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Allergie à l’air du temps- Compassion & stigmatisation, un double langage permanent, le cas Voynet à Montreuil

Publié, le samedi 25 juin 2011 | Imprimer Imprimer |
Dernière modification : jeudi 30 juin 2011


Une série d’événements touchant à divers aspects du mal-logement ont eu lieu à Montreuil dans le mois écoulé. Et il suffit de les mettre en regard, de les analyser de front, pour y voir converger le lot commun des arbitraires sociaux, des discriminations insidieuses, bref de la barbarie économique, mais aussi des terrains de lutte transversaux d’ordinaire voués à la défaite silencieuse. On y distingue aussi, outre les réflexes glaçants de la répression étatique, les traits récurrents d’un double discours de l’équipe municipale dirigée par Dominique Voynet. En cette période de crises locales répétées, on l’aura vue jouer sur les deux tableaux de la compassion médiatique (dans les prises de parole publiques) et du dénigrement culpabilisant face à toutes sortes d’expulsés en sursis (lors de réunions à huis clos, de face à face informels ou par rumeurs instillées de bouche à oreille). Aucune obsession sur la personne de Madame la Maire, mais l’examen d’un véritable cas d’école rhétorique de la gauche gestionnaire qui, ici comme ailleurs, en vient à adopter la duplicité cynique et émotionnelle de ces politiques du fait divers qui gouvernent aujourd’hui le vide sidéral de nos consciences radiotélévisées. Pour en juger (sur pièces), un rappel détaillé de quelques faits bruts, aussitôt suivis de belles paroles en l’air ou de légendes mensongères.

Le lundi 2 mai 2011 — Les résidents du 94 rue des Sorins reçoivent un arrêté préfectoral d’expulsion les sommant de déguerpir avant le 22 mai 2011. Qui sont-ils ? Entre 200 et 300 immigrés, majoritairement d’origine malienne, bossant dur la plupart du temps, avec ou sans papiers, et ayant épuisé toutes les possibilités de logements précaires. Pour moitié, ils sont là depuis 2008, ayant peu à peu aménagé des dizaines de chambres-cabanes au sein de l’immense hangar désaffecté et installé le minimum vital à leurs frais (de coûteuse toilettes entre autres). Récemment, ils avaient passé une convention avec la Mairie, la Confédération nation nationale du logement (CNL) et Veolia pour régulariser l’approvisionnement en eau (et en payer les factures). Mal leur en a pris, puisque l’ordre de quitter les lieux semble avoir découlé, une semaine plus tard, de cette démarche.
Et comment ont-ils réagi à l’injonction de Christian Lambert, Préfet du 93 ? Avec pour principal souci de rester soudés en ces périlleuses circonstances, avec une maturité politique qui force le respect. Ils ont donc exprimé leur intention de ne pas résister par la force en cas d’expulsion, mais d’aller tous ensemble développer un campement durable… sur n’importe quelle place de la commune, celle de la Mairie par exemple. Soutenus par le DAL et par divers Monteuillois, dont les habitants de maisons occupées, ils ont sollicité une concertation avec la préfecture et un geste de soutien de la Municipalité. Les autorités préfectorales ont accepté de recevoir 4 membres du collectif des Sorins, mais mis un véto définitif à la présence de deux « soutiens » extérieurs, même en tant que simples observateurs. Du coup, le porte-parole des « Sorins en lutte » a décliné cette proposition, jugeant que les mises en garde policières contre lesdits « anarcho-autonomes » qui leur prêtaient main forte n’étaient qu’un piège (en forme de mot-valise) et que personne, bien au contraire, n’avait eu à se plaindre de l’aide précieuse de ces « dangereux » squatteurs, solidaires de la première heure. Par contre, côté municipal, silence-radio sur toute la ligne.

Bien sûr, dans les hautes sphères, entre Voynet et les bras armés du ministère de l’Intérieur, ça a dû palabrer sec, sous pression à chaud puis à froid, peser le pour et le contre, et couper des poires en deux ou trois. Résultat, début juin, rien de nouveau sous le soleil, ni expulsion manu militari, ni la moindre solution alternative, mais une sporadique intimidation policière, à proximité du lieu occupé, avec au compte-goutte des « obligations de quitter le territoire » pour les interpellés.

