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27 Août 2003

Réponse de Bruno Tackels à Patrice Chéreau

Publié, le samedi 6 septembre 2003 | Imprimer Imprimer |
Dernière modification : samedi 6 septembre 2003


Cher Patrice Chereau,

Mais si vous êtres réactionnaire ! Il n’y a maintenant plus aucun doute sur le fait que vous l’êtes (devenu) quand vous écrivez : « L’envie de faire ce métier [d’art] peut-elle s’éteindre simplement parce que le statut des intermittents est moins favorable aujourd’hui ? » Une telle question (et la réponse méprisante qui veut que l’art passe toutes les conditions, comme tous les empêchements qui lui sont faits) rejoint explicitement les pseudo-analyses revanchardes d’un Marc Fumaroli quand il fustige les effets nocifs de « l’Etat culturel » sur le pur-désir-d’ art-des-artistes-que-rien-ni-personne-ne-pourra-détourner-de-leur-tâche-abso lue.

Il est historiquement faux de penser l’art hors de tout temps particulier : toujours il s’est écrit dans les plis et les replis de l’histoire, et celle-ci a pu le faire vivre (grandement) ou vouloir le faire mourir, frontalement, ou à petit feu. Le vingtième siècle est ce temps fécond où l’ Etat a su faire vivre de très nombreux artistes. Le vingt-et-unième pourrait être celui qui en fasse mourir beaucoup. Car de grands projets artistiques vont mourir, c’est certain, sans l’aide de l’Etat - et de ces projets précieux que dicte le désir, et lui seul, non de ceux qui s’accommodent de tous les vents changeants de la mode et du marché.

J’ai vraiment du mal (et une certaine peine) à penser que vous avez oublié ces mécanismes, sans lesquels vous n’auriez pas pu exercer votre métier. Mais j’entends dans votre réflexion un argument plus réactionnaire encore. Il repose sur cet axiome délirant qui pose que seuls les artistes « forts » disant des choses « fortes » dans des spectacles « forts », ceux-là (et ceux-là seuls) « justifient de s’adresser à un public » et ont par conséquent la légitimité d’exister, pour devenir « un forum permanent ». Cette proposition est doublement dangereuse. D’une part, si on la suit à la lettre, elle oblige à considérer qu’aucun spectacle subventionné par l’Etat français ne remplit les conditions que vous avancez pour légitimer l’aide public : depuis plus de vingt ans d’aide croissante de l’Etat aux projets artistiques, lequel d’entre eux peut se dire suffisamment « fort » pour exiger et justifier une subvention publique ? Quelle scène, quel concert, quel film, quelle pièce peut prétendre avoir influé sur l’ordre (désordre) du monde où nous vivons ? Si nous allons au bout de ce qu’appelle votre profession de foi, seule l’ouvre qui a la force de s’adresser au monde (pour le changer, et qui aurait su le faire, de facto) a droit de cité et de financement. En appliquant de tels critères, aucune ouvre, théâtrale, filmique, audiovisuelle ou musicale n’aurait plus le droit d’exiger le moindre financement public. A commencer par les vôtres, Monsieur Chereau, qui n’ont pas changé la face du monde, qu’il lutte contre le sida, la guerre des Balkans, la pauvreté, le nationalisme ou le libéralisme. Ou alors cela se saurait. A vous entendre, elles auraient dû être elles aussi « balayées ». Et puisqu’il est question d’art (on a tendance à l’oublier), parlons de votre (pénultième) retour aux planches. Vous montez la Phèdre de Racine, la saison dernière, au théâtre de l’Odéon, et je ne peux m’empêcher de lui appliquer, cruellement, vos propres critères : pensez-vous vraiment, dans ce travail, avoir suffisamment de choses « fortes » à dire qui justifient de vous adresser à un public ? Trop jeune pour avoir vu les épisodes « mythiques » de votre parcours, je suis venu voir « votre » Phèdre, plein d’attentes généreuses. Je n’y ai vu qu’exposition clinquante, creuse et formelle gesticulation - finalement profondément désespérée. Et j’ai commencé à comprendre, par sous-texte, sortant de « votre » Phèdre, tous ces liens complexes et douloureux qui vous lient au monde du (spectacle) vivant. Cela, je peux l’entendre avec intelligence, patience et circonspection. Mais quand trois mois plus tard je vous entends publiquement donner des leçons à une profession en pleine crise, que visiblement vous n’aimez pas, que vous quittez brutalement, puis que vous squattez et que vous finissez par vampiriser, faute d’une vraie rupture/deuil/refondation, alors là je ne peux plus me taire, et nous sommes nombreux à vouloir (vous) dire votre fait : Monsieur Chereau, laissez-nous travailler dans nos espaces et nos temps, vous avez les vôtres, ils sont autres - nous n’avons visiblement plus grand chose à nous dire. Affaire de génération, sans doute. Laissez-nous la mémoire de ce que vous avez pu faire hier, et ne nous imposez pas vos tristes gesticulations d’aujourd’hui qui ne servent décidément que les fossoyeurs de votre mémoire vive.

