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La Très Grande Joie, Christophe d’Hallivillée

Publié, le mercredi 9 décembre 2009 | Imprimer Imprimer |
Dernière modification : vendredi 8 janvier 2010


J’adresse aux sains d’esprits l’appel suivant : ne lisez donc pas toujours et exclusivement ces livres sains, faites donc aussi connaissance avec la littérature dite malade, où vous pourriez peut-être puiser un essentiel réconfort. Les gens sains devraient constamment prendre des risques en quelque manière. À quoi bon sinon, tonerre de Dieu à la fin, être sain ? Simplement pour qu’un beau jour la mort vous en sorte de cette bonne santé ? Foutrement sinistre destin...
Le brigand, Robert Walser

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La Très Grande Joie

La Très Grande Joie

de Christophe d’Hallivillée, Editions l’une&l’autre- Juin 2009.

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La Très Grande Joie

Station 1/


Et vu mon état psychique - à vrai dire assez destroy - c’était pour moi bien difficile d’écrire une nouvelle sur l’identité nationale et l’apologie de la valeur travail, comme le ministre Brice Hortefeux me l’avait ordonné lors du sommet sur l’immigration sponsorisé par BNP/ORANGE/LCL à Vichy, et pour tout dire je faisais un blocage - en fait je ne voulais plus pratiquer ce genre de petit boulot, de surcroît j’étais à bout de nerfs - tandis qu’alentours de l’Hôtel du Parc où étaient réunis les ministres de l’Intérieur de l’Union, s’élevaient les clameurs et les explosions de la soi-disant Grande Crise, tandis que partout en Europe et dans le monde les générations cent, deux-cent, six-cent, huit-cent, mille euros avaient en réalité chopé les méga-boules, sans oublier les bannis des DAB, proprios de pavs’ en déroute, sans-retraite, amis des belettes, fonctionnaires en slip, tricksters totaux, déclassés en chute libre, nerds persécutés, rebuts du kapital, illuminés de la sécu, tatoués jusqu’aux cils, geeks de Keno, forçats de l’Interim, désœuvrés de la Dalle, petits moineaux des dance-floors, claqués de la concurrence, clodos bac+ 6, anti-pub, exclus du bio, malades centraux, lycéens en loque, dépressifs de start-up, bagnards de Renault, phoques de l’Arctique, nègres des cartes postales, nonagénaires à découvert, réfugiés de toutes sortes qui s’étaient mis à bouillonner sévère me disais-je en remontant avec mon caddie au long des rayons de l’hypermarché Carrefour de La Défense tout en pensant : yes, exigeons un revenu qui permette à chacun de refuser d’entrer dans les narrations national-travaillistes de Brice Sarkozy, des déments de Davos, des CA de la Banque de Chine et de Citigroup, et donc détendons nous un peu - ce qui de plus permettra d’éviter de niquer complètement la stratosphère et d’encaisser une séance super speed de radiation démente. Tant que je dépends de Nicolas Hortefeux, de Gordon Brown, d’Angela Merkel et des autres pour acheter mes croquettes je suis cuit, je dois écrire de telles narrations sur le culte du travail et l’identité gauloise, et sur le délire actionnaire et propriétaire assorti, que je le veuille ou non, m’étais-je encore dit. Sauf à empocher le Super-Tirage. Sauf à découvrir les trois télés, m’étais-je amèrement murmuré, ayant en dix années acheter deux-milles tickets sans récupérer un euro. Pareillement, m’étais-je susurré, tu dois cesser d’avaler les bobards des DJ qui prétendent enrayer le réchauffement des marchés avec une taxe carbone et des permis de polluer. Ils sont malins, avais-je pensé, tu peux toujours gratter tes tickets tu n’y verras jamais jaillir de pétrole vert, ou alors, hein, c’est que Total t’aura fait avaler des champignons Monsanto cultivés sur des bouses de fioul offshore. Bloquons cette daube en serre m’étais-je chuchoté, renversons les jetons empilés sur la table du casino, abattons nos brelans de valets et nos examens biologiques, puis allumons un grand feu avec les Bons du Trésor US et les coupures de cinq-cent euros et dansons sur le tapis du G20 la ronde démoniaque de la Très Grande Joie . Et les marmottes, les phoques, les ours ? On reconstruira la banquise arctique sur ordi m’étais-je exalté, les animaux auront des icebergs neufs pour gambader, on leur créera des poissons en 3D, d’un simple clic ils aspireront des bans de saumons et s’en gaveront jusqu’aux neurones, venez à moi petits rongeurs et crustacés, gentils lapins et ours blancs avais-je déliré, ce qui était normal étant donné ma fièvre, quarante et une heures de contrôle centigrade au thermomètre Canal+ en clair. Au même moment, tandis que je galérais de rayon en rayon en quête de fromage de chèvre à prix cassé, sur toutes les chaines de télé, et aussi dans la sono de l’hypermarché Carrefour, une animatrice de la Direction Centrale du Renseignemen Intérieur lançait la promotion des « anarcho-autonomes », et même des « anarcho-autonomes à vocation terroriste » vantant la qualité « de leurs fers à béton », « de leur violence insensée », « de leurs crimes contre la Banque centrale européenne », de leur « vandalisme psychotique ». Moi Jacques Bakary Roux dérrière mon caddie, sortant juste de ma chambre de sept mètres carré louée quatre cent trente euros, j’avais peine à respirer à cause des gazs lacrymogènes qui arrivaient du parvis et m’irritaient la gorge, et aussi parce que l’air était saturé d’oxyde d’azote, et que les émanations de moteurs diesels enfumaient les sushis en promo, et donc, me disais-je, maintenant terminé, halte aux traites sur douze générations, stop à l’arnaque aux déficits infinis : je laisse tomber le projet de me pendre à la poutre d’une auto-entreprise, donc je n’écrirais pas cette nouvelle de cinquante mille signes sur le retour du plein emploi et l’acmé de la Nation française et, encore mieux, cette narration glorifiant l’Entreprise patriote censée porter inscrit dans son bilan, sonnant et trébuchant, les morts soldés de la résistance anti-nazie. Le Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat ment comme un othodontiste qui te clôture les dents pour se payer une Porsche, avais-je murmuré pour moi-même. Déchaussons les autoroutes et les bretelles de périphe, débranchons les corps et les cortex des tubes à marques par lesquels on nous transfuse cent millions de cercueils à l’heure. Allons plus loin encore : dévissons les tables de négociation avec nos quittances de loyer et nos avis à tiers détenteur, redistribuons les tunes et les bonus par l’invention compulsive de nouveaux biens communs, m’étais-je même enflammé en passant devant une pyramide de pots de Nutella, mon goûter favori. Je ne me saoûlerais pas la tête en chantant la Marseillaise pour oublier le montant de mon demi-smic et de mes droits zéro à la Sacem. Très précisément, désormais je refuse d’écrire ce genre de clip, de dépêche d’agence, d’article de presse, de circulaire administrative. Problème : j’avais beau vomir des spots de pub et des bannières Internet toute la journée - ce qui indiquait une éco-crise de foi carabinée - on m’avait néanmoins donné ordre de réaliser ce clip ayant pour thème l’identité de la start-up France, j’avais été payé cent euros, je devais m’exécuter, oui, sinon j’allais mourir de faim, H1N1 ou pas, oui, oui, ça craignait un max, on risquait de me piquer de force. En était-on déjà à danser la ronde démoniaque de la Très Grande Joie ? Certes pas, mais ça allait venir, enfin si on y mettait du notre, si on arrêtait l’autofiction et l’utopie du PEA pour tous, ces crottes, m’étais-je dit en attrapant un paquet de steaks hachés dans les urnes frigorifiques du rayon viande _ des galettes d’hormone un peu grises à cinq euros la paire. Pour l’instant, avant d’entrer dans cette gigue démoniaque - pour citer Friedrich Taup et Allan Fouco - j’étais plus prosaïquement écartelé entre deux options : 1) la déchéance totale sous la férule de Super Nanny - au capital de cinq millions de zombis disponibles, ou 2) l’élimination au premier tour du Maillon faible sous le fouet de Laurence Boccolini - au capital de six millions de cerveaux en bouillie - et, dans mon état de dèche mental, et d’indigence fiduciaire, c’était bien difficile de trancher.

