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Francfort en 2006 : 6000 étudiants en ag et dans les rues


Mercredi 10 mai 2006

Publié, le dimanche 1er février 2015 | Imprimer Imprimer |
Dernière modification : dimanche 15 mars 2015


Le 18 mars 2015 sera inauguré à Francfort le nouveau siège de la Banque Centrale Européenne [1]. Reste à savoir si ce qui s’y passera [2] sera contenu dans les formes déjà connues et quelque peu épuisées du mouvement altermondialiste ou si nous allons assister à la naissance d’une forme d’expression inédite du mécontentement, à l’échelle européenne.
Retour sur des manifestations en 2006...

Nous avions été invités en tant que participants à la Coordination des Intermittents et Précaires d’Ile de France pour différentes rencontres à Francfort, le lundi 8 et le mardi 9 mai 2006 (lundi : intervention à l’école d’art Städelschule à propos de la cip-idf, de la discontinuité de l’emploi et des droits sociaux // mardi : rencontres au centre social ivi -institut für vergleichende irrelevanz- autour des luttes contre la précarisation en France et en Europe, puis autour des images de/en lutte). Lorsque le mardi après-midi nous avons appris qu’une assemblée générale contre la réforme des droits d’entrée à l’université se préparait pour le lendemain, nous avons décidé de rester un jour de plus pour pouvoir raconter aux étudiants de Francfort quelques éléments du mouvement contre la loi pour l’égalité des chances et le CNE en France.

Le blocage comme nécessité

C’est un mouvement étudiant en 2003 qui avait permis d’ouvrir le centre social ivi dans un ancien local universitaire - dévolu à l’enseignement de l’anglais avant son déménagement - pour en faire un lieu de lutte, à la fois université ouverte et lieu d’habitation… Ce mouvement s’était constitué contre la création de frais d’inscription pour les redoublants. A cette époque, la grève avait été votée mais peu suivie : il y avait ceux qui faisait grève et ceux, nombreux, qui continuaient à aller en cours.

En Allemagne, les droits d’entrée à l’université sont en cours de réforme. Ces réformes sont votées région par région (land par land). Ainsi dans le land où se trouve Berlin, elle est déjà en application alors que dans le land de Hessen – où se trouve Francfort- la loi a été votée le 5 mai 2006. Jusqu’ici, l’entrée à l’Université était gratuite en Allemagne (même si les étudiants devaient payer la sécurité sociale). La réforme crée des droits d’entrée, d’environ 500 € par semestre pour les étudiants allemands et de l’UE, et de 1500 € par semestre pour les étudiants hors UE.

Récit de la journée du mercredi 10 mai 2006 à Francfort

Nous nous dirigeons vers la Johann Wolfgang Goethe Universität, au loin on entend une forte rumeur :
« - C’est l’AG que nous entendons ? - Oui. »

Près de 6000 personnes sont sur le parvis et aux fenêtres des tours attenantes, et écoutent différents intervenants qui s’adressent à eux d’un balcon. Nous intervenons (voir ci-après). À l’énumération des différents lieux bloqués lors du mouvement français, les étudiants sifflent, applaudissent, crient. À la fin de l’AG, certains membres du ‘comité de mobilisation’ – en majeure partie composée d’étudiants membres d’ASTA, qui n’est pas vraiment un syndicat étudiant, mais est très proche des Verts et du parti Social démocrate, et semble tenir le même rôle que l’Unef en France – coupent le micro lorsque des étudiants veulent évoquer la mise au vote de la grève, les questions d’organisation, les blocages et la suite… Seule une motion « l’AG est contre la réforme » est votée. Un départ en manif est organisé.

Le rythme est rapide, la manifestation se dirige vers la gare centrale. On peut entendre des slogans comme : « Des savoirs pour tout le monde ou sinon c’est l’émeute », « Nous sommes là, nous faisons beaucoup de bruit parce qu’on nous vole notre culture », « Sans culture, je deviens terroriste », mais aussi voir des banderoles : « En France, apprendre signifie apprendre à vaincre » ou encore « Faisons-le à la manière française ».

