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De la langue de l’ennemi í la grí¨ve des chí´meurs - Revue Z

Publié, le mardi 6 septembre 2011 | Imprimer Imprimer |
Dernière modification : lundi 12 septembre 2011


Réappropriation des savoirs et permanences d’autodéfense des collectifs de chí´meurs et précaires

Aux guichets de la caf et de pí´le emploi, c’est de plus en plus tendu. Les allocataires sont perí§us comme des fraudeurs en puissance et renvoyés vers d’insondables interfaces numériques, tandis que certains agents dénoncent l’absurdité croissante de leur mission, entre accompagnement bí¢clé et concours de radiations. Décidés í rompre avec l’isolement face aux institutions, des collectifs de chí´meurs et précaires s’organisent pour rappeler que la précarité, loin de se limiter í une somme d’erreurs de parcours individuels, constitue bien un élément-clé de l’économie capitaliste. La coordination des intermittents et précaires (CIP) d’Ile-de-france et les CAFards de montreuil se présentent avant de revenir ensemble sur leurs actions d’autodéfense sociale.

Texte extrait de la revue Z n°5, í paraí®tre en septembre 2011. Jeudi 22 septembre í 20h aura lieu une présentation de ce numéro (dont vous trouverez ici l’édito en bas de page) í la librairie L’Atelier, 2 bis, rue du Jourdain, métro Jourdain.

Comment est née la coordination des intermittents et précaires d’Ile-de-france "‰ ?

La CIP est née en juin 2003 lors d’un trí¨s large mouvement contre la mise en place d’un protocole d’indemnisation chí´mage des intermittents du spectacle. Menée par ce que l’on a pris l’habitude d’appeler les « « ‰partenaires sociaux »‰ », au premier rang desquels on trouve la CFDT et le Medef, la mise en place du nouveau dispositif restreignait les droits des intermittents. Cette contre-réforme signait le passage d’un régime de mutualisation qui garantissait des droits collectifs (ceux qui travaillent le plus cotisent pour ceux qui travaillent le moins) í un systí¨me de capitalisation individuelle (les allocations sont proportionnelles í ce que chacun cotise).
Dí¨s les premiers jours, le mouvement s’est organisé en assemblées générales et en commissions de travail. Dans ce conflit, nous sommes rapidement parvenus í la conclusion que ce que nous avions en commun était moins le secteur du spectacle que la faí§on dont on était employés – ce que nous avons appelé « « ‰nos pratiques d’emploi »‰ »« ‰ : alterner périodes de chí´mage et d’emploi, avoir différents employeurs, des salaires variables, etc. Nous avons étudié collectivement les effets prévisibles de ce protocole – la fin d’un systí¨me d’indemnisation qui permettait par exemple de refuser certains boulots, et donc d’avoir un peu de prise sur ces «  »‰pratiques d’emploi"‰ » –, et les avons rendus publics dans un texte, puis une vidéo, intitulés « « ‰Nous avons lu le protocole »‰ ».
En décryptant ce protocole, nous avons appris í comprendre le langage technique et bureaucratique. Dans la foulée et parallí¨lement í toutes sortes d’actions de grí¨ves, de blocages, d’occupations, le mouvement a utilisé ce « « ‰langage de l’ennemi »‰ » pour rédiger une contre-proposition de réforme, un Nouveau modí¨le d’indemnisation du chí´mage des salariés í l’emploi discontinu, susceptible de s’adresser, au-delí des intermittents du spectacle, aux autres salariés précaires. Face aux déclarations provocatrices du gouvernement qui affirmait que nous n’avions pas lu ce protocole Unedic, í une CFDT qui prétendait une fois de plus avoir sauvé l’intermittence, face aux discours abstraits dramatisant le déficit du régime, nous avons opposé une approche fondée sur l’expérience et les besoins concrets des premiers concernés.
La coordination a toujours cherché í faire le lien entre les intermittents et les autres types de précaires, comme le montre l’appellation choisie« ‰ : Coordination des intermittents et précaires. Composée de syndiqués de tous bords et de nombreux non-syndiqués (dont bon nombre de participants vivaient lí leur premier conflit social), la CIP s’est d’emblée centrée sur les droits sociaux. Il s’agissait non pas simplement de «  »‰défendre les acquis"‰ », mais d’exiger de nouveaux droits collectifs pour compenser la précarité de l’emploi.
Depuis le début, nous nous sommes situés í l’opposé des syndicats traditionnels, qui nient cette précarité devenue massive et préfí¨rent fantasmer sur le retour au plein emploi. La coordination a donc incarné une prise de distance avec les syndicats cogestionnaires"‰ [1], qui n’admettent pas que l’assurance chí´mage puisse servir d’appui pour refuser des emplois sous-payés, inutiles, dégradants, ou simplement sans intéríªt. Ils se refusent í penser ce temps comme une liberté pour exercer une activité, ou se consacrer í tout autre chose.

