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De l’autre coté du guichet : Pí´le Emploi, la violence et l’ennui

Publié, le mardi 10 janvier 2012 | Imprimer Imprimer |
Dernière modification : lundi 2 mars 2015


En décembre 2008, en pleine crise, l’Assedic et l’ANPE fusionnaient pour devenir Pí´le Emploi. Nous prévoyions que les usagers seraient les premiers í pí¢tir de cette opération bí¢clée ; ce fut le cas.

Ce que nous n’avions pas prévu, c’est l’ampleur du changement en termes de management pour les 50 000 agents de Pí´le Emploi. L’établissement n’a su répondre aux angoisses de ses employés que par un durcissement féroce dans la gestion des ressources humaines [1].

La parole s’est libérée au sein de Pí´le Emploi. Personne ne sursaute lorsque la hiérarchie traite les syndicalistes de fainéants, les agents en grí¨ve de débiles profonds [2], les seniors de vieux (vieilles) [3].
Cette violence verbale et organisationnelle pose question. Il n’y a plus de barrií¨res, le harcí¨lement a aujourd’hui droit de cité. Les plus agressifs des cadres se sentent autorisés í renvoyer sur leurs subordonnés la pression qu’ils sont incapables de gérer.

Une organisation fermée

L’agent de base est comptable de ses résultats, isolé, surresponsabilisé. Il a son portefeuille de demandeurs d’emploi et d’entreprises, ses dossiers d’indemnisation. C’est sur lui seul que repose la charge, non sur le collectif.
Paradoxalement, enfermé dans un planning qui découpe ses actes professionnels en procédures de type industriel, il n’a plus aucune marge de manÅ“uvre.
Ses rares moments d’autonomie sont suspects. La demi-journée hebdomadaire de fermeture au public doit íªtre rentabilisée de la premií¨re í la dernií¨re minute. Il n’y a plus une miette d’organisation individuelle. L’agent doit s’acquitter de tí¢ches planifiées par l’équipe de direction, et en rendre compte personnellement en fin de journée.

La confiance a totalement disparu. L’infantilisation, l’asservissement sont la rí¨gle. Il ne s’agit plus de chercher des solutions pour l’usager, mais de réajuster des chiffres de production afin d’atteindre les objectifs fixés aux encadrants.

Le contrí´le

Bien que tout espace d’initiative ait été supprimé, le contrí´le s’est renforcé. Le « reporting », compréhensible lorsque l’individu dispose d’une certaine autonomie, n’est plus que du simple flicage.
On demande í l’agent de justifier des écarts de réalisation entre lui et ses collí¨gues. On le renvoie í ses résultats chiffrés, sans référence aux moyens dont il dispose. Or, tous les rapports depuis des mois pointent le manque criant de ressources í Pí´le Emploi.
Le contrí´le s’opí¨re, entre autres, lors d’entretiens de suivi d’activité, inscrits dans le plan de prévention des risques psychosociaux. Présentés par la direction comme des espaces de dialogue, ces entretiens managériaux se réví¨lent íªtre des huis clos stressants entre le responsable d’équipe et son agent. Sans cadre et sans compte-rendu, ils permettent toutes les outrances. A tour de rí´le, chacun se voit comparé aux autres, sans prise en compte du réel travail effectué auprí¨s des usagers, et sans mesure de ses compétences acquises.

La mise í l’écart

Les victimes sont le plus souvent des agents en poste en structure (direction régionale, départementale). Leur force de travail n’étant pas directement liée í la production de chiffres, ils sont plus facilement écartables. Des personnes qui ont des années d’ancienneté, des compétences autrefois reconnues sur des dossiers pointus, se retrouvent devant un téléphone silencieux, une boí®te mail déserte.
Ce sont souvent des cadres, dont le nombre pose problí¨me. La fusion a mécaniquement généré des doublons en réunissant les agences et les directions.
Qu’il s’agisse d’une mesure vexatoire ou que leur poste ait été supprimé, ces cadres se retrouvent privés de leurs tí¢ches, écartés des réunions, sans informations, oubliés.
Le placardisé se voit contraint d’aller mendier une occupation quotidienne, pendant que son voisin de bureau croule sous le travail. Personne ne demandera son aide, personne ne partagera rien avec lui, de peur de se retrouver soupí§onné de collusion.
Trí¨s vite, l’agent tourne en rond, se déqualifie et déprime. Ses acquis professionnels deviennent obsolí¨tes, et de placard en placard, il finira par partir, tomber malade ou démissionner, au grand soulagement de ses collí¨gues et de ses supérieurs.

Que faire de ce triste constat ?

