Quatre films du collectif Ogawa productions

dimanche 9 mars 2008
Dernière modification : dimanche 13 avril 2008

Ce collectif de cinéma, réuni autour de la figure du réalisateur Shinsuke Ogawa, a réalisé une vingtaine de films ente 1966 et 1986. Participant pleinement aux mouvements étudiants puis aux mouvements paysans, ces films traversent vingt ans de contestations particulièrement puissantes au Japon et donnent à voir, au fil de leurs réalisations, l’expérience singulière d’un collectif prenant parti pour les luttes auxquelles il participe. De magnifiques films militants, non de propagande, mais documentant de manière exemplaire (et toujours actuelle) ce qui se passe au sein des mouvements et les processus de subjectivation qui s’y déroulent.

Un texte de Abé Mark Nornes, Ogawa Productions : la révolution est parmi nous , raconte une belle histoire de ce collectif.

Un film chaque jeudi soir à 18h30 à partir du jeudi 13 mars. Les copies sont sous-titrées en anglais.

« Il n’y a rien d’étrange à ce que tous ces gens possèdent une indéniable dignité humaine. »

Jeudi 13 mars à 18h30.
Ligne de libératon du Japon : l’été de Sanrizuka

(Nihon kaiho senzen : Sanrizuka no natsu . 1968. Shinsuke Ogawa. 108 min)
En 1967, le gouvernement japonais lance le projet de construction de l’aéroport de Narita. Plusieurs villages doivent disparaître : Narita, Sanrizuka, Heta, etc. Pendant sept années, les paysans vont défendre leurs terres par une lutte acharnée (construction de tourelles métalliques pour empêcher les travaux, percement de tunnels pour empêcher les expropriations, etc.) Ils sont rejoints par les étudiants (Zengakuren) très fortement mobilisés contre l’occupation américaine et la guerre du Vietnam dont le projet d’aéroport est en quelque sorte le prolongement.
Ce premier film d’une série de sept réalisés par Ogawa s’attache plus particulièrement à un mouvement étudiant, la Brigade de la jeunesse, à leurs relations parfois difficiles avec les paysans et aux confrontations violentes avec la police anti-émeute. Le film montre les décisions prises par certains d’intensifier leurs modes d’action et exposent leurs raisons de franchir de nouveaux seuils de radicalité.

Jeudi 20 mars à 18h30.
Le village de Heta

(Heta buraku.1973. Shinsuke Ogawa. 146 min.)
En 1973, trois policiers sont tués lors d’échauffourées. La police profite de cet événement pour mener plusieurs arrestations afin de diviser le mouvement. Le sixième volet sur Narita s’attache aux paysans du village de Heta, tous opposés à l’aéroport, et confrontés à la répression. Les fils de plusieurs familles en prison, la communauté villageoise s’organise, s’attache à conserver ses liens et à poursuivre la lutte. Le film prend aussi le temps de montrer les attachements de ces hommes et de ces femmes à leur terre, à leur culture communautaire et à leurs vies passés dans ce lieu.

Jeudi 3 avril à 18h30.
Réalisations et le chemin menant au village.

(1973. Katsushiko Fukuda. 54 min)
Ce film, réalisé par Katsushiko Fukuda pendant le tournage et le montage du Village de Heta, montre comment le collectif d’Ogawa productions travaille : présentation de leur matériel, séance de visionnage collectif des rushes et retours sur l’expériences de vivre parmi les paysans et de participer comme cinéastes à cette lutte qui dure depuis six ans.

Jeudi 10 avril à 18h30.
Le cadran solaire sculpté par mille ans d’entailles : l’histoire du village de Magino.

(Sennen kizami no hidokei : Magino-mura monogatari. 1986. Shinsuke Ogawa. 222 min) Après la défaite de Narita (plusieurs morts, dix mille blessés), le collectif part s’installer dans le village de Magino, à l’invitation de paysans. Ils y cultivent du riz tout en enregistrant la mémoire de ce village paysan : ils remettent en scène des légendes et filment les vieux racontant leurs souvenirs. Mais ils maintiennent aussi ces traditions vivantes : ils entreprennent des fouilles archéologiques et développent des instruments technologiques (dont le cinéma...) pour améliorer la production du riz.
Ce magnifique film est un montage des courts-métrages réalisés par le collectif pendant les treize années d’expérience communautaire dans les rizières autour du village de Magino.