Comment se sont créées les permanences de la CIP"‰ ?

CIP« ‰ : Au moment de l’entrée en application du protocole, en janvier 2004, des intermittents venaient í la CIP en disant »‰ : « « ‰Je ne comprends pas, on ne veut pas m’indemniser, je n’ai plus droit í rien. »‰ » On a commencé par un petit cahier avec les questions posées sur la page de gauche, et des embryons de réponses sur la page de droite, élaborées au fur et í mesure de nos lectures et analyses collectives de la circulaire d’application« ‰ [2]. Puis, nous avons rédigé la premií¨re brochure sur les conséquences de l’application de ce protocole sous forme de questions-réponses.
Trí¨s vite, on a eu l’idée de formaliser cette modalité d’investigation en proposant un rendez-vous tous les lundis aprí¨s-midi. L’objectif était de créer un temps d’échange et d’action auto-organisé, mené par qui voudrait bien s’y coller. Nous avons dit« ‰ : «  »‰Nous sommes tous des experts."‰ »
On considérait que décortiquer des cas, lire et comprendre les textes, élaborer des moyens de défense, occuper des agences Pí´le emploi, lancer des recours, c’était l’affaire de tous. Ce rendez-vous a pris le nom de permanence CAP (« « ‰Conséquences de l’application du protocole »‰ ») et s’est tenu chaque semaine sans discontinuer ces sept dernií¨res années.

Vous avez également créé une permanence précarité...

CIP« ‰ : En 2005, la CIP a participé avec d’autres collectifs í la reprise d’une initiative italienne, le Mayday, «  »‰1er-mai des précaires« ‰ », qui proposait une alternative au rituel 1er-Mai qui confond fíªte du Travail et fíªte des Travailleurs. Il y a eu aussi des initiatives comme « « ‰les mardis de la CFDT »‰ », organisés avec d’autres collectifs »‰ : pendant plusieurs mois, nous avons proposé des rendez-vous publics devant la CFDT, pour aller occuper des institutions sociales (Pí´le emploi, CAF, espaces insertion, etc.). Il s’agissait de combattre la stigmatisation du chí´meur. Nous insistions sur le fait que le chí´mage n’est pas un accident réservé aux malchanceux ou aux incapables, mais qu’il est au contraire un élément constitutif de l’économie capitaliste"‰ : il n’est pas l’envers de l’emploi, mais l’un de ses moments. Il est donc l’affaire de tous. Par lí , nous avons tenté de contribuer í ce que la figure du précaire manifeste son existence, et í rendre visible une conflictualité. Cette mise en lumií¨re est aussi passée par un appel í témoignages des usagers du RMI, ainsi que par la rédaction d’une fiche pratique publicisant les moyens d’obtenir l’« « ‰Allocation exceptionnelle de la Ville de Paris »‰ » – ce que la Mairie s’était bien gardée de faire.
De toute faí§on, au fil du temps, il a bien fallu prendre en compte le fait que, í l’intérieur míªme de la Coordination, nous étions nombreux í percevoir le RMI. Par ailleurs, de plus en plus d’« « ‰intermittents de l’intermittence »‰ », éjectés temporairement ou définitivement de l’assurance chí´mage, venaient í la permanence CAP. Le partage d’expériences autour du contrí´le ou des radiations des chí´meurs, des visites domiciliaires de la CAF, de l’aide au logement, etc., se faisait déjí de faí§on informelle, et, début 2008, nous avons lancé la « « ‰Permanence précarité »‰ ».

Au-delí du partage des savoirs, quels sont les objectifs de ces permanences"‰ ?

CIP« ‰ : Parce qu’elles recueillent et centralisent les informations, les permanences servent aussi d’analyseur des pratiques de l’institution. Cela permet de mieux comprendre le fonctionnement de Pí´le emploi ou de la CAF, de connaí®tre précisément ce sur quoi elles focalisent leur attention í tel ou tel moment »‰ : l’indemnisation des femmes enceintes, la fraude aux allocations logement de RSAstes suspectés de sous-location, etc.
Les permanences permettent aussi d’organiser des actions collectives. L’idée est d’opérer une sorte de « « ‰dressage »‰ » des institutions en notre faveur. Il s’agit de se saisir des droits existants comme d’un outil contre l’arbitraire qui prévaut dans ces institutions, de soulever des points litigieux d’interprétation des textes qui régissent nos vies, et de faire pression collectivement pour débloquer des situations ou de gagner sur des litiges concrets. D’oí¹ l’importance de publiciser les récits d’actions et le « « ‰droit í l’accompagnement »‰ », pour renverser un rapport de force au guichet fondamentalement asymétrique. Il s’agit d’opposer í une collectivité, l’institution sociale, une autre collectivité, celle des « « ‰ayants droit »‰ ».
Récemment, il y a eu le cas des « « ‰matermittentes »‰ ». Des femmes concernées par la discontinuité de l’emploi avaient ouvert des droits í des congés maternité, et se sont vu réclamer des « « ‰trop-perí§u »‰ » allant de 600 í 8000 euros par Pí´le emploi. Comme elles étaient nombreuses í venir í la Permanence, on a fini par lancer un appel, et par organiser des réunions spécifiques. On a compris que Pí´le emploi utilisait un nouveau logiciel mal paramétré qui leur avait ouvert des droits, qui ont par la suite été remis en cause. Elles ont occupé des antennes Pí´le emploi et ont réussi í obtenir une remise et un échelonnement de leur dette. Cela a permis d’attirer l’attention sur le problí¨me plus général des « « ‰trop-perí§u »‰ » qui concerne des centaines de milliers de personnes.