Station 2/


Parce qu’en cas de refus d’écrire ce décret j’allais être expulsé de l’entreprise nationale, m’avait prévenu Brice Hortefeux qui se trouvait présent dans l’hypermarché, un peu plus loin, au rayon charcuterie. _« Vous êtes un spécialiste de ce type de fiction, vous en avez déjà écrit tant pour d’autres ministères. Vous avez un Bac + 5, ça vous sera toujours plus facile de gratter pour moi et pour Eric Besson que de manutentionner des palettes de Schweppes chez Champion » m’avait-il encore asséné, m’étais-je souvenu, emporté sur l’escalator du Carrefour tandis que l’animatrice de la DCRI ânnonait dans son micro une liste de noms de limonadiers conspirant contre l’ordre républicain, puisque soi-disant spécialisés dans la soudure à l’arc. Bien entendu j’aurais pu verser la moitié des cent euros à un collègue afin qu’il écrive cette nouvelle à ma place et moi, par exemple, aller bosser au call-center de la Centrale pénitentiaire de Rouen, et cantiner des DVD pirates et du saucisson chinois. Seulement j’avais trop besoin d’argent pour me résoudre à partager cent euros avec quiconque, donc une telle option - refourguer le CDD à un tiers - était exclus. Tout comme bosser au call center de la Centrale de Rouen, puisque je n’y étais pas incarcéré, et qu’au demeurant, faut-il le dire à Mireille Dumas, je n’avais nulle envie d’y croupir - un de mes cousins de Garges-lès-Gonesse y était cloîtré en attente d’être jugé pour « association de banditisme en relation avec une entreprise à vocation téléphonique ». D’autant bien sûr que si ce collègue rédigeait ce texte en dépit du bon sens, et prenait les horloges du Vatican pour les montres à trente plaques de Julien Dray, ce texte serait refusé par François Fillon, et c’est moi, portant le chapeau, qui serais désigné comme un fumiste incapable de s’intégrer à la communauté française et, de fait, au prétexte de « travail salopé », immédiatement raccompagné à la sortie de l’hypermarché et bouté hors du Pôle emploi. A moins que je trouve quelqu’un d’incontestablement talentueux qui accepte de travailler pour moi sans être payé, et qui me file ses papiers pour que je les maquille à mon nom, mais ça je n’osais y songer, je ne suis quand même pas complètement endoctriné, il ne faut pas prendre tous les chiens pour des adhérents de l’UMP, c’est ce que j’avais déclaré à un inspecteur du Figaro qui, la semaine précédente, avait contrôlé mon identité dans le métro, et aussi la validité de mon titre de transport, puis avait rendu compte de cet évènement dans son journal sous le titre « Qui fraude un œuf mord un keuf », avais-je pensé en farfouillant dans les bacs de yaourts en même temps que j’étais scanné par des capteurs biométriques fixés sur des barquettes de Danette. Je ne sais si c’est l’effet des yaourts au Bifidus actif - j’avais ouvert un yaourt et l’avais gobé _toujours est-il qu’alors j’avais subitement résolu de retourner mon caddie et de m’y retrancher comme derrière une barricade. Règle pour le parc humain, avis au cheptel numérisé présent dans les lieux : l’accès au rayon produits ménagers du Carrefour était désormais sous le contrôle des auto-entrepreneurs en galère et des précaires en faillite_ dans toute révolte il faut bien commencer par bloquer un rayon, que ce soit le rayon fruits et légumes ou épicerie fine. Les produits ménagers me serviraient d’armes et, déversant des flacons de Monsieur Propre sur le sol, je transformerais le magasin en patinoire et paralyserais mes adversaires, au nombre desquels il y avait déjà un client qui, voyant mon geste, s’était élancé vers les bureaux de la direction pour me cafter et réclamer mon écartèlement le soir même, en léger différé, sur le plateau de l’émission « Sans aucun doute ». Très clairement, je risquais vingt ans de détention en call center pour entrave à la glissade sur le Second marché, ce qui est cher payé pour un flacon de Monsieur Propre, même en phase de déflation radicale.





Station 3 /


En renversant ce caddie j’avais donc franchi la ligne jaune, comme on dit, et franchement, en dépit d’un flash radar à cent-vingt euros, mon état s’était d’un coup nettement clarifié, et j’avais encore gerbé sur le lino des centaines de spot de pub _ c’est bien la preuve : gerber de tels spots manifestant une incontestable amélioration de ma santé mentale. Bref, il pouvait être 14 heures, nous étions le 9 juin 2009, j’asphyxiais à moitié dans les odeurs de gaz lacrymogène et de moteurs diesels qui arrivaient du parvis de l’hypermarché et depuis des mois, jour après jour, le Kapital transférait quotidiennement, à partir des biens publics, des milliards d’euros dans les fours des banques, Génération Subprime-Angolagate comme chantonnait Jacques Attali, Génération un milliard de yens-Nique les droits sociaux comme sifflotait Paul Lou Sulitzer, Génération JP Morgan-V’la un coup de smic sur ton crâne de nègre comme disait Bernard Tapie, Génération UBS-T’as qu’à aller te faire soigner sur le trottoir d’en face comme disait Alexandre Adler , Génération Société Générale-RSA pour tous comme disait Martin Hirsch, Génération IKB-Ghetto à donf comme disait Fadela Amara, Génération Barclays-Tu peux toujours taffer gratos comme disait BHL, Génération BNP- Fuck les quatre milliards de pauvres comme disait Jean-Claude Trichet, ouais, tiens, prend ça dans ta tête, ajoutait-il lors d’une déclaration en direct du siège de l’hypermarché de La Défense, à l’autre bout du magasin donc, au rayon boucherie, là où en réalité se décide le niveau de fluctuation des taux directeurs dans l’Euroland, avais-je pensé. Là où précisément Eric Hortefeux et Brice Besson étaient occupés à vérifier les cartes de séjour des clients suspects qui passaient acheter des rillettes, ou qui planqués dans leurs caddies tentaient d’entrer en douce dans la zone de chalandise Perben 2, au sud de Marly 3 - pour ceux en tous cas qui arrivaient par l’autoroute Schengen 5. Alors que moi, génération six cents euros, licencié de chez Moulinette et Leclerc, à mi-temps chez Orange et Virgin, parlant couramment Excell et Photoshop , docteur en anthropologie, auto-entrepreneur ayant élu domicile dans la baignoire de mes parents, retranché derrière mon caddie je me demandais si j’avais bien fait de renoncer à mon gagne-pain de nouvelliste, vu la tournure que prenaient les évènements - Jean-Claude Trichet me désignait du doigt à Brice Hortefeux -, et machinalement, agacés par les cris bestiaux de Dominique Strauss-Kahn sautant sur sa secrétaire dans un couloir du FMI, je m’étais mis à réfléchir à une idée de fiction, au cas où la récession tournerait vinaigre façon « y a qu’à jeter les albanais et les congolais à la mer pour relancer la fonte de la banquise et la croissance à trois chiffres » _ et puis, sérieusement, j’en avais pardessus la tête de ces contradictions, entre renaissance printanière en cortège de précaires et mort cérébrale devant la téloche à regarder le patron de la banque mondiale s’envoyer en l’air avec mes alloc chômage - faits qui, au demeurant, selon moi, expliquaient largement les raisons pour lesquelles j’avais transformé mon caddie en barricade. Il faut dire que je toussais spot de pub sur spot de pub, Conforama, Casino, Kriss, Canal+, Wanadoo, Quick, Matra-Hachette, Leclerc, les jingles m’arrachaient les tympans, j’avais vraiment la fièvre, je ne distinguais plus un Camembert Lanquetot d’un bout de Comté sous cellophane. N’était-ce pas un indice fort de mon état de trouble global ? Tu connais « Le pavillon de ma mère mise à nu par Rocco Siffredi » et « Le talk-show de mon père foutu à poil par Laetitia Casta », les programmes-télé produits par Jean-Luc Duchamp à partir de sa société de production « Le grand verre de la fontaine de l’urinoir de TF1 » ? Je te dis ça parce que ma mère a contracté un crédit revolving, et que pour rembourser ses traites elle doit absolument remporter le gros lot chez Arthur ou Naggy. Parce que sinon, comme le pavillon familial a perdu cinquante pour cent de sa valeur en six mois, d’ici un an on pourra même plus l’échanger aux Puces contre une canette de Coca. Sans compter que mon daron va être jeté dans la première charrette conduisant de sa boite au RSA et qu’on va donc devoir encore se priver de camping deux étoiles au bled cet été. Pour moi idem, c’est plutôt hard : je dois rembourser un crédit étudiant à la BNP et un autre, à la consommation, au BHV, et en attendant, vendeur chez Celio, dormir sur le trottoir en révisant mon Droit. Il faut dire aussi que le Credoc, dans une enquête sur ma sexualité, note mon impuissance à rétablir le taux d’emploi dans le département du Val d’Oise livré à des bandes ethniques n’ayant pour seul pratique politique avérée que de niquer les tournages de Luc Besson et de taxer des fringues à trois bandes. Tu vois le genre de contingences ? Comment promouvoir l’identité nationale et l’emploi dans de telles conditions ? Par la célébration des différences et des CDD à coups de Tonfa ? Et comment mieux faire connaitre le pétrole vert ? En brûlant le maïs à la barbe des squelettes émergents ? En remplissant le réservoir de la Mégane familiale avec du sang de pirates éthiopiens ? Ne vaut-il pas mieux plonger dans la clandestinité en désertant Facebook et Meetic ? Ne faut-il pas plutôt consulter un médecin pour qu’il me prescrive un voyage à Athènes ?





Station 4/


Pour ma part je sais raconter des histoires, ce n’est pas le problème, et c’est d’ailleurs pourquoi François Fillon en personne s’est adressé à moi, sachant le grand nombre de fictions que j’ai écrites depuis deux ans pour indiquer le cap au yacht de Bolloré et à son gouvernement, fictions déclinant toute la gamme des nuances littéraires, du néo conservatisme radical au keynésianisme d’ultra droite - consistant en la privatisation complète de l’Etat - avais-je songé au long du rayon produits dérivés, poursuivi par les vigiles, galopant comme un dingue, ayant abandonné ma barricade à l’ennemi, en très mauvaise posture donc, prêt à reconsidérer mon refus de brosser les pompes de Hortefeux et de son stagiaire Eric Besson - si ce n’était pas possible de faire autrement. Le néo-conservatisme radical, je dois le préciser, est un style d’écriture ethnique qui privilégie les formes narratives ultra-sécuritaire et qui proscrit tout emploi du protocole de Kyoto dans les constructions de sens. De plus ce néo-conservatisme place les valeurs de la famille, du PEA, du drapeau, de la propriété, de le concurrence, du 4X4, de la dette au centre du récit. Dans certaines formes d’ultra-conservatisme radical on peut noter l’emploi des programmes blindés - dits frappes anti-calcaires sur caravane tribale - ainsi que de facilité syntagmatique de crédit pour accéder au logement jetable, je paie ce logement puis le shérif vient m’en expulser et le restitue à la banque à qui j’ai réglé le crédit, sur quoi le pavillon s’écroule du fait de l’obsolescence accélérée des poutres Castorama, avais-je hurlé d’angoisse tout en cinglant de rayon en rayon pour échapper à François Fillon qui depuis que Jean-Claude Trichet m’avait pointé du doigt, ne pensait plus qu’à me choper, attitude qui, notons-le, avait provoqué une panique à Wall Street et une chute de 20% des principaux indices. C’est l’équation gagnant-gagnant : 1) heures sup pour tous le dimanche 2) emprunter plus à La Caisse d’Epargne pour acheter moins chez Monoprix, avait-je encore clamé en sautant par dessus une palette de Sprite - ce simple saut avait déclenché la débâcle des bourses asiatiques déjà très fragilisées par la hausse du taux d’émeutes dans les zones spéciales du parti communiste de Chine. A cet instant régnait une certaine confusion dans l’hypermarché Carrefour de La Défense d’autant que les manifestants, jusqu’alors cantonnés sur le parvis, avaient commencé d’emprunter les escalators tout en s’empiffrant de bonbons Haribo et en réclamant l’attribution d’un revenu de mille deux cents euros pour chaque client - en gros un caddie rempli de marchandises par jour chômé - (à la boutique Afflelou, j’ignore pourquoi, cette revendication avait semé l’effroi parmi les presbytes de l’APEC, les myopes en emploi-tremplin conservant leur calme). Pour ma part, toujours poursuivi par Christine Lagarde, Xavier Bertrand, Alain Minc, Francis Bouygues, Vincent Bolloré, Roselyne Bachelot, José-Manuel Barroso, je traçais à donf au long des piles de corn-flakes et de quatre-quart Vandamme, bondissant de paquets de BN en barquettes de Petits Lu, rêvant de pâtisserie facile pour tous dans le Golfe de Sperone, m’élançant tout frais payé sur le plongeoir de Christian Clavier en scandant « Et hop, plus haut que la marina de Jacques Séguéla et que la TEPA de l’UMP ». De sorte qu’encouragé par l’invasion surprise des plateaux opérée par les altermondialistes et les ado de Stains fans de Haribo, j’avais achevé mon article d’info-pub destiné au Point, journal de la préfecture de Paris : le keynésianisme d’ultra-droite, m’étais-je exclamé, est un style fondé sur le renflouement à flux tendu des banques, les plans de relance via l’ouverture illimitée des fonds publics aux entreprises, voire le siphonage étatique des bilans - aussitôt facturé aux chômeurs et aux smicards - tout ça porté par un buzz frénétique conçu pour provoquer un redémarrage du crédit et achever la ruine complète du client. Bien sûr, la construction du marché à grands coups de concurrence dans ta tête, d’anéantissement des droits sociaux, de suppression de la carte scolaire, d’apartheid différentiel et d’extension du management à la vie sexuelle du capital humain se poursuit inchangée, avais-je ajouté. Brice Hortefeux toujours aussi véloce à booster les quotas était sur mes talons et menaçait de me rattraper. Par conséquent j’avais accéléré le raisonnement, histoire de le distancer un peu, lui et son staff de débris du MNR coaché par le fantôme d’Haider en kit de backroom, jupe plissée, ceinturon poilu, clochette à vache, chope de bière dans le slip.





