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Au son des tambours et trompettes, l’occupation des terres - Eric Hobsbawm

Publié, le vendredi 7 janvier 2011 | Imprimer Imprimer |
Dernière modification : mardi 27 août 2019


Pour prolonger l’abord des contre conduites, de ce qui ne se laisse pas gouverner, un extrait de L’histoire populaire, une conférence de Eric Hobsbawm, publiée dans Marx et l’histoire (poche Hachette, 2008). On recommandera la lecture du texte qui donne son titre à l’ouvrage, ainsi que celle de l’extraordinaire 18 brumaire de Louis Bonaparte, de Marx. Autant de détours potentiellement nécessaires à qui veut aujourd’hui comprendre le monde pour le transformer.

C’est d’un point de vue précaire, et en l’occurrence depuis la destruction d’anciennes formes d’organisation collective, que l’on peut aujourd’hui se demander comment faire une histoire des luttes sociales qui ne se borne pas à celle du prolétariat en tant que classe organisée ?

Pour le dire encore davantage au présent, qu’est-ce que l’autonomie politique des dominés si on se refuse à la résumer, comme c’est aujourd’hui d’usage, à la clôture de projets « autarciques » ou à l’invocation stérilisante et au mime insurrectionaliste de l’émeute ?

La coordination des intermittents et précaires va être expulsée par l’oligarchie municipale parisienne. Pour nombre de nous la ville est une seconde nature. Le conflit pour son appropriation peut s’envisager à partir d’exemples situés en d’autres temps et lieux. Les occupations de terre par des mouvements paysans, par exemple.
Les marmites de l’avenir : on supposera que l’expérience, proche ou lointaine, fournit des critères autrement plus fiables qu’imagination et consulations idéologique sont en mesure d’offrir.

Le texte qui suit renvoie au projet de relogement de la coordination, à la fabrication d’un nouveau lieu d’auto-organisation. Il éclaire également l’intérêt (et non seulement les désagréments et limites) de formes de ritualisation -dont depuis le milieu des années 1990 la saisonnalité des mobilisation de chômeurs et précaires et de ses autoréductions sont des cas contemporains. Tenir une continuité ne va pas sans méthode.
À l’inverse du droit formel, le droit dit « naturel » dont excipent bien des luttes est une institutionnalisation immanente, non transcendantale. L’usage y institue une possession qui n’est pas propriété.
L’actualité est-elle seule en mesure de redéfinir un enjeu permanent ? (cf. Besoin d’habiter le monde, la création de la maison de la grève à Rennes. Ici, maintenant, à Paris, si on ne limite pas ce moment dans lequel nous sommes pris à l’attaque municipale en cours (l’aspect « réactif » ne pouvant tenir lieu de motif exclusif), de quelle actualité serions-nous tributaires ? La « renégociation » de la convention Unedic, les suites du mouvement social de l’automne, les mobilisations contre les politiques d’austérité, les élections qui viennent, mais encore ?

On s’intéressera de nouveau à ces questions du « comment lutter ? » vendredi 21 janvier à 18h30, lors de la prochaine séance de l’université ouverte qui portera sur la discontinuité de l’emploi, l’intermittence et l’assurance chômage

L’occupation des terres

Mais le savoir et l’imagination [de l’historien, ndr] ne suffisent pas. Idéalement parlant, il est nécessaire que nous construisions, ou reconstruisions un système cohérent, de préférence constant, de comportement ou de pensée - et qui puisse être, d’une certaine manière, déduit lorsque nous connaissons les hypothèses, les paramètres et les devoirs sociaux de base de la situation, mais avant d’en savoir très long sur celle-ci. En voici un exemple : lorsque les communautés paysannes des Indiens du Pérou occupèrent les terres auxquelles ceux-ci pensaient avoir droit, en particulier au début des années 1960, ils procédèrent invariablement selon une méthode extrêmement uniforme ; la communauté entière s’assemblait, avec femmes et enfants, bétail et outils, au son des tambours et trompettes et autres instruments de musique. À un moment donné, généralement à l’aube, ils franchissaient ensemble la limite, abattaient les clôtures, avançant jusqu’à la lisière du territoire qu’ils revendiquaient ; ils commençaient immédiatement à construire de petites huttes aussi proches que possible de la nouvelle délimitation, à faire paître le bétail et à bêcher la terre. Curieusement d’autres occupations de terres par des paysans, en d’autres temps et d’autres lieux - par exemple dans le sud de l’Italie - revêtaient exactement les même formes. Pourquoi ? En d’autres termes, à partir de quelles hypothèses trouve-t-on un sens à un comportement aussi hautement uniforme, qui n’est à l’évidence pas déterminée culturellement ?

Faisons une supposition : l’occupation des terres doit avant tout être collective, d’une part parce que la terre appartient à la communauté, d’autre part parce que tous les membres de celle-ci doivent être impliqués afin de minimiser les risques de représailles, et pour prévenir une perturbation de la communauté par des disputes entre ceux qui ont pris des risques et ceux qui ne l’ont pas fait. Après tout, ils violent la loi et à moins d’une révolution victorieuse, ils seront certainement punis - même si on accède finalement à leur demandes. Pouvons-nous vérifier cela ? Il existe des preuves très concluantes de l’importance d’une réduction au minimum des représailles. Ainsi au Japon, lors des soulèvements de l’ère Meiji, beaucoup de villages furent par convention « contraints » à rejoindre le soulèvement, c’est-à-dire que les autorités villageoises étaient officiellement couvertes pour leur participation. Lefebvre a fait des observations similaire pour des villages français en 1789. Si tout le monde peut dire « je suis désolé, mais je n’avais pas d’autre choix que de participer », il est probable que les autorités trouveront à leur tour une excuse officielle permettant de limiter les punitions qu’elles se sentiront obligées d’infliger aux rebelles. Car bien sûr elles doivent vivre avec les paysans, autant que les paysans doivent vivre avec elles. Le fait qu’un groupe gouverne et que l’autre ait une position subalterne ne signifie pas que les gouvernants ne doivent pas tenir compte des gouvernés.

