A la Fête du RSA

dimanche 10 mai 2015
Dernière modification : dimanche 10 mai 2015

Les zones d’échange et de gratuité, les lieux festifs où ça réfléchit, ça débat et ça s’organise contre les projets catastrophiques d’une politique/économie toujours plus oppressante, il est nécessaire de les ré-inventer et de les défendre. Les films du Crime et du Châtiment ont organisé le 1er mai 2015 une rencontre avec projections de films, interventions gestuelles et parlées, table de presse... et publié ce texte à l’occasion.

Le RSA et le débiteur

Pour la première fois depuis l’histoire de l’humanité, la dette n’est plus soumise à l’obligation d’un remboursement cumulé par les taux d’intérêt fixés par les banques.
L’Etat Grec, et les ménages citoyens à travers les commissions de surendettement voient leurs dettes ou une partie de leurs dettes définitivement effacées.
Le RSA par son non obligation de remboursement s’inscrit dans ce processus économique.
Le RSA est un geste. Un acte.
Un acte artistique, créatif, puisque non soumis à la rentabilité, au retour sur investissement de la valeur travail.
Des films, des lectures, des présentations plasticiennes sont présentés par le Comité Editorial de la fête du RSA.
Sans le Prix, de la Compétition, du Palmarès, de la Victoire, de l’Oscar National et nationaliste.
Ces gestes artistiques financés en partie par les CAF des domiciles des artistes de la fête du RSA constituent la première brèche dans les murailles du « sens » défini par la quête effrénée de la rentabilité, de l’efficacité, du nombre, du remboursement de la dette.

L’aube

L’Aube se lève.
L’Aube se poursuit.
La valeur travail cesse d’être une valeur quantifiable, mesurable.
La valeur travail est détachée de la notion de production de biens matériels.
Le Travail devient Relation, Pensée.
L’allocataire cesse d’être un débiteur.
Coupable.
L’allocataire qualifié de débiteur est devenu homme femme être.

Le RSA, et l’analyse

Le Revenu (R)

Le formulaire de déclaration trimestrielle stipule que l’allocataire doit déclarer l’ensemble de ses revenus et salaires perçus dans les trois derniers mois.

La chargée de compte de mon compte en banque est formelle : les intérêts perçus sur un livret de caisse d’épargne ne sont pas des revenus, ils ne doivent donc pas être portés sur la déclaration trimestrielle des revenus, or, le formulaire de la déclaration stipule que les revenus mobiliers ou immobiliers doivent être portés à la connaissance de la CAF dépendant de mon domicile. J’ai donc supprimé le livret ne voulant pas être accusé de fraude. Et j’ai ainsi retiré ma participation au financement de logements sociaux assurés par les livrets de caisse d’épargne.

Je déclare cependant le montant de mes salaires perçus au cours de trois derniers mois. Le salaire n’est pas un revenu. C’est un salaire. La CAF de mon domicile me retire un pourcentage de mon allocation en prenant en compte les déclarations de revenu des deux années précédentes (d’après ce que j’ai cru comprendre). Ce pourcentage a varié entre deux et huit pour cent. Les frais de gestion du service de contrôle, des lettres d’avertissement, recommandés en vitesse rapide, intervenant en cas de défaut de non déclaration de salaire reliée à Pôle Emploi, sont-ils couverts par ces retenues ? Oui ? Non ? Oui ! Dans ce cas pourquoi ai-je le droit de vendre ma propre production de confitures ou de DVD à hauteur de 18000 euros par mois sans le déclarer à l’administration fiscale qui elle ne considère pas ma vente personnelle de DVD/confiture à la ferme comme un revenu ? Quel est dans ce cas l’objectif de ces retenues variables sur le montant de mon allocation ? Est-ce une question de morale ? Destinée à me culpabiliser, me rappelant que je suis un improductif, un parasite ? Puisque manifestement ces retenues ne couvrent pas les frais des modifications de ma situation trimestrielle.

Enfin il semble étonnant que certains habitants de l’Ile de Ré se voient interdire de RSA. Le motif étant que leurs terrains sont désormais soumis à l’impôt sur la fortune. L’Ile de Ré étant devenue une villégiature d’été pour oligarques, ne s’agit il pas en fait de procéder à l’expulsion des habitants défavorisés ?

La Solidarité (S)

La question est donc posée.

La solidarité est elle compatible avec la culpabilisation ?

