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« Papiers ! Liberté ! » - Une chronologie de la lutte des Tunisiens sans papiers í Paris

Publié, le vendredi 10 juin 2011 | Imprimer Imprimer |
Dernière modification : samedi 13 juin 2015


Depuis plusieurs semaines, de résistances í la police en mouvements d’occupations, les Harragas [ceux qui brulent leurs papiers, les frontií¨res, ndr] tunisiens luttent pour les papiers, la liberté, un lieu pour vivre et s’organiser.

Aprí¨s la chute du gouvernement tunisien, les opérations de contrí´les aux frontií¨res effectuées par la Tunisie en accord avec l’Europe, ont diminué, voire se sont interrompues. Que ce soit pour fuir les persécutions politiques, pour échapper í la misí¨re, pour chercher la liberté et une vie meilleure, ou tout simplement pour voyager, des milliers de personnes tentent alors l’aventure de la traversée de la Méditerranée.

La plupart des gens, qui viennent de Tunisie ou de Libye, débarquent í Lampedusa, une minuscule í®le italienne, proche des cí´tes africaines. Les migrants sont déplacés, puis enfermés dans des centres de rétention, sur l’í®le ou sur le continent italien. Beaucoup sont expulsés. Treize centres de rétention temporaires sont ouverts pour gérer l’arrivée massive des migrants. Pourtant, des centaines de personnes réussissent í s’évader et des révoltes éclatent. Suite í quoi le gouvernement italien délivre au compte-goutte des permis de séjour temporaires.

Beaucoup de migrants tentent alors leurs passages en France via Vintimille. Des solidarités se mettent en place pour aider í ce passage. Malgré tous les contrí´les mis en place depuis fin février par le gouvernement franí§ais, plusieurs milliers de Tunisiens réussissent í gagner la France, et ce parfois au prix de refoulements et d’enfermements temporaires dans des centres de rétention franí§ais. í€ partir du mois de mars, arrivent í Paris plusieurs centaines de Tunisiens, appelés Harragas, nom donné en Algérie et en Tunisie í ceux qui traversent la Méditerranée pour gagner l’Europe sans visa. Beaucoup, parmi ceux qui n’ont pas de point de chute ou qui ne veulent pas déranger famille et amis, s’installent dans des parcs et des squares, notamment í Belleville et í la Porte de la Villette dans le XIXe arrondissement.

Fin avril, des opérations policií¨res ont lieu dans le nord-est de Paris, des centaines de policiers patrouillent í la recherche des sans-papiers récemment arrivés, des rafles ont lieu dans les squares et míªme lors de distributions caritatives de nourriture.

Le 28 avril, un énií¨me dispositif de rafle se met en place í Stalingrad. Alors qu’un groupe de personnes tente de l’empíªcher, les Harragas réfugiés dans le square de la Villette improvisent une manifestation sur le boulevard. Suite í des affrontements avec la police, une partie des Harragas trouve refuge í la CIP-IDF (Coordination des intermittents et précaires), quai de Charente (19°). Ils y resteront quelques jours, car la CIP-IDF est expulsée le 5 mai, la Mairie de Paris souhaitant récupérer les lieux pour un projet immobilier sur le quartier.

Le 1er mai, lors de la manifestation, des Harragas réfugiés í la CIP-IDF et ceux restés dans le square décident de former un cortí¨ge et prennent la tíªte de la manif. Le soir míªme, ils décident avec des personnes solidaires de leur lutte d’occuper un bí¢timent de la Mairie de Paris, 51 rue Simon Bolivar (19°). Une banderole « Ni police, ni charité, un lieu pour s’organiser ! » est apposée sur la faí§ade. Des rassemblements de soutien ont lieu devant le bí¢timent pendant plusieurs jours.

Parallí¨lement, des négociations ont lieu avec la Mairie de Paris, celle-ci propose 120 places dans un foyer d’hébergement d’urgence. Beaucoup refusent la proposition de la Mairie car le nombre de places proposées est inférieur au nombre d’occupants et les conditions de vie (horaires stricts, surveillance, promiscuité) ne sont pas acceptables. Seule une vingtaine de personnes rejoindra le foyer d’hébergement, ils compareront le foyer í une prison.

Le 4 mai, la Mairie socialiste de Paris, celle-lí míªme qui proclame í tout va soutenir les sans-papiers Tunisiens récemment arrivés, demande l’expulsion du bí¢timent, í renfort de centaines de policiers et d’un hélicoptí¨re, ce qui entraí®ne 120 gardes í vue et une dizaine d’expulsions vers l’Italie. Les autres Harragas ressortent avec un APRF (Arríªté Préfectoral de Reconduite í la Frontií¨re). L’une des personnes solidaires arríªtées, qui déclare s’appeler M. Lampedusa, passera en procí¨s le 17 juin pour refus de signalétique (empreintes et photos). Le 6 mai, plus d’une centaine de personnes se rassemble au métro Couronnes aux cris de « Liberté ! Papiers ! ».

