Pourquoi nous ne pouvons pas aller aux Assises.

lundi 1er septembre 2003
Dernière modification : mercredi 10 septembre 2003

Ce régime spécifique est interprété abusivement comme une « assurance chômage » alors qu’il s’agit de reconnaître la permanence du travail de création : seule la visibilité de ce travail est intermittente.

Le « statut » consenti aux artistes et techniciens a défini les conditions d’invention, de travail, de gestion du temps dont ces métiers ont besoin. Pour penser il faut pouvoir s’arrêter de produire. Il faut savoir suspendre pour un temps le spectacle des actes et des décisions. Tout ce qui est visible a un hors champs. Toute scène a ses coulisses dans l’espace et dans le temps. Si les coulisses disparaissent c¹est la scène qui disparaît.

Soutenu par ce « statut », des modes de production, des rythmes de création, des gestes artistiques inédits ont vu le jour grâce aux agencements que permet l’intermittence. Ces agencements fondés sur la discontinuité et la mobilité produisent des articulations originales entre artistes, techniciens, lieux, disciplines, espaces, temps. L’intermittence n’est pas un purgatoire en attendant de gagner le paradis : la permanence. Articuler l’intermittence à la permanence c’est articuler le temps de la production au temps de la pensée.

Le mouvement des intermittents du spectacle a fait des analyses approfondies. Il est en mesure d’apporter des propositions. Pour en débattre il faut d’abord suspendre le protocole du 26 juin et ouvrir le chantier nécessaire de l’art et de la culture tant dans ses formes institutionnelles et ses lois que dans ses pratiques.

Les assises nationales mises en place par le gouvernement ne peuvent enjamber le mouvement des intermittents ni le contourner sans anéantir ce qui fonde nos métiers : produire du sens et de la liberté pour tous. La vie de l¹art ne concerne pas seulement la vie des artistes mais celle de la société toute entière. Pour que ces assises aient lieu il faut suspendre le protocole du 26 juin et renégocier les conditions d’emploi et de rémunération des artistes et techniciens. Cette fois ci, il faut un accord accepté par toutes les instances qui devront y être représentées. C’est pourquoi nous demandons la formation d’une cellule de crise avec obligation de résultat dès le mois de septembre. Ainsi s’ouvrira un véritable temps pour la réflexion.

Sans cela ces assises ne seront qu’un énième simulacre de concertation.

Pour l’association « Sans cible » Robert Cantarella, Roland Fichet, Frédéric Fisbach, Alain Françon, Ludovic Lagarde, Gildas Milin, Marie-José Mondzain et Pascal Rambert.

P.S. Les signatures (directeurs de structure, directeurs de compagnie) sont collectées par le theâtre de la colline auprès de Florence Thomas.