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Paris Villette : Lettre ouverte de Joël Pommerat

Publié, le mercredi 17 octobre 2012 | Imprimer Imprimer |
Dernière modification : mercredi 17 octobre 2012


"Au départ j’avais des réticences à m’engager en première ligne dans cette crise que connaît le Théâtre Paris-Villette. J’avais peur que ma voix ne soit pas très crédible. Etant donné mon vécu, mon histoire dans ce théâtre. Je pensais qu’il fallait que des personnalités extérieures s’impliquent.
Elles seraient mieux entendues et passeraient davantage pour objectives.
Et puis j’ai été choqué par ce qui s’est passé. Et j’ai décidé que crédible ou pas, j’allais m’exprimer.
Ce qui m’a choqué, c’est le comportement, c’est le cynisme et les mensonges des responsables de la Mairie de Paris, développés à travers différents communiqués. Avec un argumentaire très bien étudié. Cette opération de communication m’a fait penser au dicton « Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage ».
Et dans le genre c’est du grand art.

Mais le plus grave, c’est que ce dénigrement a marché. Une grande partie de la presse s’est faite l’écho de cet argumentaire très bien « travaillé » de la ville.
Même dans des articles parfois en sympathie avec le théâtre sont repris les éléments faux et malheureusement assez percutants des communicants de la ville.

Ce qui me désole et alimente ma colère aujourd’hui, c’est que dans l’opinion (même celle qui aurait pu se mobiliser), je vois que le mal est fait. Une certaine histoire a été écrite dans laquelle la Ville se donne le beau rôle. Et le directeur de ce théâtre, Patrick Gufflet, passe pour un gentil irresponsable (sur le plan financier).
Il n’aurait aucune « motivation » pour faire venir du public dans son théâtre malgré les immenses moyens dont il dispose, malgré la générosité patiente et débonnaire de la ville.
Ça donne : « Pourtant la ville l’a soutenu et a essayé de le remettre dans la bonne voie. Mais il n’écoute pas ! »
Et là, en plus, il a déjà dépensé entièrement sa subvention 2012. « Les spectateurs ont chuté de 50 pour cent en cinq ans. »
« Et vous savez quoi ? Un spectateur du Paris-Villette coûte aux contribuables 250 euros. » Horreur !
Qui en cette période de crise n’éprouverait pas un malaise face à un tel portrait et une pareille situation ?
Et à l’écoute de cette version des faits et des personnages, il n’y a pas grand monde pour s’émouvoir de la fermeture de ce théâtre.

Le premier problème dans tout ça, c’est que cette histoire, j’allais dire ce film de propagande, a donc très bien marché dans l’opinion.
Le deuxième problème c’est que tous les arguments développés sont archi-faux ou fallacieux. Donc malhonnêtes intellectuellement et moralement. Et c’est grave. Ça me désole. Ça me choque.

Je vais même dire, je trouve les moyens employés ici dégueulasses. Car ça a des répercussions énormes. Un théâtre de création est en train de fermer !
Et c’est là qu’on nous nous trompe le mieux.

Car je ne crois pas que c’est la peau du directeur actuel qui est recherchée. D’ailleurs la question de Patrick Gufflet en lui même, selon moi, n’est pas importante. Je trouverais même personnellement assez normal qu’il laisse la place à un autre ou une autre après son beau parcours.

Mais à travers la mise en cause de son directeur, c’est en réalité le « lieu » Paris-Villette et son projet d’un certain théâtre qui paraît être visé.
La ville semble vouloir liquider ce théâtre et son projet artistique particulier.

Elle n’y croit plus, visiblement. Elle-même dit qu’elle veut y faire autre chose, mais ne dit pas quoi.
Et là je dis : « Mesdames Messieurs qui êtes aux commandes de cette opération, c’est vous qui êtes irresponsables. C’est vous qui êtes légers ! »

Une programmation est annulée. Des artistes sont mis sur le carreau. Le personnel voit son avenir mis en péril.
Et un projet de théâtre artistique ambitieux est démonté, une certaine ambition culturelle reconnue par tous est sacrifiée.

Pourquoi ? Je n’ai pas la réponse.
Et je n’irais pas plus loin dans le procès d’intention.

Je suis déçu qu’une institution comme celle de la Mairie de Paris pour laquelle j’avais une grande considération en tant qu’artiste et homme de gauche se soit livrée ainsi à de telles méthodes : une opération de basse oeuvre, de dénigrement cynique.
Tout ça dans le but de pouvoir justifier la fermeture d’un théâtre et surtout la liquidation d’un projet artistique singulier (dans lequel visiblement elle ne croit plus) sans avoir à subir le poids de trop grandes protestations.

Je me demande vraiment : « mais pourquoi est-ce qu’ils font ça ? » Pourquoi est-ce qu’ils mentent sans scrupule et déforment ainsi la situation de ce lieu ?
Pourquoi la présentent-ils sous ce jour aussi nettement défavorable et même caricatural...
Quel est leur dessein ?

Surtout. Pourquoi est ce qu’ils lâchent ainsi un projet dans lequel ils disaient croire il y a encore quelques mois ?

En ce qui me concerne, je ne peux pas me faire à l’idée que ce soit la Gauche qui ferme des théâtres et casse des projets culturels ambitieux. Je n’arrive pas me faire a l’idée que ce soit la Gauche qui ne croit plus a la création et à l’Art.

J’appelle tous les artistes qui se sentent concernés.
Ainsi que tous les citoyens en général qui pensent qu on ne doit pas abandonner maintenant l’art et la culture de création...
A se mobiliser.
Et à ne pas être dupes de ce qu’on leur présente comme simplification.
Je les appelle.
A se mobiliser.
Pour empêcher que ce théâtre soit abandonné, fermé en cours de saison.
Ses employés et ses artistes mis à la rue.
Mais encore plus.
Je les appelle à faire pression pour que ce théâtre puisse poursuivre, sans qu’elle soit remise en cause ou amputée, sa mission culturelle, artistique, honorable et intègre.
Avec ou sans son directeur."
Joël Pommerat - 15/10/2012

Le mot « culture » dérive de « colere »





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