Oui votre pensée est réactionnaire, car elle parle d’une situation que vous ne connaissez visiblement plus du tout (ou seulement de loin, très indirectement). Ainsi ce pseudo-conseil que vous donnez à la jeune génération :« Si vous avez besoin de considération - ou d’un statut - avant de vous mettre à travailler, vous êtes perdu ». Monsieur Chereau, avant de prendre la plume et la parole, permettez-moi de vous en donner un à mon tour  : il serait judicieux de faire quelques expériences concrètes, de séjourner un peu dans les villes festivalières de l’été (il nous reste Chalon, Aurillac et tant d’autres), afin de bien comprendre la situation de toutes ces compagnies qui travaillent (des centaines) hors de toute reconnaissance, et pour un à-peine-statut qu’elles n’attendent pas pour engager un processus artistique fort et nécessaire - contrairement à l’accusation d’assistance que vous portez à leur encontre. Et puis cette façon de « prendre en otage » les compagnies venues de l’étranger, qui-ne-peuvent-rien-comprendre-à-nos-revendications (forcément obscènes face à la dramatique situation qu’ils vivent dans leurs pays dévastés). Plutôt que de défendre notre merveilleux système, exemplaire pour le monde entier, plutôt que de vous battre pour défendre ce dispositif menacé, vous mimez de prendre la défense de ses compagnies qui ne viennent ici en France, précisément, que aprce que nous disposons d’un contexte d’accueil culturel exceptionnel. C’est vous qui sciez la branche sur laquelle, etc.

A vous lire ce soir, je mesure à quel point vous vivez dans un autre monde, qui n’a vraiment que très peu de lien avec celui que vous prétendez conseiller, ou sermonner. Car c’est un sermon que je vous entends prononcer depuis plus d’un mois, le sermon d’un père décalé, enfin produisant cette parole, enfin, dont nous pouvons maintenant nous dire et vous dire : "Non, nous n’en voulons pas, ce que vous dites là est mensonger, aveuglé, aveuglant et totalement insupportable. Et nous allons commencer à tuer le père. Cela nous manquait, vous appartenez à une génération où l’on s’est refusé à être le père échouant - et donc nécessairement à tuer. Vous avez du coup préféré tuer les fils avant même qu’ils aient la moindre occasion de vous tuer." En cet été 2003, le scénario est en train de se renverser. Merci Patrice Chereau.

