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Rencontres de Ljubljana pour une grève sociale transnationale

Publié, le mercredi 7 juin 2017 | Imprimer Imprimer |
Dernière modification : lundi 12 juin 2017


Compte rendu des rencontres TSS (Transnational Social Strike) [1] des 20 et 21 mai 2017 à Ljubljana (Slovénie)

Par Nacéra (Collectif « je suis là », Collectif Parisien pour la protection des jeunes et mineurs isolés étrangers) et Stéphane (CIP-IDF)

Samedi 20 mai 2017 au matin

Atelier Travail Logistique

Georgio Grappi, universitaire italien de l’université de Bologne, a introduit la séance.

Il a rappelé qu’il était désormais acquis au sein de TSS que la logistique n’était pas uniquement un secteur d’activité mais un angle de vue sur la transformation du travail et de la production. Le travail est à son sens transformé par la logistique qui constitue un sujet crucial et un enjeu politique. C’est dans ce lieu, et au travers des transformations qu’il imprime au monde du travail, qu’il importe donc de considérer les luttes à venir. La logistique est une organisation du travail par l’informatique et notamment par l’usage d’applications qui deviennent les patrons d’auto-entrepreneurs ou d’entrepreneurs livrant les produits sur des vélos ou dans des containers.

La gig économy (l’économie des petits boulots précaires dépendant de plateformes informatiques - proche de l’idée d’ubérisation) est encore mal connue, et notamment par ceux qui en participent. Les divers acteurs de cette économie ne se connaissent pas. Il importe donc d’inventer de nouvelles formes de luttes pour ces acteurs de la gig économy. Les frontières de cette économies dépassent les cadres nationaux, mais il en est de même pour ces acteurs : ainsi c’est à l’occasion d’une grève de ces travailleurs précaires à Turin, qu’ils découvrirent qu’ils menaient aussi une grève de migrants.

L’objectif est de générer ces grèves locales de travailleurs précaires pour les faire ensuite monter à un échelon politique.

La logistique en effet, dans ses dernières transformations, implique une réorganisation des villes, et une normalisation spatiale de l’espace urbain en Europe.

Steven, qui représente des dockers du port de Göteborg en Suède récemment en grève. D’après lui cette grève a pu avoir lieu car leur syndicat ne fait pas partie d’une Fédération nationale, au contraire de tous les autres. Le conflit a été dur car le patronat local refusait précisément de discuter avec un syndicat indépendant. Le travail dangereux, demande du savoir-faire, et les dockers sont sous la menace permanente des armateurs d’aller décharger leurs navires ailleurs. La question est donc comment mener une lutte efficace quand on est un syndicat indépendant et isolé ? Steven voit comme solution de se connecter avec d’autres ports. Du coup, le serpent se mord un peu la queue : ils ne veulent pas être un syndicat, mais se voient contraints de monter une structure qui y ressemble beaucoup.

Dietmar, mon compagnon de chambrée, a évoqué la préparation des manifestations à l’occasion du G20 qui se tiendra en juillet prochain à Hambourg. La chaine logistique est vulnérable, un encombrement dans un espace de flux peut provoquer l’arrêt de tout le dispositif industriel de la région. Cependant, il est peu probable que les syndicats allemands du port, dépendant tous d’IG METALL, lancent un mot d’ordre de grève à l’occasion du G20. En effet, les dockers de Hambourg ont de bons salaires, et de bonnes conditions de travail. Par ailleurs, les petits syndicats minoritaires n’ont pas le droit d’appeler à la grève.

Une discussion s’ouvre.

Quelqu’un fait remarquer que les vrais travailleurs précaires dans les ports sont les marins sur les bateaux. Les navires sont une zone de non-droit du travail. Une grève des dockers permettrait aux marins de suivre le mouvement. Un autre observe que les entreprises dans les ports sont divisées en myriades de sous-traitants. En bout de chaine on arrive à des quasi auto-entrepreneurs qui ont investi dans leur boîte et ne mettront jamais cette dernière en danger en refusant de travailler. Un slovène rappelle leur grève de 2011 où lorsque les ouvriers permanents du port ont obtenus ce qu’ils voulaient, ils ont cessé la grève et laissé tomber les intérimaires et leurs revendications propres.

(L’atelier logistique a commencé avec une heure de retard, car les organisateurs attendaient des représentants des dockers locaux qui ne sont finalement pas venus)

Le débat reprend sur la logistique en général.