La CIP, c’est une coordination, mais c’est aussi un lieu. Comment les permanences s’inscrivent-elles dans ce lieu"‰ ?

CIP"‰ : En novembre 2003, dans un contexte de mobilisation encore trí¨s active (grí¨ves, manifs, irruption sur le plateau du JT de France 2 et de la Star Academy, occupations de ministí¨res...), nous avons obtenu de la Mairie de Paris un immeuble dans le xixe arrondissement. Avec le temps, cet espace est devenu un point d’appui pour diverses formes d’action, de pensée, d’accueil, de recherches ou de fabrications.
Ces permanences n’auraient guí¨re de sens si elles étaient dépourvues de lien avec les autres activités organisées dans le lieu (campagne politique í chaque renégociation de l’assurance-chí´mage, liaison avec les autres mouvements, enquíªte sur l’intermittence et la précarité en général, université ouverte, soirées de solidarité, cantines, projections, débats, etc.). C’est important que ces activités de lutte demeurent dans un lieu ouvert, non institutionnel, un lieu d’organisation et de convivialité, hors du circuit marchand. Sinon, l’espace deviendrait un simple bureau d’information, et perdrait sa capacité d’agir, sa dimension politique.
De fait, depuis quelque temps, l’attention collective a tendance í íªtre monopolisée par les menaces pesant sur le local de la Coordination, que la Ville de Paris cherche í expulser depuis 2008 – ce qui empíªche bien des initiatives d’avoir lieu, et sape la continuité des activités ou la circulation entre elles.

í€ quelles difficultés íªtes-vous confrontés"‰ ?

CIP"‰ : Au fil des ans, on a acquis un savoir assez conséquent, mais des formes de spécialisation sont apparues. Si l’on n’y fait pas attention, on risque de ruiner la richesse d’une appropriation collective des questions, c’est-í -dire du processus míªme sur lequel s’est fondée la Coordination.
L’idée de départ est simple« ‰ : tout le monde se met autour de la table, et on essaie de démíªler les problí¨mes ensemble. Lorsque í§a fonctionne, les gens se rencontrent et tentent collectivement de reprendre leurs affaires en mains. Mais il arrive parfois d’avoir l’impression d’un rapport de consommation, oí¹ certains ne viennent que le temps de régler leur problí¨me perso. Il faut sans cesse rappeler qu’on n’est pas lí pour simplement fournir un service »‰ : on doit resituer cette activité par rapport í des enjeux collectifs. Ce n’est pas toujours facile"‰ : quand il y a quinze personnes, on peut vite tomber dans le travers de répondre aux questions individuelles, et céder í l’envie que les gens ont de repartir avec une réponse efficace. Quand cela arrive, on peut avoir l’impression d’íªtre un guichetier alternatif de Pí´le emploi. De míªme, quand on se déplace í plusieurs dans une institution pour débloquer un dossier, on demande aux gens concernés de venir avec des amis, des collí¨gues ou de la famille, pour que cette pratique se diffuse et pour éviter qu’on devienne les spécialistes de l’action.
Une autre limite í laquelle nous sommes confrontés actuellement, c’est de ne pas mener des actions en justice depuis les permanences. Pour les problí¨mes qui concernent des milliers de personnes, comme celui des « « ‰trop-perí§u »‰ » par exemple, il serait intéressant que, í la faveur de cas précis, ce type de litige fasse l’objet d’un contentieux juridique qui crée jurisprudence pour tous. Mais souvent, vu l’urgence des situations, on vise l’efficacité í court terme et on n’a pas la patience d’amorcer une action juridique.

í€ Montreuil, les CAFards mí¨nent des expériences d’autodéfense sociale. En quoi consiste votre démarche"‰ ?

