Quatrième séance - jeudi 15 février 2007
Subjectivité, conduites et contre-conduites
Rencontre avec Roger Ferreri

jeudi 8 février 2007
Dernière modification : dimanche 28 octobre 2007

Subjectivité, conduites et contre-conduites
Rencontre avec Roger Ferreri
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Roger Ferreri est psychiatre, psychanalyste, et travaille dans un service de psychiatrie infanto-juvénile dans le département de l’Essonne. « Lecteur » de Michel Foucault, Il est également membre fondateur de l’association « Pratiques de la folie », et assure la formation continue au département de philosophie de l’université Paris XII.


« Nous sommes dans une société gestionnaire. Moi je le dis comme ça, dans notre rapport au droit, on a eu le droit canon, le droit révolutionnaire, maintenant on a le droit du code de la route. Le grand modèle du droit ce n’est plus le code pénal, c’est le code de la route. Pourquoi le code de la route * ? Le code de la route c’est l’endroit où l’égalité est véritable. Si vous passez à 91 km/h, vous êtes flashés. Mais vous êtes un homme comportemental, il n’y a plus de discussions. Dans le droit révolutionnaire, il y a le contradictoire. On discute, pourquoi vous avez fait ça, etc. Dans le code de la route, on ne discute plus. Et bien c’est le nouveau modèle. C’est le nouveau modèle de ce que j’appelle la gestion de l’intime. Le nouveau modèle de la gestion de l’intime, c’est de s’appuyer sur des réponses comportementales. Les thérapies comportementales c’est l’outil idéologique qui, après ce qu’avait dit Marx à propos de la division du travail, va permettre l’étape supérieure qui s’appelle la division de la pensée. Les gens avaient compris que pour tenir quelqu’un, il fallait le séparer de l’œuvre, donc on avait divisé le travail, et bien avec les thérapies comportementales, on lui divise la pensée. Ce n’est pas lui qui fait une infraction au dit code la route. Ce n’est pas lui en tant que personne, en tant que sujet. Ce n’est pas lui. C’est son comportement qui est inadapté à ce moment-là. »
(Roger Ferreri : http://www.lucien-bonnafe.org/index.php?cat=transmiroger)

« Dissidence vient de dissident, ou l’inverse, peu importe, en tout cas, ça fait de la dissidence celui qui est dissident. Or, je ne suis pas sûr que cette substantification soit tout à fait utile. Je crains même qu’elle soit dangereuse, car il n’y a sans doute pas beaucoup de sens à dire, par exemple, qu’un fou ou un délinquant sont des dissidents. Il y a là un procédé de sanctification ou d’heroïsation qui ne me paraît pas très valable. En revanche, en employant le mot de contre-conduite, il est sans doute possible, sans avoir à sacraliser comme dissident tel ou tel, d’analyser les composantes dans la manière dont quelqu’un agit effectivement dans le champ très général de la politique ou dans le champ très général des rapports de pouvoir ; cela permet de repérer la dimension, la composante de contre-conduite, dimension de contre-conduite qu’on peut parfaitement trouver en effet chez les délinquants, chez les fous, chez les malades. Donc, analyse de cette immense famille de ce qu’on pourrait appeler les contre-conduites. »
(Michel Foucault, Sécurité, territoire, population, Leçon du 1er mars 1978.)

* « Le code de la route c’est le livre de chevet de Sarkozy. Au-delà de ce qu’il imagine. C’est son modèle. Efficace. Stimuli-réponse. Stop : vous vous arrêtez. 130 : vous roulez en-dessous. »


Bibliographie
Trois concepts de Foucault (Discipline et sécurité - Normation et normalisation - Le gouvernement par l’individualisation)
L’intermittent et l’immuable
Sécurité territoire, population, Leçon du 1er mars 1978 : conduites et contre-conduites.
Naissance de la biopolitique, Leçon du 28 mars 1979, pp271-275 : l’économie comme science du gouvernement des individus.
Ces 2 leçons seront mises en ligne sur le site avant la séance du 15 février.