Un italien de Bologne fait observer que pour l’heure l’automatisation est surtout utilisée comme une menace par les patrons que comme une mutation réelle. « Si vous nous emmerdez trop, on automatise. »

Sylvain de Sud Service rappelle l’objectif de TSS à Amazon : bloquer d’abord Amazon Berlin, puis la Pologne, puis la France.

Les camarades anglais de Plan C indiquent leur intention de mettre en place les outils d’une coordination européenne des livreurs de Deliveroo.

Je me permets une comparaison avec notre expérience durant la lutte des intermittents. À chaque AG, des gens réclamaient le blocage de la télévision, l’écran noir, et à chaque fois, un syndicaliste de la CGT répondait que ce n’était pas possible. Il me semble que la logistique comme la télévision, c’est un flux. Le signe de la bonne santé du capitalisme c’est le transport fluide et permanent des marchandises et la diffusion permanente d’images et d’information. Peut-être faut-il en effet prendre la mesure de nos capacités, et parier sur l’interruption momentanée du flux, à l’instar de ce les intermittents ont fait lors de nos interventions sur les plateaux télés. Ce mode d’action permettait aux gens de l’audiovisuel de participer au mouvement sans se faire blacklister, en ouvrant les portes, en rendant de tas de manière l’action possible. Par ailleurs, l’aspect fortement symbolique, perturbateur, joyeux de ces irruptions sur la scène télévisuelle permettaient de déjouer beaucoup de codes de domination intégrés : montrer déjà combien Pujadas est physiquement tout petit en le forçant à abandonner son bureau, ça disait déjà énormément de choses. On montrait le visage puissant d’un mouvement sans attendre une hypothétique grève de travailleurs en tout point bien encadrés.

En conclusion, il est rappelé par Paola, autre universitaire bolognaise, que l’objectif est de monter une grève transnationale dans le cadre d’une lutte politique. L’exemple de grève des migrants est repris : il s’agit d’une grève pour de meilleurs salaires pour des précaires, mais aussi de papiers pour des migrants, qui sont au reste les mêmes. Si on ne parvient pas organiser une grève à Amazon, au moins parvenir à la politiser si jamais elle advenait.

En conclusion, il est proposé à chacun d’écrire un texte résumant les interventions de chacun en vue de publication.

Ainsi c’est achevé l’atelier logistique.

Atelier Liberté de déplacement et droit à demeurer

Cet atelier était consacré à la liberté de circulation et au droit au séjour lié aux processus de migration durant ces deux dernières années sur la Route des Balkans.

La rencontre était animée par notre hôte aussi kirghize que charismatique de la Rog factory, une ancienne usine occupée et transformée en Centre Social.

Pays représentés : Serbie, Macédoine, Slovénie, Hongrie, Italie, Allemagne, Suisse.

Il apparaît que la création de camps, les systèmes de contrôles et de tri ont été mis en place de façon systématique par les « États-nations » afin d’empêcher les gens de se déplacer, dans un territoire, l’Europe qui prône la libre circulation.

Ce qui est récurrent dans les témoignages : racisme, montée des populismes, islamophobie légitiment les violences envers les migrants particulièrement virulentes dans ces pays, l’Allemagne étant un cas isolé. On y reviendra.

Cette propagande xénophobe permet d’asseoir des politiques autoritaires, légitime une législation contre toute opposition au pouvoir en place (Hongrie, Serbie…). Un cas est relaté d’une arrestation de 10 activistes sur de fausses charges dont une condamnée pour terrorisme en Hongrie.

Les migrants sont systématiquement repoussés aux frontières et subissent des contrôles, des agressions en dehors et dans les camps.

En dehors parce qu’ils sont toujours en mouvements et sont les cibles des mafias qui fondent leur économie sur leur vulnérabilité et leurs besoins (vols, prostitutions, rackets, kidnappings). Les migrants eux-mêmes parfois sont dans cette nécessité pour pouvoir survivre.

C’est une petite minorité qui est toujours en mouvement (particulièrement autour de la Serbie, la macédoine et la Hongrie car systématiquement repoussés aux frontières souvent vers la Grèce).

Dans ces zones de frontières ont été créés plusieurs camps de détention. Les deux représentantes et activistes des collectifs serbes et macédoniens témoignent de leur presque incapacité à protéger ces populations qui sont maltraitées par les autorités et subissent par ailleurs les violences internes liées aux divisions dans les camps. Les activistes aussi sont sous surveillance et peinent comme en Macédoine à leur parler ou à les interviewer. A Belgrade, ils nomment la police des migrants The department against the refugees.

