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Liaisons et barricades

Publié, le jeudi 28 octobre 2010 | Imprimer Imprimer |
Dernière modification : lundi 1er novembre 2010


Les raffineries ont donné le ton : le blocage économique et la grí¨ve avec occupation sont les moyens les plus efficaces pour effectuer une pression économique sur la politique du capital. Celle-ci s’affichant comme la raison économique, une soi-disant impossibilité de pouvoir prendre une autre voie que celle de la fin du systí¨me de mutualisation, déjí bien abí®mé. í€ la lutte des classes a désormais été associé le blocage de la production, sans que celui-ci soit simplement suspendu í la grí¨ve, démontrant de faí§on énergique la capacité de nuisance que chacun peut avoir. C’est la place de cette évidence qui a surpris dans ce mouvement : les désaccords entretenus depuis longtemps, qui autrefois dessinaient une ligne de partage, se sont amplement déplacés. Cette ligne de partage s’est déplacée tant au sein des organisations politiques ou syndicales qu’entre ces derniers et certains étudiants oí¹ chí´meurs et précaires organisés en marge de celles-ci. Tout automobiliste est désormais susceptible d’affirmer sa solidarité avec le mouvement.

A Rennes, avant míªme que la grí¨ve reconductible ait commencé, la volonté de visibiliser ceux qui aspiraient í un mouvement de grí¨ve réelle s’est amorcée par la construction d’« intersyndicales bis » qui ouvraient, avec des syndicalistes de SUD, les mouvements des chí´meurs et précaires de Rennes, et les militants indépendantistes, l’organisation de blocage de galeries marchandes í chaque appel de journées nationales. La participation í ces actions a crí » au fur et í mesure de l’avancée du mouvement, attisant une attente í l’égard de ce type d’événements. Elle a contribué í conjurer l’impuissance suscitée par les grandes manifestations qui s’en tenaient í un simple défilé et í construire des initiatives interprofessionnelles.

D’emblée, ce qui était autrefois les pratiques étudiantes est devenu une méthode commune. Des syndiqués ont pris la parole lors des assemblées générales de Rennes 2, rendant la question du blocage de l’université intrinsí¨quement liée í la nécessité d’allonger la facture économique de la grí¨ve en cours. La capacité des étudiants í venir, au cí´té des salariés, occuper et rendre plus efficace les grí¨ves déjí présentes n’a pas pris la forme d’une réserve de troupes pour mener la lutte. La chose était vite établie que ce qui permettrait au mouvement de prendre de l’ampleur, ce serait précisément cette alliance salariés-étudiants-chí´meurs. Rarement les étudiants n’ont été autant attendus, et chaque gréviste rencontré demandait oí¹ en était la mobilisation sur la fac. í cette idée que l’entrée en scí¨ne des étudiants était une clef du mouvement, en ce qu’elle déborderait les cadres prévus de la mobilisation, s’ajoute une autre nécessité, celle de l’arrivée des lycéens.

Ils se sont vite mobilisés, bloquant leurs lycées et parvenant í íªtre jusqu’í 7000 dans des manifestations énergiques au pas rapide qui envahissent au son de « grí¨ve générale » supermarchés et rocades. í€ chaque manifestation s’organise une assemblée générale qui décide de sa cible. Mais il est dommage que, í Rennes, les syndicats lycéens soient les plus mous aux actions. Il semblerait que leur participation au NPA n’encourage pas la liaison. Ce sont toujours les non-syndiqués qui permettent que ces actions aient lieu. í€ croire qu’il y a une distorsion entre les secteurs oí¹ l’on se mobilise volontiers et ceux qui organisent la mobilisation.

Depuis plus de 10 jours, les grévistes engagés dans le bras de fer sonnent le tocsin í 4h30 tous les matins, construisant le front social dans la guerre économique. Ce sont ainsi plusieurs centaines de chí´meurs, de salariés, d’étudiants, de lycéens qui se retrouvent pour bloquer les dépí´ts de carburants, les routes, les plate-formes de distributions alimentaires, etc.

Le blocage du dépí´t de bus fut parmi nos plus grandes réussites. Entravée dí¨s 5h, l’entrée du dépí´t s’était transformée en feu de camp autour duquel on parlait avec fougue de tout ce qui se passait dans la région, alors míªme qu’il était difficile de savoir vraiment combien les initiatives étaient multiples et venaient de nombreux endroits. De nombreux salariés, bien que n’étant pas en grí¨ve, observaient notre action d’un regard bienveillant, fournissant abondamment le café nécessaire.

