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Conseil gratuit, CASH, journal de l’association des chômeurs et précaires de Paris, n° 1, décembre 1985

Publié, le mercredi 30 mars 2011 | Imprimer Imprimer |
Dernière modification : dimanche 4 mai 2014


Alors qu’une « nouvelle » convention Unedic allant à l’encontre des besoins des intermittents, chômeurs et précaires devrait être adoptée, l’« alternance » de 2012 a eu lieu sans que les partis de gauche aient mis en cause leur travaillisme [1].

Dans une telle situation, voici un article du journal de chômeurs et précaires CASH qui résonne avec notre présent. Des archives peuvent, peut-être, susurrer ce que l’actualité ne dit pas, ce qui a d’abord été perçu comme en sourdine muer ensuite vers d’autres écarts, d’autres cris, d’autres paroles, d’autres actes…

Le journal dont provient cet article est paru en décembre 1985. 1985, c’était déjà la crise, le socialisme, l’austérité, l’invocation de la croissance et de l’emploi qui sauvent… « Les chômeurs c’est la classe ! », « Chômer payé ! », autant de titres de tracts qui cherchaient à faire voler en éclats le prétendu consensus en faveur de l’emploi, dissonaient d’avec la morale du travail et s’opposaient à la glorification de l’entreprise.

Conseil gratuit

Le plein emploi est impossible [2] dans le système de production reposant sur la concurrence, à plus forte raison lorsque la concurrence est internationale. Il y aura donc toujours dans ce cadre économique du chômage. C’est pourquoi la solution la plus simple et peut-être la moins onéreuse est la garantie d’un revenu minimum.

Les résistances à cette « solution » sont d’origines diverses, philosophiques, politiques, économiques, Libération du 18 novembre 1985 en donne un échantillon assez représentatif.

À l’intérieur du parti socialiste, certaines reposent sur des arguments honteux : ne pas perdre la face !, reconnaître que la modernisation provoque du chômage supplémentaire, reconnaître que malgré une gestion socialiste le chômage continue, reconnaître que la crise persiste, que la France (quelle France ?) s’enrichit mais que la misère s’étend, c’est reconnaître l’impuissance d’une certaine politique, c’est admettre qu’il est futile de s’attaquer aux conséquences tant que les causes persistent.

La peur de parler vrai, de sentir bon de la bouche, à quatre mois d’élections importantes est irresponsable parceque la réalité des chiffres est incontournable.

10 millions de tous ceux qui vivent sur le territoire français ont moins de 1800 frs par mois pour vivre. Un million au moins mange le soir ce qu’il gagne dans la journée ou ce qu’on lui donne. La moitié des salariés gagnent le SMIC, 14% d’entre eux doivent entretenir une famille avec ce seul revenu. Si cette misère doit être le prix quotidien à payer pour préserver des illusions politiques que d’autres, de toutes façons, dénonceront, c’est un très mauvais calcul.

On reconnaît officiellement bien sûr un léger accroissement du chômage mais une bonne partie (notamment par les suppressions d’emplois) est camouflée, cachée par les préretraites, par le départ d’un certain nombre d’immigrés, par les « stages de formation » qui ont augmentés de 173,3% pendant les huit premiers mois de 1985, par les TUC [Travaux d’utilité collective, ndr], par l’allongement des études, par l’incarcération (le salaire social en Suède a fait baisser la délinquance de 35%), par les radiations ou démissions des ANPE (2 367 000 en début 85 dont seulement 1 850 000 retrouvent du travail et dans la majorité des cas il s’agit d’emplois précaires, c’est à dire de courte durée et sans perspective de réembauche).

Et si globalement il y a plus de chômeurs indemnisés, les indemnités elles ont baissé.

Si une partie de la droite s’en félicite comme preuve de l"incapacité de la gauche, « de ses mensonges », etc., elle n’a jamais fait mieux, elle a laissé vieillir les outils de productions (usines, etc.) pour en tirer le maximum, elle est en grande partie responsable de toute façon elle n’a aucune solution de rechange et n’en cherche pas.

Une autre position politique « plus réaliste » reconnaît le « problème social ». Là encore, cette position se retrouve à gauche comme à droite. Les rocardiens d’un coté, bien qu’ils ne soient pas seuls et Lionel Stoléru (droite libérale) parlent d’un salaire, ou plutôt d’un revenu minimum garanti ou « familial ».

Notons au passage comment le sens d’un mot évacue ou met en lumière la responsabilité d’un système politique : le salaire doit dépendre du travail et ne doit donc pas être posé comme le rapport de force entre ouvriers et capital, on lui préfère donc le terme de revenu, aumône que seule la charité « impose ».