D’où l’organisation, le vendredi 10 juin, d’un repas collectif en soirée pour fêter le fragile statu quo et faire caisse de résonance auprès des Montreuillois au sens le plus large. Soirée de grande émotion confraternelle avec des Rroms du quartier, des réfugiés tunisiens via Lampedusa, des sans-papiers et mal-logés du 93, des soutiens de longue date (les précaires & chômeurs du collectif des Cafards et les animateurs de la bibliothèque autogérée Le Rémouleur, d’autres plus récents (du NPA, entre autres) et pas mal de riverains non encartés. Plats à 2 euros, bal mixte improvisé et projection d’un film vidéo montrant les conditions d’habitation à l’intérieur et les efforts de tous et chacun pour rendre la vie commune supportable malgré tant de misère quotidienne. Aucune bagarre à déplorer, ni dope en circulation, ni harcèlement sexuel (ces détails ont leur importance, on le verra par après), mais sans doute quelques traces d’urine dans les caniveaux alentour. On y a aussi beaucoup parlé d’un drame survenu quelques jours plus tôt à 300 mètres de là…

Entre-temps, il est vrai que, dans la nuit du dimanche 5 juin 2011, alors qu’un orage éclate, au 77 rue Parmentier, un immeuble de quatre étages en cours de « réhabilitation » finit par s’effondrer sur une petite maison mitoyenne, provoquant la mort d’une habitante, Sira Fofana, et de deux de ses enfants, Sennou et Boubakar, tandis que le mari, sauvé in extremis, est gravement atteint à la jambe. Deux autres familles comptent huit blessés et des gamins sous le choc.

Dans la précipitation, certains rescapés sont envoyés à l’hôtel par les services sociaux (le plus miteux du coin, en l’occurrence, après comparaison des tarifs, « à cinq euros près », par un responsable, non loin des décombres), et les mômes scolarisés accueillis par des parents d’élèves aux mœurs plus hospitalières. Notons que jusqu’au 23 juin, malgré un vague engagement concernant les rescapés Fofana, aucune des trois familles n’a reçu la moindre proposition de relogement, mais un début de pétition à ce sujet et un rassemblement devant le conseil municipal ont changé la donne. Et obligé la municipalité à promettre une issue rapide à ce problème, relayée par la presse. Affaire à suivre, donc…
Le lendemain de l’effondrement, face aux micros et caméras, Dominique Voynet trouve les mots justes pour compatir et dénoncer la spéculation immobilière, non sans rappeler que les victimes étaient des occupants « illégaux » qui vivaient dans un « squat », parce que, à ce même propos (et sans guillemets, pour ne la citer qu’en substance), des gens à la rue, clandestins de ceci ou de cela, il y en a tellement d’autres à Montreuil, et des plus mal lotis encore, au-delà de ce que la Mairie, humainement toujours, peut supporter, vu qu’il y a en déjà 6000, de demandeurs de logements, sur les listes d’attente, alors faut me comprendre, etc. Quelques jours plus tard, le texte du bulletin municipal conclura sur le même balancement argumentaire : les Montreuillois et la misère du monde… toutes choses inégales par ailleurs… c’est pas de notre faute ni dans nos moyens… trop de pauvreté tue l’esprit d’hospitalité… N’empêche, fallait-il rappeler à ces morts & survivants qu’ils étaient d’abord des hors-la-loi, donc un peu dans leur tort quoi ! Était-ce le moment de tant insister sur ce point faible. D’autant que ça n’a rien à voir avec le drame en question, puisque ce n’est pas l’état de délabrement de leur maison, ni leur propre inconscience à l’occuper qui les a conduits à la catastrophe, mais la l’immeuble en péril d’à côté qui aurait pu décimer d’autres voisins ou les enfants de l’école en face si c’était arrivé en pleine journée. Quoique, à ce stade du récit, on objectera qu’il s’agit d’un mauvais procès. Mme Voynet n’avait pas l’intention de nuire à leur réputation, juste un goût de la précision, disons déplacé, et qui l’a maladroitement conduite à chipoter ce distinguo entre citoyens de première et de seconde zone (celle de transit justement), sinon pas citoyen du tout, mais passons.