Très bien. Quel est le moyen le plus familier de mobiliser la communauté toute entière ? C’est la fête du village, ou son équivalent - la combinaison de rituel et d’amusement collectif. Et une occupation de terres est bien sûr les deux à la fois : ce doit être une affaire très sérieuse et cérémonieuse afin de reconquérir une terre qui appartient au village mais c’est aussi sans doute l’événement le plus excitant qui se soit produit au village depuis longtemps. Il est donc naturel que doive intervenir un élément de fête villageoise au moment du soulèvement. D’où la musique, qui sert également à mobiliser et rassembler les gens. Pouvons-nous le vérifier ? Nous avons de nombreuses preuves que lors de telles mobilisations paysannes, les gens, en particulier les jeunes, mettent leurs habits du dimanche : et nous avons également des preuves probantes, dans des régions où l’on boit, qu’un certain nombre de litres sont engloutis.

Pourquoi les occupations se produisent-elles à l’aube ? Probablement pour des motifs similaires - afin de surprendre l’adversaire dans son sommeil et de profiter de la lumière du jour pour s’installer. Mais pourquoi s’établissent-ils avec des huttes, des animaux et des outils, au lieu de se préparer à repousser les propriétaires terriens et la police ? Ils essaient en fait très rarement de lutter avec la police ou l’armée, pour une bonne raison : ils savent qu’ils ne peuvent pas, étant trop faibles. Les paysans sont plus réalistes que nombre d’insurgés ultra-gauche. Si l’on en arrive à une confrontation, ils savent parfaitement qui va tuer qui. Et, plus important, ils savent qui ne peut pas fuir. Ils savent aussi que les révolutions peuvent se produire, mais également que leur succès ne dépend pas d’eux, dans leurs villages spécifiques. Les occupations en masse de terre s’opèrent donc comme un coup de bluff. Certains aspects de la situation politique ont généralement filtrés jusqu’aux villages et les ont convaincus que les temps sont en train de changer : peut-être la stratégie normale de passivité peut-elle être remplacée par l’action. S’ils ont raison, personne ne viendra les expulser de la terre. S’ils ont tort, il sera raisonnable de battre en retraite et d’attendre le prochain moment opportun. Ils ne doivent toutefois pas se contenter de revendiquer la terre, mais réellement y vivre et la travailler, car leurs droits sur elle n’ont rien à voir avec ceux de la propriété bourgeoise, mais relèvent de la propriété selon Locke, dans l’état de nature : ils reposent sur une combinaison entre le travail des uns et les ressources de la nature. Pouvons-nous vérifier cela ? Bien sûr : nous en savons assez long sur un prétendu « principe du travail », dans la Russie du XIXe siècle. Et nous pouvons réellement voir le débat en action : dans le Cilento, au sud de Naples, avant la révolution de 1848, « chaque Noël, les paysans se rendaient sur les terres qu’ils revendiquaient afin de se livrer à des activités agricoles, cherchant à maintenir le principe idéal de possession de leurs droits ». Si vous ne travaillez pas la terre, vous ne pouvez pas la posséder de manière juste.


Expulsion de la coordination des intermittents et précaires : Quoi que fasse la Mairie désormais, la nécessité de préserver un espace d’auto-organisation et d’activités nous contraint à envisager très concrètement le lieu d’après. Nous n’attendons pas la police et préparons plusieurs modalités de ripostes à l’intransigeance municipale. L’expulsion ne restera pas sans suites. La mobilisation pour le relogement va maintenant se donner de nouvelles modalités.

Pour l’heure, nous invitons tous les intéressés à contribuer à la suite, en continuant à faire connaître et à signer en ligne Nous avons besoin de lieux pour habiter le monde et en nous communiquant un numéro de téléphone qui permette de les joindre par SMS en cas de besoin (par un mel à accueil cip-idf.org).

Nous ne nous laisserons pas disperser dans l’isolement et l’impuissance

Coordination des intermittents et précaires

Emmanuel Wallon écrit à Bertrand Delanoë pour le relogement de la coordination des intermittents et précaires / La queue au portillon, un exercice de démocratie locale / Dazibao de nulle part / Solidarité avec la Coordination des intermittents et précaires d’Ile-de-France - Union syndicale Solidaires / Monsieur le Maire, mon cher Bertrand, / Expulsion de la Coordination des intermittents et précaires ? Inadmissible ! - Synavi / Reloger la Coordination des intermittents et précaires est urgent - Société des réalisateurs de films (SRF) / Le SYNDEAC demande au Maire de Paris de sursoir à l’expulsion de coordination des intermittents et précaires (idf) et de rouvrir les négociations / Occupation de la Samaritaine : Paris s’épelle L.V.M.H ? / Menace d’expulsion de la Cip-idf, Delanoë interpellé, la CIP assignée au tribunal

Nous refusons que tout au long de la vie la durée d’emploi gouverne nos existences et les soumette toujours plus au commandement de l’argent

Pour ne pas se laisser faire :
• Intermittence du spectacle, permanence CAP, Conséquences de l’Application du Protocole Unedic : cap cip-idf.org
• Permanence Précarité : permanenceprecarite cip-idf.org
Lundi de 15h à 18h, à la coordination des intermittents et précaires, 14 quai de charente, Paris 19e, M° Corentin Cariou, ligne 7, Tel 01 40 34 59 74





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