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La réponse au Philippe Torreton : RMIste,

Publié, le jeudi 5 mars 2009 | Imprimer Imprimer |
Dernière modification : jeudi 29 mai 2014


Source : http://rmistevirgule.blogspot.com/

Rédigé par un RMIste, l’article qui suit refuse le programme départemental d’insertion (PDI) du département de Paris et critique les arguments en sa faveur utilisés par le Conseiller d’arrondissement délégué à la citoyenneté, à la lutte contre les discriminations et aux évènements artistiques auprès du Maire du 9e, Philippe Torreton.

Le PDI (Programme Départemental d’Insertion) est le texte qui régit la politique menée en direction des RMIstes, des allocataires de l’ASS, de l’API et bientôt des RSAstes.

On consultera également à propos des dispositions de ce PDI destinées aux « artistes » Artistes, RMI, Paris Capitale : se souvenir des belles choses....


Rmiste,

La réponse au Philippe Torreton

Jeudi 5 mars 2009

Cher M. Philippe Torreton,

J’ai lu avec attention votre intervention relative au débat organisé sur le programme départemental d’insertion 2009. Je dois vous dire que j’ai été particulièrement choqué par l’indigence de vos propositions (je développerais ce point à la fin de ma lettre). Mais, tout d’abord, je dois vous dire que j’ai été particulièrement énervé et insulté par vos manières de tartuffard et l’aplomb avec lequel vous justifiez ces propositions (ça, je le développe tout de suite).

J’aimerais bien savoir d’où est-ce que vous tirez vos informations lorsque vous assénez que « au RMI on est RMIste point » ? Vous avez un ami dont la fille est copine avec le boucher qui a un cousin qui est ami avec un peintre-animalier au RMI ?

A ma connaissance, vous n’êtes pas bénéficiaire du RMI. Et ce n’est pas sur le plateau de l’émission de télévision de Michel Drucker où vous embrassiez, en 2004, M. le Ministre Renaud Donnedieu de Vabre, pourfendeur s’il en est du statut intermittent, que vous avez pu en rencontrer, des RMIstes, n’est-ce pas ?

C’est étrange.

Car, pourtant, vous semblez, avec le sérieux d’un inquisiteur contrit, savoir exactement ce qu’est la condition d’un artiste RMIste. Vous la connaissez tellement bien, cette condition, que vous vous permettez même de la juger. Pour vous, être au RMI ce n’est pas exister, « vivre, être dans la place comme on dit, rencontrer, échanger, comparer, se motiver, améliorer son projet ou le réorienter au besoin, s’associer à d’autres pour s’entraider. » Cela, est réservé aux vrais artistes, ceux qui ont le statut d’intermittent ou ceux qui gagneront un morceau de votre minuscule proposition de « plateforme d’appuis artiste ».

Et bien, mon cher Philippe, cela fait maintenant un an et demi que je suis RMIste, et pendant cette année et demi, sans votre accord, je me suis permis, dans le désordre :

- D’écrire la fin de L’homme sans qualité de Robert Musil

- De créer l’entreprise Allo-dico, qui est un service de dictionnaire téléphonique utilisant la technique du texte-message, service unique au monde et reconnu par les plus grands intellectuels mondiaux

- « D’être dans la Place » grave, mec, en m’incrustant à toutes sortes de cocktails, fêtes et dîners en ville, tous plus huppé les uns que les autres

- D’« améliorer mon projet » en allant chez le coiffeur

- De « réorienter mon projet » en dansant la tarentule

- De « m’associer à d’autres pour s’entraider » à porter une armoire

- De me construire une mezzanine

- De calculer mentalement le nombre premier 1532

- De réaliser la charpente de la maison d’un copain

- De construire une terrasse dans le jardin de mes voisins

- De peindre trois appartements de divers cousins

- De découvrir le paradoxe du singe savant

- De dessiner des soleils

- De réparer la douche d’un directeur d’institution culturelle réputée et de lui faire une étagère dans le dos

- De traduire et de sous-titrer le film In my language d’Amanda Baggs avec la collaboration de ce directeur d’institution culturelle réputée

