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Inévitablement (après l’école), Julie Roux, enseignante, chômeur, philosophe et chauffeur-livreur

Publié, le samedi 28 mars 2009 | Imprimer Imprimer |
Dernière modification : lundi 31 août 2015


« Qui enseigne est la plupart du temps incapable d’agir encore personnellement pour son bien, il pense toujours au bien de ses disciples, et toute connaissance ne le réjouit que dans la mesure où il peut l’enseigner. Il finit par se regarder comme un lieu de passage du savoir, en somme comme un pur et simple moyen, si bien que c’en est fait de son sérieux en ce qui le concerne » Nietzsche, Humain trop humain I, § 200

Inévitablement (après l’école)

Refusant le décret réformant le statut des enseignants-chercheurs, la protestation universitaire a progressivement dû intégrer le mot d’ordre d’abrogation de la LRU (loi d’autonomie des universités), porté par les étudiants en lutte.

Les banalités de la « défense du savoir désintéressé » n’ont pas été pour autant remisées au musée. L’école produit du capital humain et ses professeurs le produisent en l’évaluant. Or l’évaluation reste pour l’essentiel non critiquée.

Paru en 2007 aux éditions La fabrique, Inévitablement (après l’école), de Julie Roux, enseignante, chômeur, philosophe et chauffeur-livreur, aborde quelques questions restées impensées par ce lent conflit :

- 1. L’enseignant et sa lutte
- 2. « Notre métier : évaluer »
- 3. Le savoir et ses « contenus »
- 4. La transparence des acquis
- 5. Toujours plus
- 6. Abolition de l’enfance
- Pour finir

PDF - 381.8 ko
Inévitablement (après l’école),pdf, 40p.

Premières lignes :

Inévitablement (après l’école)

« Que la joie vienne mais oui mais oui l’école est finie »

1. L’enseignant et sa lutte

Souvenir

En 2003, il y eut ce que l’on appelle un mouvement social, mené par des enseignants, qui a duré quelques semaines et qui a pris fin juste avant l’été. Que l’on se souvienne mieux de la fin de ce mouvement que des événements qui en ont tissé le cours n’est pas un hasard. Car s’est diffusé, pour quelques-uns dès ce moment-là, et pour beaucoup quelques temps plus tard, le sentiment que la manière dont il finissait délivrait sa vérité. Et que cette vérité n’était pas brillante.

Que s’était-il passé ? Qu’importent les péripéties, le mouvement était comme un résumé de ce qu’avaient été tous les autres mouvements depuis décembre 1995, à savoir un élan qui tourne court - et pour beaucoup, une déception qui s’approfondit. Quelques-uns avaient pourtant voulu croire que les déclarations radicales des leaders improvisés pouvaient être cette fois-ci autre chose que des rodomontades. Que l’inévitable « nous irons jusqu’au bout » pouvait se traduire par une certaine tenue des gestes qui accompagnent une lutte réelle, une lutte à la hauteur de ce type de déclarations. Il n’en a rien été, et nul étonnement à ce que cette fin avortée ait abouti à quelques dépressions chez ceux qui, trop naïfs pour être des professionnels du militantisme, avaient réellement cru en ce que d’autres, ou eux-mêmes, disaient.

On se souvient donc que le temps des épreuves du bac approchait, accompagné d’une prometteuse menace : s’il ne leur était pas donné satisfaction, les enseignants ne corrigeraient pas les copies, voire empêcheraient le déroulement des épreuves. Sont alors arrivés les discours sur la responsabilité de l’enseignant, sur le fait qu’il ne pouvait pas lui-même saborder sa profession au moment où il s’agissait de la sauver, les menaces de retrait de salaires qui toucheraient aussi la période des congés d’été et autres balivernes auxquelles personne ne pouvait décemment prêter l’oreille. Même certains syndicalistes passés maîtres dans l’art de la manipulation grossière devaient sentir que, cette fois-là, ils exagéraient un peu. Pourtant tout s’est passé comme prévu : il y a eu quelques actions symboliques, une dernière manifestation expressément conçue, selon l’abjecte expression syndicale, comme un « baroud d’honneur », quelques velléités vite éteintes de ne pas corriger les copies, ou de leur attribuer la même note, et puis on s’est rangé.