***

Le 7 mai, des Harragas et soutiens décident d’occuper un gymnase de la Mairie de Paris, rue de la fontaine au roi (11°). Les jours suivants, plusieurs manifestations et rassemblements y ont eu lieu malgré les pressions policií¨res.

Le 11 mai, le squat de la rue Bourdon, oí¹ dormaient plusieurs Harragas depuis l’expulsion de Bolivar, est expulsé.

Liberté pour tous, avec ou sans papiers

Le 13 mai, une manifestation partant du gymnase occupé, parcourt le quartier de Belleville avant de se rendre sur le parvis de l’Hí´tel de Ville. Alors que le rassemblement est encerclé par la police, une délégation part négocier avec la Mairie de Paris, aucune proposition concrí¨te n’en sortira et le rassemblement repartira en cortí¨ge vers le gymnase.

***

Le 16 mai, en parallí¨le í l’occupation du gymnase, plusieurs dizaines de Harragas décident avec des personnes solidaires d’occuper un foyer appartenant í l’AFTAM, un gestionnaire de foyers pour immigrés et personnes en difficulté, dont le président d’honneur et fondateur n’est autre que Stéphane Hessel, auteur du petit livre « Indignez-vous ! ».

Le 21 mai, une manifestation est organisée í Porte de la Villette. Le cortí¨ge est arríªté par un important dispositif policier í 100 mí¨tres du départ. Soixante-dix personnes sont arríªtées puis contrí´lées au commissariat, d’oí¹ elles sortiront en fin d’aprí¨s-midi. Plusieurs personnes seront blessées. Pendant ce temps, une vingtaine de personnes s’invitent í la fíªte de la Rose, organisée par la Mairie PS du 11í¨me arrondissement. L’expulsion du 51 rue Bolivar, ordonnée par la Mairie de Paris, est remise sur le tapis.

Le 22 mai, une trentaine de personnes perturbe un événement commercial pour la relance du tourisme en Tunisie devant l’Hí´tel de Ville, « le Village du Jasmin », organisé en partenariat avec la Mairie de Paris. La veille au matin, une distribution de tracts y avait déjí été organisée et Delanoí« y avait été apostrophé.

Les propositions d’hébergement faites par la mairie lors des occupations du bí¢timent Simon Bolivar ou du gymnase se sont révélées largement insuffisantes en nombre et ne répondent pas aux revendications des Harragas. Ils réclament des lieux oí¹ vivre collectivement et s’organiser de manií¨re autonome. La mairie inonde cependant les médias de ses « bonnes intentions » (déblocage de subventions í des associations humanitaires, ouverture de places d’hébergement). Selon elle, les Harragas sont manipulés par leurs soutiens, ce qui est une manií¨re de ne pas les considérer comme les acteurs de leur lutte et ce qui est un prétexte pour se retirer des négociations.

***

Le 26 mai, des policiers assií¨gent le foyer de la rue Bichat suite í une plainte de l’AFTAM. En quelques heures, une centaine de personnes se rassemble devant le foyer. Repoussées par la police, elles improvisent une manifestation dans le quartier.

Le 27 mai au matin, le foyer se fait expulser et 17 personnes sont placées en garde í vue. Les personnes avec papiers sortent avec des convocations pour un procí¨s les 1er et 8 juillet, pour refus de signalétique et pour l’une d’entre elles, dégradations. Huit Harragas sont enfermés au centre de rétention de Vincennes.

Le míªme jour, le sií¨ge de l’AFTAM est occupé par une trentaine de personnes exigeant le retrait de la plainte pour « occupation illégale et dégradations ». La plainte est finalement retirée.

Le 28 mai, des Harragas tunisiens ainsi que des personnes solidaires forment un cortí¨ge dans la manifestation contre le racisme. Une banderole « Ni police, ni charité, un lieu pour s’organiser » rassemblera plus d’une centaine de personnes.

Le soir míªme, une trentaine de personnes manifeste devant le centre de rétention de Vincennes oí¹ sont enfermés, notamment, les Harragas de la rue Bichat. í€ l’extérieur et í l’intérieur du centre, résonnent les cris de « Liberté ! ».

Les jours qui suivent leur enfermement, des feux d’artifice de solidarité ont lieu devant le centre. Tous les Harragas de la rue Bichat seront finalement libérés avec des APRF.

***`

Le 31 mai, une trentaine de personnes du gymnase de la Fontaine au Roi commence l’occupation d’un bí¢timent rue Botzaris appartenant í l’Etat tunisien et oí¹, pendant la dictature, siégeait la police de Ben Ali í Paris. Parallí¨lement, la mairie met en place un systí¨me de liste pour l’entrée des Harragas dans le gymnase, des cartes nominatives sont distribuées í une centaine d’entre eux, et des vigiles en contrí´lent l’accí¨s, qui devient interdit í tous ceux ne disposant pas de cette carte. Le gymnase est désormais fermé de 10h í 18h, ses occupants doivent également rentrer avant 22h.