- D’écrire une ode à la gloire du crâne d’albâtre de ce, toujours et même, directeur d’une institution culturelle réputée

- D’amorcer une étude sur les stylos à billes

- D’archiver et de constituer une collection sonore pour l’entrée « saturation » de l’Encyclopédie de la Parole

- De réaliser un documentaire sur le musée des C.R.S à Vélizy-Villacoublay

- De sortir mon premier album

- De faire du vélo et de changer deux fois la roue arrière de ce même vélo

- De devenir extrêmement musclé

- De concevoir et de réaliser une centaine de nains de jardin

- De visiter la cathédrale de Ronchamp

- D’avaler un double Panoramix

- D’aider ma femme à finir ses mémoires

- De bronzer en Andalousie où je fais l’amour à des vaches pour le bonheur des paysans

- De comprendre la lutte des classes, en observant la domination de la géométrie descriptive de Napoléon sur la stéréotomie des Compagnons charpentiers et tailleurs de pierre

- D’apprendre l’expression « battre l’estrade »

- De publier un bilan

- D’engager un détéctive

- De savoir ce qu’est un réseau pervasif

- De savoir ce qu’est un réseau Multi-Hop

- De savoir ce qu’est un réseau ad-hoc

- De savoir ce qu’est un « bain de sorcière » en neurologie

- D’inventer un système tout à fait inédit d’arrosage automatique

- D’apprendre à danser le C-Walk

- D’insulter ma pharmacienne

- De rédiger le compte-rendu du spectacle de danse Paquerette

- De rédiger le compte-rendu d’une expédition en scooter

- De rédiger le compte-rendu d’une scéance de traduction du livre l’Orda d’oro

- De peindre ma bite en jaune

- De participer à un conflit social dans le centre d’art BétonSalon

- D’apprendre à jouer de la batterie, de la flûte à bec, et du synthétiseur

- D’alimenter et d’entretenir trois blogs, une chaîne de télévision You Tube, et une mailing list des plus curieuses et passionnantes