En Italie, c’est un peu le même système sauf qu’on crée des camps en dehors des grandes villes. Les activistes qui les aident peuvent aussi être interdits de séjourner dans les villes proches de ces camps même s’ils y travaillent.

Les camps sont des sortes de zones de non-droit. Les migrants n’ont pas le droit d’en sortir ils ne disposent plus de leur liberté de circuler, n’ont plus de droits. Ils sont traités comme des détenus, des prisonniers. Et certains pays comme la Macédoine essayent de faire appliquer les lois de leur pays (l’immunité pour les policiers par ex) vis à vis des migrants, alors que les camps sont hors de leurs frontières. En Serbie les policiers sont autorisés à tirer. Ils demandent l’asile pour essayer de se rendre à Zagreb mais la plupart du temps ils sont ramenés en Serbie et systématiquement brutalisés puis enfermés.

En Slovénie, les migrants peuvent entrer mais ils ne veulent pas rester car ils n’auront quasi aucune chance d’obtenir des papiers ou des droits. Ils ne veulent pas rester car ils savent qu’ils ne seront quasiment jamais régularisés. On les renvoie au bout de deux / trois ans dans leurs pays.

Cette population est exploitée à un niveau étatique aussi : en Estonie, par exemple, la création de camps, permet d’obtenir des subventions de l’Union européenne. Les camps sont la plupart du temps insalubres et surtout ils sont et doivent être invisibles aux populations. Cette invisibilité est cause de leur exploitation et des abus dont ils sont victimes.

La Serbie, elle, subventionne des entreprises pour s’installer sur leur territoire. En échange, ils fournissent avec les migrants, de la main d’œuvre à très bas prix.

S’en est suivi un temps d’analyse plus approfondie sur les politiques européennes, liées à ce qu’on appelle la flexibilité du marché du travail :

En Allemagne, tout le monde sait que les migrants font l’objet de « recrutements », or c’est aussi le pays du système de tri vers les « camps d’emploi » via des agences d’intérim. C’est peut-être le pays où la mise en place d’une politique autour de la flexibilté, la concurrence, la précarisation est le mieux exploitée. Une avancée exemplaire du néolibéralisme en Europe.

L’Allemagne a la réputation d’être exemplaire sur l’accueil des migrants mais manifestement elle déporte aussi des Afghans, par exemple, vers l’Iran. Elle peut aussi leur fournir un agrément pour travailler en Egypte, en Libye ou en Syrie dans le textile ou la guerre.

Il apparaît que la question de la liberté de circuler, des droits civiques et des droits de l’homme se posent dans une perspective plus large dans le cadre des politiques que voudraient mettre en place les « gouvernements de la mobilité ».

Une intervenante allemande analyse le glissement qui s’opère inéluctablement entre l’intensification de l’exploitation des migrants enfermés ou forcés à travailler et la précarisation du travail pour le reste de la société. On assiste au niveau européen à une politique organisée de management de la mobilité des migrants. Se met en place un véritable gouvernement du marché du travail. Précarisation, invisibilité, fragilisation des droits, flexibilité, nouveaux mots d’ordre pour un ordre mondial néo-libéral. Toute l’assemblée est d’accord sur ce point.

Débat :

Comment déjouer et dénoncer cette intensification de l’exploitation ? Comment connecter les raisons qui divisent les migrants mais aussi de ceux qui divisent les Européens eux-mêmes ? Les précaires vivants sur le territoire européen ?

La route des Balkans ne doit pas être traitée comme une situation exceptionnelle. Il faut voir les mouvements des migrants dans leur globalité (et aussi les camps hors de l’UE, en Afrique). Quels outils ? Un permis de travail européen ? Connecter différentes luttes ? Car cette tension s’installe partout où la question du travail est présente dans un contexte où les lois se font de plus en plus autoritaires et oppressives. Comment combiner nos actions locales à des actions plus globales ?

Atelier - Migrant and/or precarious labor

Stéphane (CIP-IDF)

Je n’ai pas pris de notes durant cet atelier, non que le sujet ne soit pas d’importance, mais parce que je ne vois aucune informations nouvelles quant à une situation que nous connaissons fort bien et qui se décline sur le même mode, semble-t-il, partout en Europe. La seule différence sensible que j’ai ressentie est que les oppositions, les tensions entre les migrants et les soutiens semblent encore plus exacerbées en Slovénie qu’en France. Le partage de l’espace dans l’Usine Rog semble problématique, entre les activités « culturelles », c’est à dire la transformation le week-end en grand bar et dance floor et celles d’accueil des réfugiés. C’est en tout cas le contenu du discours qui a été tenu par un réfugié iranien durant cet atelier.