Station 5/

Le keynésianisme d’ultra droite est un style qu’on utilise quand le public commence à concevoir des doutes sur le néo-conservatisme radical et qu’il voit grossir à vue d’oeil le Pôle emploi, et que pour finir il se crashe sur les guichets du RSA, avais-je rugi, bondissant de dix mètres en une seule foulée, reprenant l’avantage sur Fadela Amara dont le dernier projet de communication était d’implanter des filiales d’Areva au centre des cités du 9-3. But du spot : nucléariser les conduites citoyennes et éteindre les fumées toxiques s’échappant du Conseil Général de Seine-Saint-Denis écroulé sur les derniers fabiusiens survivants du Congrès de Reims. Le keynésianisme d’ultra droite, de tendance clause Buy américan ou plan bleu-blanc-rouge, est bien sûr un style socialement assez instable qui nécessite l’emprunt des formes anti-émeutes propres au néo-conservatisme radical, et si ça chauffe sévère de la promulgation de l’état d’exception sur les lignes A, B, C, D du RER, avais-je précisé à l’attention du public de TF1, peu formé à ces questions de management international depuis la disparition d’Yves Montand dans la nuit froide de l’oubli, tu sais je n’ai pas oublié tes TP d’économie dispensé sur Antenne 2, avais-je siffloté en considérant le sanglot de Pascal Bruckner rouler sur la joue de Marine Le Pen, laquelle était occupée à fustiger la repentance de Nicolas Sarkozy dans l’affaire des ventes de CD de Carla Marchiani à la Thaïlande. Mais bon, passons, on n’est pas là pour faire l’histoire de l’utilisation des drones dans la littérature depuis le XVe siècle m’étais-je écrié tout en faisant un crochet par le secteur des croquettes pour chien, ceci afin d’échapper à Jean-Claude Juncker qui tentait de m’intercepter en décrétant l’état d’urgence dans l’open-space édénique du Luxembourg. Pendant ce temps, dans mon dos, j’entendais Eric Besson qui s’époumonnait : « Mais tu vas l’écrire, ma parole, cette nouvelle, mais tu vas le balancer ton script sur l’identité française ! Salopard d’albanais du 9-3 ! Casseur du vase de Poitiers ! Si tu crois passer le checkpoint de Soissons avec ta fausse carte de séjour, c’est que tu te trompes lourdement sur le consensus d’Hugues Capet et sur celui de Washington ! Pigé, mon con ? ». Puis ajoutant un peu mystérieusement sur le même ton : _« Vive Carla Bruni-Sarkozy-Hortefeux-Copé !!!! Vive Carla Bruni-Sarkozy-Borloo-Kouchner- ». _« Voilà qui laisse admiratif sur l’idée du mariage telle qu’on la conçoit à l’Elysée » avait déclaré Cohn-Bendit en soufflant dans un ballon, assis près d’un câble de liaison transcontinental reliant Carlos Ghosn peint en vert à la conférence de Poznan défoncée aux agro-carburants. Ne nous énervons pas, cher Brice, avais-je répliqué, restons cool, je n’ai pas dit que je refusais d’écrire cette énième version de la politique de Raymond Marcellin, non, non, je connais d’ailleurs très bien le chant de la Ligue du Nord d’Umberto Tozzi, Ti amo si t’es italien, Ti flingo si t’es ghanéen, avais-je murmuré en accélérant encore mon raisonnement et en m’efforçant de reprendre un peu d’avance sur le chef suprême des Centres de rétention inflammable qui était en conversation téléphonique avec Gianfranco Berlusconi, lui même participant lors du G8 de Dubaï aux ratonnades anti-précaires en lisière de bad bank. Sachons seulement que je suis un très bon spécialiste de ces deux styles, le néo-conservatisme radical et le keynésianisme d’ultra droite, et c’est pourquoi on recourt si souvent à mes services, et c’est pourquoi vous même, Brice, m’avez convoqué pour une réunion de travail à Vichy, avais-je crié de toutes mes forces en même temps que je croquais dans une barre de Bounty. Souvenez-vous, Gianfranco, du goût du sang dans les spaghettis à la carabinieri, rappelez-vous, manager Bossi, de ces parties de chasse au Rom entre le bouclier de Vespasien et le Taser du Colisée... Dans le TGV Paris-Vichy, sur le toit de la motrice j’avais rencontré un certain Guy Moquet, et nous avions sympathisé, clopes au vent, aggripés au pantographe, et ce Guy Moquet m’avait parlé de Vichy qu’il connaissait bien. _« Mon dernier séjour date un peu, certes. Depuis que j’ai été fusillé les choses ont dû pas mal bouger : le Maréchal est-il encore couché dans son pliant à Montoire, rêvassant à la Grande Allemagne, de Dunkerque à Tamanrasset ? Non, bien sûr. Hier, sur un téléviseur dans un café, j’ai vu Christian Estrosi et Philippe de Villiers traquer le fraudeur dans la lande Vendéenne tout en chantant Ne m’appelez plus jamais Eurostar. C’était à Calais, en 2008. Mais bien sûr Vichy n’est pas sur la même longitude que Calais, je veux dire si on se réfère à l’échelle politique reproduite en bas à droite de la carte de Mellila » m’avait-il assuré sans vouloir en dire plus long, légèrement pâle, cependant persuadé que nous nous trouvions dans la région de Nantes. J’avais bien entendu parlé à ce dormeur du val de mon emploi en CDD au service de vos ministères, Brice, je lui avais donné toutes les précisions nécessaires pour se faire une idée claire de notre démocratie financière assise sur une gestion militaire des flux de quart de smic au black. Sa réaction : il m’avait planté là en sautant de la motrice à hauteur de Dijon pour, m’avait-il dit, « regagner au plus vite le Chant des Partisans, mon lieu de résidence habituel depuis un bail, d’où Nicolas Sarkozy a prétendu m’expulser pendant sa campagne propriétaire pour le renouveau de l’emploi et des actionnaires en 2007 ». Pourquoi tant d’injustices ? Combien de maliens polytechniciens ? De Roumains férus de Jean Racine ? D’Afghans pilote de formule 1 ? Où est la matière grise ? Comment trier entre les cerveaux disponibles ? Quels quotas idéaux pour protéger notre capitale du Puy de Dôme ? Mais bien sûr, emporté par l’émotion, sur ma lancée, cramponné au pantographe j’avais enchaîné : _« Tant que je raconte des histoires je reste dans la patrie de Jean d’Ormesson, de Laurence Ferrari et de Harry Rozelmack. Mais dès que je cesse, la police de l’air et des précaires me tombe dessus et me boute hors de la CAF. Je n’ai donc pas d’alternative, comme on dit, et j’ai vraiment intérêt à me tenir à carreau et à gratter dans les postes vacants à l’hôpital, dans le bâtiment, la sécurité, la télé ou les poubelles, baïonnette et télécommande au canon, décodeur et Freebox en bandoulière, en avant, marche. Et si à présent on allait discuter à l’Hôtel des Bains du nombre de sénégalais qui tentent de s’infiltrer dans les coffres de la BCE à partir du Liechtenstein, et de la biométrie adéquate pour les refouler à l’entrée de la zone euro ? Qu’en pensez-vous, cher ministre du Mont Saint-Michel ? Passez devant nos prêtres et nos cardinaux, nos popes et nos politiques discount, nos enseignes et nos imams, nos marques et nos rabbins, je vous en prie, comprenez-vous je suis légèrement stressé, et si vous le voulez bien j’aimerais prendre quelque repos à Koh-Lanta afin de reconstituer mes forces de narration. Ensuite, frais et dispos, j’attaquerais l’écriture de mon œuvre 1) sur le vol des cigognes au-dessus des péages vendéens 2) sur leur nidification à la pointe des minarets relais de la ZUP de Verdun. Ma fatigue résulte du harcèlement que je subis de la part de vos collègues, Fadela Amara, Eric Woerth, Jean-Louis Borloo. Eux aussi me réclament des idées de buzz pour étayer leurs statistiques, j’interviens tous les jours dans le domaine du docu-soap, du JT, de la fiction de prime-time, de la conférence de presse en direct de l’Elysée, du discours d’ouverture de l’université d’été du Medef, de la télé-réalité, de la déclaration sur le perron de la Maison Blanche, et même, c’est à souligner, je suis incessamment réveillé, y compris la nuit, au milieu des cris des altermondialistes, des bris de vitrine des anarcho-autonomes, des campings de SDF, des soulèvements de l’ultra-gauche, des blocages de gare TGV organisés par des terroristes de première ES du Lycée Carnot de Brest, selon TF1, du Lycée Jules Ferry de Gonesse, selon France 2, de l’université Rennes 12 selon Fox News. Évidemment un tel tapage n’est pas propice à la concentration et explique sans doute mes troubles cognitifs. Conditions, cher Brice, il faut le dire, je le répète, rendant également délicat le travail d’écriture, dixit médiamétrie, voire l’Ifop, quand ce n’est pas la Sofrès ou R.Mutt ».

