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Le Moral des Ménages


Portrait de RSAste en consommateur - Témoignage autofictif

Publié, le dimanche 10 mai 2015 | Imprimer Imprimer |
Dernière modification : dimanche 10 mai 2015


Colère et distance mêlées, voici une parole singulière énoncée depuis l’expérience d’une situation de « RSAste » que le contexte social et politique charge de culpabilité.

Mon banquier est une ordure, à l’instar de tous les financiers de France, de Navarre et du système solaire...

Ah, ça en fait , du monde !!!!

Ce brave homme, moyennant sa petite commission, tolère avec mépris deux à trois chèques sans provision par an.

Il est vrai qu’après le passage de mes bienfaiteurs, c’est-à-dire EDF, mon assureur, voire PLUS, si affinités (ah oui, ces êtres pleins d’amour se surajoutent et ne cessent de s’agglutiner !...), me reste entre un euros sur trois et un euro sur quatre pour vivre.

Un euros sur 4 sur un RSA de 452, c’est pas beaucoup beaucoup...

Un euro sur 4 pour :

1) Bouffer
2) Laver la vaisselle
3) Faire sa lessive
4) S’habiller
5) Se laver

Ce qui signifie qu’avec 3 euros sur son compte, et encore le 15 du mois, on possède ENFIN la liberté :

1) De récolter beurre, pain, eau minérale et autres desserts matin, midi et soir dans les poubelles...
2) De se faire chier dimanche et lundi, car TOUT est fermé, y compris, of course, les RARES bibliothèques...
3) De laver les hardes trouées et crasseuses dans une baignoire à l’eau glacée (la chaudière fuel concernant l’eau de l’immeuble est en réparation ...), et ce, à l’aide d’un liquide vaisselle dont, EVIDEMMENT, le niveau s’amenuise...
4) De récolter les lingettes inside les poubelles du Mc Do, suite à quasi-disparition :
a) Du papier hygiénique.
b) Des rares feuilles de sopalin ENCORE disponibles et pour pas TRÈS longtemps...
5) D’agglomérer, en une géométrie aléatoire et chancelante, les rares rogatons de savons rescapés d’un sac poubelle de plus en plus vide...
6) De diluer, surdiluer, noyer, submerger les rares gouttes de vinaigre rescapées d’une bouteille de plus en plus cabossée afin de désinfecter les rares couverts (jetables) encore disponibles. De plus en plus rayés, certes...

Face à la dégustation de cette agréable et spectaculaire ascension sociale , plusieurs options restent disponibles :

1) Faire la manche
2) Demander des sous à maman
3) Hanter les divers accueils de jour
4) Se masturber
Hypothèse utopique : mon équipement standard se dérègle à la chaleur ...
5) Rencontrer les militants professionnels
Productivité INFERIEURE à la proposition 4)
6) Pleurnicher auprès de mon nouveau travailleur social, que, ma pauvre Lucette, je connais pas.
Ce gros batârd, il attend que ça, et je me demande quelle calembredaine et autre sournoiserie cet étrange fantôme prémédite à mon égard.
7) Chercher du travail
Pourquoi pas...
A l’aide de T-shirts troués et autres pantalons dépourvus de fermeture éclair, la tâche s’annonce ardue.

Allez, Simone, dix centimes d’euros depuis dix jours...

C’est alors que Jésus descend sur la Terre, offrant sagesse, paix, amour et bouteille de shampoing à ses enfants perdus.
Heureux les simples d’esprits : le royaume des cieux leur est offert !
Traversant la nuit étoilée, Saint-Pierre, auréolé de gloire, assisté des archanges et de la foule des douze apôtres, bénit les pauvres et autres miséreux de sa bouteille d’huile d’olive. Dans un halo argenté, la poudre de lessive scintille sur le drap immaculé de Pierre Gattaz, conduisant les pauvres méritants et responsables au royaume des Cieux !
Surgissant de la Voie Lactée, le Saint-Esprit offre le séjour du jardin d’Eden, le pays merveilleux où coulent noodles et liquide vaisselle ! Et, surplombant le Saint-Pib, où chaque âme est soumise au jugement de la Cour des Comptes, la Porte du Paradis s’orne de purée en poudre...
Pas d’excédent budgétaire ?
Le Prince des Enfers, Jean-Claude Juncker, est sans pitié !
D’un geste ferme et sans retour, il chasse la pauvre âme à coup d’huissiers, de saisies sur salaire, ou pire encore, il a tant d’idées !
Et le spectre affronte l’Océan des Factures et la Montagne du Découvert Autorisé...