Nous passons un gros carrefour, accès principal à l’autoroute, personne ne s’y arrête. Des voitures de police qui essaient de se faufiler dans la manif sont bloquées à l’arrière. Premier arrêt sur un carrefour de tramway alors que la tête de manif continue. Il fait beau, certains ramassent des petits cailloux pour les mettre dans des bouteilles en plastique et faire du bruit. Nous repartons vers la gare. Les flics bloquent toutes les entrées du bâtiment, le cortège n’entre pas, mais reste amassé devant la gare. Après une demi-heure, et malgré la volonté de certains étudiants de continuer le blocage, nous reprenons la route. Mais dès la première ligne de tramway que nous croisons, de jeunes étudiants commencent enlever des rails pour les mettre en travers de la route, sous les applaudissements des autres manifestants. Une voiture qui essaye de passer est bloquée par une rambarde de travaux. Le carrefour est bloqué par toutes sortes d’objets. Nous continuons la manifestation, de plus en plus nombreux, et régulièrement pendant plus de 2h les carrefours seront bloqués, et le matériel des travaux publics ainsi que les poubelles mis en travers des voies de circulation…

Comme toutes les manifestations à Francfort (apparemment), la manif se termine sur la place de la mairie, place circulaire piétonne et touristique, genre Disneyland Bavière. La police bloque l’entrée de la mairie et l’accès de la plupart des rues menant à la place. Des prises de paroles au mégaphone. Quelques jets d’œufs sur la mairie. Nous apprenons qu’une dizaine de manifestants ont été arrêtés pendant la manif, et peu de temps après, un manifestant se fait choper par les flics sur la place. Mouvement de foule pour le récupérer. Les flics bloquent, des négociations commencent. « Libérez nos camarades ». Ce serait pour un contrôle d’identité. Le ton monte, quelques jets de bouteilles de bière, les flics chargent, un pot de fleurs traverse la place, nous essayons de faire bloc et que personne ne soit pris. Les flics se calment, au mégaphone quelqu’un d’ASTA appelle au calme et se fait huer par la majorité des manifestants. Nous attendons des nouvelles des arrêtés. Une battucada donne le rythme autour de flics entrés à l’intérieur de la manif. La personne interpellée sur la place est relâchée, pour les autres nous attendons toujours, la police nous dit qu’ils seront bientôt libérés. La place se vide peu à peu.

Ceux qui restent décident de repartir en manif pour aller au commissariat central, via une autre université. Pendant plus d’une heure et demie, nous sommes plus d’une centaine à traverser la ville en bloquant les voies de circulation (voitures et trams), suivis et précédés par la police qui bloque toujours une des voies tandis que nous occupons l’autre. Nous nous dispersons devant le commissariat, les autres ont été relâchés.

Ceux qui avaient participé aux mouvements précédents en Allemagne ont été surpris par la forme de cette manifestation (notamment le blocage des voies de circulation), la qualifiant à plusieurs reprises de « More Powerfull » et y retrouvant des pratiques qu’ils n’avaient pas vues depuis longtemps. En tous cas, cette manifestation semble avoir largement été influencée, sinon par notre intervention en AG comme ont pu nous le dire plusieurs manifestants, du moins par les images et la puissance du mouvement français de ce début d’année (de même que les modes d’actions et les images du mouvement de novembre ont sans doute marqué les esprits et influencé les pratiques du mouvement parti des universités). « Faisons le à la manière française » proposait une banderole. De l’utilité de faire le lien et d’échanger au niveau européen. De la nécessité d’une continuité des mouvements au-delà des territoires nationaux.…

En tout cas, ce fut joyeux et powerfull. Un début ?


