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Les trois syndicalistes qui passent en procès le 22 juin suite à une action à Pôle emploi doivent être relaxés !

Publié, le mardi 19 juin 2012 | Imprimer Imprimer |
Dernière modification : jeudi 21 juin 2012


Suite à une action dans un Pôle emploi du XIe arrondissement de Paris le 20 mars dernier, trois syndicalistes de la CNT passent en jugement le 22 juin à 9h à la 29eme chambre correctionnelle du Palais de Justice de Paris.

LA SOLIDARITE EST UNE ARME

Face au chômage et la précarité, unissons-nous et battons nous

Le 20 mars dernier le syndicat CNT Culture-spectacle a organisé dans un cadre interprofessionnel une action syndicale au Pole Emploi du 11e arrondissement de Paris. La CNT entendait dénoncer le mépris et la stigmatisation des chômeurs qui est à l’œuvre dans le débat public. Une permanence syndicale sauvage s’est organisée à l’intérieur des locaux permettant d’échanger autour d’un café avec les chômeurs présents, de les informer sur leurs droits et sur les recours possibles face aux radiations, aux trop-perçus ou aux difficultés d’inscription [1]. Notre intervention a permis de résoudre un cas de décision arbitraire de Pôle emploi dans un dossier de trop perçu [2]. Sous la pression, la direction a reçu une usagère, accompagné par deux militants [3]. Nous avons permis à cette jeune femme de constituer un dossier de recours devant la commission paritaire qui a décidé le lendemain de l’action d’annuler sa dette et de pouvoir ainsi mener à nouveau une vie normale débarrassé de la menace des huissiers.

Nous diviser pour mieux nous contrôler

La solidarité mis en œuvre ce jour là, est la hantise du Pole Emploi. En effet, la direction du Pôle emploi donne pour consignes en cas d’action ou d’occupation d’appliquer des directives strictes invitant les responsables locaux à appeler la police, fermer l’agence et invoquer le « droit de retrait » des agents [4]. Derrière ces procédures, l’objectif de fermer des espaces de discussion collective entre usagers mais également avec le personnel [5] se double d’une volonté de division.
En brandissant la menace du blocage, le Pôle Emploi entend monter les usagers les uns contre les autres et tuer dans l’œuf tout début de contestation collective. Lors de cette action, la direction locale a appliqué à la lettre cette méthode. Trois camarades qui revendiquaient davantage de justice sociale ont été interpellés et inculpés [6] après avoir subi l’agression physique d’un usager qui a frappé une adhérente qui participait pacifiquement à l’action.

Police emploi est l’arme du capital

Nous tenons à rappeler que les chômeurs sont les premières victimes de la crise provoquée par les politiques libérales [7] et les rétablir dans ce statut consiste à dénoncer les discours politiciens dégueulasses qui chercheraient à les faire passer pour des profiteurs, des fainéants, des parasites sociaux [8]... Les parasites, les profiteurs ce sont eux : boursicoteurs, grands patrons aux salaires démentiels, banques, politiciens véreux... qui utilisent le chômage et la précarité comme une arme pour nous diviser, diminuer les salaires et dégrader nos conditions de travail.
Pour en finir avec ces logiques infernales de culpabilisation [9], de flicage et de division nous appelons les chômeurs, les précaires et les salariés à s’unir contre la répression et à imposer une véritable répartition des richesses.

Nous exigeons la relaxe des trois syndicalistes qui passeront en jugement le 22 juin 2012 à 9h et appelons à venir les soutenir lors de l’audience à la 29eme chambre correctionnelle de Paris.

Union locale CNT Chelles
Permanence syndicale tous les mercredis de 18h à 20h, au 1 bis impasse Emilie, 77500 Chelles
Contacts : ul.chelles.mlv [at] cnt-f.org
Tel : 06 5936 4102

Premiers signataires : CNT-RP, Collectif de chômeur-se-s et précaires de Lille (CCPL 59), CIP-idf, La Coordination Révoltée des Invisibles Solidaires Enragé-e-s (C.R.I.S.E) à Nancy, CNT-Syndicat de Travailleurs et Précaires 77, Union Locale CNT Chelles & Marne la Vallée, CNT Santé Social RP, CNT-Syndicat Unifié du Bâtiment, Union Syndicale Solidaires 93, CNT culture spectacle, SUD Santé-Sociaux 93, SUD-Solidaires Pôle Emploi Ile de France, Droit Au Logement, Réseau Stop Précarité, Alternative libertaire, Fédération Anarchiste, Nouveau Parti Anticapitaliste Paris, Recours radiations, SNU Pôle emploi IDF, SUD culture IDF, Chômeurs rebelles CGT du Morbihan, Mouvement des chômeurs et précaires en lutte de Rennes (MCPL),...

Samedi 30 juin à 20h : Concert de soutien aux camarades interpellés lors d’une action syndicale à Pôle emploi, avec le SUB-Urbain et ZEP / Zone d’Expression Populaire, dans les locaux de la CNT, au 33 rue des Vignoles, Paris 20ème, M° Nation, Avron ou Buzenval.

Pourquoi ces syndicalistes doivent être relaxés

Parce que Pôle Emploi ne remplit pas ses missions fondamentales. Tandis qu’il exige des chômeurs de remplir leurs « devoirs », Pôle Emploi ne fait pas face à ses obligations fondamentales telles l’information et le conseil. Les droits des chômeurs sont passés sous silence quand ils ne sont pas bafoués (Cour de cassation, civile, Chambre sociale, 8 février 2012, 10-30.892).