Alors, inondé d’effroi, on jette, épuisé et furieux, une couverture putride et imprégnée de plusieurs mois de poussière.
Alors, à l’heure où les ténèbres imprègnent encore le silence et l’ennui, on récupère un pauvre sachet de thé. Le dernier...
Inondé d’eau froide et d’un fond de liquide vaisselle surdilué, on nettoie à grand-peine un corps fourbu à l’eau glacée.

Et hop, un car surchauffé s’achemine vers un destin pourri... Sale, grisâtre, écrasée d’un soleil jaune pisse, surplombant une végétation rase et carbonisée, la zone industrielle s’étend et se pavane dans toute sa gloire...

D’abord, faire preuve de ses capacités en natation humaine au milieu des pleurs enfantins, colères parentales et autres joyeusetés, entre casiers surchargés et caddies qui dégoulinent.
Et répertorier, comparer, d’un bout à l’autre du magasin : viande, noodles, produits d’entretien et autres rincoincoins. Le moins cher, la quantité MAXIMALE.

Oh !!!!
Trois yaourts pour le prix d’un !
Et des pains de savon à cette promotion !!!!!
Notre Père qui êtes aux cieux, que Ton Nom soit sanctifié, que Ton Règne bénisse les huit litres de vinaigre à 2 euros cinquante et les six litres de shampoing top délire méga groove !!!!!
Et l’adjudant Tifrice à 1 euros les 4 tubes , tralalalallèreuuuu !!!!!

C’est alors qu’obèses, ventrus et dégoulinants, les sacs, cabas, caddies éparpillent un merdier exponentiel dans les hurlements excédés de la foule en délire. Un devoir moral s’impose, en pleine et entière conscience : chercher encore un des indécrottables et innombrables trucs permettant, éventuellement d’abriter, traîner, porter, shooter le tas de bidules et autres machins.

D’abord, poser les trois haltères dans un mètre carré pas trop fréquenté.
Puis se souvenir d’un temps où la jeunesse du monde entretenait fleuves, torrents et océans : la natation humaine, c’est pas du luxe au milieu du troupeau consumériste. Préférez la brasse au crawl ,cher citoyen : prudence est mère de sûreté et endurance, d’efficacité...
En effet , suite au dépeuplement estival du troupeau, l’effectif du magasin est ajusté en conséquence...Traduction : comme y a pas assez de cons, eh ben, des caisses ouvertes, y en a pas beaucoup, na !

Ah ! ouais...
Va quand même falloir les identifier, les pont-levis disponibles...
Et traverser, rendre hommage, s’excuser d’éventrer les files d’attente en serpentins où la colère des respectables citoyens s’écrase , noyée de sueur et de bêtise.
- Non, madame , je cherche un sac. Votre pomme de terre ? C’est pas MOI qui l’ai fait tomber. C’est ça, joyeux Noël , et bonne année !!!!!!

Enfin, la découverte du Saint- Graal en poche, rejoindre le, ou plutôt LES tas d’haltères...
Bon, allez ,on récapitule pour les mal-comprenants : d’abord, traverser la foule (reportez-vous aux paragraphes précédents), et après...
Les emmerdements , quand y en a plus, y en a encore, Eléonore...
Eh ben, après, c’est pas fini, Rémi !
Passque, faut les RETROUVER les tas d’ haltères. A présent disséminés, dissimulés, cachés, putain le merdier ! En effet, lecteur, les bœufs ont besoin de place pour brouter. Entre cornes et sabots, ils ont déplacé, écrasé, éventré l’ineffable trésor accumulé au fil des siècles ...
Alors il devient nécessaire d’arpenter, escalader,gravir ,explorer les rayons. Bon, on en a QUAND MÊME retrouvé les deux tiers.

Et... que fait cet employé ?
- Je participe à la mise en rayon, monsieur !