Intervention à l’assemblée générale étudiante du mercredi 10 mai 2006 Johann Wolfgang Goethe Universität, Frankfurt

Bonjour, nous sommes deux participants à la Coordination des Intermittents et Précaires d’Ile de France. Cette coordination est née en juin 2003 en réaction à la destruction du régime d’assurance-chômage des intermittents du spectacle. Comme beaucoup d’autres collectifs de chômeurs et de précaires qui ont mis les droits sociaux et la lutte contre la précarisation au centre de leur travail, nous avons participé au large mouvement contre la précarisation qui est parti des universités françaises au début de cette année.

Nous voulons vous rapporter ici quelques éléments de ce mouvement. Le début de la mobilisation des étudiants français est parti du refus d’un nouveau contrat précaire pour les jeunes - le CPE - mais également d’une loi plus générale - dont faisait partie le CPE - qui prévoit entre autres : l’apprentissage à 14 ans, le travail de nuit à 15 ans et la suppression des allocations familiales en cas d’absentéisme des enfants à l’école. Cette loi s’appelle la « loi pour l’égalité des chances ». Mais « l’égalité des chance », c’est l’hyper concurrence pour tous et le loto comme seul droit. Nous ne voulons pas « l’égalité des chances », nous voulons l’égalité des droits.

La force de ce mouvement a fait sens pour nombre de jeunes et de précaires en Europe, qui vivent les effets de cette politique de précarisation à l’œuvre partout. De nombreux étudiants européens sont venus lutter avec les étudiants français. Il y a eu de réelles rencontres et des étudiants français et italiens – qui s’étaient mobilisés à l’hiver 2005 - ont organisé le 2 mai à Paris, une assemblée européenne des étudiants et précaires. Une seconde AG européenne aura lieu en septembre en Italie, nous espérons que vous serez à nos cotés.

Beaucoup d’étudiants qui ont participé à ce mouvement n’étaient pas syndiqués ou « politisés », n’avaient jamais connu de mouvement, et c’est dans la lutte qu’ils ont appris à s’organiser.
Comme vous aujourd’hui, ils se sont d’abord réunis en AG. Ils ont voté massivement la grève et le blocage de l’Université. Puis ils ont appliqué ce vote en bloquant concrètement leurs facs, empêchant ceux qui refusaient la grève de suivre normalement les cours.
Et c’est à partir des facs bloquées qu’a pu être porté le blocage en dehors des facs, que s’est organisé le blocage économique des villes.

Parce que nous savons qu’aujourd’hui la manifestation et la grève ne suffisent plus, nous avons organisé des actions de blocage de l’économie dans les métropoles françaises. Des milliers de lycéens, d’étudiants, de précaires ont ainsi occupé, bloqué : des gares de train, des voies routières, des périphériques, des dépôts de bus, des mairies, des organisations patronales, des boîtes d’interim, des anpe, des mass media : radio, télévision, presse…

Et c’est l’articulation d’un large mouvement de masse, avec la participation des syndicats et des millions de personnes dans la rue, et de ces actions de blocage de l’économie, qui a réussi à faire plier un gouvernement qui n’avait pas plié une seule fois depuis qu’il était au pouvoir.
Nous sommes donc venu ici pour vous dire que c’est possible !
Votre mobilisation qui commence ce jour, à la suite de l’Italie et de la France, est importante pour la continuité des mouvements européens, et pour tous les précaires d’Europe.
Merci d’être ici aujourd’hui.



Notes :

[1] la BCE travaille en particulier en suivant les injonctions de l’OCDE, Organisation de Coopération et de Développement Economique, dont nous avions occupé le siège parisien en novembre : Occupation du siège de l’OCDE à Paris : contre l’austérité, droit au chômage ! et Occupation du siège de l’OCDE, suite(s)

[2] Depuis plusieurs mois, un appel, traduit en plusieurs langues, circule sur les réseaux sociaux européens : Appel de la destroika à toutes les réalités antagonistes



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