Cinquième séance : jeudi 27 mars 2008
Machine de savoir, outil de guerre
Rencontre avec Alexandre Bikbov

mercredi 19 mars 2008
Dernière modification : lundi 16 juin 2008

Alexandre Bikbov est coordinateur d’un groupe de recherche informel NORI (Moscou) et membre du comité de rédaction de la revue Logos (Russie)

L’intervention et la discussion propose une (auto)analyse de l’expérience d’un libre séminaire critique et d’un groupe de recherche que j’ai constitué avec les étudiants, « hors les murs » de l’université. L’enjeu de cette initiative : une formation autonome et l’apprentissage d’un savoir sociologique et, plus largement, d’un savoir social critique, s’oppose au prétraitement anti-intellectuel des savoirs par les « grandes » facultés de sociologie russes. Le groupe était fondé sur des critères anti-institutionnels : « savoir plus » sans être récompensé scolairement, rejeter les hiérarchies rituelles, tout en ayant une exigence de sérieux dans la recherche pour se distinguer des imitations officielles de la sociologie. Mon but était de former des futurs collègues compétents capables de maîtriser un autre type de savoir que celui imposé par les institutions. Durant quelques années, le groupe fonctionna comme une machine de savoir, d’une portée circonscrite à notre propre cercle. Plus récemment, cette formation et la solidarisation des participants autour des enjeux du savoir d’une manière à la fois exigeante et critique a facilité l’entrée dans la lutte contre le régime administratif corrompu et réactionnaire de la faculté de sociologie de l’Université de Moscou. Cette même entrée en lutte a renversé les rapports du savoir et de l’engagement et a remis en question le « nous » du groupe, qui se présentait, au cours des luttes, comme une entreprise purement estudiantine. La forte réception médiatique de l’initiative, auparavant quasiment clandestine, a confronté ce « nous » fictif à plus de réalité, a provoqué des luttes internes pour la visibilité et et a rendu difficile le retour à un savoir désintéressé. La question reste alors ouverte : comment et sous quelles conditions est-il possible de re-constituer des activités collectives après la fin d’un mouvement ?

Les questions qui s’orientent dans cette perspective et qui sortent du fonctionnement d’un groupe de recherche/groupe de lutte, replié sur un contexte professionnel, constituent le fond de mon intervention :

- *les modèles de la répression de la volonté de savoir dans le cadre institutionnel : être un enseignant en sociologie, être un étudiant en sociologie, être un intellectuel critique en Russie d’aujourd’hui
- *construction d’un lieu du savoir sociologique « hors les murs » : ressources matérielles, ressources intellectuelles, styles de vie
- *le passage progressif au politique : normalisation du modèle de commitment
- * l’assemblage des alliances : les convergences possibles, les divergences décisives dans le contexte actuel russe
- *l’invisibilité et l’anonymat, un avantage ou un péril : les effets de la division du travail et de la prise des responsabilités publiques où une part des participants portent leurs activités « en ombre »
- *le « nous » d’un groupe en action : constitution, usages, tensions

De ma part, l’intérêt particulier à dialoguer avec la Coordination tourne autour de la question des motifs mais aussi des moyens qui font votre « nous » actif exister depuis déjà plusieurs années.