Espagne : observations, récits et analyses du mouvement en cours

samedi 28 mai 2011
Dernière modification : samedi 28 mai 2011

Voici des textes sur le mouvement de contestation politique et social qui secoue l’État espagnol. Ils insistent sur les dynamiques internes, les processus de mobilisation, les formes assembléistes et horizontales qui se sont imposées dans ces mouvements et indiquent des éléments de contexte “objectifs” comme les données sur le chômage, la crise, etc., tout en mettant en lumière les spécificités des pratiques de lutte en vigueur dans ce pays, notamment l’habitude de s’organiser sur des bases territoriales, dans les quartiers, en particulier à travers les Centres Sociaux Occupés (CSO) suivant des méthodes de démocratie radicale, horizontale, directe. Comment proposer une extension et une généralisation/internationalisation de tels mouvements ?

Témoignage de camarades sur les occupations de Barcelone et Grenade / La démocratie directe de la Puerta del Sol / spanishrevolution, frenchrevolution ? Et si, véritablement, nous réclamions une démocratie réelle ? (OCL / Courant alternatif)

Sol, ou quand l’impossible ne peut qu’advenir (Precarias a la deriva, 15-M)

• Article de synthèse des informations et débats sur le mouvement espagnol (#spanishrevolution) et ses déclinaisons à Lyon, mis à jour régulièrement : Tahrir, Puerta del Sol, Bellecour ? La révolution est dans la place ! (Rebellyon)

2,0 à Barcelone

Depuis deux semaines, le campement des indigné-e-s occupe la plaça Catalunya dans le centre de Barcelona.

Au début, avec un discours très citoyen genre « indignez-vous », la dynamique collective basée sur la démocratie directe (les réus générales de parfois 5 ou 6000 personnes prennent les décisions au consensus -40), l’autogestion de l’espace (avec des dizaines de tentes bibliothèque, garderie, salle de classe, cuisine, hacklab, jardin potager, clinique, et un sans fin d’autres initiatives) et l’autonomie a peu à peu donné un caractère profondément révolutionnaire (?!) à cette révolte… Tous les secteurs en lutte, santé, logement, féministes, éducation etc. se regroupent ainsi dans la quarantaine de commissions thématiques (rassemblant entre 10 et 150 personnes). C’est un peu compliqué à raconter en deux mots mais en gros des milliers de personnes de tous horizons générations et manières de voir le monde, partageant un même malaise et une même rage se sont rencontrés et à tâtons ont construit ensemble l’espace autonome le plus immense, hétérogène et enthousiasmant que j’ai jamais vu. Et le pouvoir tremble un peu…

Ce matin [27 mai] la police est venue pour « nettoyer » la place en vue du match de football de demain (ici le Barça c’est une véritable religion).

À 7h, les centaines de personnes qui dormaient sur place se sont ainsi vu encerclées par la police, pendant que les services municipaux détruisaient toutes les structures et remplissaient leurs camions de nos affaires. Rapidement ont commencé à se rassembler des centaines de personnes solidaires et le nombre n’a fait qu’augmenter pour arriver à peut-être 10 000 autour de 13h.

La masse est assise, coude à coude, pour empêcher les camions de passer et la police charge violemment. Plusieurs centaines de personnes reçoivent les coups mais résistent aux cris de « la place est au peuple », « nous n’avons plus peur », « el pueblo unido jamas sera vencido »… La passion pour ce campement visible dans le regard des gens se transforme en énergie collective. Avec des fleurs ou avec des cris, assis ou en face en face, chacun-e à sa manière, s’organise et s’oppose aux agissements des keufs.

Peu à peu la police agit de manière complètement insensée en tirant par exemple au flashball sur des pacifistes assis par terre et ce devant les caméras de télévision. Face à cela, l’intelligence collective et la détermination des gens rassemblés est impressionnante. La foule encercle peu à peu toute la place et les flics se replient pour protéger leur dispositif et le centre de la place.

La tension monte progressivement et tout en gardant une attitude « non-violente » les gens poussent tout autour pour pénétrer sur la place. Pas à pas, avec calme et avec force la foule avance sur le cordon policier. Celui-ci est débordé de partout mais essaye un moment de garder sa position en frappant à tout va. Avec les coups reçus, la rage des manifestants se fait chaque fois plus fort et c’est finalement complètement paniqués que les flics doivent se replier vers leurs camions. Ils sont poursuivis sur 500 mètres par la foule en colère et euphorique. La place est reprise et des milliers de personnes qui hurlent « ici commence la révolution ! » Certains journalistes se font eux aussi virer de la place pendant qu’il est fermement conseillé aux autres de ne pas mentir sur les faits de ce matin aux cris de « télévision = manipulation ».

Alors voilà la place est au peuple ! Depuis Barcelone nous vous invitons à occuper les places, à débattre et conspirer ensemble, à déborder la normalité !

Salut i força !
Visca la revolta de la plaza Catalunya !

La coordination a dû déménager le 5 mai 2011 pour éviter une expulsion et le paiement de près de 100 000 € d’astreinte. Provisoirement installés dans un placard municipal de 68m2, nous vous demandons de contribuer activement à faire respecter l’engagement de relogement pris par la Ville de Paris. Il s’agit dans les temps qui viennent d’imposer un relogement qui permette de maintenir et développer les activités de ce qui fut de fait un centre social parisien alors que le manque de tels espaces politiques se fait cruellement sentir.

Pour contribuer à la suite :

• faites connaître et signer en ligne Nous avons besoin de lieux pour habiter le monde.

• indiquez à accueil cip-idf.org un n° de téléphone afin de recevoir un SMS pour être prévenus lors d’actions pour le relogement ou d’autres échéances importantes.

Nous sommes tous des irréguliers de ce système absurde et mortifère - L’Interluttants n°29, hiver 2008/2009

Pour ne pas se laisser faire, agir collectivement :

Permanence CAP d’accueil et d’information sur le régime d’assurance-chômage des intermittents du spectacle, lundi de 15h à 17h30. Envoyez questions détaillées, remarques, analyses à cap cip-idf.org

Permanences précarité, lundi de 15h à 17h30. Adressez témoignages, analyses, questions à permanenceprecarite cip-idf.org

À la CIP, 13bd de Strasbourg, M° Strasbourg Saint-Denis
Tel 01 40 34 59 74