- De collectionner et de collationner plus de mille millions d’images

- D’être un Pudhumaïpithan

- De co-fonder le Das Dingbât avec une crapule en collant

- D’entreprendre une étude sur le vocabulaire du Haut moyen-âge

- De réparer les toilettes de ma grand-mère

- D’entamer une lecture sérieuse et attentive de l’oeuvre de William Faulkner, Eminem, David Foster Wallace, Dan Deacon, The Cackle Sisters, Jacques Rancière, Elvis, Hunter S. Thompson, Richard Serra, Gustave Flaubert, Dolly Parton, Nanni Balestrini, Molière, Jeremy Deller, William T.Vollmann, M.I.A, Fernand Deligny, Dan Bau Vietnam, Lawrence Sterne, Baruch Spinoza, Bernard Heidseick, Walter Benjamin, Robert Johnson, Louis-Ferdinand Céline, Johan van der Keuken, Mix MasterGee, Augustin de Cantorbéry, La Rumeur, Karl Marx, Paul-Armand Gette, Lucio Battisiti, Rem Koolhaas, Edward Bond, Robert Rauschenberg, György Ligeti, The De Zurik Sisters, Teddy et Darrel, Fernand Pouillon, To Live and Shave in L.A, Dan Graham, Big Mama Thornton, Thomas Pynchon, Stetsasonic, Stephen King, Honoré de Balzac, Mireille Mathieu, Mike Davis, William Shakespeare, Gary Numan, Y.M.O, Paul Valéry, The Suspicions, Victor Hugo, Paul MacCarthy, Baltimore Club Music, Sénèque le jeune, Big Bill Bronzy, Ovide, Gilles Deleuze, Joseph Beuys, Curzio Malaparte, Emmet Grogan, Theodore W. Adorno, Brand Nubian, Dashiell Hammet, Electrifying Mojo, Stephen Hawking, Liam Gillick, Hubert Selby Jr., Homère, Cannibal Ox, Piero Manzoni, Hannah Arendt, Alexandre Dumas, Jean Tinguely, John Kennedy Toole, Francois Couperin, Pierre Bourdieu, Jean Uderzo, Félix Guattari, Ed Ruscha, Albert Dubout, Jean-Luc Godard, George Duby, Sol Lewitt, The Legendary Stardust Cowboy, Michel Foucault, Piranha Man, Lucian Freund, Guy Hocquenghem, T-Rex, Richard Deacon, Ernest Hemmingway, Albert Einstein, Despo ’Rutti, James Turell, John Fante, Les Enfants de Barbiana, Fernand Braudel, Sophie Ristelhueber, Louis de Rouvroy Duc de Saint-Simon, Blue Sabbath Black Fidji, Charles-Louis de Secondat baron de La Brède et de Montesquieu, Jacques Demy, Gore Vidal, Frederick Wiseman, Jay Dee, Robert Franck, André Franquin, Henry Miller, Wu-Tang, Michel Journiac, Emmanuel Bove, Dr Max Nordau, Hans Haacke, John Carpenter, Gertrude Stein, Ernst Jünger, Giuseppe Terragni, Alain Corbin, Francis Bacon, Howard Smith, Rick Moody, Herzog et de Meuron, John Armée de l’air, Emily Dickinson, Lao tseu, Jonathan Swift, Gary Hill, U.T.F.O, Arnaud Schimdt, Whoodini, Jean-Luc Moulène, Prince, Robert Poulet, Kid Creole and the Coconuts, Jacques Lin, Schooly D, Andy Warhol, Joeystarr, John Baldessari, Friedrich Wilhelm Nietzsche, Bird Names, Joe Machine, Ernest Wilfrid Legouvé, Bernd et Hilla Bescher, Alesia Cosmos, François de la Rochefoucauld, Britney Spears, Cy Twombly, Pier Paolo Pasolini, The Crass, Jeff Wall, Albert Speer, Biz Markie, Johannes Chrysostomus Wolfgang Theophilus Mozart, Henry Darger, Don DeLillo, Walker Evans, John Waters, William Burroughs, Pline l’Ancien, Ich Bin, Sarah Jacobson, Chris Burden, James Joyce, The Cramps, Peter Fieschli et David Weiss, Vladimir Nabokov, Franz West, Diogène de Babylone, Cotton Thomson, Lil’Wayne, Jules Michelet, Владимир Евграфович Татлин, Giuseppe Penone, Robert Antelme, Larry Clark, Clap your Hands Say Yeah, Jacques Vergès, The Vivian girls, Giacomo Girolamo Casanova, Richard Prince, Chester Himes, Chris Hülsbeck, Truman Capote, The Dramatics et Chrétien de Troyes.

Bref, pour résumer, dans mon genre, je ne suis pas un « RMIste point ». Je suis plutôt un RMIste Virgule.

Et mon genre, qui est un genre c’est à dire qu’il regroupe un ensemble d’êtres ayant la même origine ou liés par la similitude d’un ou de plusieurs caractères, ne connaît pas de « RMIste point », contrairement à ce que vous vous permettez de dire.

Si vous vouliez nous faire gober que vous êtes au courant des réalités, que vous compatissiez avec notre pauvre condition, et que vous n’êtes pas coupé de votre base, c’est raté.

A l’ouest, vous l’êtes, et complètement Philipaccio le Condescendant.

Maintenant, j’aimerais revenir sur un point de politique.

Que vous vous vouliez « rappeler à cette droite qui sous couvert de pragmatisme économique, au nom d’un bon sens dont elle seule serait dépositaire, en profite pour saccager tout ce qui ressemble de près ou de loin à de l’autonomie de pensée, à l’indépendance d’esprit, tout ce qui ressemble à de la solidarité, à l’esprit mutualiste, à l’égalité des chances pour chacun. Aux services publiques... », et bien soit.

Mais qu’après ce rappel, enflammé et révolté, vous en profitiez pour nous servir une « soupe originelle » des plus dégueulasse, injuste et en contradiction totale avec ces « grandes idées », c’est une honte.

