Le sang des gestes, Bernard Aspe

mercredi 20 avril 2011
Dernière modification : mercredi 20 avril 2011

La réussite du capital ne tient pas à l’atomisation des individus, mais à ceci qu’il réussit chaque jour, pour chacun, à transformer « le temps presse » en « je n’ai pas le temps. » Si les sujets, aujourd’hui, ne sont pas dans la lutte, ce n’est pas que cette dernière ne serait pas à leurs yeux justifiée, ce n’est même pas d’abord parce qu’ils auraient peur de ses conséquences, c’est avant tout parce qu’ils n’ont pas le temps de la mener.

... s’il y a une distance infranchissable entre ce que nous faisons effectivement et ce que nous pouvons nous représenter, il y a également un abîme entre ce que nous nous figurons comme action nécessaire et ce que nous nous autorisons à faire réellement. Ainsi en va-t-il avant tout pour l’acte révolutionnaire : innombrables sont ceux qui proclament, à l’occasion d’une pause, d’une soirée ou d’un meeting, la nécessité d’un renversement de l’ordre des choses ; mais ce sont les mêmes qui savent ou croient savoir qu’un tel renversement est au fond radicalement impossible. Ce qui apparaît comme une action que tout justifie et que tout appelle est en même temps ce qui ne peut aucunement être agi.

Les deux brefs extraits qui précèdent sont tirés de l’article qui suit, publié en 2010 dans le N° 2 de la revue Grumeaux, éditions NOUS :

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Le sang des gestes, B.A

Transindividualité et (in)consistance du collectif : le démoniaque, probablement - Bernard Aspe
La figure du prolétariat, multitudes, insurrection et nécessité subjective
L’instant d’après. Projectiles pour une politique à l’état naissant, Bernard Aspe