La capacité à aller au delà d’une activité humanitaire d’urgence pour passer au niveau d’une action politique concertée par et avec les migrants semble loin d’être atteinte à écouter les différents intervenants venus de divers villes d’Europe.

La question du salaire minimum est revenu sur le tapis, et j’ai à nouveau insisté sur le fait que pour ma part, le salaire minimum ne règle en aucune façon la question de la précarité : des migrants en France trouvent du travail payé au smic, mais à temps partiel, ce qui les maintient en permanence dans la même précarité : qui peut payer un loyer avec un demi smic par mois ? J’ai proposé d’ouvrir un chantier de réflexion à l’intérieur de TSS sur ce que pourrait être un revenu minimum européen, au moins pour pointer nos accords et désaccords sur ce sujet.

Nacéra

J’ai présenté le Collectif « je suis là » - Collectif Parisien pour la protection des jeunes et mineurs isolés étrangers - suite à la remarque d’une intervenante, réagissant à la question du revenu minimum. Pour elle et nombre de certaines personnes dans l’assemblée, seule une mesure de ce type peut protéger et faire changer les choses. Elle ne croit pas à l’idée que les migrants pourraient par exemple se politiser, s’organiser, s’unir, et réclamer des droits.J’ai tenté d’expliquer que la politisation accompagnée des migrants est primordiale et possible. J’ai parlé des témoignages du Collectif de Nantes, de la création de Je suis là, en m’appuyant sur les propos d’un militant d’origine Sénégalaise, Bazir, ayant lui même un parcours de migration en Italie. Il s’occupe d’un collectif de jeunes migrants et revendique avec eux, la non victimisation, la lutte politique pour les droits à la scolarisation, au droit de circuler, de choisir sa vie…Leur slogan est : « nous avons le droit de changer de vie ».

La question des mineurs isolés n’est pas centrale pour TSS mais je crois que nos interventions ont mis l’accent sur une contradiction : ils parlent de travail, de droit du travail, de précarisation, de mobilité et d’exploitation des travailleurs. Les activistes de Bologne ont été sensibles à nos interventions, on a bien échangé avec Carolina, figure centrale et parisienne...

Le soir, nous avons mangé du riz cuisiné par les migrants et nous avons visité les autres Centres sociaux, squats, de la ville. Cette expertise des pavés et des dance-floors nous amènent à ce diagnostic : la ville est petite, et les squats nombreux et immenses, équation inverse à la situation prévalant en Région parisienne.

Sommeil paisible dans notre auberge de jeunesse, et rayon de soleil le matin.

Dimanche 21 mai 2017 matin

Nous n’avons pas pu assister à l’ensemble de la Réunion de clôture qui a commencé en retard, car nous devions nous rendre à l’aéroport.

Dans la partie à laquelle il nous a été donné d’assister, il a été rappelé les revendications de TSS : salaire minimum, création d’un système européen de sécurité sociale (european welfare), et une liberté de passage des frontières pour tous. Le but est, par la jonction avec d’autres groupes, de surmonter nos faiblesses locales.

Une proposition d’initiative étant demandé à chacun, nous avons proposé en partant de l’expérience de soutien aux migrants mineurs à la rue, de coordonner une action en justice au niveau européen. En effet, le droit appliqué aux mineurs à la rue oblige les autorités à leur fournir une protection immédiate : abri, nourriture, éducation. Or, ce droit n’est pas basé sur la minorité des jeunes, mais sur leur vulnérabilité. Si la preuve est fourni qu’ils sont en situation d’extrême vulnérabilité, l’aide doit leur être fournie, même au delà de 18 ans. Il pourrait donc être intéressant d’un point de vue juridique, comme médiatique, de pouvoir suivre les pérégrinations administratives de certains de ces jeunes, d’accumuler les preuve de non-aide à personne en danger par les gouvernements de pays traversés, et attaquer au niveau d’une juridiction européenne. Avoir des jurisprudences dans ce domaine pourrait être précieux par la suite, surtout si on peut jouer sur la notion de vulnérabilité pour l’étendre à des majeurs.

Nous n’avons pu entendre les autres propositions et sommes repartis.

Le ciel était dégagé durant le vol, et les Alpes encore enneigées.





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