Mais qu’ils soient de droite ou de gauche, ils font dépendre leurs bonnes dispositions des échéances électorales, de notre bon vote.
En gros on nous reconnaît en tant qu’humains pour voter mais pas pour bouffer.

Ils nous offrent malgré tout l’avantage d’aborder publiquement la question ce qui est pour nous d’ordinaire difficile. Nous devons être très attentifs à ce qu’ils disent et à ce qu’ils préparent, ils pourraient très bien organiser un « colloque » où tout ce petit monde mitonnerait un projet plein de clauses, de divisions et de contrôles, dont les principaux intéressés, à savoir les chômeurs et leurs associations, seraient bizarrement exclus [3]. Pour empêcher ça nous devons nous même organiser une rencontre sur le salaire social, sans exclusive, avec toutes les parties intéressées et concernées.

De nombreux camarades nous disent sur le ton du conseil amical : attention le salaire social ça va être plus de contrôle, le salaire social ça va renforcer l’assistanat, le salaire social ça n’existera jamais vous feriez mieux de consacrer votre temps à des choses plus utiles (à chercher du boulot peut-être ?) ou le salaire social ça va casser la stabilité des salaires.

Le salaire social ça va renforcer le contrôle !
Il suffirait de répondre par une question : en quoi quelque chose qui n’existe pas doit nécessairement impliquer plus de contrôle ? Quelle forme de contrôle ?

Le ghetto nous répond-on !
Le salaire social entraînerait donc une perte du libre arbitre, une attaque fondamentale de l’intégrité (morale ?) des chômeurs et une exclusion de la société.

Ça part d’un bon sentiment mais n’est-ce pas déjà le cas ? Ne pas reconnaître que le contrôle social existe déjà partout, au travail comme au chômage, et que le rôle de ce contrôle est justement de maintenir les bas salaires ! la division et la misère, c’est planer à 15 000 (francs/mois), mais qui ne le voit pas ne veut pas le voir.

Le contrôle à venir est justement un des points à prévoir et il faut être organisé pour peser dans les négociations mais là encore il faut le vouloir. Le salaire garanti par contre pourrait simplifier les démarches et éviterait de « se foutre à poil » devant n’importe quel employé de bureau [4].

Le salaire social va renforcer l’assistanat !
Cet argument est le plus dégueulasse, le plus ordurier, le plus bête qui soit et profondément réactionnaire [5].

Tout salarié qui a la garantie de l’emploi, des tickets restau, est assisté. Tout syndicaliste qui a gagné le droit de s’occuper du syndicat pendant ses heures de travail est assisté. Le SMIC, le 13ème mois, la sécurité sociale c’est de l’assistanat.

Quand les boites sont renflouées par l’État, permettant de maintenir les emplois, quand les prix agricoles sont soutenus, les taxes à l’importation, etc., tous les permanents syndicaux, politiques, sont des assistés.
Tous ceux qui ont des salaires élevés qui dépendent du travail de smicards ou de tucistes sont des salauds qui se font assister par les prolos, OK ?

En gros cet argument dit : « donner du fric à des salauds de chômeurs en respectant en plus leur dignité, c’est du fric en moins pour ma gueule, c’est risquer en plus qu’ils occupent leur vie à autre chose qu’à engraisser des patrons : inadmissible ».

Six mois de boulot à la peinture, six mois de chômage et quelques coups de pieds au cul seraient salutaires aux camarades qui tiennent ce discours.
L’assistanat c’est justement l’aumône, ce qui dépend du bon coeur du bourgeois, ce qui est distribué individuellement.

Il n’y a pas d’assistanat dans le salaire social, il y a une revendication qui exclut les divisions, il y la possibilité de structurer un mouvement objectivement prolétaire sur un besoin qui s’oppose objectivement au profit capitaliste.

Il est étrange que ce que certains appellent l’assistanat soit ce que d’autres appellent les grandes conquêtes ouvrières.

Le salaire social aurait pu être à la gauche de 81-86, ce que les congés payés ont été à celle de 36, une preuve de la défense des travailleurs, de la « générosité de la gauche », une preuve que la gauche est à gauche. Il n’en est rien, don’t acte.

De toute façon, et pour longtemps encore, un des enjeux centraux de toutes les campagnes électorales est dorénavant le salaire social, sous des formes variées, avec des noms variés ou des procédures de contrôle variées, « l’austérité » ne veut rien dire d’’autre !!! Avis aux candidats députés.

Le salaire social n’existera jamais !
Quand Icare essayait de voler, certains de ses amis devaient certainement lui dire la même chose.
Est ce que la Sécurité Sociale existait avant qu’elle n’existe ? Qu’en dit madame Soleil ?
À part que le salaire social existe déjà, bien entendu : Suède, Angleterre et vaguement à Nîmes...

