Un intermittent condamné pour délit de solidarité avec les intérimaires

mardi 17 janvier 2017
Dernière modification : mercredi 18 janvier 2017

Un membre de la Coordination des Intermittents et Précaires, N-Rick, vient d’être condamné en appel à 3 mois de prison avec sursis pour violence, 1 mois de prison avec sursis pour refus de prise d’empreinte ADN et prise du nom d’un tiers et 600 € de dommages et intérêts pour sa participation à une action d’occupation de l’Hôtel Lutetia [1].
Nous refusons cette condamnation et assurons N-Rick de notre soutien présent et de notre solidarité à venir.

Le 18 septembre 2014, à l’appel de la CIP-IdF et d’autres organisations, dont la CGT spectacle et la CGT Interim, le chantier du Lutetia était occupé. Par cette action, nous intervenions contre la mise en application de la convention chômage qui mettait en pièce les droits des intérimaires et signait un pas de plus en direction de la précarisation de tous les chômeurs. Nous étions également intervenus contre les conditions d’emploi sur les chantiers parisiens : lors d’une précédente occupation, celle du chantier de la Philarmonie, nous avions ainsi pu rencontrer des ouvriers polonais détachés payés 5 euros de l’heure.
L’occupation pacifique de ce chantier avait aussi pour but de nuire financièrement au groupe Vinci, qui, rappelons-le accessoirement, est également le maître d’œuvre du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes et de tant d’autres infrastructures.

À l’issue de l’occupation, N-Rick a été retenu par la police et gardé à vue la nuit suivante. Il y a un an de cela, il a été jugé en première instance, en son absence et en l’absence de son avocat. Après appel, il voit sa condamnation confirmée et les peines aggravées.

Nous ne nous étendrons pas sur le mépris manifesté constamment durant l’audience par le procureur et par le juge pour les motivations de notre action et à l’encontre des témoins appelés par la défense, qui a parfaitement démontré que le dossier était vide : rien ne prouve qu’il y ait eu violences à l’égard d’un vigile gardant le site, ni qu’elles auraient pu être le fait de N-Rick. Le seul tort de ce dernier est d’avoir été là, et d’être facilement reconnaissable. De nombreuses preuves de la non-violence d’N-Rick ont été apportées au procès : des lettres de témoignages des participants à l’action, des témoins de moralité attestant de sa non-violence, revendiquée depuis longtemps, la vidéo de l’évènement filmé par N-Rick dont les deux mains tiennent la caméra, l’enregistrement audio des appels au calme de la part d’N-Rick durant les évènements, deux témoins oculaires affirmant qu’il n’a pas et ne pouvait pas frapper ce vigile. Bref, 2h30 d’explications et de démonstration... que le juge a balayées d’une condamnation.

Ce que condamne le tribunal, c’est un acte de solidarité. Qu’un intermittent apporte son soutien aux intérimaires est à son sens non seulement absurde, mais condamnable.
Ce dont témoigne aussi ce jugement, c’est de la radicalisation des gouvernements. À peine manifestée, toute opposition se doit d’être réprimée. L’instauration de l’état d’urgence et sa banalisation crée un climat autoritaire et une logique d’accentuation permanente de la répression. L’accélération de ce processus est patente pour tous ceux qui ont participé aux récents mouvements sociaux. Ce long virage autoritaire augure d’un sombre avenir.
Nous rappelons au souvenir de tous les gardes à vue et les poursuites contre Loïc, qui en juin dernier lors de l’occupation de Medef avait eu pour seul tort d’avoir été molesté par le chef de la sécurité de cette organisation patronale, et contre sept autres personnes accusées suite à cette action de « dégradations en réunion » imaginaires [2]. Nous rappelons au souvenir de tous les procès dont font l’objet les personnes solidaires des migrants [3].

Par ailleurs, la liste des violences policières s’allonge, violences tolérées ou à peine condamnées, violences encouragées du sommet de l’Etat et dûment équipée par des armes en nombre croissant [4], violence revendiquée lors de la mort de Rémi Fraisse en 2014. Par-delà les manifestants et militants, précaires, syndiqués et non-syndiqués, c’est la très grande majorité de la population qui est visée : « Ouvre ta gueule, on saura te la fermer. »

Nous ne nous résoudrons ni à la précarisation générale, ni à la mise au pas de la société, ni à la criminalisation de l’action collective.

Refusons l’intimidation, continuons à manifester notre solidarité avec les personnes aux prises avec la police et la justice et avec ceux qui se dressent contre cet ordre social radicalisé.

Soyons présents en nombre au TGI de Paris lors des audiences du 6 février à 13H30 Chambre 1 pole 8 (procès contre des personnes solidaires des migrants intenté par Emmaüs) et du 10 février à 13H (procès suite à l’occupation du Medef).

La Coordination des Intermittents et Précaires d’Ile-de-France