Comment un tel désastre a-t-il pu se produire ? Un permis de construire concernant l’immeuble effondré a bien été validé par la Mairie, même si elle a tiqué en voyant le motif commercial : « Hôtel de tourisme ». Évidemment un jeu de dupe, faute de touristes, juste la petite combine d’un marchand de sommeil : retaper un taudis au black, tous travaux payés en blanchissant du cash, pour mieux faire du fric ensuite avec les services sociaux comme hébergeur bas de gamme sur le dos des relogés d’urgence (la fausse-bonne solution habituelle aux frais de la collectivité, et pourtant toujours préférée à une relative bienveillance envers la libre réquisition des logements laissés vacants à des fins outrancièrement spéculatives par des sans logis bricoleurs, mais bon…) Mais puisque tout était en bonne due forme, sur le papier, les autorités municipales ne semblaient pas avoir les moyens de s’y opposer. C’est le bon sens du système de défense officiel. Sauf que ça ne tient pas trop debout cet argument. Depuis plusieurs semaines, une poignée de sans papiers d’Europe de l’Est étaient surexploités sur ce chantier à claire-voie (sans bâche ni palissade), soumis aux injonctions d’un contremaître peu scrupuleux, incompétent en matière d’architecture et soucieux de « réhabiliter » le bien de ses donneurs d’ordre à moindre coût. Autrement dit, on avait fourni aux ouvriers (ne pouvant comprendre des consignes complexes faute de connaître un mot de français) des masses pour briser les planchers et des brouettes pour ramasser les gravats. Sans vouloir causer du tort à ces employés au black, certains voisins directs ont posé des questions aux services concernés de la mairie, finit par joindre les proprios mafieux (qui ne s’en cachaient pas vraiment) et constaté dans les derniers jours avant la catastrophe l’érection sur le reste du terrain de petites casemates en parpaings (en contradiction complète avec les plans), sans doute des abris d’infortune pour loger la main d’œuvre sur place. D’autre part, la surveillance de visu des chantiers en cours (surtout dans ce cas d’emblée litigieux qui aurait nécessité un véritable « permis de démolir » et pas l’accord sur une simple « réhabilitation ») fait partie des attributions municipales. Il y a donc eu, pour le moins, un dysfonctionnement, même involontaire, dans le suivi du Plan d’Occupation des Sols. Et sans s’acharner a posteriori sur les responsabilités municipales, on pouvait au moins espérer quelques mots d’excuse, l’aveu d’une certaine « négligence », un profil bas…

Le dimanche 12 juin, Dominique Voynet ou ses représentants avaient l’occasion de s’expliquer en direct avec les gens du quartier puisque une cérémonie de recueillement était organisée devant le lieu du drame, à l’initiative des familles, des riverains et de sans papiers solidaires. À l’heure dite, 15h, une centaine de voisins, tous âges confondus, se regroupent face aux ruines, protégées par un grillage couvert de dessins d’enfants, de fleurs déjà fanées et d’autres accrochées de fraîche date, ainsi qu’une affichette appelant à une marche silencieuse des habitants des Sorins, ce qui explique la présence indécente en ce moment de deuil collectif de 8 fourgonnettes de CRS dans l’avenue de Chanzy. Par contre, aucune présence d’agents de la mairie, ne serait-ce que pour bloquer la circulation en amont, chose faite avec un panneau de déviation de la voirie par mes soins. Comme annoncé, les mal-logés des Sorins, après avoir parcouru les 500 mètres qui les sépare de la rue Parmentier et contourné le dispositif policier, s’approche en un cortège mutique, une centaine d’hommes (et quelques femmes) brandissant la photocopie d’une photo de l’immeuble effondré.

S’ensuivent quelques prises de parole bouleversantes, de la directrice de l’école en face, d’un rescapé, d’une parent d’élève proche de la défunte Sira, de sans papiers maliens, de « Babar », le porte parole de Droit Au Logement (DAL).

Pas un(e) élu(e) à l’horizon, semble-t-il (qu’on aurait pu imaginer ceint(e) de son écharpe tricolore pour l’occasion). Ah si si, je me trompe, la maire-adjointe est là, Catherine Pilon, mais faute de s’adresser à l’assemblée à la suite d’autres prises de parole, elle préfère rester à l’écart et répondre à une interview pour le télé BFM.

