MAYDAY ! MAYDAY ! le journal

samedi 29 avril 2006
Dernière modification : dimanche 30 avril 2006

Sommaire et éditorial de ce 4 pages A3 à prix libre, qui sera distribué le 1er mai.
Egalement en libre téléchargement.

Sommaire

Page 1 :

- Rendre visible ce qui est invisible (éditorial)
-  Pas de retour à la normale (appel de Rennes 2)

Page 2 :

- La précarité, un mode de régulation du Marché
- Immigration choisie : le choix d’une précarisation utilitaire
- L’obligation de tricher

Page 3 :
- Fiers d’être précaires ou le renversement du discours de culpabilisation sur les chômeurs et les précaires

Page 4 :
- L’EuroMayDay : une journée européenne pour de nouveaux droits
- Les pendus de Chicago (extraits de l’appel d’AC ! Limoges à une MayDay parade limougeaude)
-  ANPE : radié pour « attitude blasée » et « regards par la fenêtre »


RENDRE VISIBLE CE QUI EST INVISIBLE
(Editorial du journal MAYDAY ! 2006)

Le monde du travail a changé. 70% des emplois créés sont à durée déterminée, le premier motif d’entrée dans le chômage n’est plus le licenciement mais la fin du contrat de travail. La discontinuité de l’emploi (alternance de contrats courts et de périodes non-employées) est une réalité pour de plus en plus de salariés. La précarité s’étend dans et hors de l’emploi.

Aussi la lutte contre la précarisation ne peut se réduire à l’idéologie qui ressasse l’espoir d’un irréel « retour au plein-emploi » et propose pour tout horizon la généralisation du CDI à vie. Des mouvements sociaux se constituent pour faire valoir la nécessité de droits collectifs qui ne soient pas exclusivement conditionnés à l’emploi. Des collectifs de précaires et chômeurs revendiquent un revenu garanti inconditionnel au moins égal au SMIC et les intermittents du spectacle, en lutte contre la destruction de leur assurance-chômage proposent un nouveau modèle d’indemnisation des salariés à l’emploi discontinu, quel que soit leur secteur d’activité.

Ce qui rend insupportable les différentes formes de précarité, ce n’est pas l’absence d’un emploi stable pour chacun, mais l’insécurité sociale qui les accompagne, et qui participe de tout un système de contrôle et d’assujettissement.

La multiplication des contrôles et des radiations inscrits au cœur des dispositifs du chômage (PARE, suivi mensuel ANPE) et des minima sociaux (contrat d’insertion, RMA, réforme de l’Allocation Adulte Handicapé), ou des prestations familiales (article de la loi pour l’égalité des chances supprimant les allocations des familles en cas d’absentéisme des enfants à l’école) laissent toujours moins de marge de manœuvre à des précaires à qui on coupe les vivres quand on ne réussit pas à les culpabiliser suffisamment pour qu’ils acceptent un emploi sous-payé et/ou non choisi.

Étape imposée de l’entrée sur le marché du travail, le stage constitue un bizutage « naturel » pour accéder à un emploi. Sans contrat, sans salaire et sans droits, le stagiaire masque encore l’employé déguisé qu’il est, sans qu’aucune garantie n’y soit attachée. La nouvelle charte et l’article 9 de la loi pour l’égalité des chances qui prétend réglementer l’usage des stages ne sont que cache-misère qui institutionnalisent l’utilisation d’une main d’œuvre gratuite et jetable, véritables torpilles dans le code du travail.

Cette logique de contrôle prévaut également pour les migrants dont le droit au séjour est toujours davantage conditionné au contrat de travail. Le projet de loi CESEDA « pour une immigration choisie » (on se demande bien par qui ?!) est une nouvelle restriction de la liberté de circulation et du choix de s’installer librement, rendant de plus en plus insupportables les conditions de vie des migrants et plus urgent la régularisation de tous et le droit à l’installation.

Ces réformes, restrictions incessantes des droits sociaux (retraite, chômage, maladie, séjour, droit du travail...) qui s’accumulent pour régimenter nos vies, ont une même conséquence : nous contraindre par tous les moyens à accepter n’importe quel emploi, à n’importe quel prix, dans n’importe quelles conditions...

Cette réorganisation du marché du travail par la « refondation » des systèmes de protection sociale est à l’œuvre dans toute l’Europe et même au-delà. Les étudiants italiens qui nous rejoignent ce premier mai à Paris ont vécu eux aussi le mouvement récent contre la loi pour l’égalité des chances et le CNE comme une nouvelle impulsion aux luttes contre la précarité. Si le retrait du CPE est une victoire, bien plus important est le succès d’une lutte qui a rassemblé différentes formes d’actions et qui a su, tout comme le mouvement de novembre, placer la précarité au cœur des débats et des enjeux. Amnistie pour toutes les personnes poursuivies et condamnées lors de ces deux mouvements !

Il est d’autant plus nécessaire et urgent de rendre visible les formes de précarités auxquelles nous sommes confrontés. Sortir de l’invisibilité et de la honte dans laquelle beaucoup préfèreraient nous maintenir, être fiers de ce que nous sommes, continuer de nous battre pour améliorer nos droits, construire d’autres conditions du possible.