Oui le fond de votre « argumentation » est réactionnaire. On sent bien qu’elle repose sur la haine d’un travail pensé dans la durée - que vous nommez « réclamation très diffuse d’une sécurité de l’emploi ». Comme si l’art s’ élaborait par coups d’éclats et dispersion des forces en présence. Peut-être parlez-vous pour vous, mais ous savez très bien qu’une ouvre (s’il s’agit réellement d’une ouvre) a besoin de temps, besoin d’être protégée, un temps, des contraintes extérieures ; vous savez très bien qu’un artiste a droit à l ’erreur, que son travail doit se penser et s’évaluer dans la durée - qui n’ est pas synonyme de sécurité, comme vous essayez de nous le faire croire. Les conditions réelles d’un travail réel ne sont pas non plus celles de la précarité, comme vous essayez encore de vous le faire croire. Mais vous ne nous ferez jamais croire que vous rêvez de la précarité pour exercer votre travail. Quel mensonge, quelle imposture dans la bouche d’un metteur en scène dont la moindre production à l’Odéon rendrait possible la création d’ une dizaine de compagnies. Vous n’avez pas compris ce mouvement - il faut se rendre à l’évidence. Vous n’avez pas compris que ces milliers d’hommes et de femmes qui ont sacrifié beaucoup d’eux-mêmes cet été ne revendiquent pas la « sécurité » d’existence qu’ils savent exposée, et en train sans cesse de se (re)jouer. Ils parlent d’un mode de vie, une vie mobile, créatrice de vie, de sens, pour soi, pour les autres - ils parlaient de tout sauf d’un « statut » - même si celui-ci en est la condition première, mais en aucun cas finale. Et ils se sont mis à élaborer une réflexion qui débouche sur autre chose qu’eux-mêmes, contrairement à vos méprisantes affirmations (« Oui, c’ est vrai, je dénie un peu à ce statut des intermittents la capacité de pouvoir déboucher sur une autre réflexion que sur lui-même »). Ils se sont mis à dialoguer avec d’autres professions, prises dans d’autres luttes, mais victimes de la même volonté d’injustice, et ils se sont mis à rêver d’autres modalités d’organisation du travail, mobile et discontinu - mais rémunéré de façon continue, par un salaire minimal pour ouvrer librement.

Mais comment auriez-vous pu en entendre parler, ici à Avignon, vous qui avez quitté la ville comme un voleur, une fois son (mauvais) coup accompli (raté)  ? Comment pouvez-vous parler des compagnies alors que vous ne savez rien d’ elles, ou si peu ? Comment pouvez-vous leur dire, docte et pédant : « Si vous avez besoin de considération - ou d’un statut - avant de vous mettre à travailler, vous êtes perdu. » J’ai vraiment le sentiment que vous avez quitté la réalité depuis trop longtemps - notre réalité, celle des créateurs, celles de tous les artisans du sens qui maillent et fécondent le territoire français. Elles existent et travaillent par centaines, partout en France, et grâce à ce statut, les compagnies de danse, de théâtre, de cirque et d’ailleurs. Et elles n’attendent certainement pas la « reconnaissance » dont vous parlez (c’est votre question, visiblement - pas la leur), elles luttent tout simplement pour que leurs outils de travail ne se rétrécissent pas comme cela se passe depuis plus de dix ans (dévitalisation artistique des Centres dramatiques, marchandisation des ouvres, corvéables et échangeables entre scènes nationales dénuées de tout projet, augmentation vertigineuses des compagnies, et non des budgets, technocratisation des responsables et des décideurs institutionnels, mise sous pressions des artistes, sommés de devenirs des médiateurs sociaux et culturels, etc.). Vous n’avez visiblement aucune idée de cette évolution des lieux de culture en France - ce qui n’est pas forcément grave -, mais vous vous permettez de juger (condamner) ceux qui s’y débattent - ce qui l’est forcément beaucoup plus.

Mais plus grave encore : si vous avez compris (lors de votre petit voyage diplomatique éclair) que« ça chauffait », et que nos dirigeants l’avaient compris, pourquoi n’avez-vous pas tenté d’en comprendre les raisons ? Et pourquoi, par quel sourd mécanisme dépréciateur du spectacle vivant en êtes-vous venu à la conclusion que cette lutte était factice et dénuée de fondement ? Comment pouvez-vous dénigrer à ce point les artistes de notre génération, tous âges confondus, et attendre à la fois que l’Etat aide la création ? Quelle est cette étrange schizophrénie qui semble vous empêcher d ’y voir clair ? Car il faut reconnaître que vous pointez, par moment, avec lucidité, les zones d’ombres d’un système qui ne peut perdurer en l’état. Qui pourrait contester l’horizon que vous esquissez en des termes cette fois-ci complètement rassembleurs : « Trouver le moyen de sortir de ce système, revenir à des mécanismes de financements normaux en fonction du travail effectué, et à des salaires déclarés. Mais est-ce que ça conviendrait à tout le monde ? Ça serait une nouvelle façon de penser. »