Station 6/


A ce moment je m’étais retourné, nous étions revenus au rayon crèmerie, et Brice Hortefeux s’était volatilisé. A sa place, dans des volutes de fumée, se tenaient Eric Besson et Xavier Bertrand en pleine discussion avec le chef de l’Okhrana, présentateur sur télé-FSB, Vladimir Poutine, 3ème Dan de tir à la roquette sur opposant à l’oligarchie. Se désintéressaient-ils de moi ? Échangeaient-ils autour de la prise KGB guruma qui d’un plat de la main t’envoie cinq piges en camp, ou de celle dite FSB gatame qui te rectifie d’une goutte de polonium dans le buffet quand tu sors de chez toi ? Pouvais-je souffler un peu en dégustant des carrés de Kiri ? On allait voir. _« Certes, chers amis avais-je lancé, j’ai été pris d’un doute, et tout à l’heure j’ai même esquissé le geste de construire une barricade sur la Place Rouge. Mal m’en a pris. Les forces spéciales sont immédiatement intervenues pour rétablir la pureté raciale dans la proximité du Kremlin. Il faut dire que j’avais perdu la raison. De sorte que tel un enfant de douze ans j’ai vraiment besoin d’être soumis à un examen psychiatrique pour détecter l’origine de mon opposition à la norme psychique établie par Gazprom. Car aujourd’hui c’est pire encore : voici que je me prends pour une sorte de leader d’opinion, piercing plantés dans les paumes, et que légèrement incommodés par ces stigmates, dressé sur ma barricade au rayon crèmerie je dégoise par cœur des chapitres entiers de Céline Dion, comportement fort bizarre puisque je n’ai jamais lu le programme de Gotha. Bref, dirais-je, ce n’est pas parce qu’on a perdu sa carte Virgin Mégastore qu’on ne doit pas aller le samedi après-midi chez Castorama acheter de quoi peindre une couronne d’épines sur une boite de hamburger, on a tous besoin d’un peu de spiritualité, surtout lorsqu’on officie à mi-temps chez KFC ou H&M, à trente euros la journée. Non ? Qu’en pensez vous, Prince Vladimir Ioukos, qu’en dites-vous camarade Xavier BNP ? ». Poutine et Bertrand s’étaient regardés un instant se demandant sans doute ce que je foutais sur la Place Rouge à manger des carrés de Kiri. Avais-je sollicité une autorisation auprès des autorités militaires ? Avais-je préalablement averti de mon exhibition les télés du Kremlin ? N’étais-je pas par hasard un altermondialiste tchétchène, chef d’une bande de centrifugeuses pachtounes ? Envisageais-je sans rire de prendre ma retraite à cinquante-huit ans ? Pensais-je sérieusement toucher des allocations chômage en me présentant à un casting d’Endemol ? Trêve de plaisanterie. Poutine avait brutalement appuyé sur l’accélérateur et une colonne de chars s’était mise en marche au milieu des pots de crème fraiche, écrasant des centaines de brie sous ses chenilles. Sus à l’envahisseur ! A bas le Black Blok du Cantal ! Mort aux usagers nihilistes de l’Assedic spectacle ! Déclenchons l’opération Tonnerre sur la biosphère ! J’avais dû continuer à me carapater dans l’hypermarché Carrefour de la Défense, Poutine, Obama, Lagarde, Brown me scrutant à la jumelle assis sur la tourelle d’un tank Abraham. Reprenant mon raisonnement à la marque où je l’avais laissée - Adidas - je m’étais lancé à corps perdu en direction du rayon articles de sport de l’hypermarché. _« Et donc, en dépit de mes vertiges, avais-je bafouillé, je ne renonce pas à chercher une idée pour ma nouvelle, et une bonne idée, une idée de préférence nationale mais constitutionnellement compatible avec votre sensibilité littéraire, Christine, Vladimir, Barack, Xavier ». A cet instant j’avais remarqué que pénétraient dans cet hypermarché de La Défense des milliers d’alterterroristes à grandes oreilles, Nègres karchérisés, trans en famille, sans-pap, Ratons de banlieue, anti-bagnoles, No Borders, queers recomposés, intermittents de la dèche, étudiants logeant au camping du Bois de Boulogne, copains des ours et des marsouins, bougnouls du Lavandou, pirates des blogs, midinettes en cagoule, et tout et tout, en goguette vers l’EuroMayday, cette surprise-partie annuelle des précaires si redoutée par le conseil d’administration de l’Union. Pire, parmi ces geeks de pogo, une dizaine portait une banderole « CDI - RSA, BONJOUR LE COUP DE TONFA », je l’ai déjà dit, et cette image, je dois bien l’admettre, m’avait perturbé et même déconcentré, d’autant que la veille, commandé par le cabinet de Nicolas Sarkozy et les boucheries HSBC et Dexia, j’avais griffonné une nouvelle ayant pour sujet « la relance par le crédit : un plan d’action de Laurence Parisot pour l’emploi des français », et que dans la soirée j’avais reçu par fax les félicitations de l’Elysée et de TF1, qui « sincèrement, cher auteur » trouvait mon œuvre « tout à fait exquise », à tel point « qu’en récompense vous pouvez compter sur notre volonté de liquider par tous les moyens de média et de justice le téléchargement illégal sur le Net » avait précisé Nick Hadopi, le conseiller de Nicolas Sarkogang en charge des descentes éclair, à travers sites et assoces, dans les bas-fonds de l’anti-copyright. _« Alors pourquoi lancer une colonne de blindés à ma poursuite ? » avais je demandé tout en me saisissant d’une raquette et de balles jaunes, puis en expédiant d’impeccables services slicés en direction d’une silhouette de Rafael Nadal découpée dans un carton jaune pistache.