CAFards"‰ : í€ Montreuil, c’est parti de gens qui avaient déjí des pratiques politiques communes. Certains d’entre nous s’étaient par exemple rencontrés au cours d’une assemblée pour s’organiser contre les rafles de sans-papiers. On passait beaucoup de temps ensemble. Certains occupaient des maisons pour vivre. Il y avait toute une logique communautaire dans l’organisation de la vie matérielle, í une échelle locale. Beaucoup dépendaient pour leurs revenus des allocations chí´mage, et surtout du RSA. Parmi nous, certains participaient í la CIP. Il nous était déjí arrivé de mener des actions í la CAF de Rosny, pour débloquer les dossiers de copains.
En 2009, un grand bí¢timent sur la place du marché (une ancienne clinique) a été occupé. De nombreuses activités ouvertes sur la ville y ont été organisées« ‰ : une radio de rue et un magasin gratuit les jours de marché, des concerts, un cercle de recherche collective de logements, etc. Nous étions plusieurs í vouloir prendre en charge le rapport aux institutions sociales et í la question de l’argent, au-delí des débrouilles individuelles »‰ : pour s’opposer í l’idéologie de la valeur travail, pour renforcer la communauté en allant plus loin dans nos formes d’entraide matérielles, ou encore pour politiser ces questions de revenus et de précarité, souvent vécues comme strictement privées (« « ‰Chacun sa merde. »‰ »), y compris dans les milieux militants.
On a commencé í se réunir í la Clinique occupée. En cherchant un nom pour ce que nous voulions faire, on s’est dit qu’une des institutions qu’on avait déjí occupée, c’était la CAF. Alors, on a pensé au cafard, cet animal des villes par excellence qui vit de miettes, et qui est considéré par tous comme un parasite répugnant. S’appeler « « ‰CAFards »‰ » permettait l’inversion du stigmate. Alors qu’on cherche sans cesse í culpabiliser les chí´meurs, on a choisi d’endosser le nom d’un parasite par ironie, míªme si ce choix ne faisait pas l’unanimité parmi nous...
Au départ, nous ne voulions pas nous focaliser uniquement sur les institutions qui gí¨rent la précarité, mais également prendre en charge nos faí§ons d’habiter les villes. On imaginait des actions sur les encombrants, sur les récup’ au marché et dans les poubelles des magasins, des autoréductions"‰ [3] pour alimenter des cantines régulií¨res... bref, un autre rapport í la ville.
On a affiché et distribué des tracts invitant tout un chacun í venir participer aux réunions qu’on appelait « « ‰CAFé des CAFards »‰ ». On ne voulait par faire une « « ‰permanence sociale »‰ », c’est un mot qu’on n’a jamais utilisé dans nos tracts, par anticipation. Pour nous, le mot « « ‰permanence »‰ » renvoie í « « ‰spécialiste »‰ » et í « « ‰service individuel »‰ », alors que le terme de « « ‰café »‰ » nous semblait d’emblée plus accueillant et égalitaire.
Un jour, une dame est venue nous voir et nous parlait comme si on était des travailleurs sociaux, en ne nous racontant seulement qu’une partie de sa situation, comme si l’on allait la juger. Ce genre de situations, í§a met dans des positions un peu bizarres. í€ chaque fois qu’on se déplaí§ait í la CAF ou au Pí´le emploi, on disait aux gens« ‰ : «  »‰On arrive í débloquer des dossiers litigieux parce qu’on est un groupe. Chacun peut utiliser le « droit í l’accompagnement » pour s’organiser. Vous aussi, organisez-vous. Allez-y au moins í deux, c’est mieux."‰ » On parlait de l’accí¨s au droit, mais surtout de la nécessité de bouleverser le mode de relation des allocataires avec les institutions.
On proposait aussi des outils, des analyses par petits bouts, í partir de situations rencontrées"‰ : on se penche í quelques-uns sur un problí¨me précis, puis on essaie de partager avec d’autres les solutions qu’on a trouvées. Par exemple, il y avait un copain sans-papiers í qui la CAF refusait les allocs familiales pour ses filles. í€ partir de ce que l’on avait appris dans la résolution de ce cas, et forts de l’expérience de notre action collective, on a ensuite rédigé une brochure, « « ‰Mini-guide »‰ : étrangers, sans papiers, vos droits aux allocations familiales"‰ » qu’on est allé distribuer í la CAF.
En ce moment, on écrit un guide d’autodéfense pour les chí´meurs et précaires. í‡a risque d’íªtre long. On a commencé par se pencher sur la question spécifique des contrí´les que font subir la CAF aux allocataires. En revanche, on ne tient plus la régularité des CAFés du mardi. En fait, on se pose beaucoup de questions sur les perspectives de ce qu’on fait en tant que collectif de chí´meurs, sur les horizons politiques qu’on porte, ou ne porte pas.

Table ronde cip cafards

Que ce soit au sein du collectif des CAFards ou dans les permanences de la CIP, avez-vous observé des transformations dans les CAF et les Pí´le emploi"‰ ?