La formule est généreuse, mais comment peut-elle être signée d’une plume qui persiste à penser que l’accord signé le 27 juin 2003 sauve le statut des intermittents ? Qui continue à trouver normale cette toute-puissance du Medef et de quelques organisations syndicales minoritaires, dont le bon-vouloir maîtrise le destin de plus de cent mille salariés. Et qui conteste aux artistes le droit d’exercer une réelle profession, avec des droits et ses devoirs (« être intermittent, ce n’est pas un dû »). Comment défendre un financement normal pour la culture, et lui contester toute forme de légitimité sociale ? Comment se dire fier d’un système de financement culturel dont il n’existe aucun équivalent ailleurs en Europe, et faire l’ éloge d’un Ministre qui est très visiblement mandaté pour neutraliser et démonter ce système unique ?

Comment expliquer cette schizophrénie intellectuelle, qui finit par faire dire vraiment n’importe quoi à l’une des consciences les plus aiguës de votre génération ? C’est du moins de cette façon que beaucoup vous perçoivent, vous percevaient, dans ma génération. Une première hypothèse apparaît clairement à la lecture des propos recueillis par Le Nouvel Observateur, l’hypothèse d’une profonde cécité politique qui vous interdit toute possibilité d’analyses, et vous maintient dans le régime contraint de l’opinion et du préjugé. J’en épingle juste quelques uns, au débotté :

le Medef voulait la disparition du statut des intermittents, et le gouvernement à réussit l’impossible en le maintenant coûte que coûte - alors que tout le monde sait maintenant que le déficit proclamé est cousu de fil blanc,

les syndicats vont procéder à des aménagements et à des corrections (phrase prononcée la semaine de la publication de l’agrément de l’accord au Journal Officiel, quand on sait l’entourloupe juridique que représente l’avenant du 8 juillet, qui biffe purement et simplement un paragraphe essentiel de l’ accord, l’un des plus anomaliques, qu’il fallait supprimer entre deux portes, et en dehors de toute négociation, justement - mais vous avez visiblement d’autres chats à fouetter que de suivre l’évolution politique d’ un dossier qui vire au désastre décidément de plus en plus explosif),

la correction du statut des intermittents est une progrès dans la lutte contre le libéralisme [sic] (quand on apprend de la bouche même d’un des principaux signataires du dit accord que tout l’enjeu politique est bien de retrouver, par des temps de travail plus longs et des indemnités plus difficile à obtenir, des relations d’employeurs à employés plus durs, plus saines, moins complaisantes et fondés sur des contrats réels et non plus fictifs.

la diabolisation grotesque de la CGT est sans doute le symptôme le plus frappant de cette cécité politique : comment pouvez-vous lui accorder tant de poids malfaisant (c’est-à-dire pro-greviste, dans votre logique), alors que tout analyste sensé peut vérifier l’absence totale d’influence qu’elle a eu, dans ce conflit comme pour tant d’autres. La CGT n’a pas renié l’accord qu’elle négociait : elle a toujours détesté l’idée d’un régime singulier des artistes, et son souhait profond était sans doute de le laisser pourrir sur pied. La CGT n’a jamais été jusqu’au-boutiste, mais plutôt immobiliste, et incapable (non désireuse ?) d’élaborer un nouveau projet culturel (dont le statut des intermittents n’est au fond qu’un des nombreux volets). Car c’est là le point essentiel : où commencent à lever les forces pour construire une nouvelle proposition de société. Plutôt que de jouer les querelles d’ appareil CGT/CFDT, vous n’avez visiblement pas eu plus d’antennes pour ce que le « mouvement des coordinations » est en train d’inventer, en termes de nouvelles hypothèses politiques et culturelles. Aviez-vous seulement remarqué que les intermittents, aussi désespérés, affolants et irrationnels qu’ils aient pu vous paraître, avaient commencé, depuis de nombreux mois, à produire l’analyse de la situation de crise que vous appelez de vos voux ? Avez-vous seulement pris connaissance, avant votre mission médiatrice, des réflexions de fond menées par les « Précaires Associés de Paris », notamment sur l’avenir du travail dans nos sociétés ?