C’est sa mission du jour, se déculpabiliser en martelant que « nous n’avons pas été alertés par des défauts du chantier avant qu’il s’écroule. » Et la chose importante à ses yeux, c’est que ce message passe aux journaux télévisés, parce qu’elle sait bien que cette même phrase, si elle l’avait prononcée à voix haute devant la foule environnante, lui aurait valu démentis cinglants et débats houleux.
Tout un art consommé du contournement médiatique pour éviter de ses confronter avec des opinions publiques de proximité. Mais c’est la semaine suivante, dans le compte-rendu de cette cérémonie improvisée au sein du bulletin municipal du 21 juin qu’un autre type de manipulation se fait jour. On y raconte « la solidarité spontanée des habitants du quartier, des militants associatifs, des élus (sic) » et l’arrivée du « cortège silencieux et digne : les résidents du foyer Centenaire », dont se détache un homme qui « affirme d’une voix forte : “Nous sommes ici en tant êtres vivants !” ». Ça fait d’ailleurs le titre de l’article entier, cette maxime humaniste. Mais remettons la réalité sur ses pieds et les propos dans la bouche de bonnes personnes. Celui qui parlait ainsi, ce n’était pas un résident du foyer Centenaire, c’était le porte-parole des mal logés des Sorins, ces expulsables en sursis dont la présence ce jour-là avait convaincu les représentants de la Mairie de se faire plus que discret, témoins absents. Comme s’il fallait ne pas tout mélanger, des gens en lutte et d’autres en pleurs. On verra plus loin combien ce malencontreux lapsus en dit long sur la duplicité de certains discours municipaux dont aucun erratum ne pourra absoudre le cynisme ordinaire.

Deux jours plus tard, autre lieu, autre injonction à déguerpir. Le mercredi 15 juin, le tribunal d’instance de Montreuil prononce l’expulsion sans délai du 234 rue de Rosny, justifiant sa décision par divers courriers de la mairie, dont celui-ci…

Le pavillon en question abrite en effet une dizaine de personnes, couples, et familles avec enfants, dont un né depuis l’emménagement en 2009. Suite à leur installation, les occupants ont effectué d’importants travaux à leurs frais et vécu en bon entente avec le voisinage. Qu’on leur conteste toute légitimité à squatter une propriété privée est une chose, mais ce cas précis devrait faire réfléchir les plus rétifs à la grève sauvage des loyers : cette maison appartient à Proudreed/Quartz properties, une société d’investissement immobilier qui possède un patrimoine de 2 092 millions d’euros. L’ayant laissée depuis plusieurs années vacants, ces proprios sont le symptôme exemplaire d’une immobilisation spéculative d’un bien à vocation locative (selon la classique logique capitaliste d’anéantissement de la valeur d’usage) . On est donc en droit de s’étonner que Dominique Voynet ait pris l’initiative d’alerter ces « vautours » dont elle combat officiellement la logique purement financière (celle qui a d’ailleurs ruiné la commune sous les précédentes mandatures de Brard, à force de préemption défensive face à l’irrésistible montée des prix au mètre carré). À moins que la Mairie, considérant ce lieu comme « un squat politique », selon son expression, soit désireuse de s’en débarrasser, même s’il ne dérangeait personne dans le coin, sauf ceux qui ont quelque chose à craindre d’une ruche à idées subversives. Mais on a dû l’informer que vivent là plusieurs personnes qui ont animé la « grève des chômeurs » l’année dernière et que ces mêmes fauteurs de trouble, ironie du sort, font partie de ceux qui aident dans la faible mesure de leurs moyens ( banderole, affiche, camion-sono…), l’actuel collectif des Sorins. D’incurables emmerdeurs, donc, aux yeux de ces élus. Tant pis pour ces « squatteurs », et même un petit appel du pied aux expulseurs, ou un coup de main en douce, l’air de rien… ou presque. Dommage que ça saute aux yeux, l’hypocrisie gestionnaire d’une Mairie qui catalogue les plus à gauche de ses oppositionnels comme ses pires ennemis…

Pour en savoir plus sur les idées, pratiques et façons de s’exprimer des habitants du 234 rue de Rosny, on se reportera aux proses bien senties qu’ils ont regroupés dans un tract grand format. Un bel exercice d’écriture à dix ou douze mains ! C’est disponible ici même.

Ultime étape de ce récit, le samedi 18 juin, une manifestation du « collectif des habitants du 94 rue des Sorins est prévue. Des affichettes intitulées « Ville en révolte » ont fait des petits un peu partout dans le Haut et le Bas-Montreuil.