Station 7/


Simultanément, bien entendu je continuais à postillonner dans mon micro-cravate : Seul ? Moi, jamais. J’avais également reçu le soutien de nombreux artistes de la chanson dans ma lutte héroïque contre le piratage de la musique à mémé, Bernard Lavilliers, Michel Sardou, Renaud, Jean-Jacque Goldman, Maxime Le Forestier, Michel Jonasz, Gérard Sacem, Benito Videndi et compagnie. Pour eux, c’était clair et net : qui refusait de raquer 30 euros le CD était passible de raids de gendarmes sur son PC litigieux. Sans réaction du délinquant un missile était expédié sur son disque dur, blog ou site, et le provider détruisait l’abonnement. En un mot, d’après Francis Cabrel et Véronique Sanson, il fallait épouvanter les fraudeurs en leur coupant la ligne au premier clic de travers. Pour les récidivistes incapables de se réformer selon les critères du Pôle emploi, la sanction finale s’abattait : ils étaient gavés de mélanine à Shanghaï puis radiés à vie du réseau et expédiés en container de bonbons sur les marchés détergents. Ouaho ! Voici donc comment on réprimait les coolis du Net : à l’amende et à la déconnexion à coup de knout ! Super speed ! Et le Grenelle de l’environnement n’était pas fini, y avait encore des invités dans la coulisse. Le preuve, Monsieur le juge : à ce moment, à l’approche de la colonne de blindés, contournant le stock de survêtements Adidas, Fadela Amara et François Fillon avaient tenté de m’encercler par l’arrière. Dans la main droite de François Fillon : un chèque de six cents millions d’euros destiné à Bernard Tapie. Dans la main gauche de Fadela Amara : une radiation des Assedic à mon ordre. Est-ce ainsi que les précaires vivent ? Est-ce ainsi qu’on traite les manutentionnaires invisibles ? Est-ce une manière sereine d’externaliser le coaching des sans-emplois ? Pourquoi brader ainsi nos droits à polluer et nos permis d’asphyxier, cher Nicolas Hulot ? Que penserait le commandant Cousteau de cette façon d’entretenir La Calypso ? Balle de set. J’avais fait face, prêt à servir : _« Mesdames, vous faites erreur, je ne réclame aucun logement pour ma famille qui dort dans un arbre, au chaud sous les branches, non, non, j’écris simplement des dépêches pour briefer nos nano-électeurs implantés dans le cerveau de Pamela Anderson. Avant-hier, par exemple, Laurence Parisot m’a demandé d’exposer aux rmistes la beauté plastique du RSA selon le point de vue des entreprises du nettoyage, de l’automobile, des mairies, des chaines de restauration rapide. Le sujet, dois-je le dire, n’était pas aisé à traiter, et d’abord, dans un premier temps, ce sujet m’a paru impossible, mais là encore je n’ai pu obéir à mon libre arbitre sous peine d’être accusé de travailler clandestinement en cuisine chez Maxim’s, puis d’être éjecté sur le trottoir du boulevard du Temple par la CGT, et enfin foutu en Centre de rétention sans avoir le temps d’ôter mes grolles de foot. Ne tenant aucun compte de mon état de santé, Laurence Parisot, qui a un clic-clac à Matignon, m’a sommé de m’exécuter sans attendre et de rendre ma copie sous vingt-quatre heures, les négociations sur la Réforme de l’assurance chômage devant s’achever avant la fin des vacances de Noël pour que la baisse des indemnités puisse être déposée la nuit du 24 dans les Converses des chômeurs. J’ai bien évidemment promis d’accélérer le tirage de mon mieux et me suis aussitôt mis à la tache dans le but de contribuer moi aussi à la fusion ANPE-UNEDIC. Objectif : constituer le Pôle emploi pour porter la productivité des agents et des radiations à un niveau d’excellence jamais vu jusqu’alors. Et c’est à ce moment là, après que Laurence Parisot m’ait passé sa commande, que j’ai ressenti une vive douleur à la main gauche _ la main avec laquelle j’écris. Dès lors, impossible d’accomplir ma tache et de reprendre le tennis avant trois mois, mon conseiller Mission Locale me l’ayant strictement défendu. Misère de Wimbledon, mesdames ! On m’avait fait le coup de Rolland Garros ! J’étais indisponible jusqu’à Flushing Meadow ! Impossible de participer au Master Gaz de France ! Je devais renoncer à traiter la commande de Laurence Parisot. J’avais abusé de mes forces et de ma créativité. Un seul remède possible : aller dare dare décompresser en zone défiscalisée, à Vevey, chez Jhonny. Et c’est toujours le cas aujourd’hui. Regardez ma main, elle peut à peine soulever un verre et le porter à mes lèvres » avais-je dit en sirotant un fond de Sancerre blanc offert en dégustation par un sosie de Yannick Noah coiffé d’une toque d’équipier KFC. Sur quoi, avant même que j’ai fini mon Sancerre, héliportée par le GIGN Michèle Alliot-Marie avait bondi des sacs de litières félines, flash-ball en accroche-coeur, et s’était plantée nez à nez avec moi. « Ca y est je l’ai trouvé, avait-elle lancé sur RTL, c’est bien lui, le chef de la mouvance anarcho-talmudique. Depuis le temps que je le pistais par satellite, il a fini par démarrer un stage d’escalade dans le Vercors... C’était le signe... Nous avons posé des balises sur son piolet. A partir de là tout s’est enchaîné. Le 10 novembre il est parti en trekking. Le 11 au matin nous l’avons interpellé sur le versant nord du col de Tourniol, en bordure d’une ligne de téléphérique. Il serrait dans sa main un bâton de ski relié à une sangle en cuir. Flagrant délit ! ». Ouaho ! Que signifiait ces approximations ? J’étais scandalisé, je devais d’urgence rectifier cette version donnée par François Fillon. Michèle Alliot-Marie voulait-elle me taxer mes droits d’auteur ? Avait-elle l’intention de me dépouiller des revenus liés à la diffusion de mes œuvres sur FNAC 2 Sarkozy et Matra 3 Bolloré ? Ah non, je ne me laisserais pas sucrer si facilement ma prime de Noël ! _« Mon PDG, avais-je dit, si c’est bien vous et vos collaborateurs qui ont choisi le terme »d’ultra-gauche« dans le spot dit »des exégètes du Vercors« - ce repaire de marmottes - c’est moi en revanche qui ait écrit le reste de la pub_ c’est à dire le plan visant les télé-skis de Seine-et-Marne, les cartes IGN-Haute montagne utilisées pour commettre l’atteinte aux droits de l’homme, la liste des indices retrouvés dans le refuge des kabbalistes, les luges, les bonnets, la Torah, les produits pour allumer la fondue qui vient - allumettes, briquets Bic, White Spirit - , fiction Heidi pour laquelle vous m’avez félicitée, qualifiant mon œuvre »de récit prenant, de construction implacable, de mécanique parfaitement crédible« _ c’était lors d’un entretien au début du mois de novembre, quatre jours avant l’arrestation de la cordée dite du chalet invisible sur le versant nord du col de Tourniol . En tant qu’auteur je ne peux dissimuler la vive impression ressentie à découvrir mon journal de classe de neige imprimé dans tous les magasines et lu sur toutes les chaines TV. Je dois bien le dire : dans ma carrière de bobsleigh j’ai rarement connu un tel succès, et, ajouterais-je, exécuté selon un tel chrono. Aucun détail n’y manquait, chacune des péripéties du récit de mon slalom était fidèlement rapportée, et il me faut à ce sujet remercier les journalistes et les présentateurs de la SDAT pour la précision, le soin et la fidélité avec laquelle ils ont su respecter l’originalité d’une œuvre, et sa singularité, au piquet près. Suite à cette narration j’ai obtenu ma première étoile avec mention très bien et félicitation de la préfecture de l’Isère. La France est le pays des arts et des lettres, nul ne peut en douter, ici l’écrivain est prince à l’Alpe d’Huez et sa création est reine à Courchevel » me disais-je encore l’autre jour en me ressouvenant de ce slalom géant accompli entièrement au bénéfice de la section antiterroriste du parquet de Paris. Ainsi m’étais-je exprimé, ainsi avais-je défendu le bilan de mon mandat de Contrôleur général des supérettes de Cognac. Problème de répartition des bénéfices : Michèle Alliot-Marie me regardait fixement, toujours déterminée à revendiquer l’entière paternité de la performance et à encaisser la totalité des droits d’auteurs. Comment moi aussi me hisser sur le podium ? Comment moi aussi gauler une médaille d’Or aux JT de TF1 organisés en partenariat avec le FBI ? On ne peut pas dire que les éléments historiques jouaient en ma faveur puisque j’étais pris en étau entre la colonne blindée de Christine Lagarde et Vladimir Poutine, et la paire de double mixte Fadela Amara-Jean-Louis Borloo. Sans oublier, face à moi, prête à débuter sa conférence sur la répression des infractions au droit d’auteur, la ministre de la fabrication des anarcho-autonomes de Lozère.





