutes nos permanences d’accueil, les gens nous disent qu’ils ne peuvent plus s’en sortir. Comment voulez-vous vivre avec 400 ou 500 euros par mois ? »

Pour Serge Havet, la plainte contre X du Monoprix de Paris est une aubaine. Si elle est recevable, le tribunal pourrait servir de tribune « pour réveiller l’opinion publique sur le problí¨me grandissant de l’exclusion dans la société ». Fini la lutte classique des syndicats, les manifs, les grí¨ves ? « Nos revendications se heurtent í un mur mais on continue quand míªme, explique David, de la Coordination des intermittents et précaires qui sera d’ailleurs demain aux cí´tés des grévistes du pí´le emploi pour protester contre la fusion Assedic-ANPE. A cí´té de cela, il faut développer des pratiques de solidarité, inventer de nouvelles actions collectives. » Les différents mouvements de soutien aux chí´meurs et précaires réfléchissent d’ailleurs ensemble í l’organisation, tous les mois, d’une opération « d’autoréduction » comme celle du Monoprix du Paris.


Présente pendant cette autoréduc, je me permets d’en partager un récit :

Dans un supermarché bondé en ce 31 décembre, parmi les clients pressés par les urgences culinaires du réveillon, avec en arrií¨re fond sonore les tintements des caisses et le haut-parleur annoní§ant une promotion sur le chapon, qu’elle ne fut pas la surprise de chacun d’entendre une cinquantaine de personnes annoncer avec une certaine assise que ce soir, elles ne paieraient pas.

« Un quart de Smic »

Un collectif hétérogí¨ne de personnes précaires et de militants politiques indépendants a choisi ce soir de fíªte pour dénoncer « l’exposition de l’opulence occidentale aux yeux de ceux dont les conditions de vie ne font que se dégrader ». En effet, au-delí de l’aspect matériel de cette action visant une réquisition de nourriture, les militants entendent mettre en évidence le cynisme d’un systí¨me « oí¹ certains misent la vie des autres au casino », ces autres qui doivent « accepter n’importe quel emploi gracieusement offert et se mobiliser pour un quart de Smic ».

« Nous ne paierons pas »

Aux alentours de 16h, une dizaine de personnes se présentent í chacune des caisses du magasin, avec leurs caddies remplis. Elles sont rejointes par le reste du groupe, qui déploie une banderole pour que le message soit clair. Les clients, abasourdis, cherchent í évaluer la situation. Pendant qu’une partie du groupe scande « C’est la crise, nous ne paierons pas », d’autres participants cherchent í calmer les tensions avec la clientí¨le pressée, en tentant d’expliquer leur démarche. Des dialogues s’instaurent, plus ou moins houleux. « C’est comme les grí¨ves, vous prenez les gens en otage ! Vous m’auriez demandé de l’argent, je vous en aurais donné ! » lance un client excédé. « Notre but n’est pas de faire encore appel í la solidarité de personnes qui gagnent 600 euros par mois mais de nous réapproprier des biens, d’agir... » lui répond une militante. « On le sait bien qu’on est exploités mais on n’y peut rien, c’est comme í§a, allez poussez-vous ! » s’énerve un client qui tente de forcer le passage í coup de panier í course.

Caisses bloquées

Malgré quelques bousculades, certains patientent, comprennent et parfois adhí¨rent, í l’instar d’une caissií¨re qui, discrí¨te, retire son t-shirt portant le sigle du magasin et filme la scí¨ne avec son téléphone portable en souriant. Quelques policiers arrivent, mais sont rapidement congédiés par la direction du supermarché qui a entamé des discussions avec le collectif. Le flux des caisses bloqué, le magasin perd du chiffre d’affaire, et le gérant sait qu’il lui sera moins couteux de laisser passer les treize caddies des militants plutí´t que de durcir sa position et de risquer d’en arriver í une intervention musclée de la police qui pourrait nuire í l’image de marque de l’enseigne. Ainsi, au bout d’une heure environ, la situation se débloque et les militants commencent í mettre leurs provisions dans des sacs.

« Il faut continuer »

Ils sortent tous ensemble, entre deux rangées de policiers et de vigiles, les bras chargés d’une grande quantité de sacs roses bien garnis, sous les yeux incrédules des passants qui s’étaient arríªtés pour suivre la scí¨ne í travers la baie vitrée du magasin. Les couleurs et les sourires détonnent sur la grisaille parisienne et les uniformes des forces de sécurité présentes. Les militants, soulagés d’íªtre sortis sans interpellation, sont assaillis de questions et expliquent le principe de cette réquisition aux intéressés. « Je suis peut íªtre trop vieille pour faire í§a moi, mais je trouve que c’est formidable, il faut continuer », les félicite une dame qui trottine í coté d’eux jusqu’aux voitures qui emmí¨neront les vivres.