La matin même, une rencontre avec Dominique Voynet est organisée en toute hâte. Il s’agit de renouer le dialogue in extremis. Plusieurs délégués des Sorins y participent, le porte-parole du Dal et d’autres soutiens. Après exposé des diverses demandes des occupants en sursis sur les formes possibles de soutien de la Mairie face à l’imminence d’une expulsion, Dominique Voynet commence par calmer les esprits, rassurer sur le peu de probabilité d’une intervention policière, tout en réaffirmant que de son côté elle n’a rien signé en ce sens. Puis le ton se fait moins aimable, car après tout, ils ne sont pas les seuls à être mal lotis, ni les plus à plaindre, etc. Puis vient l’estocade, la Maire évoque les problèmes de drogue, la mort d’une femme par overdose, l’existence d’une prostitution d’abattage dans l’enceinte de l’immeuble squatté et même, selon son dir’ cab’, un appel téléphonique concernant une tentative de mariage forcé. Sans oublier la présence d’excréments sur les trottoirs alentour que les services de nettoiement, pourtant « issus de la diversité », se plaignent d’avoir à ramasser. Alors quoi, chacun sa merde ! Après la chaleureuse entrée en matière, la douche froide et le nez dans le caca. Les habitants des Sorins répliquent que, justement, après l’overdose en question, ils ont appelé la police pour en finir avec les rares dealers qui opéraient aux environs, sans grand succès, avant de faire le ménage eux-mêmes. Quant à la prostitution et aux mariages forcés, ils démentent en bloc. Parole contre parole. S’ils étaient trois cents Français de souche, vivant dans le même précarité, leur aurait-on reproché toutes les transgression qui à la marge n’auraient pas manqué de se produire ?
Restent deux jokers dans le double jeu de Voynet (entre coopération affichée et suspicion à mots couverts, protestation de fraternité et conseils paternalistes, bref entre carotte et bâton). Premièrement, elle leur conseille de tenir à distance les éléments « violents » de la mouvance « autonome » qui gravitent dans leur parage, surtout lors du défilé qui aura lieu quelques heures plus tard. On la voit ainsi emprunter sa terminologie aux grilles d’analyse ministérielles, sans nuance ni bémol. Comme quoi, les coups de flashball à répétition ces dernières années ne lui ont pas servi de leçon, puisque la voilà qui relaie à sa manière la pression criminalisante contre certains milieux, libertaires entre autres. Deuxième leçon de morale, Voynet évoque brièvement leur participation à la marche funèbre le dimanche 12 juin, qualifie cette « récupération » d’indécente et affirme que les riverains ont trouvé cette arrivée en masse choquante. Ici, toutes les bornes de l’allégation mensongère sont dépassées. Et si je puis me permettre, en tant que simple résident de la rue Parmentier, tous et chacun pourront témoigner que cette communion avait une force inouïe, un intensité de chagrin, de rage, de dignité, de désespoir et tant d’autres sentiments indémêlables, et dénigrer ainsi ce moment de partage sans frontière est tout simplement odieux.

Vient l’heure de la manifestation, à 200, puis 300, puis 400, à très hautes voix pour les slogans et une caravane solo en queue de cortège, pour les rappeurs improvisant en cours de route des hymnes multilingues. Les Robocops de la Préfecture manquent à l’appel, la BAC aussi, tant mieux. À leur place l’équipe municipale dite de « tranquillité publique » encadre le défilé sans exprimer leur hargne habituelle. Il y aurait à redire sur leurs comportements ces dernières années, et sur la personnalité trouble de leur chef, comme, il est expliqué ici…

Première station devant le foyer Centenaire, puis devant la mairie où un mariage bat son plein. Petit compte-rendu au mégaphone positivant les acquis de la rencontre avec Voynet, histoire de ne pas insulter l’avenir, comme on dit.

Ensuite, remontée sur plusieurs kilomètres, vers le parc de Montreau où, malgré la pluie intermittente, la ville organise justement sa fête annuelle.

Nouvelles prises de parole au micro, face au double cordon de sécurité empêchant les manifestants d’entrer, si jamais il leur venait à l’idée de gâcher le plaisir aux vrais Montreuillois…

Même pas, mais le plus drôle c’est que plusieurs sans papiers se détachent du meeting improvisé pour aller saluer quelques potes, parmi les vigiles qui ont été appelés à la rescousse. Fraternisation qui n’a pas l’air d’amuser beaucoup les sbires en jaune de la sécurité officielle. Ça y est, on arrive au terme de ce long parcours, aussi combatif que festif. On va se disperser, sans même négocier notre entrée dans la kermesse… histoire de ne donner aucun prétexte à dénigrement ultérieur.