Station 8/


Histoire de m’éclipser en douceur j’avais quand même ajouté un alinéa : -« En cas de défaillance, étant en forte concurrence avec d’autres nouvellistes à cran de revenu, je sais parfaitement que l’un d’entre eux, de niveau inférieur, aurait remporté l’appel d’offre - les services de gendarmerie comptant pas mal de journalistes mais très peu d’artistes intermittents, comme vous le savez bien, cher DRH. Par exemple, on aurait pu alors concevoir l’hypothèse d’un groupe de jeunes néo-ruraux à l’esprit embrasé par la lecture de revues érotiques, ayant posé des sabots sur la BMW de Claire Chazal. Leur intention : attirer Claire Chazal à la fourrière et lui voler ses clés. Le plan : lancer l’engin en bélier contre le corail 411 Paris-Bayeux afin d’isoler durablement la Basse Normandie du reste de la France, ceci, on l’a compris, pour paralyser les liaisons ferroviaires si vitale à cette région en partie agricole, patrie de Pierre Corneille, et cetera, et cetera.... Et bien entendu en accusant ensuite Claire Chazal de collusion sexuelle avec une célèbre firme de téléphonie mobile. Claire Chazal n’a t-elle pas chez elle une photo de Martin Bouygues en classe de CM2, une maquette du pont de l’Ile de Ré posée sur sa commode Empire, une paire de pompes cloutées d’Étienne Mougeotte suspendue à un mur de son sas d’entrée... » Tout en parlant je m’étais imperceptiblement rapproché des étagères, et soudain, trompant la vigilance de Michèle Alliot-Marie, j’avais foncé dans le tas de Lacoste et étais ressorti de l’autre coté de la cloison, éclaboussé de mousse K2R, dans le rayon des produits ménagers. Ciao les amis, bonjour les frais de pressing ! Je m’étais remis à sillonner le magasin à la recherche de la boum des précaires. Laquelle se déroulait du coté des surgelés Picard. Derrière moi : tout le gouvernement français, la Commission européenne au complet, Poutine et ses services bouchers, la bande hypercasqués du G20. J’avais vraiment intérêt à maintenir ma vitesse si je ne voulais pas me prendre dans la poire une hausse à deux chiffres de l’inflation et une coupure de gaz pour refus de paiement de la redevance CNN. J’en étais là de mon shopping et de mon plan de relance quand soudain, surgis des piles de serviettes de toilette, qui s’était emparé de ma part de cerveau disponible, qui m’avait stoppé dans ma course ? Ségolène Royal, François Bayrou, David Assouline, cette relève socialiste de l’UDF descendant par la branche Orléaniste de la dynastie Méhaignerie-Giscard. A leur coté, silencienx, cagoulés, Gérard Collomb et Manuel Valls enfouraillés de flash-balls rose fluo. De deux choses l’une : soit je chantais La Marseillaise sans une faute d’orthographe soit j’étais déclaré personna non grata au Stade de France et déféré devant Alain Finkelkraut et Max Gallo pour outrage au Camembert. Reconnu coupable je risquais d’être interdit de parler verlan pendant cinq piges sur le territoire du 9-5. Bien entendu j’avais essayé de résister à cette politique pénale visant à me priver de match de foot. -« Jésus Marie, dites-lui qu’il y va de sa sécurité et de son appartenance à la Nation. S’il ne chante pas tout de suite La Marseillaise, impossible de l’abonner au parti socialiste, même s’il paie vingt euros » avait gémi Ségolène Royal. -« Exact, mémé, l’avait snobé François Bayrou en s’enfilant cul sec un fond de vin de messe. Unissons nos forces pour davantage d’humanisme et d’emploi dans la recherche et l’identification des fumistes et des faux chômeurs ». Puis le couple m’avait tendu un crucifix de Jean Monnet pour que je le baise. J’avais reculé d’un pas, prêt à foncer à l’opposé de David Assouline, un des leaders trotskystes de l’Union pour la Démocratie Française. -" Paix au Crédit Lyonnais et aux lecteurs de Marianne, mes amis, avais-je dit en bénissant la procession. Mais ouvrez la bouche que je vous donne à consommer le corps électoral mort sur la croix pour le salut de la BERD et de la TNT. Car, n’est-ce pas, on ne peut oublier que depuis des années c’est moi qui rewrite les discours de l’évêque du diocèse sur l’insertion professionnelle des enfants de chœur, le diocèse sur ce point me fait totalement confiance, et n’importe l’obédience des évêques, imams, rabbins, DJ divers, je conserve l’exclusivité de ce marché. Les ministres passent, les politiques de l’emploi demeurent, voilà la grandeur de l’État, de ses cathédrales, de ses télés, de ses mosquées, de ses portails internet. J’ai écrit pour tous les ministres de l’emploi depuis vingt ans, et tous m’ont rémunéré en prolongeant ma carte d’étudiant. Tel ministre exigeait un texte de cinquante-mille signes, tel autre un texte de cent-mille signes, tout dépendait de l’état d’urgence ou d’exception du moment. Par exemple, pour cent mille signes j’avais le droit à une prolongation de dix jours de la validité de ma carte bleue, mais alors je devais quotidiennement écrire dix-milles signes, telles étaient mes obligations à l’égard de la République - en clair je devais écrire vingt-quatre heures sur vingt-quatre pour continuer à séjourner légalement à la fac de Saint-Denis, et, comme on dit, ce n’était pas de la tarte. Sans jamais lever les yeux de mon Coran ou de ma Bible je remerciais vivement la France pour cet emploi, et aussi ses ministres pour les missions d’Intérim qu’ils me confiaient. S’agissait-il de démontrer qu’une Gothique Neo-Lycans de moins de vingt-cinq ans se déshonorait en déposant du bout de ses mitaines une demande de RMI auprès des services de la CAF ? Je devais écrire une pub dans ce sens. A moi de dissuader les Gothiques Neo-Lycans de moins de vingt-cinq ans de revendiquer le moindre revenu - tache quand même un peu paradoxal pour quelqu’un qui appartient à la génération 600 euros, mais, bon, je n’avais guère le choix, moi aussi j’avais besoin de gagner ma croûte, alors j’écrivais le texte réclamé par le ministre de l’emploi, Martine Aubry, Jean-Louis Borloo, le Cardinal Tartempion ou n’importe quel Pie, X, XI, XII, Y, Z, pourvu qu’il soit en charge de l’emploi dans sa Curie. A partir d’un canevas de parabole je posais la question : que signifiait ce trafic d’Indulgences ? Voulait-on répandre la corruption dans le département d’ingéniérie financière de l’université Paris-Dauphine ? Désirait-on la mort des jeunes en leur distribuant gratuitement des euros ? A moins de vouloir altérer gravement leur santé mentale et leur dépendance au whisky, avait-on réfléchi au danger qu’on leur faisait courir ? Formait-on le plan de produire à la chaîne des drogués en chaise roulante juste bon à regarder Canal+ en crypté ? Au contraire, tapais-je sur mon clavier, c’était sain de cuire des steaks dans un fast-food puis de les manger en sandwich pliés dans une carte d’étudiant, il n’y avait là rien qui soit susceptible de perturber un cursus. Surtout avec un bon Redbull dans le gosier pour speeder les cadences pendant le rush de midi. Dans un style similaire, à l’occasion de la fête du plein-emploi en 1997, je me rappelle avoir écrit le discours de Martine Aubry prononcé devant des milliers d’Emplois jeunes en ouverture du Super Bowl d’Eura-Lille. Je développais l’intrigue suivante : l’emploi, quel qu’il soit, Bac+ 1 à 10, est la poursuite du bonheur par d’autre moyens que ceux des voyages, des rencontres, des flirts, de la lecture, et s’il est plus précaire que la propriété des banques, s’il est plus harassant que la richesse du pays concentrée entre les mains de 5% de la population, s’il est moins bien rémunéré que les bonus de 30 millions d’euros alloués aux dirigeants de nos firmes en faillite, il n’en est pas moins l’horizon indépassable de notre temps, ajoutais-je, citant Jean-Paul Sartre dont les œuvres complètes étaient en cours de publication sous la responsabilité de Jean Gandois, l’ex-caïd du Medef jamais condamné en cinquante ans de braquage des salariés de la métallurgie. A chacun selon son patrimoine, à chacun selon son CV, à chacun selon son crédit, avais je encore écrit en conclusion, ce qui ce jour là, dans l’ambiance techno-éolienne du Super Bowl d’Eura-Lille, avait déchainé l’enthousiasme des Masters 2 employés par Martine Aubry en contrat social flexible. A moins que ce soit par vous, Dame Ségolème, en contrat précaire démocrate pour le compte du Conseil Régional de l’Ile de Ré. Bref, bilan de mon laïus ? Craignosse ! Ségolène Royal était écarlate de colère et prophétisait en frissonnant la fin de la social-démocratie et la naissance de la spirit-communication, fruit de son union et de sa folle nuit de noce à la City de Lourdes avec François Bayrou. Qu’avais-je dit d’extraordinaire, moi, pour la mettre dans un état pareil ? Une seule chose, je m’en étais rendu compte peu après lorsque Ségolène avait fustigé le sacre impie de Reims : j’avais parlé de Martine Emplois jeunes pour rendre hommage à la lutte victorieuse contre le smic menée à Lille à la fin des années 90, et Ségolène qui ne voyait nul inconvénient à la liquidation du smic pourvu de l’enrober dans les plis de l’étendard national, en voyait en revanche pas mal à la hausse de Martine Aubry dans les urnes percées des fédérations PS. Aussi Ségolène Royal et François Bayrou, brandissant le drapeau bleu-blanc-rouge, s’étaient aussitôt alliés à Xavier Bertrand et François Fillon pour me faire la peau. Gérard Collomb et Manuel Valls avaient approuvé la motion de la pointe du flash-ball. Banzai !!!! J’avais repris ma course infernale. Où se trouvait donc la manifestation de précaires sous afghan, de fonctionnaires en lambeaux, de femmes plaquées avec douze enfants, de sans-emplois en Rollers, de dauphins au RSA, de glandus de la Dalle, de prolos à lettre de licenciement tatouée sur le torse, de psychotiques en lit à roulettes qui déambulait dans les rayons en siphonnant tout sur leur passage : Haribo bien sûr, mais encore barre de Toblerone, grands crus millésimés de Bordeaux, Yop, Boursins au poivre.