A« ‰ : Les agences de la CAF débordent »‰ ; il n’est pas rare qu’il y ait plus d’une centaine de personnes dans la queue. Pendant ce temps, les Pí´le emploi se vident í cause de la suppression de l’accueil au guichet et de la mise en place de la plateforme téléphonique du 39 49. Tu peux assister í des scí¨nes complí¨tement absurdes, oí¹ l’agent d’accueil te dit que, pour régler ton dossier, tu dois appeler le 39 49 via la cabine de l’agence. Tu t’exécutes, mais la personne qui répond au 39 49 ne comprend rien, et te demande de lui passer l’agent d’accueil que tu as déjí vu. En tout cas, ce qu’on a remarqué de commun í la CAF et í Pí´le emploi, c’est que í§a bloque de plus en plus au guichet. Pour toutes sortes de raisons, ils te dissuadent de faire valoir tes droits, míªme quand ils ont tort. C’est un combat de tous les jours, sans exagérer... Du coup, ceux qui ne gueulent pas, ceux qui ne sont pas príªts í engager des recours, ceux qui ne parlent pas bien le franí§ais ou qui ne connaissent pas bien leurs droits... lí¢chent l’affaire. C’est souvent comme í§a"‰ : tout est fait pour ralentir les dossiers.

D« ‰ : On a découvert que les agents travaillent sur la base de petites fiches, des résumés simplifiés des circulaires, qui sont souvent restrictives par rapport aux lois. Quelqu’un ayant une situation complexe, ne rentrant pas dans une case simple, passera í la trappe. Il y a une volonté politique de faire des économies par tous les moyens. Dí¨s qu’ils ont la moindre idée pouvant restreindre le droit, ils le font. C’est pour í§a qu’il est important de s’attaquer í la thématique du «  »‰déficit« ‰ » »‰ [4], tout comme í la stigmatisation du « « ‰fraudeur »‰ ».

Q« ‰ : Je me souviens d’une occupation í l’agence Kléber í Montreuil, oí¹ l’on était restés toute la journée. Un monsieur avait travaillé, puis rompu sa période d’essai. Le Pí´le emploi a téléphoné í l’employeur pour lui demander si c’était une démission (dans ce cas, on ne peut pas ouvrir de droits í l’indemnisation pendant au moins quatre mois). Or le monsieur était parti parce qu’il n’avait pas signé de contrat d’embauche. Apprenant cela, on a poussé l’agente í rappeler l’employeur »‰ ! On lui a demandé« ‰ : «  »‰Pourquoi avez-vous pris le temps d’appeler l’employeur pour confirmer qu’il avait démissionné, sans míªme écouter ce monsieur, premier concerné, qui vous expliquait avoir arríªté ce travail parce qu’il n’avait pas de contrat« ‰ ? »‰ » Bien sí »r, elle ne le croyait pas. Du coup, elle a rappelé son employeur et a fini par ouvrir ses droits í l’indemnisation. La logique í l’Å“uvre saute aux yeux"‰ : le demandeur est suspect a priori, tandis que l’employeur fait référence...

L« ‰ : L’une des premií¨res actions CAFards concernait des problí¨mes rencontrés í l’ouverture de droits au RSA par un communautaire (quelqu’un de l’Union européenne). í€ la CAF de Rosny, ils demandaient í tous les Italiens un titre de séjour, un papier qui n’existe plus pour les ressortissants de la communauté européenne. Ainsi, bien que la loi le leur garantissait, aucun d’entre eux ne pouvait avoir le RSA. L’agent nous a dit »‰ : « « ‰Pourquoi un Italien aurait droit aux allocations franí§aises »‰ ? Il n’a qu’í retourner dans son pays« ‰ ! »‰ » Il y a une intériorisation du discours politique sur le « « ‰profiteur »‰ », le « « ‰fraudeur »‰ », le « « ‰mauvais chí´meur »‰ », le « « ‰mauvais pauvre »‰ », qui fait oublier qu’un droit, c’est un droit, et pas une aumí´ne.

G"‰ : Il arrive que des agents de Pí´le emploi conseillent aux usagers d’appeler ou d’aller í la CIP pour avoir des renseignements. Bien souvent, les agents eux-míªmes ne connaissent pas les lois qu’ils sont censés appliquer. Ils ignorent míªme que le Code du travail prévaut sur leur réglementation. C’est assez fou, mais í§a dit beaucoup des transformations en cours í l’intérieur de ces institutions.

M"‰ : í€ mon sens, le problí¨me, ce n’est pas que les agents ne connaissent pas la loi ou le droit. C’est qu’ils instruisent toujours í charge contre l’allocataire. Si, par méconnaissance, ils donnaient l’argent í tout le monde, í§a ne me poserait aucun problí¨me. Les collectifs de précaires mettent en avant le savoir comme outil de défense, l’usage du droit pour inverser un rapport de force défavorable aux allocataires. Mais on a de plus en plus de mal í faire valoir nos droits, y compris quand la loi nous donne raison.