Le salaire social va libérer les patrons !
Ils pourront licencier à tour de bras, payer des salaires de misère, comme au 19ème siècle, puisque chaque chômeur sera assurer de manger, l’explosion sociale ne sera plus à craindre.

Pourquoi les patrons ne respecteraient plus les lois ?
Les respectent ils seulement ? Les syndicats n’existeraient-ils plus ?

La vérité c’est que les salaires sociaux seront payés en partie par les patrons, donc qu’ils les payent en contre partie de travail ou sans travail à eux de choisir.

Si le SMIC s’obtient sans travail, les salaires devront être plus élevés pour « tenter » le chômeur, intéressant non ?

Le chantage au chômage en prend un coup dans l’aile, ça peut aider dans la négociation syndicale ça ! Si tu négocies, camarade patron, tu payes et on travaille, si tu ne négocie pas tu payes et on ne travaille pas : choisis !

Pas de salaire social, des TUC !
Lier un salaire social, à la contrepartie d’un travail, tendance que l’on retrouve dans l’extension des TUC jusqu’à 25 ans, c’est travailler en dessous du SMIC, c’est revenir sur des acquis ouvriers chèrement conquis, c’est ce que proposent certains socialistes, suivez mon regard !!
Pas de travail en dessous du SMIC, qu’il soit utile, régional, urbain, collectif ou alors on collectivise aussi le régional, l’urbain, les responsabilités, les moyens de production, les profits (non mais des fois  !).

Si nous devons dire à ceux qui sont contre le salaire social que le plein emploi n’existe pas, que tout le monde est assisté d’une manière ou d"une autre, que les congés payés n’existaient pas avant 36, mais qu’ils existaient après, que « la paresse » n’est pas réservée aux rentiers, nous devons dire à ceux qui cherchent une solution que la nécessité de satisfaire ses besoins vitaux n’a pas à passer par des travaux forcés sous-payés, par une soumission quotidienne à on ne sait quels contrôles, par des élans du coeur épisodiques, par des plates-formes électorales ou des organisations charitables.

En Éthiopie, au Mans ou à Vitry, la société ne doit oublier personne lors de la redistribution des richesses

CASH, Journal de l’association des chômeurs et précaires de Paris, n° 1, décembre 1985

D’autres articles de CASH sur internet : • Chômer payé ! Mai 1985.
Les chômeurs c’est la classe, tract diffusé à la manifestation des chômeurs du 30 mai 1985.
Les Bourses du travail, berceau de l’identité ouvrière - CASH, journal des chômeurs et des précaires, 1986, n°2, mars 1986.
L’idéologie est la première arme des exploiteurs, n°3, juin 1986.
Étudiants, si vous saviez, n°5, janvier 1987.

L’ensemble des numéros (ou presque) en pdf :
CASH, journal de chômeurs et précaires, 1985-1989 - Archives en ligne

Nous refusons que tout au long de la vie la durée d’emploi gouverne nos existences et les soumette toujours plus au commandement de l’argent



Notes :

[1] Voir, par exemple, ce tract diffusé sous un gouvernement de gauche en 1998 : À gauche poubelle, précaires rebelles, Collectif d’Agitation pour un Revenu Garanti Optimal (CARGO), mai 1998.

[2] Voir ce tract de 1999 : PLEIN EMPLOI JOSPINIEN : LE TURBIN SANS LES TALBINS.

[3] Aujourd’hui, en 2014, une énième « réforme » de l’Unedic est en cours, voir Chômage sauce MEDEF : reculer pour mieux écraser ? Mobilisons-nous pour de nouveaux droits ! ; le gouvernement prévoie également de « réformer » le RSA, selon une pente que certaines pratiques socialistes « locales » laissent pour partie (?) augurer, voir Un conseil général socialiste supprime le RSA à des centaines de personnes, et le revendique.

[4] Digression sur le « suivi individuel » avec Kafka.

[5] Alternance ? Le refus de l’assistanat sera largement utilisé durant les années 90 (voir ci dessus, note 1, A gauche poubelle précaire rebelles), avant de l’être à nouveau par la droite, voir Abjecte sarkophagie travailliste : « Le travail, c’est la liberté, le plein emploi est possible ».

Après bien des soucis avec une Ville de Paris qui s’était pourtant engagée à nous reloger, la coordination a dû déménager pour éviter une expulsion et le paiement d’une astreinte. Nous sommes actuellement hébergés par la commune libre d’Aligre.

Pour partager infos et expériences, ne pas se laisser faire, agir collectivement, passez aux permanences, les lundis de 15 à 18h au Café de la Commune Libre d’Aligre, 3 rue d’Aligre, Paris 12ème, Tel : 01 40 34 59 74

Beaucoup d’argent parce que je suis nombreux



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