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La Grosse Valise de Gérard Levoyer

Publié, le lundi 13 octobre 2003 | Imprimer Imprimer |
Dernière modification : lundi 13 octobre 2003


La grosse valise

Un type (A), la quarantaine, propose un journal d’aide aux sans-abri aux gens qui passent dans le métro.

A : Mesdames et messieurs, je ne fais pas la mendicité, je ne sollicite ni petite pièce ni ticket restaurant, je vous propose simplement..

Il s’arrête car il voit passer un autre type (B), la cinquantaine, qui tire une grosse valise à roulettes.

A : Oh, Patrick ! Tu vas où ? Encore en tournée ? Lyon, Bordeaux, Annecy, Quimper ?

B : Tu parles ! Métro République, tout au plus. Mais toi, tu fais quoi, là ? T’es à la rue ?

A : Non, je rends service à un copain qui a trouvé 3 jours sur un tournage.

B : Mais c’est pas un journal d’aide aux sans-abri ?

A : Mon pote est sans abri. Il a perdu son intermittence l’année dernière. Du coup sa femme l’a largué. Comme l’appart était à elle, il a couché dans sa voiture, et le mois dernier, on lui a volé sa voiture.

B : Dis-donc, ton pote, il n’a pas vraiment une bonne étoile au dessus de lui.

A : Ca non !

B : Alors pendant ses trois jours de tournage, tu le remplaces ?

A : Ben oui, magouille. On va pas dire qu’il n’est plus chômeur, plus sans-abri, puisque dans trois jours ce sera retour à la case départ.

B : Tu parles d’une case départ !

A : Et puis moi, avec l’argent que je me fais, je vais pouvoir m’acheter les cachets qui me manquent pour récupérer l’intermittence. Faut bien se débrouiller !

B : Magouille.

A : Hé oui.

B : C’est vraiment nul d’en arriver là.

A : Nul, nul… Je voudrais t’y voir, toi, avec ta grosse valise de voyageur de commerce. Tu sais que pendant 20 ans j’ai pas arrêté de bosser, tournée en province, spectacle pour enfants, cours de théâtre, le mercredi, pour les mômes, animation dans les camps de vacances, organisation de stage dans les MJC, je savais plus où donner de la tête ! Là, j’en avais des cachets. J’en avais même trop ! Je travaillais avec six compagnies différentes. Toujours sur les routes ! A quarante ans ça marche moins bien pour moi, la moitié des compagnies ont cessé leur activité, je cours toujours autant mais les têtes ont changé, on ne me connaît pas. Qu’est-ce que tu veux que je fasse ?

B : Je sais.

A : Tu sais, tu sais… tu sais rien ! C’est pas à mon âge que je vais me reconvertir. Et puis dans quoi ? Ce que je fais, je le fais bien, pourquoi faudrait que j’aille apprendre à découper de la viande pour les boucheries Bernard ?

B : Ce serait con !

A : Un peu ! Alors oui je magouille, oui je me débrouille. Pour survivre. Pour toi, évidemment, ça paraît nul de vendre des journaux. Monsieur travaille, monsieur est en tournée, monsieur va jouer dans un beau théâtre bien climatisé.

B : Mais non, je t’ai dit que je vais à République.

A : Qu’est-ce que tu vas faire à République ? Tu joues au Déjazet ?

B : Non, je vais m’inscrire à l’ANPE.(montrant sa valise) J’apporte tous mes bulletins de salaires depuis 1980.

Gérard LEVOYER





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