Les poulets arrivent tout de míªme í 10 heures pour restaurer l’ordre puisque aucun bus ne circule. Nos amis conducteurs se mettent devant les personnes composant le piquet de grí¨ve pour les protéger. Voilí que les poulets décervelés gazent et matraquent allégrement cette premií¨re ligne. Nous sommes boutés hors du dépí´t, et les conducteurs se mettent immédiatement en grí¨ve sauvage, posant arríªt-maladie et RTT (les préavis étant devenus obligatoires depuis la loi-cadre sur le droit de grí¨ve de 2007). Dí¨s l’aube, nous revenons sur place et restons jusqu’í 18 heures sans encombre avec les poulets. L’insistance du patron du dépí´t de bus ne suffisant manifestement pas í décider la préfecture résignée. Le maire de Rennes lui-míªme fait appel au préfet pour faire envoyer ses troupes, sans suites. Nous partons en cortí¨ge laissant des barricades enflammées et sans avoir vu un poulet. Hélas, les conducteurs n’ont pas reconduit la grí¨ve mais, sur notre piquet, nombreux sont les syndicalistes í nous avoir soutenus. Nous avons organisé sur place l’action du lendemain avec les routiers cegétistes, qui avaient eux-míªmes fait de nombreux piquets dans la matinée.

Les actions communes entre les syndicats et organisations sont une entrave trí¨s nette í l’intervention policií¨re systématique.

Cependant, les formes de liaisons qui peuvent apparaí®tre dans les actions ne permettent pas d’íªtre incontournable pour les bureaucraties syndicales locales. Elles pourraient fort bien s’entendre entre elles, méprisant l’avis de ceux qui organisent les piquets de grí¨ve chaque jour. C’est pourquoi nous avons mis en place des assemblées générales interprofessionnelles tous les soirs pour permettre í tout un chacun d’avoir voix au mouvement sans íªtre suspendu aux accords entre centrales syndicales et partis politiques. Cette structure de base du mouvement est une structure d’auto-organisation et d’autonomisation de la lutte qui cherche í encourager le processus démocratique en cours. Ainsi, se mettent en place des commissions tracts, des commissions liaisons avec les paysans et autres, barricades, radios et la liste n’est pas exhaustive. L’AGI (Assemblée Générale Interprofessionnelle) éprouve la participation de différents secteurs (mais, il est vrai, principalement ceux du public) et de différents syndicats. Elle contribuera, nous l’espérons, í étendre la grí¨ve et í mettre en place des solidarités effectives contre la répression du mouvement, qu’elle soit patronale ou policií¨re.

Anna, du Mouvement des chí´meurs et précaires en lutte, le 25 octobre 2010

Article extrait de JUSQU’ICI, Bulletin temporaire de liaisons dangereuses, le n°2 est sorti

Aux Parisiens et gens des alentours, prenons la rue / Un soviet í Amiens, vidéo "¢ « Nous avons besoin de lieux pour habiter le monde » : l’assemblée générale interprofessionnelle de Rennes au TNB / Appel aux troupes ! / Adresse aux salariés, chí´meurs et précaires des pays de l’union européenne / Manifeste de l’assemblée générale interprofessionnelle de Rennes / Le harcí¨lement quotidien du pouvoir économique et politique s’accélí¨re - Fac de Caen / Quelle retraite pour les précaires ? Quelle grí¨ve pour les chí´meurs ? / Retraite : í 95 ans, je n’aurai pas mes trimestres / Comme Maryvonne í Brest, va falloir pointer í Pí´le emploi í 80 piges / Appel í celles et ceux qui ne veulent pas accompagner la réforme des retraites mais la combattre - MCPL / SUD étudiants Rennes / Pas de retraite pour les précaires, y a-t-il une vie avant la mort ?

Nous ne devons rien, bloquons tout

Aprí¨s 2500 arrestations, les procédures judiciaires se multiplient. Des condamnations í de la prison ferme ont commencé í tomber.
Donc, si ce n’est fait, prenez connaissance et diffusez ce Pense-bíªte « manif & garde í vue »

Plus d’informations :
http://www.demosphere.eu/
http://engreve.wordpress.com/
http://grenoble.indymedia.org/
http://www.hns-info.net/spip.php?mot14
http://juralibertaire.over-blog.com/
http://nantes.indymedia.org/
https://paris.indymedia.org/
http://rebellyon.info/
http://rennes-info.org/
http://www.solidaires.org/rubrique3...
http://www.7septembre2010.fr/



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