L’EUROMAYDAY : UNE JOURNEE EUROPEENNE POUR DE NOUVEAUX DROITS

Depuis cinq ans, une journée de mobilisation annuelle des précaires rend visibles nos nouvelles réalités de travail, d’emploi, de vies. Parti d’Italie, l’idée a rapidement essaimé dans de nombreuses villes européennes. Des réseaux, des collectifs, des associations, parfois des syndicats, des individus se sont rencontrés ou retrouvés pour organiser un Premier mai entendu comme une journée de mobilisation et d’expression de tout le précariat européen. Un défilé alternatif à la traditionnelle « fête du travail » exprime la volonté de se réapproprier le sens de cette journée à forte valeur symbolique et historique, d’en faire une journée d’action festive et revendicative pour la conquête de nouveaux droits sociaux, une journée d’expression qui mette en avant les nouvelles situations de vies marquées par la précarisation croissante du marché du travail, notamment à travers l’explosion des contrats dits « atypiques » (intérim, temps partiel, CDD...). Au centre de l’économie actuelle, ces formes d’emploi flexibles et mobiles restent pourtant aujourd’hui privées de réelle protection sociale et sans représentation politique ou syndicale significative. C’est pour répondre à ce vide et construire ses propres formes politiques que la parade auto-organisée des précaires s’est créée.

Au fil des années, cette mobilisation a reçu le soutien de certains syndicats et a vu ainsi la jonction entre deux générations de travailleurs : les nouveaux travailleurs précaires des services, de la grande distribution, de la culture... et ceux qui depuis les années 1970, en lien déjà avec les premiers collectifs de chômeurs et précaires italiens, ont organisé une riposte dans les entreprises publiques ou la grande industrie au syndicalisme de concertation.

À cet élan s’est ajoutée la mobilisation des travailleurs migrants, encore davantage précarisés et discriminés dans leur quotidien par la multiplication des contrôles, les ouvertures de centres de rétention et d’enfermement, les expulsions et les restrictions au droit d’asile. Cette politique d’immigration concertée au plan européen prévoit partout la création d’une main d’œuvre toujours plus fragilisée, en prévoyant la subordination du droit de séjour au contrat de travail, comme on le voit dans l’actuel projet de loi sur l’immigration CESEDA.

5 000 personnes ont défilé dans les rues de Milan la première année, 50 000 en 2003, 80 000 en 2004, 100 000 en 2005...

L’année dernière, la Mayday parade a eu lieu dans une vingtaine de villes européennes : Amsterdam, Barcelona, Copenhaguen, Hamburg, Helsinki, L’Aquila, Leon, Liège, London, Maribor, Marseille, Milano, Napoli, Palermo, Paris, Sévilla, Stockholm, Wien... Cette année, on peut également compter Berlin, Limoges, Torino et Tornio.

Dans le cadre de cette dynamique, nous invitons tous les collectifs, réseaux, mouvements sociaux et précaires de tout poil à rejoindre le processus EuroMayDay, qui ne se limite pas à la parade du 1e mai, à investir et à réinventer cet espace d’échanges et de mobilisation à partir de toutes les particularités de nos différents terrains de lutte.

Au niveau européen, plusieurs rendez-vous nous permettent de nous rencontrer chaque année et une mailing-list rythme nos échanges au quotidien. À Paris, au gré de l’actualité et des envies, des réunions ont lieu tout au long de l’année avec un crescendo intense à partir du mois de février...

L’année dernière à Paris la parade du MayDay avait été amorcée dès le 1er avril par l’occupation de l’OIM (organisation internationale pour les migrations) dans le cadre d’une journée européenne sur la liberté de circulation et d’installation. Une semaine d’action avait précédé la parade du premier mai : occupation d’Assedic, d’une CAPI (cellule d’appui pour l’insertion), de deux hôtels du groupe Accor, du siège de la CFDT. Pour la première Mayday parade à Paris nous étions 3000 à traverser les quartiers populaires en partant de la place Pigalle - batucadas, fanfares, char « Alice la précaire au pays de la refondation sociale », agit-prop, recouvrement publicitaire, irruption dans les fast-food et boîtes d’interim...- pour finir par un concert place de la République.

Cette année le compte à rebours a été lancé à un niveau européen, le 14 février à Bruxelles : nous étions 150 participants au réseau EuroMayDay (Liège, Helsinki, Berlin, Paris, Milano, Amsterdam) à investir cette capitale de l’Europe institutionnelle, lieu stratégique des lobbies des multinationales, pour présenter publiquement le processus du Mayday lors d’une conférence de presse internationale, mais aussi à travers une « manifestation sauvage » au coeur de cette ville militarisée où les pratiques activistes sont devenues rares et fortement réprimées. Ce fut l’occasion d’agir ensemble et de partager nos pratiques dans cette ville occupée par ceux qui décident pour nous, ceux pour qui nous sommes des quantités négligeables, des variables ajustables, des paresseux, des fraudeurs qui ont mérité leur sort et les inégalités qu’ils subissent.

Mais le printemps français a surtout été marqué par la mobilisation contre la LEC et le CNE, et le réseau Mayday Paris a naturellement pris part à ce puissant mouvement de refus de la précarisation, dans les assemblées, les manifestations, les blocages, les occupations... Quelque temps auparavant, nous avions décidé d’organiser deux journées de rencontres-débats-assemblées-ateliers intitulées « Fier-es d’être précaires !? » (voir page centrale) qui se sont tenues en plein mouvement début avril. Nous écrivions alors : « Ces rencontres nous semblent d’autant plus nécessaires qu’on se déclare partout hostile à la précarité en étouffant la voix des premiers concernés. Le surgissement collectif en cours est de fait à la croisée des chemins : demain, peut-être, le CPE sera retiré, laissant intact le reste des dispositifs de mise au travail, de précarisation, d’éviction et de contrôle. »

Cette année, la Mayday parade est aussi la parade de ceux qui veulent continuer.

À l’appel d’étudiants parisiens et italiens,
une AG européenne des étudiants et précaires
se tiendra à Censier mardi 2 mai à partir de 10h.
Nous y serons.

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