Le 7 juin, alors qu’environ 70 personnes occupent le bí¢timent de Botzaris, la préfecture, appuyée par les autorités tunisiennes, expulse ses habitants du lieu. Aprí¨s un contrí´le d’identité, les Harragas, sortis du commissariat, réinvestissent de suite le bí¢timent.

Le 11 juin, une trentaine de personnes perturbent le salon de l’immobilier tunisien porte Champerret. Derrií¨re une banderole « Ni business, ni frontií¨re » des slogans ont été gueulés, des tracts distribués et quelques boules puantes éclatées. Dí¨s la veille des tags sont apparus dans le quartier : « Brí »lons les frontií¨res », « liberté pour tous avec ou sans papiers »...

Le 16 juin, l’immeuble occupé de Botzaris est í nouveau expulsé par la police. Le soir míªme, les Harragas qui s’étaient retrouvés dans le proche parc des Buttes-Chaumont se font chasser, tabasser et arríªter par la police. Le lendemain elle évacue le square de la porte de la Villette.

Le 17 juin, un rassemblement d’une centaine de personnes í lieu au métro Couronnes. Une banderole est accrochée (« des papiers pour tous ou plus de papiers du tout ») et des slogans sont criés. Pendant ce temps, des CRS gardent la porte du gymnase de la Fontaine au roi.

Le 22 juin, chasse í l’homme organisée par les flics dans le parc des Buttes-Chaumont, une vingtaine de Harragas sont arríªtés.

***

Les 21 et 22 juin, au moins deux sans-papiers parviennent í s’échapper de la prison pour étrangers de Vincennes.
Le 20, des feux d’artifices ont été tirés devant le centre de rétention.

La lutte continue. Avec ou sans papiers, liberté pour tous !

Rassemblement au métro Couronnes, les vendredis í 18h

Venons nombreux pour exprimer notre solidarité et lutter ensemble pour des papiers pour tous

11 juin : Perturbation au salon de l’immobilier tunisien - Paris, la mairie se brí »le les doigts - Lutte des sans papiers, divers rdvs du 14 au 17 juin

30 juin :

Rassemblement contre l’inauguration d’une place Mohamed Bouazizi

Mohamed Bouazizi : une récupération politicienne et sécuritaire

5 juillet : De nombreux CRS sont positionnés rue de la fontaine au roi, la Ville interdit í la centaine de Tunisiens qui y dormaient de le faire (voir Blocus í Belleville).

11 juillet : Aprí¨s avoir envoyé trois fois la police contre les migrants tunisiens -ce qui a entraí®né de nombreuses arrestations, des mises en centre de rétention et des expulsions- la Ville de Paris cherche í faire des économies sur les nuitées d’hí´tel et les places en foyer, Paris ajoute 700€ aux 300€ de prime au retour nationale (voir Le Parisien). La Ville ríªve depuis longtemps de soutenir matériellement par une incitation positive la tendance í l’exil vers d’autres villes ou les campagnes des trí¨s nombreux pauvres et autres indésirables qui vivent encore dans cette ville entreprise coní§ue et organisée pour íªtre une ville de riches. Une « allocation exceptionnelle de la Ville de Paris » plus élevée et strictement fléchée serait idéale. Mais í§a ferait désordre vis-í -vis des autres collectivités territoriales... Lí , c’était l’occasion, í une petite échelle (l’immigration et le chí´mage sont bien des laboratoires oí¹ s’anticipent les politiques, voir Critique(s) des années Mitterrand). Et puis est-ce que l’appel répété í la police, si il devait se répéter encore, ne finirait pas par poser problí¨me : í la veille d’une élection gagnable, n’est-il pas temps que la gauche « exprime sa différence ». Certains de ses hiérarques redécouvrent un « libéralisme culturel » jusqu’alors bien oublié vu l’énergie investie dans l’amour éperdu du marché et de la sécurité et ils soutiennent le mariage homosexuel, évoquent la dépénalisation de drogues. On nous joue l’empire buziness as usual et movida. Mais pas pour tous. Pour d’aucuns, innombrables et invisibles, í§a reste brutal : pour pas se faire écraser, faut juste pas íªtre hors des clous.

Nous sommes tous des irréguliers de ce systí¨me absurde et mortifí¨re - L’Interluttants n°29, hiver 2008/2009

Pour ne pas se laisser faire, agir collectivement :

Permanence CAP d’accueil et d’information sur le régime d’assurance-chí´mage des intermittents du spectacle, lundi de 15h í 17h30. Envoyez questions détaillées, remarques, analyses í cap cip-idf.org

Permanences précarité, lundi de 15h í 17h30. Adressez témoignages, analyses, questions í permanenceprecarite cip-idf.org

í€ la CIP, Café de la Commune Libre d’Aligre : 3 rue d’Aligre - 75012 - Paris. Tél : 01 40 34 59 74





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