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Mouvements de chômeurs et de précaires en France, la revendication d’un revenu garanti (1989)

Publié, le jeudi 26 janvier 2017 | Imprimer Imprimer |
Dernière modification : jeudi 26 janvier 2017


Nous présentons ici une analyse des mouvements de chômeurs et de précaires qui sont nés dans la France des années 1980. La réunion de ces trois notions indique d’entrée que ce texte prend à contre-pied les banalités aujourd’hui unanimement admises quant à la disparition de toute conflictualité sociale centrée sur le travail productif.

Il importe donc, tout d’abord, de rappeler que le rôle des chercheurs est de formuler des hypothèses sur l’évolution du rapport social qui, en principe, se distinguent un tant soit peu des « évidences » répandues quotidiennement dans les discours ministériels et dans la presse. Ainsi, cette étude n’a-t-elle rien de misérabiliste. Non point que nous n’ayons pas rencontré de chômeurs dénués de tout, et même de droits ! Leur existence en cette fin de XXe siècle au sein de la quatrième puissance économique mondiale réputée démocratique — et socialiste de surcroît — restera même sans doute la caractéristique sociologique majeure que l’histoire retiendra de cette décennie. Mais, précisément, cette violence incroyable suggère un enjeu, une mutation du rapport social qui ne se résume pas dans les simples descriptions des « nouvelles pauvretés » et autres « galères » dont se contente aujourd’hui la littérature sociologique. Cette conception purement phénoménologique s’identifie en fait parfaitement à la banale vision dominante du chômage-précarité en termes d’exclusion et de marginalité qui renvoie implicitement à l’intangibilité du paradigme fordien.

L’hypothèse centrale de ce texte vise, au contraire, à considérer ce chômage-précarité non comme une dysfonction, mais bien en tant que moment du développement des forces productives. D’où la nécessité de saisir le rapport social-historique qui le provoque. En d’autres termes, l’irruption de ce qu’on appelle la précarité nous semble devoir interroger plus essentiellement les mutations des formes d’emploi et du rapport salarial dont l’institutionnalisation fordienne des Trente Glorieuses n’a jamais constitué un horizon indépassable [1]. Dès lors, c’est la précarité en tant que rapport social qu’il importe de saisir, et non les seuls effets des mesures étatiques visant à réduire un phénomène « marginal » comme les chercheurs se conforment aujourd’hui à le faire en réponse aux nombreux appels d’offres sur le sujet. Les auteurs de ce rapport travaillent, quant à eux, sur l’évolution des formes d’emploi depuis plus de dix ans et livrent ici le résultat d’une observation des pratiques sociales de l’acteur précaire à travers l’analyse des mouvements dans lesquels il s’exprime.

C’est ce point de vue de l’acteur qui permet de dépasser l’idéologie misérabiliste dominante.

Il convient de rappeler que la remise en cause radicale actuelle du fordisme a d’abord été le fait des luttes ouvrières des années 1960-1970. La crise qui s’en est suivie, avec l’instauration de nouvelles formes de régulation extériorisant de l’entreprise une notable partie des travailleurs, instaure le précaire comme une force centrale du nouvel ordre productif (deux tiers des contrats de travail passés annuellement par les entreprises françaises). Mais on verra aussi que cette extériorisation concerne également le capital, à mesure que se développe l’immatérialité, tant de certaines formes de production (informatique...) que de marchandises (les divers services de communication, de santé, d’éducation et l’ensemble de ce qu’Alain Touraine dénomme les industries culturelles).

C’est cette dilatation progressive de l’ordre productif dans l’ensemble de l’espace social que révèlent essentiellement les mouvements étudiés ici. D’une part, la revendication d’un revenu garanti — à laquelle répond, à sa manière, le récent RMI gouvernemental — traduit ce débordement des anciennes frontières entre production et reproduction et du lien entre travail et salaire. Non réductible à son ancienne fonctionnalité interne à l’entreprise, c’est surtout le travail qui devient, d’autre part, un nouvel enjeu à mesure que les nouvelles technologies sont l’objet d’une réappropriation présidant aux réseaux alternatifs, aux pratiques des hackers informatiques et autres mouvements où évoluent les précaires.