Qu’est-ce que c’est que ces manières, ces façons, hormis de la pure et simple démagogie de basse-cour ?

Est-ce que vous pensez vraiment que proposer pour seulement 1000 des 8000 personnes concernées (1/8ème), un banal concours, une sorte de bourse à l’excellence ou une « plateforme d’appuis artistes » - appelez-ça comme vous voulez - est-ce que vous pensez vraiment que c’est là un projet à la hauteur de la « vision géniale » que vous voulez défendre ?

Est-ce que vous savez au moins que votre ami Delanöé a fait appel à l’Agence Nationale des Solidarités Actives (ANSA), pour pondre un rapport de deux cent pages pour « lever les obstacles du retour à l’emploi » dans les secteurs des arts, du spectacle et de la communication ??

Est-ce que vous savez que l’ANSA est une création de la créature Martin Hirsch, et que c’est de là qu’est venue la riche idée du RSA, et que le plan que vous soutenez, et pour lequel vous voudriez que l’on vote, n’est qu’un RSA spécifique qui sera appliqué aux artistes RMIstes ??

Est-ce que vous savez que ce rapport vise ni plus ni moins à évaluer la « rentabilité » des artistes et à déterminer lesquels d’entre-nous méritent l’appellation bientôt contrôlée du nom d’artiste ?

Est-ce que, dans ce rapport, vous avez lu cette typologie :

" « Les artistes intégrés »

Ils représentent 20 % des personnes. Ils ont suivi une formation professionnelle qualifiante dans leur métier et des écoles spécialisées. Ils exercent leur art dans des lieux culturels, connus, reconnus, subventionnés et vivent de leur pratique artistique. Ils sont inscrits dans des réseaux. Ils ont la plupart du temps un agent. Intermittents du spectacle, ils accèdent plus facilement aux dispositifs de professionnalisation. Ils ont donc la possibilité de se maintenir à niveau, voire de progresser dans leur pratique.

« Les artistes dits amateurs »

Ils représentent 30 % des personnes. Ils ont pour la majorité suivi des formations universitaires (licence d’étude cinématographique et audiovisuelle, de musicologie, maîtrise de communication, les Beaux Arts, DESS de scénariste...).

Ils ont au cours de leur cursus scolaire, pratiqué de façon soutenue une activité artistique, en tant qu’amateur. Ils ont peu ou pas d’expérience dans les lieux culturels. Ils aspirent à percer dans ce secteur et y croient fermement. Ils ne se projettent pas dans d’autres secteurs d’activité. Changer d’orientation s’exprime de la façon suivante : de musicien à technicien son, de scénariste à comédien, de comédien à assistant de réalisation... Ils travaillent au noir. Ils sont souvent isolés dans le secteur des arts, de la culture et du spectacle. Ils alternent des périodes de création et d’expression artistique denses avec des « petits boulots alimentaires », réduisant ainsi les possibilités d’exercer leur art et de percer. Ils sont en situation de précarité, voire de pauvreté.

« Les artistes à vocation tardive »

Cette catégorie est émergente (fin des années 1990) et représente environ 30 % des personnes. Quadra, ayant exercé un métier dans le secteur privé ou public, ils décident de « changer de vie ». Ils souhaitent réaliser « un vieux rêve » et sont volontaires pour provoquer ce virage à 180 ° dans leur vie professionnelle. Ils ont souvent exercé une pratique culturelle et artistique en amateur.

« Les artistes réfugiés dans leur art »

Ils ont fait partie de la catégorie des « vrais artistes », représentent 20 % des personnes. Ils ont été en haut de l’affiche à un moment donné de leur vie. Un accident de parcours, des problèmes de santé, l’avancée en âge, les ont rendus « moins intéressants ». Ils perdent leur réseau petit à petit. Ils se coupent du monde et se fragilisent.
L’exercice de leur art peut alors devenir un support thérapeutique. "

 ???????????

Est-ce que c’est ce genre de « pensée » que vous soutenez ?