Station 9/


Harcelé par François Fillon et Luc Chatel - qui juchés sur leurs blindés sabraient les personnels et les budgets à grand coups de bobards - je sprintais en hurlant de toutes mes forces dans le but de déclencher le blocage du bahut. -« Ils arrivent, ils arrivent, m’égosillais-je, il y a des officiels Russes et des Emirs du Golfe avec eux, ils vont dégommer les derniers préfabriqués, privatiser les pelouses et mettre aux enchères la définition des programmes de philo sur le marché de la sous-traitance. L’année prochaine la classe se tiendra sur le terrain de basket. En économie, tantôt on étudiera le design de la maison de vacances de Georges Soros à Acapulco ou du palais de BHL à Tanger, tantôt on apprendra à gérer un PEA pour le compte d’Alain Minc ou de Michel Field, au mieux de leurs intérêts. Et ce n’est que l’apéro : l’année suivante, une fois le terrain de basket partagé avec la première ES 2, la classe se tiendra à soixante dans la surface de réparation. Ainsi entassés survêtes contre blousons on fera des économies de chauffage. Et puis sitôt la collante du Bac tombée dans la casquette Nike, à toi les 600 euros mensuels en CDD dans les boîtes partenaires du gymnase. Orangina, Décathlon, Go Sport, Wanadoo, Epeda. Moi, hein, si c’était possible qu’on me recrute à mi-temps chez Epeda ça me ferait du bien à la colonne vertébrale. Ou alors chez Décathlon au rayon duvets, à cause de mes omoplates. Trop cool !!! _ »Mais arrêtez-le, arrêtez-le s’époumonait Xavier Darcos, il raconte n’importe quoi, il veut désespérer les lycées de Gonesse, de Stains et du Plessis Robinson qui ont noué des contrats école-entreprise avec Teffal et Petits bateaux. Il est jaloux. Il rêve d’entrer à Sciences Po déguisé en Auvergnat. Il n’a jamais visité Vulcania ! Il refuse qu’on évalue son travail de recherche. C’est un pédophile d’Al-Quaida !!!! L’UMP exige qu’il soit déchu de ses droits commerciaux« . Bien entendu, comment le nier, j’ai écrit un nombre incalculable de récits pour le compte du ministère de l’emploi, et chaque fois avec sérieux, sans compter mon temps ni mes coups de massue. J’ai écrit sur l’ impérieuse nécessité de la réduction des indemnités chômage - le titre était : La princesse de Clèves à l’ANPE - j’ai écrit sur les nouveaux contrats d’embauche permettant de rémunérer le jeune salarié trois cents euros pendant vingt-quatre mois, puis de l’embaucher définitivement au smic au terme d’une période d’essai ne pouvant excéder douze ans - le titre était : Madame Bovary, opératrice en centre d’appels - j’ai écrit sur la richesse formatrice des stages gratuits en entreprise - titre : J’apprends à marcher en tournantenrondjusqu’à tomber d’inanition devant la machine à café - j’ai écrit sur le bonheur de vivre chez ses parents jusqu’à quarante-quatre ans - titre : L’année prochaine je quitte le tonneau de ma mère pour aller habiter dans une barre en carton, sous le périphe, chez mon père. Par la suite, invité par Arlette Chabot, reprenant mes idées, le ministre avait exposé ses mesures d’urgence pour activer l’insertion des jeunes à coups de pompes dans les bourses, en alternance pied droit, pied gauche. Arlette Chabot arbitrait le ring en donnant la parole à Laurence Parisot, en duplex dans une crèche de Mantes-La-Jolie, affairéeà dépister les paresseux précoces sautillant dans la piscine à boules. Il faut dire que j’avais le ventenpoupe dans le milieu des talk-shows où l’on goûtait particulièrement mon sens de la pédagogie et ma capacité à neutraliser les tricheurs. Mais restons modeste, poursuivons la conférence de presse. Voici donc les faits exacts tels qu’on a pu les voir rapporter au JT de France2 : à l’instant où Vladimir Poutine et Brice Hortefeux allaient m’intercepter à la frontière du rayon vins et spiritueux et du rayon jus de fruit, la tête de manif - un peu pompette à force de trinquer au Champomy- était apparue à la frontière du rayon confiserie et du rayon produits bio. Le choc ! Le pot de confiture bio était à dix-sept euros ! Le paquet de vingt-quatre biscottes à douze ! Comme dit ma tante, le bio est l’objet central de la lutte des classes à l’heure du coït systémique de la finance en rut morbide. Soyons clair : soit c’est du bio pour tous, soit c’est l’affrontement final entre la classe fromagère d’Arlette Laguillier et la Monarchie de Juillet de Louis XIV accusée par Besancenot de délocaliser notre production de pots d’échappement au nord de la ligne Oder-Neisse. Finalité du plan conçu en 1931 : brader notre industrie du pot catalytique aux carrossiers polonais. Sur la rive droite de la Seine, moi, pour ma part, je me trouvais coincé entre deux groupes, à équidistance de Bernard Kouchner, José Manuel Barroso, Jean Claude Trichet, Timothy Geithner, Roselyne Bachelot, Angela Merkel et des précaires déambulant dans l’espace public avec une banderole tracée des mots » On a déjà du mal à s’acheter de la confiote bio, alors c’est pas maintenant qu’on va raquer un terrain de golf au DG du cartel bancaire de JP Morgan en Colombie New-Yorkaise, ceci afin qu’il creuse notre tombe sur le green et nous putt dans le trou.« J’avais repris souffle et espoir, à présent je n’étais plus seul pourchassé par une colonne de chars au service de l’emploi et subventionnée par la Commission européenne. Aussi, vu l’ampleur de la manif, ce serait peut-être bientôt possible de refuser d’écrire une nouvelle illustrant le thème de l’identité nationale et de la saine évaluation Google Knoll des compétences, dans l’objectif de porter nos universités en tête du chart de Shanghaï. Il faut dire qu’au temps antique de la gauche plurielle les conditions générales d’écriture étaient très différentes de celles d’aujourd’hui franchement niquées par la montagne de crédit à la consommation écrasant Joë Le Plombier et son épouse Joëlle La Lavandière - sans négliger leurs emprunts immobiliers et la dette des Etats - le tout à rembourser dare dare aux hedge funds et aux actionnaires, histoire de reconstituer rapidement les bilans des banques et les portefeuilles tachés de sang, ça sur fond de palabres révisionnistes appelant à réguler le marché du travail à coups de patates à l’eau, de resto du cœur, de brocante Emmaüs, de cabanes dans le bois de Vincennes, de bousculades panique aux guichets du Pôle emploi. Histoire aussi de reconstituer les salaires à cinq cents euros et les boulots de naze, je suis suffisamment clair me semble t-il, dites-moi si je vais trop vite avais-je balbutié en allumant une clope, attitude radicalement prohibée dans l’enceinte de Carrefour car susceptible de déclencher l’ouverture des trappes à pauvreté et l’évacuation des caddies. Chacun retenait son souffle, la manif d’un coté, le gouvernement de l’Union de l’autre. - »Notons cependant que je ne conteste pas la théologie fondamentaliste des éditorialistes de France Culture passant d’un matin à l’autre du soutien à Georges Bush à l’accord avec Michel Tocard sur la nécessité de moraliser le capitalisme, non non, je ne suis tout de même pas mesquin et Adler à ce point, non, simplement je veux dire que pas mal de nègres, de portoricains, de prolos de Détroit ont laissé leurs pavillons et leurs dessous Eminence dans le cyclone qui s’est abattu sur leurs cartes American Express. Moi, pour ma part, avec mon obligation d’écrire de la fiction contre une carte de séjour et un CDD, je risque à tout moment d’être viré du Mont Saint-Michel. De même qu’eux, sur les bords des Grands Lacs, ont carrément planté leur Quinté gagnant et ont un pied dans le village de tentes, moi avec ma grille du Loto et mes deux bons numéros j’en ai un sur la liste rouge de la Banque de France, l’autre sur la passerelle du Boeing d’Air Taf direction les dernières guitounes du canal Saint-Martin.« Du coté de la colonne de blindés Michèle Alliot-Marie avait sorti son portable et téléphonait à la SDAT pour signaler la présence de trois cent mille anarcho-autonomes dans les rues de Paris et commander de procéder sans retard au grand enfermement de cette racaille sur des terrains militaires dans la Creuse. Henri Guaino préparait un décret visant à interdire les rassemblements supérieurs à deux personnes, entre huit heures du matin et sept heures le lendemain. Selon Eric Besson et Brice Hortefeux de telles actions étaient à l’évidence des offenses caractérisées à l’identité nationale, on y dénigrait le travail, on y sifflait les salaires à six cents euros, en un mot on y salissait Vigipirate. Pour Trichet, qui recommandait la mise en place immédiate d’une gendarmerie commune aux vingt-sept banques de l’Union, il s’agissait clairement d’une agression djihadiste perpétré contre l’euro et ses politiques d’insertion. - »Celui qui s’attaque à nos dispositifs de retour à l’emploi est une menace pour nos institutions, et en particulier pour la Banque centrale, cible privilégiée des voyous trainant leurs guêtres dans les halls des gares, les playgrounds, le Grand huit de la Foire du Trône, les interconnexions RER, les bars louches du XXè arrondissement« . Barroso approuvait du chef et annonçait de prochaines modifications de la zone Schengen afin que » les arrestations circulent aussi vite que les capitaux dans l’espace monétaire continentale« . On ne comprenait pas très bien ce que maugréait Poutine dans sa tourelle, mis à part qu’on devait »aller buter les anarchistes grecs jusque dans les chiottes."





Station 10/

Concernant Christine Lagarde elle promettait la création de nouveaux droits au logement déconnectés de la construction de HLM. _« Mieux vaut des droits que des toits » disait-elle à Xavier Darcos assis sur un tank Abraham, écoutant Les portes du pénitencier de Jhonny dans son Ipod, absorbé par sa méditation sur l’anéantissement total, goutte à goutte, des régimes de retraite. En face, parmi les précaires, dans l’attente de marcher sur le siège de la Commission on finissait d’avaler les stocks de Haribo et de Boursins au poivre. Fort de ce soutien gastronomique j’avais enchainé : -« Mais je m’écarte de mon sujet, chers citoyens, je veux dire du sujet que Brice Hortefeux m’a donné à traiter et sur lequel j’ai carrément buggé. Notons aussi qu’après plus de dix ans passés à écrire des fictions pour des gouvernements identiques en alternance, pour les ministres du CAC 40 et du marché obligataire, j’avais de quoi être légèrement claqué, voire plus, d’autant que si j’arrêtais d’écrire une seconde j’étais toujours menacé d’être foutu à la porte, comme dix ans auparavant. Car, n’est-ce pas, où sommes nous ? De quoi s’agit-il exactement ? D’une performance de Jan Fabre à Davos deux jours avant la faillite d’UBS et l’extension de l’auto-entrepreneuriat à tous les pouilleux suisses ? D’une réforme du lycée menée à partir du casino de Deauville et retransmise en visio-conférence aux sièges du MIT et de l’OCDE ? Du tournage d’un remake de la prise du Panthéon en 1981 par Bernard Tapie ? D’un saut à l’élastique de Nicolas Sarkozy - attaché à Jack Lang - depuis le toit du FMI ? Évidemment je voudrais être beaucoup plus clair dans ma description de la situation actuelle, mais ce n’est pas facile, d’abord pour des raisons conceptuelles, on l’a bien compris, ensuite parce que François Fillon me jette des œillades destinées à me signifier que si je continue ainsi je vais finir à l’IBIS de Roissy, en radiation avant décollage. Ou, au mieux, au Pôle emploi avec une indemnisation de deux cents euros pendant trois mois, avant d’être dirigé en bus vers le CHAPSA de Nanterre, à échéance des droits. Tertio, parce qu’à cause des émanations de carbone et de la fonte accélérée du permafrost, bientôt on n’y verra plus à trois mètres et on se mangera un cyclone par semaine en région IDF. Et bien entendu je ne parle pas de la hausse du taux d’acidité des océans qui nous garantit de disposer de vinaigre pour trente milliards de siècles. Sans minimiser la disparition éclair des glaces qui complique l’analyse générale de l’embrouille et qui, tout en sapant notre chère dune du Pyla, aboutira à vider les silos à céréales et à tarir la flotte des robinets du Zambèze jusqu’aux boîtes de nuit d’Abkhasie en passant par les Hammams du Honduras. Et le martyr du thon rouge c’est Le mépris de Jean-Pierre Godard ou quoi ? Faudrait-il nous aussi attaquer les hypermarchés Carrefour et Leclerc en aval de la Seine, puis, en manière de rançon, restituer les boîtes de caviar en échange de l’obtention d’un revenu garanti pour tous ? Va-t-on accepter d’être concassés dans l’obsession fanatique de cash qui enrage la Société Générale, Goldman Sachs et tutti banqui ? Je le demande : en définitive, si on y regarde de plus près, est ce que tout ça ne ressemble pas à un Black Jack à la pyramide de Ponzi sur la roulette du G32 ? Suis-je clair, me fais-je bien comprendre par les électeurs de l’espace bancaire de Schengen ? Et par Frédéric Lefebvre et Christine Albanel ? Et par Marin Karmitz 2, roi des CDN et des MEDEF locaux, maréchal des multiplexes et des industries Delarue ? Et par Mitterand Jr connu vers Marseille sous le nom de Pinky la Rosette, recruté au ministère Hadopisse pour trépaner de l’intermittent à coup de Nabucco d’excellence, d’Olivier Py à dada sur Patrice Chéreau, de gloire aux têtes couronnées et de codes NAF. Je précise : maintenant je suis légèrement las de mater Mylène, Cédric, Dorothée se les bronzer sur une plage de Koh Lanta en se nourrissant de maquereaux surgelés en provenance de chez ED. Qu’ont-ils d’inédit à siffloter, ces artistes des îles ? Qu’il est opportun de cartonner TF1 au prud’hommes et de requalifier vite fait tous les contrats d’embrouille en gros biffetons de cent euros, puis d’aller faire ses courses chez Fauchon bio ? En vérité, d’après Cédric qui kiffe grave Cynthia, bronzer à Koh Lanta c’est pire qu’un CDI : les mecs d’Endemol te pressent la pulpe et puis te jettent aux piranhas, et alors là t’as intérêt à faire ta Manaudou et à crawler rapide vers l’assistante sociale - à condition que la meuf n’ait pas déjà été compressée dans le plan Fillon pour le salut de la France et de ses chaînes de bagnoles. Sinon tu coules, t’es déchiqueté dans la piscine du Loft, on te repêche le lendemain flottant à la surface parmi des Bons du Trésor US et des francs suisse du Zimbabwe ! Non, non, inutile de te mouiller plus longtemps dans ce crash mondial avec Gérard Carreyrou, Nicolas Demorand, Obama, Arthur, Zapatero, Jean François Coppé, Jiang Zemin, Mick Jagger, non, non, sèche-toi et quitte vite fait la Plaine-Saint-Denis avec sous ton bras la mallette du super bonus bourrée de pépites d’or. Autrement, t’es bon pour un passage devant la commission départementale d’insertion _ avec expertise cognitive de tes handicaps mentaux visant à rectifier ton penchant pathologique à refuser les boulots raqués cent euros mensuel. Je pose donc une deuxième question à mille dollars : compte t-on nous paupériser à coups de grenade assourdissante jusqu’à la fin des programmes ? Je le demande même solennellement : qui veut notre peau de banane, qui veut tracer nos cartes à poux, qui veut nous interdire de DAB, qui veut nous trier en mettant d’un coté »les aptes aux jobs de naze« dans la poubelle verte, en mettant de l’autre coté les »déchets définitifs incapables de s’insérer et de rembourser leur crédit à la conso" dans la poubelle jaune ? Bon, restons calme, avais-je prévenu, n’oublions pas que maintenant je dois quitter la hutte hypothéquée de mes parents, c’est à dire oublier la Live-box et la PlayStation de ma mère, les tickets-resto, la mutuelle et les chèques en bois de mon père... Ainsi prend fin ma tendre adolescence la veille de l’anniversaire de mes trente-quatre ans. Désormais, cher Jean-Luc, j’ai besoin d’avoir un revenu pour remplir mon cochon rose et garantir mon autonomie. Dîtes-moi Brice, toutes ces années englouties à composer des tubes patronaux et à enrubanner des paquets fiscaux vont-elles m’être indemnisées ?