Une dernière remarque sur cette cécité politique, qui passe de loin votre incapacité à faire une analyse précise et circonstanciée des questions que vous évoquons. Après tout, comment seriez-vous capables de produire une telle analyse, tant vos préoccupations du moment vous tiennent éloignées de toute appréhension concrète de ces questions ? Ce qui met par contre fortement en colère, c’est l’aplomb avec lequel vous assénez des vérités définitives avec une naïveté confondante. Evoquant cette formule « effrayante » : « Il ne faut pas sauver le festival d’Avignon », vous dénoncez la rhétorique factice de ceux qui cherchent à se refaire une « virginité révolutionnaire ». Il ne me paraît pas déplacé de vous redire les choses les plus simples qui animent toute lutte politique, au moins depuis deux siècles  : vouloir et décider la grève dans un domaine donné n’équivaut pas à la destruction (annulation) du dit-domaine. Quand les ouvriers ou les employés d’une usine votent la grève, ils ne programment pas sa destruction ou son « annulation ». Ils suspendent simplement ses activités, pendant un temps, pour négocier, dans un rapport de forces étudié, les modalités de transformation des conditions de l’exercice du travail commun, jugées insatisfaites ou dégradées. Au nom de quelle vision iconique et sacralisée, déplorez vous un concert de Boulez annulé, perçu par vous comme un acte sacrilège, sans jamais connecter cet acte avec les incroyables sacrifices assumés par les enseignants pendant tout le printemps. Où l’on voit, par ailleurs, que ce même monde sacralisé des artistes est lui aussi clivé, scindé, défini par des rapports de forces hiérarchiques. Vous évoquez Mnouchkine ou Bartabas, mais jamais les deux cent compagnies du off qui se sont mises en grève en prenant des risques financiers énormes, et pour certaines irréversibles. Quant à Ariane Mnouchkine, elle a pu être, c’est vrai, victime d’un dérapage verbal parfaitement odieux. Et c’est détestable, sans conteste. Mais on ne peut aussi y lire un symptôme, au lieu de faire la vierge effarouchée et moralisante. C’est qu’Ariane Mnouchkine a eu le courage de rester, de parler, d’écouter. Elle s’est engagée dans le conflit. Elle en est ressortie pleine de vie, qui n’est sans doute pas exempte sans colère. Mais de sa parole peut naître de la pensée, comme lorsqu’elle dit que les artistes sont coupés de la société. Cette analyse, je ne la sens pas à l’ouvre chez vous, où dominent, en roue libre, les seuls carburants de la reconnaissance, de l’argent et de la puissance symbolique.

Un dernier mot sur (ou pour) l’artiste que vous tenez d’être encore. Julian Beck n’est pas quelqu’un qui a « fait ce même sale boulot que d’autres [les grévistes] ont fait à Avignon cette fois-ci ». C’est une injure indigne faite à vous-même. Julian Beck est un grand artiste, un producteur de la vie en grand, comme vous avez su le faire. Il s’est battu, à Avignon, pour que la vie gagne, pour que d’autres manières de penser gagnent du terrain, gagnent la rue, et lui donne vie, et forces - ce qui me chagrine, c’est que vous êtes venu, à Avignon, 25 ans plus tard, sans vouloir défendre la vie en grand, et pour demain. Mais pour autant, jamais je ne me permettrai, patrice Chéreau, pour la mémoire des poètes que vous avez servi, de dire qu’en cet été 2003, vous avez fait « le sale boulot ». Je vois juste que nous sommes en bien mauvais état, et qu’il y aura beaucoup de batailles, demain, en septembre. Avec vous ?

Bruno Tackels

27 août 2003





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