Répartition

Les fruits de cette réquisition seront répartis le soir míªme sur différents lieux de lutte, notamment í la Bourse du travail occupée par les sans-papiers, au gymnase Saint-Merri oí¹ les mal-logés de la rue de la Banque tentent de se protéger du froid, et í la Coordination des intermittents et précaires d’Ile-de-France. Ce genre de pratique n’est pas une nouveauté. Au-delí du fait que des « autoréductions » ont récemment été mise en Å“uvre í Rennes et í Grenoble, il s’agit également d’une forme d’action politique qui a été trí¨s employée pendant les luttes sociales italiennes des années 1960-1970.

Salaud d’argent, une auto-réduction au supermarché - Vidéo

Autoréduction í Rodez. Expérimentations contre la précarité, la méthode Facebook

Danse avec les pauvres. Début janvier, un collectif qui organise des réquisitions dans les supermarchés était assailli par des journalistes

18 février 2009, Contre la vie chí¨re : Ni Casino, ni Unedic, tout pour tous

Ventres vides et tíªtes farcies. Nouveau pique-nique de précaires í Paris


Mars 2009, Paris : Une nouvelle autoréduction í Monoprix

Mardi 3 mars, de nombreux participants í l’assemblée générale de Tolbiac (Université Paris I) sont partis en balade en direction de la bibliothí¨que Franí§ois-Mitterrand pour une action surprise.

Un banquet était prévu peu aprí¨s sur le parvis de la fac í l’appel du comité de grí¨ve. Pour l’approvisionner, les manifestants sont allés se servir au Monoprix de l’avenue de France. Ils ont d’abord rempli un caddie de quelques victuailles (saumon, champagne, fromage, jus de fruits bio, bouffe végétarienne, pain). Puis ils ont bloqué les caisses en prenant la parole avec pour thí¨mes d’intervention : « Nous sommes dans la précarité, nous nous battons contre le capitalisme ».

Le Monoprix, « ouvert pour dynamiser les commerces de l’avenue de France », était fort peu fréquenté í cette heure. Des vigiles ont tenté de faire du forcing, sans parvenir í empíªcher la sortie des marchandises.

La cueillette a ensuite été partagée au pied de l’université en grí¨ve, í la satisfaction de tous.

Des telles idées alimentaires se propageraient actuellement dans diverses collectivités en lutte.

Infozone, Liste d’information pour la France sauvage, 5 mars 2009



Document(s) à télécharger :

Télécharger le tract mis en page

Taille : 337.9 ko
Mise en ligne le : 2 janvier 2009

Notes :

[1] Et désormais nous sommes í la fois coupables et redevables ; on peut í ce propos écouter cet entretien La fabrique de l’homme endetté, essai sur la condition néolibérale ; et cela fonctionne si bien de transformer ainsi les droits sociaux en dette individuelle, que l’on estime í 1 650 000 le nombre d’ayant droits du RSA qui ne le demandent pas, ce qui permet plus de 5 milliards d’économie par an...

[2] voir : Le gouvernement des individus - Université ouverte 2008-2009.

La coordination a dà» déménager pour éviter une expulsion et le paiement de 100 000 € d’astreinte. Provisoirement installés dans un local municipal exigu, nous vous demandons de contribuer activement àfaire respecter l’engagement de relogement pris par la Ville. Il s’agit dans les temps qui viennent d’imposer un relogement qui permette de maintenir et développer les activités de ce qui fut un centre social parisien, alors que le manque de tels espaces politiques se fait cruellement sentir.

Pour contribuer àla suite :
• faites connaître et signer en ligne Nous avons besoin de lieux pour habiter le monde.
• indiquez àaccueil cip-idf.org un n° de téléphone afin de recevoir un SMS pour être prévenus lors d’action pour le relogement ou d’autres échéances importantes et urgentes.

Pour ne pas se laisser faire, agir collectivement :

• Permanence d’accueil et d’information sur le régime d’assurance-chômage des intermittents du spectacle
Envoyez questions détaillées, remarques, analyses àcap cip-idf.org

• Permanence précarité
Adressez témoignages, analyses, questions àpermanenceprecarite cip-idf.org

Les lundi de 15h à17h30
àla CIP, 13 bd de Strasbourg, M° Strasbourg Saint-Denis
Tel 01 40 34 59 74



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