Station 11/

De même vais-je bientôt avoir la possibilité de coproduire un logiciel de recharge automatique de ma carte bleue, ou bien de gratter solidairement du code pour un site de formation aux techniques de survie en milieu dévasté par les hedge funds ? En dehors de ces pop-corns ne doit-on pas reconnaitre que la faillite de Général Motors est un vrai goûter d’anniversaire pour le permafrost de Sibérie et les marmottes de La Cluza ? Qu’en pensez vous, cher candidat ? Célébrons la première année de disparition de Renault-les-big-morbide, Ford-les-top-d’azote, Toyota-les-gazs-de-ouf... Soyons sérieux, n’est-ce pas : levons notre gobelet de Champomy à la décroissance chinoise indexée sur le crack du baril d’ozone... Mieux, chers clients : trinquons à la résurrection des dauphins de la rivière des Perles le jour anniversaire de la Longue Marche des erésasstes de Stains jusqu’au siège des Pompes funèbres JP Morgan ? Non ? Banco les bons tuyaux ? Qui m’en veut ainsi ? Henri Guaino/dans son auto/un soir de lune/au RSA/dans le 9-3 ? Non, sans rire, ai-je besoin de claquer un de mes deux jokers ? Faut-il comme en Angleterre scanner les chômeurs au détecteur de mensonge pour irradier les fraudeurs ? A mon avis mieux vaut tester cette catapulte sur les membres du conseil d’administration de l’Unedic ? Problème : la bécane a t-elle été conçue pour traiter tant de bobards simultanément ? Résistera-elle à ce lancer de chômeurs sur pont-levis et mâchicoulis du Pôle emploi ? Mais assez de bavardages ! Assez de plateau-télé à 21 h 30 pour évaluer « les conséquences psycho-caritatives de la crise financière sur les thons rouge et les intérimaires ». Action ! Dans notre DVD, frère, t’avais très nettement un coté 14 juillet des banlieues en novembre 2005 monté en symbiose avec le pogo anti-CPE du printemps 2006, et mixé de Rome à Madrid, de Berlin à Thessalonique. Et vers le milieu du programme, à la 43e minutes, tu voyais Benzema qui plantait un but d’enfer à Manchester en quart de finale de la Ligue des champions. Le match avait lieu en 2012 dans l’émirat de Dubaï rasé par des émeutes de bonnes philippines un an plus tôt. Trop dingue. Fallait absolument capter ça : le débouclage massif de nos positions éthiques, la conversion intégrale de la propriété privée en éco-biens communs, HLM, méga-maxi-investissements éducatifs, transports gratos, prototypes multiples d’expérimentation, de partage, d’égalité, et cétera, et cétera. Et, hein, bien sûr, tu ajoutes tous les projets sympa que tu kiffes, aucun problème. Ouaiche, ouaiche, comme dirait Jhonny Depp ivre de djin tonic dans Pirate des Caraïbes 8 - au moment de mettre la main sur le trésor de l’UIMM de la CFDT - : sur fond de faillite comptable de l’UE, de Bank of Obama et de la camorra Russe, devenir-art de la bulle et du crédit, devenir-oeuvre des pêches melba de tata et de la prochaine convention Unedic rédigée par ma pomme. Ben oui, et puis cerise sur la tartiflette de Pipo Chérèque, le script était sous-titré en grec pour les gourds et les oeillets. Ma parole, avec un casting pareil ça allait cartonner méchant au prochain Mundial Interflora ! Seulement, hein, quelle place occuperait la Hongrie dans les qualifes pour la faillite totale ? Et les tueurs à gages d’Hyppo Réal ? Et le Zloty polonais ? Et le PC chinetoque ? Et les Lettons ? Et les British ? Et les Gaulois de Sarkoland en mutation anglo-saxonne ininterrompue ? Allaient-ils tous se jeter sur les étrangers et les lyncher à la sortie des zones franches en les accusant d’avoir regardé de travers leur Plan épargne logement, leurs assurance-vie en miettes, leurs pavillons révisables ? Et, profitant de la pause déjeuner, d’avoir piqué leur badge et leur boulet, puis d’avoir en douce enfilé leur camisole de smicard ? Et encore de squatter la machine à café dans les salles de repos des zonzons de la ZAC, des bagnes à suicides et des Pôles à précaires ? Et aussi de faire de l’ombre à leurs Kbis en déroute avec leurs micro-entreprises en capilotade ? Si ça craignait ainsi, que faire ? Gauler les clés des cadenas et se casser dare dare en ULM low-cost de la SARL de sa Majesté en plein crédit crunch ? Mais pour atterrir chez quels blaireaux ? Ou faire l’artiste ready-made à la Documenta de Poitiers ? Ou bien au Leclerc de Kassel ? Ou alors ouvrir des boulangeries et des ciné-club projetant du Straub-Huillet en continu dans la cambrousse bretonne ? Mais pour tomber dans quel bocal de formol ? Que dalle ! J’avais senti la présence sensuelle de dauphins queers au RSA dans le bassin à poissons rouge du Carrefour - sous les arbres en plastoc du patio. Pour la première fois je m’étais mis à barboter vers le large, et non à claquer des dents et à chercher une formation. Mon cousin Yacine, trader à la bourse de Barbès, fana du marché des cartouches de Marlboro light, prenait son élan sur le plongeoir en vue d’exécuter un triple salto avec double boucle d’auto-réduction, saut périlleux par-dessus les barrières métalliques et triple cloche de DAB. Ma copine Chloé qui spécule sur la rentabilité de Mallarmé à l’agence de notation Moody’s - et qui a décerné un triple A au LEP Victor Hugo de Drancy pour sa conduite exemplaire lors des blocages de bahuts de l’hiver 2008 - était vêtue d’un deux-pièces en pixels dorés trop, trop, trop dandy. Elle dégustait des nouilles à l’aide de baguettes au rayon Epicerie fine _ les baguettes servaient aussi à supporter une banderole. Sur la banderole était graphé en lettres rouge bonbon : « Les F16 qui décollent des banques carburent avec la tune des écoles et te criblent la tronche de prime-time au plutonium produits avec les crédits des hôpitaux ». Et en dessous : « Bip-bap-loulap, okay nazebroque d’actionnaire, laisse béton l’exploitation outrancière ». Au fait, qui a vu entrer dans la lucarne du Medef le nouveau modèle d’indemnisation des salariés à l’emploi discontinu tiré du gauche, à la limite de la surface de réparation, par la Coordination des intermittents et précaires d’Ile- de-France ? Personne ? Sur la vie de ma mère, sur quelle PlayStation vous passez vos samedi et vos vacances ? Sur XBOX 844 ? Vous allez jamais voir des matchs avenue Bosquet ? Vous jouez jamais sur XCIPIDFX 2003 ? Sur une autre banderole, à condition de t’inscrire à ma formation pour niquer la clé, on pouvait décrypter : « Éteignez rapido les téloches, fuck les dettes et Cofinoga, allumez illico de nouveaux droits sociaux ». Et sur une troisième : « Par ici la monnaie : toi boss tu me files cent mille euros de prime, moi Joë le chomdu je te prête mes cinquante bonbonnes de gaz ». Cool, cool. La manif avait encore piétiné pendant une seconde, et puis on avait tous foncé droit devant comme un seul bouc, baigneurs et mangeurs de nouilles aux grandes bananes. Et alors, mixant des milliers de mains et de baguettes, enfonçant la touche Play, sans attendre, parmi les sifflements des drones et les tirs de CNN à répétition et de TF1 automatique, en plein état d’urgence, au centre de l’hypermarché, la projection de notre DVD avait commencé. La ronde démoniaque. Le générique - l’Oeuvre - de la Très Grande Joie.


Nous préférons... une grève des chômeurs - Cafards de Montreuil

Beaucoup d’argent parce que je suis nombreux

La puissance du nous

Nous sommes tous des inter-mutants du spectacle ! - 1996





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