Une institution qui permet ces pratiques est toxique pour l’ensemble de ses membres, et préjudiciable í ses usagers.
Si elle ne géní¨re pas encore des processus assumés de casse du personnel, comme France Telecom, elle prend un chemin qu’il sera trí¨s difficile de faire í rebours.
Est-ce une politique de fond ou un épiphénomí¨ne lié í la fusion ? Qu’importe, les dégí¢ts sont commis, et certains sont irréversibles. Pour les agents de Pí´le Emploi, confrontés í une violence institutionnelle sans précédent, mais aussi pour les demandeurs d’emploi.

Un établissement qui ne respecte pas sa propre force de travail a perdu le sens de sa mission. Il n’a aucune raison de respecter ses usagers, placés en position de faiblesse et contraints d’accepter toutes les dérives [4].

Quid des forces de refus en interne ? Si Pí´le Emploi travaille í éradiquer la notion míªme de collectif, ce n’est pas un hasard. La convention collective est un facteur de division supplémentaire entre agents de droit public et agents de droit privé. Les cultures syndicales de l’ANPE et de l’Assedic sont aux antipodes. Seules des actions sporadiques ou individuelles voient le jour.

Alors que le chí´mage atteint un niveau record en 2011, et que les prévisions sont pires pour 2012, la question est pourtant cruciale : quel service public les agents de Pí´le Emploi pourront-ils encore offrir aux sans-emploi de demain ?

Patricia Apicella, est porte-parole de Solidaires SUD emploi Midi-Pyrénées. Elle a assigné Pí´le emploi aux prud’hommes pour « harcí¨lement moral ». í€ suivre...


25 janvier : La direction de Pí´le emploi Rennes occupée !

Compléments : « ¢ ce communiqué en date du 11 janvier 2012 : Chí´meurs et syndicats de Pí´le Emploi désignent ensemble les racines du mal
 »¢ appel í agir le 17 janvier : OCCUPONS Pí”LE EMPLOI !

PDF - 19.6 ko
Pourquoi occuper les Pôle emploi ? http://mcpl.revolublog.com/

Mémoire : 10 jan­vier 1998 : Les chí´­meurs inves­tis­sent l’ancienne ANPE de la presqu’ile qu’ils trans­for­ment en squat social lyon­nais

Tuyaux : Pí´le emploi : déjouer les convocs pour « entretien téléphonique », les radiations, le suivi...



Notes :

[1] C’est í la remise en cause de ce management productiviste, des deux cí´tés du guichet, entendent eux aussi s’attaquer que les mouvements de chí´meurs voir cette Lettre ouverte de quelques précaires aux conseillers de Pí´le Emploi.

[2] í€ propos des grí¨ves dans les Pí´le, voir Grí¨ve í Pí´le emploi lundi 4 janvier : í€ La Courneuve, le collectif n’en peut plus ainsi que Pourquoi la grí¨ve í Pí´le emploi - CFDT, CFTC, CGT, SNU Pí´le emploi FSU, Solidaires Sud emploi

[3] Poussés dehors et contraints í chercher un emploi, c’est la retraite des précaires, voir Comme Maryvonne í Brest, va falloir pointer í Pí´le emploi í 80 piges et Retraite : í 95 ans, je n’aurai pas mes trimestres

[4] í€ propos du fonctionnement de Pí´le emploi en matií¨re de droits des précaires, Moi, personne quelconque de nationalité de hasard, déclare avoir été témoin des faits suivants, des témoignages produit lors d’un récent procí¨s pour « Outrage í Pí´le emploi » (sic).

Quand l’adoption du RSA donne le la, Nous sommes tous des irréguliers de ce systí¨me absurde et mortifí¨re - L’Interluttants n°29, hiver 2008/2009.... Les désirs ne chôment pas...

Pour ne pas se laisser faire, agir collectivement :

• Permanence d’accueil et d’information sur le régime d’assurance-chômage des intermittents du spectacle
Envoyez questions détaillées, remarques, analyses àcap cip-idf.org

• Permanence précarité
Adressez témoignages, analyses, questions àpermanenceprecarite cip-idf.org

La coordination a dà» déménager pour éviter une expulsion et le paiement de 100 000 € d’astreinte. Provisoirement installés dans un local municipal exigu, nous vous demandons de contribuer activement àfaire respecter l’engagement de relogement pris par la Ville. Il s’agit dans les temps qui viennent d’imposer un relogement qui permette de maintenir et développer les activités de ce qui fut un centre social parisien, alors que le manque de tels espaces politiques se fait cruellement sentir.

Pour contribuer àla suite :
• faites connaître et signer en ligne Nous avons besoin de lieux pour habiter le monde.
• indiquez àaccueil cip-idf.org un n° de téléphone afin de recevoir un SMS pour être prévenus lors d’action pour le relogement ou d’autres échéances importantes et urgentes.

Novembre 20011, le socialisme parisien àl’oeuvre, 14 quai de Charente, opération d’éventrement sans relogement de la coordination intermittente et précaire :



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