Comme, depuis le début de la marche, deux représentants de la Mairie nous accompagnaient en mission d’observation, et après que celui de gauche (en blouson de cuir) m’ait déjà éconduit après une brève altercation où j’ai trop vite perdu mes nerfs, je m’approche de l’autre (en anorak rouge). Changement de ton, je me présente comme habitant de la rue Parmentier et on engage un petit dialogue de sourds, mais dans des formes apaisées. Et puis voilà, ça tourne un peu en rond. La lettre de Voynet, pour accélérer l’expulsion des usagers du 234 rue de Rosny, il ne nie pas, il hésite, précise qu’il en ignore les tenants et les aboutissants, plutôt gêné aux entournures, mais bon, c’est pas de sa compétence. Par contre, il a sa petite idée sur la réunion qui a eu lieu le matin même entre Madame le Maire et le collectif des Sorins. Et là, à ne pas en croire ses oreilles, il résume ainsi le motif de cette rencontre : « Les gens des Sorins sont venus nous confier tous les problèmes qu’ils ont avec la drogue et la prostitution… pour qu’on les aide à en venir à bout… »

De peur d’avoir mal entendu, je lui fais répéter. L’erreur est humaine, sauf que non, il persévère au mot près. Croit-il lui-même à cette version des faits ? Prend-il ceux qui soutiennent les Sorins pour des cons ? Ou n’est-il pas plutôt à l’exacte croisée des chemins de notre époque, à ce point de décomposition de la gauche réformiste & morale : la discrimination compassionnelle. Celle qui a dans le viseur d’un certain pathos dénonciateur toutes sortes de chômeurs, précaires, putes ou sidéens, sous prétexte d’assistanat, de fraude, d’illégalité. On croyait ce ressort idéologique à double détente l’apanage de la droite populiste, malheureusement, la confusion a gagné l’esprit moribond de la culture social-démocrate.

On reviendra bientôt ici même pour décrire un phénomène similaire dans la gestion, pseudo humanitaire et ultra-répressive, des réfugiés tunisiens par la Mairie de Paris, avec à sa tête un ex-ami de Ben Ali qui a tant à se faire pardonner…

Post-scriptum & rendez-vous ultérieurs :
Les habitants menacés d’expulsion du 234 rue de Rosny organisent un rassemblement devant la Mairie de Montreuil le mardi 28 juin à partir de 14 heures, afin de « s’opposer aux spéculateurs qui gouvernent la ville » et de remettre leur « lettre ouverte » à Mme Dominique Voynet, non sans lui demander audience pour obtenir quelques « éclaircissements »…

Source : Archyves

Vendredi 1er juillet à partir de 17h à Montreuil :

SOIRÉE DE SOUTIEN aux habitants de Los Angeles- city of Quartz

Cantine et musique de 17h à minuit

C’est au 234 rue de Rosny, métro Mairie de Montreuil, puis bus 121 arrêt Nouvelle France

En juillet 2008 à Montreuil :
8 juillet 2009 - Chasse à l’opposant à Montreuil : la police vise la tête, un manifestant perd un oeil
SCANDALE ! (Le western est-il compatible avec l’écologie urbaine ?)


Pour éviter 100 000 € d’astreinte, la coordination a déménagé dans un placard municipal de 68m2. Comme s’y est engagée la Ville de Paris, il s’agit d’un local provisoire avant relogement. Celui-ci doit permette de développer les activités qu’abritait le centre social parisien qu’était devenu le quai de charente, alors que le manque de tels espaces politiques se fait cruellement sentir.

Pour contribuer à la suite :

• faites signer en ligne Nous avons besoin de lieux pour habiter le monde.

• pour recevoir par SMS des rdv pour le relogement ou d’autres échéances importantes, indiquez un n° de téléphone à accueil cip-idf.org.

Nous sommes tous des irréguliers de ce système absurde et mortifère - L’Interluttants n°29, hiver 2008/2009

Ne pas se laisser faire, agir collectivement :

Permanence CAP : accueil et information sur le régime d’assurance-chômage des intermittents du spectacle. Envoyez questions détaillées, remarques, analyses à cap cip-idf.org.

Permanences précarité. CAF, Pôle emploi, etc. Adressez témoignages, analyses, questions à permanenceprecarite cip-idf.org.

Lundi de 15h à 17h30

CIP, 13bd de Strasbourg, Paris 10e, M° Strasbourg Saint-Denis
Tel 01 40 34 59 74





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