Est-ce que vous faites parti de ce genre de jury ?

Est-ce que vous vous considérez comme un artiste professionnel ? Rentable ?

Est-ce que vous êtes capable d’évaluer la « rentabilité » d’un artiste ?

Est-ce que vous pensez qu’il y a trop de gens qui se considèrent comme artistes ?

Est-ce que vous souhaitez vraiment un « tel vivier d’artistes et de métiers du spectacle, ce foisonnement de compagnies, de collectifs, d’associations, de troupes, de ballets, de metteurs en scènes, de chorégraphes, de musiciens etc. et j’en passe. » ?

Est-ce que vous vous rendez compte que la plupart d’entre nous rapporte plus qu’il ne coûte au département ? (cf. toutes les petites mains des festivals genre le Printemps des Stagiaires ou les Rencontres Annuelles du SMIC Horaire, bref tous ces gens qui font exister la vie culturelle parisienne avec, à la fin du mois, dans leur poche, les 397 misérables euros du RMI, merci pour eux.).

Je n’arrive pas à comprendre comment vous vous êtes retrouvé à travailler sur ce soit-disant projet. Je dois dire qu’avant votre intervention au sujet de mes droits, je ne vous connaissaits pas, ni votre nom , ni votre oeuvre. Du coup, je me suis un peu renseigné sur votre compte, et, en tapant les mots clefs « Tartuffe+Torreton » dans Google, j’ai eu le bonheur de découvrir une archive du journal télévisé d’Antenne 2, datant du 30 mars 1997, où j’appris qu’ "[adolescent Philipe Torreton hésitait entre la comédie et la police".

Cela m’aide quelque peu à comprendre vos micmacs. Votre envie de politique devient plutôt claire.

Votre « intervention relative au débat organisé sur le programme départemental d’insertion 2009 » semble en effet conjuguer très efficacement vos deux passions d’adolescence, à savoir les grimaces et les coups de bâtons.

Bref, je n’irais pas plus loin quant à l’analyse de votre caractère de gendarme malveillant, qui, aussi tordu qu’il soit, m’ennuie profondément ( j’ai toujours détesté les marionnettes).

Revenons en au fait.

Puisque vous vous réclamez de cette « vision géniale » du régime intermittent, de « ces hommes et ces femmes de tous bords qui ont eu la pré-science de comprendre qu’un artiste travaille toujours avec ou sans contrat pour le prouver », soyez logique.

En effet, à ma connaissance, pour obtenir le statut d’intermittent, les aspirants intermittents n’ont jamais eu besoin d’un « comité d’orientation » et encore moins « de responsables d’institutions et de patrons de grands groupes du secteur » pour se faire « expertiser les projets ».

Ils touchent de l’argent et, grâce à cet argent, ils ont du temps pour faire des projets. Point barre.

Et puis, qu’est ce que c’est que cette histoire de « solutions viables d’emplois leur permettant de tenir le coup dignement en attendant la concrétisation de leurs projets » ?????????
J’ai l’impression que vous, mon petit Phillippe, avec vos petits copains du PS ou de l’UMP, aimeriez bien me foutre au turbin.

Mais je dois vous expliquer quelque chose, je dois vous mettre au courant de mon contexte : je suis un Putain d’Artiste Plasticien ( PAP), et jamais de la vie vous ne pourrez me forcer à aller casser des cailloux sur un chantier Bouygues ou alors m’obliger à servir des hamburgers à d’autres pauvres cons comme moi.

Vous ne pourrez jamais me faire une telle proposition.

Vous êtes coincé.

Et oui, j’ai déjà un sérieux « projet d’insertion » et je l’ai conçu sans vous .

En douce, je me suis inséré où bon me semblait. Je me suis inséré discrètement dans les villes, dans les écoles, dans les bars, dans les métros, dans les bibliothèques, dans les salles de sports, dans les cinémas, dans les champs de betterave, dans les salles de concerts, dans les terrains vagues, dans les ateliers, dans les rues, dans les salles de bains, dans les couloirs, dans les piscines, dans les bureaux, dans les amphithéâtres, dans les douches, dans les avions, dans les copains, dans les copines, dans les chorales, dans les cours du soirs, dans les clubs de foot, dans les Instituts Mémoire de l’Édition Contemporaine, dans les cages d’escaliers, dans les maisons de campagne, dans les bois et dans les opéras.