Depuis, une amertume est restée. Encore une fois : pas pour la plupart des professionnels de l’action militante, des activistes du cadrage des mouvements, qui veillent à ce que rien ne « déborde » jamais, et qui au vu d’une telle ambition sont souvent satisfaits de leur propre action. Mais pour ceux, syndiqués ou pas, « militants » ou pas, qui avaient voulu croire que leur parole n’était pas vide. Certes, même parmi eux, il y en a eu pour dénier ce qui était en train d’avoir lieu au moment où le mouvement tournait court. Mais ce déni n’effaçait rien : il s’agissait seulement d’arrêter un processus qui allait devenir trop exigeant pour qui s’est habitué à voir dans la grève ponctuelle le comble de l’action contestataire. Il s’agissait de faire avorter une lutte en toute conscience, en faisant mine de ne pas être les parjures de ce qui pourtant avait été incessamment promis les semaines précédentes. Il fallait pour cela refouler ce dont chacun savait qu’un mot seulement pouvait le nommer, un mot un peu effrayant, d’autant qu’on sentait bien qu’il pouvait condenser à lui seul la vérité de tout ce que le mouvement aura dès lors été. Ce mot, c’était celui de lâcheté.

Embarras

« Qui enseigne est la plupart du temps incapable d’agir encore personnellement pour son bien, il pense toujours au bien de ses disciples, et toute connaissance ne le réjouit que dans la mesure où il peut l’enseigner. Il finit par se regarder comme un lieu de passage du savoir, en somme comme un pur et simple moyen, si bien que c’en est fait de son sérieux en ce qui le concerne » Nietzsche, Humain trop humain I, § 200

Les luttes enseignantes se caractérisent par une certaine pétrification des attitudes en leur sein. Les mouvements enseignants sont à chaque fois, pour les cadres syndicaux, l’occasion de faire revivre les gestes associés aux grandes figures de la lutte dans la tradition du mouvement ouvrier. Le sérieux dans la considération de la situation, le sentiment de la responsabilité, la capacité d’envisager une stratégie de grande envergure : autant de traits qui peuvent être les supports d’une identification. Mais c’est justement l’identification avec les anciens meneurs de lutte qui justifie qu’il n’y ait plus de vraies luttes, puisque ce n’est jamais le moment d’aller « trop loin ». On a gardé le sérieux et la considération tactique comme formes vides, une fois enterrée la perspective révolutionnaire (et avec elle, le souvenir même du mouvement ouvrier). On a gardé la propension à encadrer les mouvements, là où ceux-ci ne meurent plus que d’étouffement - là où le mieux qu’il pourrait leur arriver serait un gigantesque débordement, qui seul leur permettrait de respirer à nouveau. (....)


On peut consulter par ailleurs :

Nous sommes tous des irréguliers de ce système absurde et mortifère, éditorial et sommaire de L’Interluttants n°29, hiver 2008/2009

Commencer un mouvement comme si l’on était déjà en train de le continuer... et Pour une politique du savoir, Bernard Aspe, 2009

Évaluation permanente et compétences, individualisation et individuation : Qui sait ? par Muriel Combes

Contribution sur l’égalité : Le maître ignorant, Jacques Rancière- extraits et 1er chapitre

Université, quelle lutte contre la société de concurrence ?, Cip-idf, 2009

Tendance gréviste, ni CPE ni CDI, Appel de Rennes II, 2006

Intermittents, enseignants, chercheurs, précaires, ce qui nous rassemble..., Cip-idf, 2004

Dix Thèses sur l’Université Productive, Cristal qui songe, 1997

L’école, atelier de la société-usine, L’école en lutte, 1973


Pour ne pas se laisser faire, agir collectivement :

Permanences les lundis de 15h à 17h30
À la Commune Libre d’Aligre, 3 rue d’Aligre, Paris 12, m° Ledru Rollin
Tel 01 40 34 59 74

Adressez questions, témoignages, analyses, conseils :

- Précarité : écrire à permanenceprecarite cip-idf.org

- Assurance-chômage des intermittents du spectacle : écrire à cap cip-idf.org

Pour soutenir la coordination des intermittents et précaires, envoyez vos chèques à l’ordre de AIP à la CIP-IdF, Café de la Commune Libre d’Aligre, 3 rue d’Aligre, 75012 Paris. Sur demande une attestation peut vous être fournie.

Attention : l’adresse actuelle des permanences est bien au Café de la Commune Libre d’Aligre





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