Justement, par rapport aux actions collectives, ces évolutions dans les institutions sociales vous ont-elles amenés í repenser vos actions"‰ ?

F« ‰ : En 2009, quand on menait des actions d’occupation des Pí´les emploi, on parvenait í faire venir tout de suite un supérieur (le directeur de l’agence, un responsable régional...) qui pouvait enjoindre í l’agence locale de débloquer les dossiers. Aujourd’hui, le rapport de forces s’est durci. í€ Montreuil et í Paris, les supérieurs ont commencé í invoquer le «  »‰droit de retrait"‰ » pour leurs agents, qui rentraient chez eux. Nous nous retrouvions dans un espace quasi désert. Normalement, le droit de retrait est un droit individuel qu’utilisent les salariées s’ils se sentent en danger. Mais, dans cette situation, c’est le patron, le directeur du Pí´le emploi, qui leur ordonne de se retirer pour déjouer la contestation [ne pas céder sur les revendications des ayants droits, Cip] et éviter qu’agents et usagers se rencontrent.

B"‰ : Sans compter que le nombre de vigiles se multiplie dans les agences. Certains usagers se font sortir parce qu’ils perdent patience dans la queue. Dans une antenne Pí´le emploi í Montreuil, il y avait un vigile í l’entrée avec le fichier de tous les gens inscrits í l’agence. Il demandait ta carte d’identité, vérifiait si tu étais sur la liste, et te laissait entrer – ou pas. Il arrive de plus en plus qu’ils demandent aussi í la police d’intervenir. í€ la CAF de Rosny, on les a déjí vus débarquer avec des flashballs.

C« ‰ : C’est une politique d’évitement, tout comme avec le 39 49. Il s’agit d’empíªcher que ces lieux-lí puissent íªtre des lieux d’agrégation pour les chí´meurs, ne serait-ce que des lieux de rencontres ou d’échanges d’informations... Pour l’institution, il faudrait que le pétage de plomb individuel soit le seul mode de contestation – une contestation facile í contenir. Nous, pour l’avoir vécu directement ou pas, on se souvient de ce qui s’était passé pendant le mouvement des chí´meurs de 1997-1998 »‰ [5]. C’était parti d’occupations dans les antennes Assedic, qui avaient duré plusieurs jours. Aujourd’hui, la police interviendrait tout de suite.

Y a-t-il eu des relations avec les agents de Pí´le emploi qui ont lutté contre la fusion Assedic-ANPE"‰ ?

l« ‰ : On a essayé, mais on ne peut pas dire qu’on ait vraiment réussi í parler du travail qu’ils font. Sauf parfois sur le renforcement de leurs activités de contrí´le, notamment í propos des machines qui servent í contrí´ler les papiers d’identité et qui font des agents du Pí´le les auxiliaires directs de la préfecture de police, í laquelle ils doivent signaler les papiers «  »‰douteux"‰ ». Pour beaucoup, c’est juste l’extension de leur mission qui ne va pas.

M« ‰ : Il y a eu pas mal d’échanges sur l’organisation du travail chez eux, sur ce qui leur était demandé, ou sur leurs conditions de travail. lls dénoní§aient quand míªme l’évolution de leur travail vers toujours plus de contrí´le et moins d’accueil. Mais leur critique ne va que trí¨s rarement au-delí d’une certaine limite »‰ : ils pensent vraiment qu’ils aident les gens, míªme quand ils leur imposent des boulots de merde, des stages bidon, des réunions inutiles de coaching ou des séances ridicules de relooking dans des boí®tes privées externes....

P« ‰ : Dans ces conditions, le contrí´le crée de la culpabilisation et de la peur. Mais les agents ont du mal í le reconnaí®tre. Faire des propositions de liaisons avec les agents de Pí´le emploi reste ambigu. Le mot d’ordre « « ‰Grí¨ve des chí´meurs »‰ » partait d’une analogie »‰ : l’Unedic est notre employeur et les agents sont nos contremaí®tres. On peut espérer faire de la liaison, mais c’est difficile, puisqu’on ne peut pas parler í égalité. On ne peut pas faire comme s’il n’y avait pas les deux cí´tés du guichet. On peut parler de dégradation généralisée des conditions de travail, car les agents subissent au premier chef les logiques managériales et comptables, ainsi que la « « ‰transparence »‰ », qui leur laisse de moins en moins de marge de manÅ“uvre. Mais c’est tout de míªme eux qui nous contrí´lent, et c’est important de ne pas l’oublier.