Vous et vos amis, sans vous rendre compte, avez laissé grandir quelque chose que vous aimeriez voir comme un monstre.

Je suis votre fils indigne, peut-être, mais n’est pas Moloch qui veut, alors... qu’est-ce que vous allez bien pouvoir faire de moi ??

Hein ?

Je vous le demande, car j’ai vraiment l’impression que vous me considérez comme un problème. Et, je vous le dits tout de suite, si vous avez envie de me résoudre en créant un instrument de contrôle de plus - je parle de votre Programme d’Insertion Départemental dont les 56 millions d’euros de budget n’iront certainement pas, ou très peu, dans la poche des allocataires - d’ailleurs, comment osez-vous nous proposer 56 millions d’euros alors que la Mairie de Paris alloue 108 millions d’euros de budget pour ce garage à Vélib’ de 104 ( dorénavant, nous appellerons cette chose le 108) ???? - vous vous fourrez le doigt dans l’oeil et je demande instament votre démission.

Je n’ai pas besoin de Plateforme Appui Artistes, ni de DPI, et encore moins des typologies de l’ANSA.
Non merci, j’en veux pas, c’est bon pour la poubelle votre truc.

Je veux de l’argent.

Je veux de l’argent, surtout « en ces temps de gabegies financières rongeant nos démocraties comme de sales cancers » comme vous dîtes.

Demandez donc aux gens qui touchent le RMI et qui ne sont pas des artistes, de quoi ils ont besoin et vous verrez que je ne suis pas tout seul et que nous ne sommes pas uniquement « un problème » d’intermittence ou de RMI.
A vrai dire, le problème c’est vous.

C’est vous qui disposez de notre argent, c’est vous qui vivez en parasite ( j’imagine que vous êtes au moins défrayé pour occuper vos fonctions) sur notre dos, c’est vous qui estimez qu’il est plus important d’ utiliser 56 millions d’euros pour fliquer les allocataires plutôt que de leur donner directement leur argent sans faire d’histoires, ou de DPI ou de VMD ou d’ANSA ou de MMPAMAL, comme dans un de vos mauvais film de KPDP, genre B13-U.

La seule solution qu’il vous reste est de gentillement nous foutre la paix, à moi, à tous les artistes « exclus », et à tous les gens qui ont besoin de ce fric ; de nous laisser nous occuper de nous-même comme des grands, de nous laisser « exister » comme vous dites, sans nous imposer un quelconque « comité » de personnes extérieures à cette existence - je parle de vos amis les « responsables d’institutions et les patrons de grands groupes du secteur » - et sans donner le pouvoir à quiconque de juger, d’expertiser, d’évaluer, d’orienter, cette existence.

Augmentez tout simplement mon RMI ( 1200 euros par mois, voilà ce que je veux, à peu de choses près) et augmentez aussi celui des autres (je sais pas combien ils veulent, faîtes un sondage ) et arrêtez vos salades de parano.

Certainement pas,

RMIste Virgule, 27 février 2009

P.S : cette lettre est aussi valable pour votre ami Delanöé à qui j’envoye une copie. Si d’aventure, vous souhaitiez me répondre, voilà mon mail : ...


L’intervention de Philippe Torreton au débat organisé sur le Programme Départemental d’Insertion 2009

5 février 2009

Chers collègues,

Avant de vous parler du Programme Départemental d’Insertion 2009 que nous voulons mettre en place, j’aimerais vous rappeler quelques faits liés à ma profession.

En effet, ceux qui sincèrement ne savaient pas ce que devenaient mes collègues artistes et techniciens intermittents exclus de leurs droits au chômage par les nouveaux calculs mis en place depuis plus de trois ans sous le gouvernement Raffarin et avec la bénédiction de son ministre de la Culture de l’époque M.J.J. Aillagon, vont enfin le savoir.