Pôle Emploi est devenu une zone de non droit. Il radie, perd les dossiers, suspend l’indemnisation à partir de simples suspicions de fraude, sanctionne, refuse des droits sans motif, persiste à prendre des décisions illégales (toutes les radiations rétroactives le sont potentiellement), fabrique des indus puis envoie les huissiers (voir les rapports des médiateurs qui se sont succédés à Pôle Emploi : M. Genuini et M. Walter)...

Pôle Emploi contrôle et crée un climat de défiance de chaque côté du guichet. Chaque courrier de Pôle Emploi est une menace. Chaque entretien à Pôle Emploi devient un supplice où le chômeur tente d’éviter les pièges qui lui sont tendus : de l’inscription à chaque entretien, avec incitation à entrer dans n’importe quel atelier ou prestation, en passant par la convocation qui arrive « dématérialisée » dans la plus grande discrétion.

Pôle Emploi crée une insécurité permanente et multiplie les instructions pour maintenir l’ordre. Les chômeurs n’ont plus confiance dans cette institution qui les maltraite et n’a pas plus d’égard envers son personnel. Les dysfonctionnements, qui ne sont aujourd’hui un secret pour personne, provoquent des réactions vives, mais bien inférieures à la violence subie. Combien de chômeurs dirigent cette violence contre eux ?

Pôle Emploi a semble-t-il décidé de bâillonner les chômeurs récalcitrants et de criminaliser les militants syndicalistes qui dénoncent, preuves à l’appui, les manquements de Pôle Emploi. Se battre pour le respect des droits et pour plus de justice sociale n’est ni un délit, ni un crime : c’est un acte de solidarité.

Voilà pourquoi les trois syndicalistes qui passent en procès ce 22 juin doivent être relaxés.


Par ailleurs : Un chômeur est condamné à 8 mois de prison dont 4 fermes et incarcéré pour des menaces à Pôle emploi...

Les notes qui suivent sont de la rédaction.



Notes :

[1] Voir Pôle emploi : déjouer les convocs pour « entretien téléphonique », les radiations, le suivi... ainsi que Jurisprudence, Pôle Emploi condamné pour insuffisance d’information et, par exemple Pôle emploi : Radiation et indû annulés par l’action collective Porte d’Auteuil.

[2] La plupart des indus sont non seulement arbitraires et illégitimes mais aussi illégaux, voir « Répétition de l’indû », Unedic zone de non-droit. Comme il s’agit de centaines de milliers de décisions, il est vraisemblable que la nécessité finisse par entraîner des procédures contre Pôle, voir une saisissante synthèse sur le rapport au droit, à la légalité et aux institutions chargées de la mettre en œuvre de ceux qui refusent de se laisser gouverner. La logique ici décrite peut s’appliquer partout où « ayant-droits » et collectifs bataillent sur des litiges en matière de droit social : Se défendre, de Michel Foucault.

[3] La loi garantit aux usagers des institutions sociales la possibilité de se faire accompagner lors de leurs démarches, voir les Articles 24 et 25 de la Loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations.

[4] Voir cette circulaire Pôle Emploi de septembre 2010, suite à la grève des chômeur-ses de 2010 (voir Ni emploi forcé, ni culpabilisation, ni management, grève des chômeurs !), intitulée « Conduite à tenir en cas de manifestation sur un site ».

[5] La direction craint par dessus tout que la frontière érigée entre ceux qui sont placés de part et d’autre du guichet soit franchie, voir, par exemple Lettre ouverte de quelques précaires aux conseillers de Pôle Emploi, Mcpl, Rennes.

[6] Pôle emploi menace, par voie d’affiche dans chaque agence, tous ceux qui n’acceptent pas la manière dont ils sont traités et le font savoir et s’essaie à judiciariser les conflits dont son fonctionnement est l’enjeu voir Outrage à Pôle emploi : Moi, personne quelconque de nationalité de hasard, déclare avoir été témoin des faits suivants ainsi que Outragé, Pôle emploi mord la poussière .

[7] L’évidence d’un libéralisme du capitalisme n’en est en fait pas une, voir La mort du libéralisme, Laurent Jeanpierre.

[8] Voir ce florilège de propos de droite et de la gauche de droite en faveur de l’idéologie du travail : Abjecte sarkophagie travailliste : « Le travail, c’est la liberté, le plein emploi est possible ».

[9] Sur les ressorts actuels de cette culpabilisation et sur la fonction de cette dernière : « L’implication de la subjectivité dans l’économie néolibérale, la fabrication du « capital humain » s’expliquent précisément par l’économie de la dette. Le capitalisme contemporain, d’une part, encourage les gouvernés à s’endetter (aux États- Unis, où l’épargne est négative, on contracte tous genres de crédits à la consommation, pour acheter une maison, pour poursuivre ses études, etc.) en ôtant à l’endettement en général toute charge culpabilisante ; d’autre part, il culpabilise individuellement les citoyens en les rendant responsables des déficits publics (de la Sécurité sociale, de l’Assurance-maladie, de l’Assurance-chômage, etc.), qu’ils sont invités à combler en sacrifiant leurs droits sociaux. Cette incitation à contracter des crédits et cette obligation de faire des sacrifices pour réduire le déficit des dépenses sociales ne sont pas contradictoires, puisqu’il s’agit d’installer les gouvernés dans un système de dette infinie : on n’en a jamais fini avec la dette dans le capitalisme financier, tout simplement parce qu’elle n’est pas remboursable. » Extrait de Dette objective et dette subjective, des droits sociaux à la dette - Enquête collective.



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