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Intermittents, enseignants, chercheurs, précaires, CE QUI NOUS RASSEMBLE...

Publié, le mardi 10 février 2009 | Imprimer Imprimer |
Dernière modification : vendredi 13 février 2009


Ce texte, rédigé en 2004, est issu de la commission école de la CIP. Il est publié ici alors que l’université est à nouveau enjeu de mobilisation.

On peut également consulter et faire circuler (télécharger les pdf pour impression), à propos du rôle de l’école :

L’école, atelier de la société-usine

Dix Thèses sur l’Université Productive


Intermittents, enseignants, chercheurs, précaires, CE QUI NOUS RASSEMBLE...


Précarité sans droit

Comme dans toutes les sphères de la société, les emplois dans la recherche connaissent une précarisation croissante, précarisation non pas accidentelle mais structurelle. Non seulement il faut passer par au moins 20 ans de précarité, du DEUG au post-doc, avant de prétendre au moindre statut, mais les postes fixes sont désormais si rares que de plus en plus de « chercheurs précaires » alternent, voire cumulent CDD avec des institutions publiques ou privées et ASSEDIC ou RMI. Quant aux intermittents du spectacle, soi-disant trop nombreux à se reposer sur les ASSEDIC, plus d’un tiers ne bénéficiaient déjà pas de leur régime spécifique d’assurance-chômage avant sa réforme. Les réformes qui attaquent les intermittents et les chercheurs, comme toutes les réformes en cours, achèvent d’instituer comme seul possible une précarité dénuée de droits sociaux, qui soumet chacun aux choix des employeurs, qu’ils soient privés ou publics. Ce n’est pas seulement la précarisation imposée de nos pratiques que nous dénonçons, mais la destruction de droits collectifs qui garantissaient la liberté de nos activités, alors même que nos systèmes de garantie de revenu dans la discontinuité de l’activité pourraient inspirer d’autres pratiques.

Science sous contrôle et culture de l’exception

La destruction des droits collectifs s’accompagne d’une politique de contrôle des savoirs que nous fabriquons. Ce contrôle est frontal pour la recherche, où les grandes directions de ce qui doit être recherché sont indiquées par des directives autant nationales qu’européennes et où l’origine ciblée des financements interdit toute recherche fondamentale non médiatiquement ou financièrement justifiée. Quant au rapport Belloc, qui guide la réforme du statut des enseignants-chercheurs qui permettait jusqu’ici une certaine liberté dans leurs recherches en échange de l’obligation d’enseigner 192h devant un public d’étudiants, il préconise de sanctionner les recherches qui ne suivent pas les orientations thématiques choisies par des heures de cours supplémentaires. Le contrôle du temps et des pratiques accompagne le contrôle des savoirs. Cette « thématisation » de toutes les orientations de recherche rejoint le système de subventions de l’exception culturelle. Il s’agit de permettre la survivance, à côté d’une recherche et d’une culture immédiatement rentables, de quelques « pôles d’excellence » bien contrôlés : par des orientations thématiques imposées par l’Etat pour la recherche publique, par des subventions discrétionnaires pour la culture. Nous refusons cette recherche dite d’excellence comme cette culture de l’exception. Nous refusons de n’avoir le choix qu’entre les lois du marché et l’excellence sous contrôle.