Pour la plupart cela se résume à trois lettres : RMI.

En effet sur un peu plus de 50 000 allocataires des minima sociaux parisiens plus de 8 000 sont des artistes ou tentent de développer un projet artistique.
 C’est-à-dire 1 sur 6.
 C’est consternant.

Et ce seul chiffre permet de comprendre ce pour quoi l’intermittence fût définie.
Car l’intermittence n’est pas une niche dorée, ni une sorte de « golden-parachute » d’artistes repus, ce n’est pas une dérive d’une profession coupée des réalités du monde, c’est très exactement le contraire de cela.
En ces temps de gabegies financières rongeant nos démocraties comme de sales cancers, en ces temps de quelques uns surpayés sans honte face au monde souffrant, en ces temps de plans de relances organisés à la va-vite sans contreparties sérieuses sur le suivi de cet argent public, je me souviens de ces formules populistes visant les intermittents, qui cherchaient à donner de nous une image de profiteurs en nous opposant systématiquement aux honnêtes travailleurs du secteur privé contraints de nous financer.

Je savais que la honte ne tuait pas, mais force est de constater que le cynisme, la calomnie, et la bêtise non plus.
Il est bon je crois de rappeler que dès 1936, des responsables syndicaux et politiques se sont rendus compte de l’urgence qu’il y avait à trouver un statut particulier pour ces travailleurs de l’industrie du cinéma.
Aucune catégorie de travailleurs ne pouvait réellement leur correspondre sans provoquer des injustices sociales flagrantes.
Pas même le statut de saisonnier que certains à droite rêveraient de nous attribuer.

Dès 1936 des hommes et des femmes de tous bords comprenaient cela. Dès 1936 ces hommes et ces femmes de tous bords ont eu la prescience de comprendre qu’un artiste travaille toujours avec ou sans contrat pour le prouver. Depuis cette date ce statut s’est précisé et au fur et à mesure que les aides et les indemnités accordées aux chômeurs par l’Etat s’inventaient, les contours d’un régime spécifique pour les travailleurs du spectacle se mettaient en place également. C’est comme cela que l’intermittence est née.
C’est comme cela que l’intermittence est devenue un choix de notre pays, le choix d’une politique Culturelle Française, de cette France qui a su comprendre que ce système était le sel, le carburant, l’énergie d’une politique Culturelle d’Etat d’envergure, qui a su répartir sur le territoire des outils formidables comme les maisons de la culture. Sans l’intermittence il fallait financer des « Comédie-Française » dans chaque ville importante avec la troupe et les équipes techniques permanentes qui vont avec. Ce fut le choix de l’Allemagne, pas le nôtre.

La vie est venue sur terre depuis, ce que les scientifiques appellent « une soupe originelle », ces hommes et ces femmes de tous bords avaient compris cela et considéraient que l’intermittence était cette « soupe originelle » d’où la vie artistique ne pouvait que jaillir.

Comme ils avaient raison !

Et c’est grâce à cette vision géniale, que la France possède ce tel vivier d’artistes et de métiers du spectacle, ce foisonnement de compagnies, de collectifs, d’associations, de troupes, de ballets, de metteurs en scènes, de chorégraphes, de musiciens etc. et j’en passe.
Il n’y a pas d’équivalent dans le monde, ne cherchez pas, les artistes du monde entier envient notre système donnant ses lettres de noblesse aux professions des métiers du spectacle...
Epoque bénie d’hommes et de femmes éclairés...
L’intermittence est un choix politique de notre pays.

Je veux rappeler cela à cette droite qui sous couvert de pragmatisme économique, au nom d’un bon sens dont elle seule serait dépositaire, en profite pour saccager tout ce qui ressemble de près ou de loin à de l’autonomie de pensée, à l’indépendance d’esprit, tout ce qui ressemble à de la solidarité, à l’esprit mutualiste, à l’égalité des chances pour chacun. Aux services public.