Le précaire révèle donc non seulement les mutations actuelles de l’ordre productif, mais aussi l’esquisse d’une recomposition d’un mouvement social totalement écrasé dans ses formes ouvrières traditionnelles depuis dix ans. Esquisse fragile, certes, comme vont le révéler les trois parties de ce texte.

• La première partie détaille la création des mouvements de chômeurs et de précaires à travers leurs composantes essentielles et les énormes contradictions auxquelles se heurtent les acteurs particulièrement démunis et isolés de ce nouveau rapport social. Aider les plus pauvres d’entre eux à redevenir des citoyens à part entière, autogérer l’emploi précaire, revendiquer pour tous un revenu garanti, telles sont les trois stratégies qui cohabitent ou s’affrontent parfois durement [2].

• Face a ces mouvements, l’État, les travailleurs sociaux et les organisations caritatives balisent, quant à eux, la « question sociale ». La seconde partie présente, à travers l’analyse de chacun de ces acteurs, la permanence d’une conception française du chômage extérieur au système de protection sociale, qui explique largement le fonctionnement actuel du RMI.

• On aura noté l’absence remarquable du patronat et des syndicats dans ces développements. La dernière partie analyse la résistance de ces acteurs centraux du système fordien aux potentialités ouvertes par la progressive dissociation revenu-travail et la revendication d’un revenu garanti posée par les précaires.

PDF - 882.6 ko
Mouvements de chômeurs et de précaires en France, La revendication d’un revenu garanti Rapport de recherche, 1989, pdf 145p.

Table des matières

Introduction 8

I/ LES MOUVEMENTS DE CHÔMEURS ET PRÉCAIRES, TROIS FORCES CONTESTATRICES 11

1/ Représenter les sans-emploi ? Le Syndicat des chômeurs 14
Visualiser les chômeurs, une promotion médiatique 15
Un journal, un congrès, une manifestation 18
L’éclatement 23

2/ L’expérience des Maisons de chômeurs : de l’entraide à l’assistance 26 Le local, ou comment l’obtenir 28
L’aide aux chômeurs et la polyvalence de ses services 31
Du juridique à la santé 32
Aide alimentaire, assistance ou solidarité ? 34
La dynamique trouble des services 37

3/ Les associations intermédiaires : un laboratoire de l’emploi 39
Flexibilité et besoin de travail 40
L’aide aux chômeurs par l’emploi 43
Petite scène de la vie quotidienne 
de l’association intermédiaire 46
La reconnaissance étatique 50
L’objectif du revenu 52
La précarité sur le bassin d’emploi 54
Des précarisateurs aux précaires 56

4/ Les luttes revendicatives des associations de précaires 58
Précaires : un point de vue 59
Une cible, des réseaux : casser l’image et son contrôle 64
Territoire et travail précaire, les luttes revendicatives 69

5/ Le revenu garanti : une revendication 75
Un minimum pour les pauvres 76
La vision mouvementiste d’un revenu garanti 80

II/ LE TRAVAIL SOCIAL ET LES ORGANISATIONS CARITATIVES FACE AUX MOUVEMENTS DE CHÔMEURS ET DE PRÉCAIRES 86

1/ Le chômage, un risque traditionnellement extérieur à la protection sociale 86
La dissociation administrative emploi-chômage 91

2/ Le travail social face à l’emploi précaire 95
L’implication des travailleurs sociaux dans les mouvements de chômeurs et de précaires 102
Vers une précarisation du travail social ? 107
Organisations caritatives et groupes confessionnels 112
Milieux chrétiens et mouvement des chômeurs 116
Syndicalisme chrétien et aide aux chômeurs 117

III/ VERS UNE RÉGULATION 
FONDÉE SUR UN DROIT 
AU REVENU 120

1/ La dissociation revenu-travail 120
Du salaire au revenu 120
La réaction libérale des années 1980 123
Vers une dissociation revenu/travail 125
L’État 125
Le bassin d’emploi 127
De « nouvelles » activités 129

2/ Le revenu garanti, moteur de la nouvelle productivité sociale 133
Le RMI, base d’un élargissement de l’action syndicale 135
De l’ubiquité discrète du précaire 139
Conclusion 144





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