N« ‰ : Avec la Grí¨ve des chí´meurs, les relations se sont un peu modifiées. Si tu prends la dernií¨re manif’, tu vois que nos affiches í propos du contrí´le et du flicage ont été récupérées dans les revendications des agents Pí´le emploi. Quelque chose est passé, comme dans le titre de cette affiche qu’ils ont faite »‰ : « « ‰Il y a besoin de cet argent pour vivre »‰ ». Auparavant, ils parlaient des chí´meurs comme de victimes í réinsérer par l’emploi. Certains syndicats de Pí´le emploi se sont en partie emparés de thématiques avancées par les collectifs de précaires. Ils commencent peut-íªtre í admettre qu’un chí´meur puisse parfois ne pas vouloir íªtre employé í tout prix, sans doute parce qu’ils savent que ce que le marché de l’emploi propose est loin d’íªtre exaltant.

Est-ce que l’objectif ultime d’un collectif de chí´meurs, c’est un meilleur fonctionnement du service public pour les chí´meurs, un Pí´le emploi oí¹ les gens seraient informés"‰ ?

E« ‰ : Non, ce n’est pas du tout l’imaginaire qui est porté. ll s’agit bien sí »r de répondre í des questions de nécessité, parce que tout le monde a besoin de thunes pour exister. Mais il s’agit aussi de rendre visible ces besoins sociaux et matériels. Sur ce point, on voit ce qui nous différencie du «  »‰travail social"‰ », dans lequel tout passe par une relation ultra-individualisée, de personne í personne, qui fait que les situations ne sont jamais connectées aux autres. L’assistance et l’urgence effacent la possibilité míªme du conflit politique. í€ l’inverse, dans une ville comme Paris, cette ville de riches oí¹ vivent tant de pauvres, et oí¹ quantité de précaires ne font míªme pas valoir leurs droits quand ils en ont, il faudrait faire exploser la demande de droits, de moyens, de liberté.

I« ‰ : L’idée de la Grí¨ve des chí´meurs était de proposer un horizon plus large í ces pratiques d’autodéfense. C’était une tentative d’intensification et de propagation de pratiques déjí existantes »‰ : continuer í faire ce que fait n’importe quel collectif quand il déboule dans une institution, l’occuper, mais en plus grand, í plus nombreux. Parce que de telles irruptions créent au moins la potentialité d’un renversement du rapport de force. C’est déjí mettre en suspens tout ce qui est demandé habituellement aux allocataires, toutes ces injonctions comportementales qui visent í te faire sentir coupable.

R« ‰ : Le but est effectivement de mettre en crise l’institution, mais pas pour qu’elle arríªte de filer du fric. Il ne s’agit pas seulement de rendre visibles les problí¨mes, il faut aussi que í§a marche, que les gens touchent concrí¨tement de quoi vivre, et qu’on arrive í faire assouplir les crití¨res existants au maximum. Il s’agit de desserrer la contrainte pour que les gens ne soient pas forcés d’aller bosser dans n’importe quelles conditions. C’est en soi politique, parce que ces contraintes visent í « « ‰conduire nos conduites »‰ », c’est-í -dire í nous gouverner. Mais c’est en somme assez basique »‰ : on commence par utiliser au maximum les droits qui existent, í en faire la publicité, et, de lí , on tí¢che de faire exister du collectif. « « ‰Que mille collectifs fleurissent sur les ruines du plein emploi »‰ », comme disait l’autre.

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De la langue de l’ennemi àla grève des chômeurs - Revue Z


Notes :

[1] C’est avec les employeurs et l’í‰tat que des centrales syndicales gí¨rent les droits sociaux, qu’ils soient consultés (rdv gouvernementaux, diverses instances) ou directement décisionnaires (Unedic, Caisses de retraites).

[2] Une loi donne lieu í des décrets ministériels ainsi qu’í des circulaires internes aux institutions concernées, par exemple, CAF, Sécu »‰ ; ici il s’agit des rí¨gles de l’indemnisation des intermittents par l’Unedic.

[3] Le fait d’imposer par l’action collective une baisse de prix voire la gratuité d’un service (logement, électricité, transport, ciné, restaurant, etc) ou de marchandises, par exemple dans les supermarchés – que la sortie gratuite de denrées et produits soit négocié avec la direction ou non.

[4] Lors de chaque restructuration, lorsqu’on modifie les textes qui régissent une caisse sociale, l’argument du déficit financier est utilisé par des réformateurs qui dégradent, hiérarchisent, individualisent des droits« ‰ ; leur défense la plus classique consiste í proclamer qu’il s’agit de « »‰sauver le systí¨me"‰ » (d’allocation chí´mage, de retraites, de santé, etc.).