Signe des temps, mon parcours d’élève rencontrant le théâtre grâce à l’école publique et ses activités artistiques périphériques sous la houlette de professeurs encouragés et formés pour cela est de moins en moins possible.

Mais, autre signe des temps, ces nouveaux calculs de nos heures me permettraient si je le voulais, dans certains cas, de toucher mon chômage, ce que l’ancien système, certes perfectible, de comptabilisation m’interdisait, car il se concentrait sur les plus fragiles d’entre nous.

Je voulais rappeler cela à ceux qui à droite n’ont pas compris ce que même Louis XIV savait, qu’il faut protéger la création artistique, à ceux qui à droite attendent docilement de lire dans les journaux de messieurs Pinault et Arnault la côte des artistes qui méritent d’être plébiscités, à ceux qui à droite, pensent à l’instar de cet ancien ministre de la Culture qu’un ministère de la Culture n’est pas forcément si nécessaire que cela, à ceux qui à droite nous impose à ce même ministère une personne qui fait ce qu’elle peut pour nous faire croire qu’elle est au courant de ce que décide le Président de la République. A ceux qui pensent qu’aider la culture c’est l’humilier.
Voilà ce que je voulais rappeler.

Le programme départemental d’insertion 2009 vise à concerner à terme 1 000 de ces allocataires artistes de ces minima sociaux dans un champ professionnel large : spectacle vivant, arts plastiques et photographie, métiers de l’audiovisuel et métiers de l’écrit.
Cette plateforme d’appuis artistes que nous proposons devrait être opérationnelle au 1er trimestre 2009.

Il s’agit de faire tout simplement ce que le régime d’intermittent permettait de faire : exister ! 
C’est-à-dire continuer de vivre, être dans la place comme on dit, rencontrer, échanger, comparer, se motiver, améliorer son projet ou le réorienter au besoin, s’associer à d’autres pour s’entraider. OUI l’intermittence c’était cela pour eux, rester des artistes, au RMI on est Rmiste point.

C’est cela que nous mettrons en place en réunissant dans un comité d’orientation, des responsables d’institutions et des patrons de grands groupes du secteur qui devront expertiser les projets de ces allocataires artistes afin de les remettre en piste et au besoin de leur donner des solutions viables d’emplois leur permettant de tenir le coup dignement en attendant la concrétisation de leurs projets. Parce que ce projet est novateur et marque bien la volonté de notre collectivité d’être dynamique dans le domaine de l’insertion professionnelle, je suis heureux au nom du groupe socialiste, radical, et apparentés de contribuer à ce dispositif, je suis heureux et fier qu’avec vous, grâce à vous, de m’opposer clairement au saccage de ma profession, de crier haut et fort ma volonté de ne pas être le fossoyeur passif des artistes exclus.

Donnez-nous les moyens d’agir en votant ce programme départemental d’insertion et d’en faire notre priorité pour cette année 2009 qui s’ouvre sur de si sombres auspices pour tous les métiers de la culture.


Mobilisons-nous pour de nouveaux droits sociaux, lutter est nécessaire, lutter construit la puissance du nous

Ce n’est pas la richesse qui manque, c’est la politique ! Voir : Contre la vie chère : Ni Casino, ni Unedic, tout pour tous

Nous sommes tous des irréguliers de ce système absurde et mortifère., l’éditorial et le sommaire de L’Interluttants n°29, hiver 2008/2009

Enrayons la machine à précariser, mettons en crise Pôle emploi

Pour ne pas se laisser faire, agir collectivement :

Permanence CAP d’accueil et d’information sur le régime d’assurance-chômage des intermittents du spectacle, lundi de 15h à 18h. Envoyez questions détaillées, remarques, analyses à cap cip-idf.org

Permanences précarité, lundi de 15h à 17h30. Adressez témoignages, analyses, questions à permanenceprecarite cip-idf.org

À la CIP, 14 quai de charente, Paris 19e, M° Corentin Cariou, ligne 7, Tel 01 40 34 59 74

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Les choses et les mots, pour tous, Monoprix Paris, 31 décembre 2008




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