Choix de vie

Ce que nous, chercheurs et intermittents, avons en commun dépasse la production de savoir et de sensible. C’est un certain rapport au temps irréductible à celui de l’emploi, grâce à un statut pour les uns, à un régime d’assurance-chômage pour les autres, ce sont des pratiques quotidiennes, des formes d’existence. Les réformes qui nous touchent sont du domaine du contrôle de nos fabriques, mais aussi de nos temporalités, de nos subjectivité, de nos choix de vies. Elles marquent la fin d’une certaine ouverture des professions « intellectuelles », commencée dans les années 70 avec l’explosion du nombre de professeurs, de chercheurs, d’artistes, de journaliste, photographes, ... En même temps qu’elles opèrent une sélection des savoirs, ces réformes sélectionnent les individus qui ont accès à la formation, aux outils de production et de diffusion, à la possibilité d’exercer ces activités. Pour les intermittents comme pour les chercheurs, il ne s’agit pas tant de défendre un statut, que de revendiquer la possibilité de fabriquer du sensible et du savoir selon nos propres temporalités, d’avoir le choix de nos modalités d’existence et de coopération, le choix de nos formes de vie, le choix de préférer ne pas.

Ouverture de la science et accès à la culture comme biens communs

Toutes les productions de l’esprit humain forment le bien commun de l’humanité.. Le bien commun, c’est ce que tous ensemble nous produisons, ce qui nous appartient, à nous tous, ce qui naît, vit et meurt dans notre activité coopérative quotidienne. Chercheurs sans statuts, artistes au RMI, critiques à la pige, publics, étudiants, patients et profanes, nos mobilisations subjectives, intellectuelles et affectives tissent notre imaginaire social, nos savoirs sensibles. Le temps passé à chercher, à rêver, à bricoler, à ne rien faire, à parler, n’est pas l’apanage des artistes ou des chercheurs, il est simplement humain ; il participe de notre intelligence collective. C‘est au nom de cette intelligence collective, de ce bien commun inaliénable, que nous exigeons une véritable ouverture de la science sur la société et posons plus largement la question de l’accès à la culture.

La question de la production et de la circulation des biens communs - la connaissance, la culture, l’information, la santé, l’enseignement - est une question « publique » par excellence. Elle ne concerne pas seulement ceux dont le métier est de les produire, mais aussi et surtout ceux pour qui et grâce à qui on les fabrique. Alors que les politiques de professionnalisation opposent producteurs et consommateur, nous affirmons qu’entre le chercheur et le paysan, entre le malade et le médecin, entre le spectateur et l’intermittent comme entre l’étudiant et le professeur des chaînes de coopération et de coproduction sont possibles. Les malades du sida nous ont déjà montré comment les recherches et expertises autour du VIH ne pouvaient se passer ni de leurs savoirs ni de leurs collaborations.

Les choix politiques qui portent sur l’enseignement, la culture, la recherche, la santé ne touchent pas seulement les modalités de travail, les revenus de ses producteurs, les savoirs fabriqués, mais aussi et surtout les publics, leurs droits à l’accès à la connaissance, à la culture, à l’information, le coût qu’ils doivent payer pour y accéder et les contenus de ce qu’ils apprennent, voient, écoutent.

Nous ne pouvons pas non plus séparer la production et la circulation des connaissances, de la question de la répartition de la richesse, puisque, dans nos sociétés, il s’agit encore et toujours de puissants dispositifs de pouvoir qui régulent l’accès ou l’exclusion aux savoirs comme aux richesses matérielles. Un sociologue nous fait remarquer que « au cours de votre vie, vous passez 33.000 heures à l’école, 63.000 heures au travail et 96.000 devant la télé. Cela veut dire que toute l’espérance de vie que vous avez gagné depuis l’apparition de la télé, vous la passez devant le poste ». Est-il souhaitable que tout le temps de vie gagné grâce à la recherche médicale ou à la réduction de temps de travail, nous le passions devant TF1 ? Ce qui est en jeu, en réalité, c’est la subjectivité individuelle et collective, les formes de vie, les modalités de l’être ensemble.

Face à ces nouveaux dispositifs de contrôle de nos temps, de nos subjectivités, de nos vies, choisissons dès maintenant d’opposer des luttes transversales articulées par un refus commun ; entreprenons une contamination où s’affirme, contre leurs déserts, nos mondes.

Texte rédigé et diffusé en mars 2004, puis publié dans L’Interluttants n° 10 (mars 2005)





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