[5] Durant les années 1990, plusieurs réseaux nationaux d’associations et de collectifs de chí´meurs et précaires, de lutte contre le chí´mage et la précarité étaient actifs (AC« ‰ !, Apeis, CGT chí´meurs, MNCP) et reliés par des exigences communes (le slogan « »‰Un emploi, c’est un droit, un revenu c’est un dí »« ‰ » date de cette époque). í€ l’automne 1996, une premií¨re vague de plusieurs dizaines occupations d’Assedic et d’ANPE précédait une mobilisation bien plus large, lors de l’hiver 1997/98. On peut estimer í une centaine de milliers de personnes le nombre des participants. Aprí¨s quelques semaines d’occupations et actions diverses, le gouvernement reí§ut des délégués, et annoní§a la création d’un fonds d’urgence sociale puis envoya la police expulser les lieux occupés. En guise de fin de non-recevoir, Lionel Jospin, alors Premier ministre, déclarait »‰ : « « ‰Je préfí¨re une société de travail í l’assistance »‰. »

Le texte qui précède est extrait du N° 5 de la revue Z, àparaître en septembre 2011 ; voici l’éditorial :

Pendant la préparation de ce numéro, la réforme du régime des retraites a porté un nouveau coup aux acquis sociaux, le monde arabe s’est soulevé, et le Soleil levant a recraché le feu inextinguible de la société nucléaire. Garé àMontreuil, Gigi, le camion de Z, ne démarrait plus. Nous constations plus tard qu’un inconnu s’y était installé pour y passer l’hiver. Alors, nous sommes restés làoù nous étions, nous sommes même allés au plus près de nous-mêmes, fouiller dans les mondes de la précarité.
Au cÅ“ur de la ville aux mille extrémités, celle des tours de la Défense et des trottoirs de la misère, nous avons rencontré la foule – prétendument sans voix, mais assurément refoulée – des travailleurs pauvres, des chômeurs, des RSAstes  ; et nous avons poussé la dérive jusqu’aux sans-abri, créchant sous la lune ou se réchauffant dans quelque centre d’hébergement.
Dans un monde où l’efficacité est le but ultime, et l’abondance le mythe régulateur, il y a une place assignée pour s’occuper de l’humanité que l’économie a rendue superflue : c’est le travail social. Z a voulu comprendre ce qui animait ces bénévoles ou ces professionnels dans leurs bricolages quotidiens – luttant pour éviter que leur pratique ne devienne, selon la tendance actuelle, une industrie de gestion de la misère humaine. Face aux assauts continus des fanatiques de la croissance, des travailleurs sociaux ou des « â€‰indignés  » se mobilisent pour éviter que ce qui fait société ne cède sous les coups du « â€‰chacun-pour-soi, et sauve qui peut  ». Mais au cours de nos enquêtes, un paradoxe nous a vite sauté aux yeux. Pourquoi persister àvouloir réinsérer les « â€‰exclus  » àl’intérieur d’une société qui génère mécaniquement de l’exclusion  ? Pourquoi dépense-t-on autant d’énergie pour aménager le capitalisme, et si peu pour transformer la structure même de notre organisation sociale, vers plus de dignité et d’autonomie  ?
Pour saisir notre condition et proposer des perspectives, nous avons travaillé avec des collectifs de précaires qui mutualisent leurs forces, et tentent d’échapper àl’administration automatisée des pauvres [tapez étoile]. Nous avons croisé des Tunisiens élancés vers leurs désirs d’émancipation, et des Grecs attelés àun renouveau syndical. Nous avons recueilli les témoignages de ceux qui renouent avec l’éducation populaire, en cultivant une espèce de malice rare et contagieuse.
Bref, un numéro consacré àcelles et ceux qui pensent la question sociale dans une langue étrangère àla tyrannie du management et de la gestion informatique. Dans le timbre de toutes ces voix, il nous semble avoir entendu le cri des solidarités àvenir.

Z : contact zite.fr


CAFards : cafardsdemontreuil gmail.com

La coordination a dà» déménager pour éviter une expulsion et le paiement de 100 000 € d’astreinte. Provisoirement installés dans un local municipal exigu, nous vous demandons de contribuer activement àfaire respecter l’engagement de relogement pris par la Ville. Il s’agit dans les temps qui viennent d’imposer un relogement qui permette de maintenir et développer les activités de ce qui fut un centre social parisien, alors que le manque de tels espaces politiques se fait cruellement sentir.

Pour contribuer àla suite :
• faites connaître et signer en ligne Nous avons besoin de lieux pour habiter le monde.
• indiquez àaccueil cip-idf.org un n° de téléphone afin de recevoir un SMS pour être prévenus lors d’action pour le relogement ou d’autres échéances importantes et urgentes.

Pour ne pas se laisser faire, agir collectivement :

• Permanence d’accueil et d’information sur le régime d’assurance-chômage des intermittents du spectacle
Envoyez questions détaillées, remarques, analyses àcap cip-idf.org

• Permanence précarité
Adressez témoignages, analyses, questions àpermanenceprecarite cip-idf.org

Les lundi de 15h à17h30
àla CIP, 13 bd de Strasbourg, M° Strasbourg Saint-Denis
Tel 01 40 34 59 74



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