Et voila, il faut reconstituer...
Bon, les enfants, veuillez ENCORE vous reporter aux paragraphes précédents.Variable à prendre en compte : la masse volumique réduisant d’un facteur 3 les quatre membres. En effet, 1 litre égale 1 kilo. Eh ben, on n’est pas dans la merde...

- Mesdames et Messieurs, nous informons notre aimable clientèle que notre magasin ferme ses portes dans 5 minutes ! Veuillez vous diriger vers les portes de sortie !

Ah, c’est dur, la natation d’endurance ! Surtout avec trente-huit kilos autour des bras...

- Non , Monsieur , je ne pousse pas ! C’est pas moi qui écrase la patte du chien...

Et... la caisse va fermer ?
Alors, c’est facile, pour la file d’attente, voir plus haut. De toute façon , on n’est JAMAIS dans la bonne file d’attente.

C’est alors qu’on signe le chèque, dont, évidemment, le montant est 5 à 8 fois supérieur à la valeur escomptée. Oh, de toute façon, au point où on en est... Bon... Ah ben, oui, maintenant, faut rentrer. Avec cinq ou six GROS sacs de merdier, bourrés à craquer...

Combien de kilos ? Je sais pas... Beaucoup... Ça fait très mal au dos et, EN PLUS, ça brûle les mains... Allez, HOP ! On les utilise comme balancier ! D’abord, rejoindre l’arrêt de bus, situé A L’AUTRE BOUT DU MAGASIN...

Et...

Boum-badaboum, la bouteille d’huile s’envole du troisième sac et s’éventre sur la chaussée... Suivi du énième paquet de nouilles... Jamais deux sans trois : shampoing, te voila...

Après moultes péripéties et aventures, la cabine surchauffée d’un arrêt de bus miteux se présente à l’horizon. Evidemment, c’est râpé : le banc est DÉJÀ complet ! C’est pas grave, le car de beaufs va pas tarder...

Eh ben SI, Rémi !
C’est l’été, René !
Des bus, y en a moins, BEAUCOUP moins, Lucien !

Eh ben, faut attendre... Attendre et... Bravo, bonne réponse ! Attendre, of course !
- Ah, la journée de merde ! J’aurais mieux fait de pas me lever !, radote le bon citoyen, noyé de sueur et de poussière, dont le beurre ne cesse de fondre, noyant le papier hygiénique...

Bon, Gaston, les emmerdements, quand y en a plus, y en a ENCORE, Eléonore...

Ah oui, c’est dur, très dur de s’engouffrer au milieu du troupeau.
- Non, Monsieur, je ne percute pas vos côtes !
Et voila TROIS poussettes, écrasantes, imposant les six mètres carrés de présence.
Faut-il descendre ?

Trop tard, le chauffeur, impatient de se débarrasser du troupeau, enclenche la vitesse MAXIMALE. Et hop ! Le chauffeur freine, faisant valdinguer touristes et autres malchanceux...

Et TOUT mon merdier...
SURTOUT les oeufs !
Bon, pendant qu’ça roule, faut ramasser, René...

- Nous tenons à prévenir notre aimable clientèle que cet arrêt n’est pas desservi pendant la durée de la déviation.

Traduction : tu l’as dans le cul, et faut se taper dix minutes de marche AVANT la station de métro.
D’abord, être le premier à l’arrêt, pour protéger son merdier des ruades furieuses d’un troupeau impatient.

Dix minutes en côte plus quarante kilos égale...
Y pleut pas...
C’est déjà ça...

Attendre près des ascenseurs...
(Reportez-vous au chapitre 10 , c’est-à-dire l’arrêt de bus)

Et voila l’heure bénie du rangement...

Ah ! Putain de merde ! On a ENCORE oublié quelque chose !
De vital , of course...

S.L.



Notes de la rédaction :

Parmi d’autres, un exemple récent des pratiques de la grande distribution : Super U... miliation en Ariège : pauvres, passez votre chemin ! - C.A.F.C.A.

Une forme de lutte politique : Les autoréductions - Grèves d’usagers et luttes de classes en France et en Italie (1972-1976)

D’autres témoignages autofictifs mis en ondes dans les années 90, ces auto-dénonciations de chômeurs et RMIstes honteux : Nos amies les miettes.



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