Le pourcentage variable des retenues sur le montant des allocations versées n’est-il en fait le signe que la Solidarité tourne le dos avec deux des idéaux portés par notre République, c’est-à-dire l’appel à l’Egalité et à la Fraternité ? La Solidarité dans le cas du RSA signifie en effet que l’allocataire du RSA est responsable. Les retenus sur son allocation ont pour principal objet de lui rappeler que le RSA n’est pas un droit solidaire, au même titre que la Sécurité Sociale qui oppose sa fonction de réparation face à une injustice du sort, de la vie (la maladie), mais bien une disposition qui affirme que l’allocataire du RSA est le seul responsable de sa situation, (niant ainsi l’existence de plans sociaux), et qu’il est redevable à l’ensemble de la société du versement de son allocation. Dans le même ordre d’idée, il est étonnant de considérer qu’au nom de cet intitulé de solidarité active, j’ai été tenu de me présenter une fois tous les deux mois à un entretien obligatoire dans une cellule de réinsertion gérée par une association Loi 1901 à but non lucratif. Ce concept d’entretien obligatoire est-il compatible avec une notion de solidarité ? La solidarité est-elle compatible avec une notion d’obligation ? Une contrainte qui par ailleurs dépend de son lieu de domicile, contrevenant ainsi aux principes d’égalité de la République. Les allocataires du 93 ne sont jamais convoqués contrairement aux allocataires du septième arrondissement de Paris qui eux sont convoqués une fois par mois.

Bref, il s’agit ni plus ni moins d’affirmer par ce système de solidarité obligatoire et aléatoire que le citoyen individuel est responsable de l’état du monde, c’est-à-dire pour prendre deux exemples que le dépôt d’un papier gras incivique dans une rue est la cause des déchets électro nucléaires, ou qu’il suffirait que le citoyen appelle le 115 pour endiguer le flot montant des SDF.

Au nom du pragmatisme s’est substituée une nouvelle idéologie, celle du refus de l’action collective basée sur la culpabilisation du citoyen à qui il parait opportun de faire croire que le plan comptable est le seul mode de fonctionnement du vivre ensemble.

Ce détournement du concept généreux de Solidarité permet d’affirmer qu’en aucune façon c’est notre mode de répartition de la richesse liée à la négation de la valeur propre à chaque individu qui est largement responsable de la destruction du vivant.

L’Activité (A)

La solidarité dans la définition du RSA doit être Activité.

Ce postulat se fracasse sur le mur des contradictions des réglementations. Ainsi qu’il me l’a été demandé par la Sécurité Sociale, j’ai dû faire la preuve de mes efforts d’insertion en apportant la preuve de mon inscription à Pole Emploi. Le conseiller de Pôle Emploi m’a affirmé que la projection de mes films dans divers lieux non institutionnels s’apparentait à une activité bénévole qui était parfaitement incompatible avec une active recherche d’emploi qui nécessite la totale utilisation de mon temps, tandis que l’animatrice de la cellule d’insertion de la CAF n’a eu de cesse de me féliciter pour mes activités bénévoles qui à son sens portait la marque rassurante d’une réelle insertion.

Que faire ? Mentir ? Se taire ? Frauder ?

Dans cette logique définie par la cellule d’insertion qui se confond avec une notion d’activité, de prise en charge de soi même, la CAF devrait selon son propre règlement verser un revenu garanti à vie aux SDF, et aux sans papiers, et aux gens du voyage, il est en effet évident que ces derniers débordent d’activité. Leurs expulsions successives, la recherche de nouveaux territoires, les contraignent à une série de déplacements, de mouvements qui ne laissent aucune place à l’oisiveté. En élargissant la question de la solidarité active, il est même possible de constater que les dealers ne devraient pas être rejetés de cette solidarité active liée à la notion de mérite, de rentabilité. Le dealer travaille en horaires décalés et respecte la hiérarchie de salaires.

Enfin, si la solidarité se doit de se mesurer à son caractère d’efficacité, et de mérite, il est clair que l’ensemble des allocataires du RSA obéissent à cette règle et que les contrôles de notre activité doivent cesser. Les associations chargées de la réinsertion, les contrôleurs de la CAF, les divers études financées, les travailleurs sociaux, attachés au suivi des allocataires du RSA participent par les versements de salaires et des subventions à la consolidation du PIB de notre République.

En conclusion, il s’agit de savoir si la solidarité est un mérite, une production de biens matériels ou si la solidarité se doit d’être la fondation expérimentale d’un autre modèle de développement de l’humanité.

Pierre Merejkowsky
Allocataire RSA